"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 25 novembre 2010

Crétinisme syndicaliste


Ce qui caractérise le parti syndical, dans ses multiples fractions (CGT, CFDT, FO, SUD), l’était déjà du crétinisme parlementaire dénoncé par Marx au 19ème siècle : « « Ils sont atteints de crétinisme parlementaire au point de se figurer qu’ils sont au-dessus de toute critique et de condamner la critique comme un crime de lèse-majesté! » »
La classe ouvrière française est-elle réellement infectée de la maladie syndicaliste et croit-elle que, grâce aux défilés syndicaux, le saint esprit se déverse sur les permanents, transformant les séances des intersyndicales obscures en conciles infaillibles et les pique-niques syndicaux en dogmes inviolables?
Le parti syndical a été mis en vedette pendant 10 mois, précisément parce qu’il était le seul parti capable de faire avaler la couleuvre sur les retraites. Si, dans une interview télévisée le président Sarkozy a remercié les syndicats, soucieux du mauvais effet de cette nouvelle bourde du Chef de l’Etat, l’aristocrate Chérèque a objecté « nous n’attendions pas la compassion du président » quand l’aristocrate Thibault, prévenu du mauvais effet de la bourde, rectifiait aussitôt que « le gouvernement se fout des syndicats ». Effet garanti puisqu’un blogueur, retraité syndicaliste CGT, m’objecta que j’étais tombé dans le piège à Sarkozy.
A en croire ces messieurs les aristocrates, le parti syndical ne doit pas être un parti exclusivement de « salariés » mais un parti populaire, ouvert à tous les hommes soucieux de l’avenir de nos retraites. Il le prouvera avant tout en abandonnant les vulgaires passions révolutionnaires et en se plaçant sous la direction de ministres instruits et européens. Alors viendront s’y joindre de nombreux professeurs de syndicalisme appartenant aux sphères des classes instruites et victimes des subprimes.
La classe ouvrière se préoccupe trop de son sort, négligeant de se syndiquer. Car le parti syndical manque encore cruellement de troupes d’hommes jeunes. Il est pourtant désirable et nécessaire de confier les mandats à de nouveaux permanents qui disposent de suffisamment de temps pour se familiariser pleinement avec l’art de la négociation pour rien. Le simple ouvrier et le petit employé… n’en ont que très rarement le loisir nécessaire. Donc, votez massivement pour les candidats de l’aristocratie ouvrière l’an prochain.
Bref: la classe ouvrière, par elle-même, est incapable de s’affranchir. Elle doit donc passer sous la coupe de syndicalistes « instruits et avisés » qui seuls « ont l’occasion et le temps » de se familiariser avec les intérêts des « salariés ». Puis, il ne faut à aucun prix combattre le gouvernement, mais, au contraire, il faut le gagner par une propagande énergique, des pique-niques et des cordons humains autour de la Bourse.
Pour enlever au gouvernement la dernière trace de peur, on doit lui prouver clairement que le spectre d’une levée en masse des prolétaires n’est vraiment qu’un spectre, que la classe ouvrière est incapable de s’élever par elle-même. Mais qu’est-ce que le secret des Conseils ouvriers si ce n’est la peur de la bourgeoisie de l’inévitable lutte à mort qu’elle aura à mener avec le prolétariat? La peur du résultat fatal de la lutte de classe moderne? Qu’on abolisse la lutte de classe, et la bourgeoisie et « tous les hommes de paille » de l'aristocratie syndicale ne craindront plus « de marcher avec les prolétaires, la main dans la main »! Ceux qui seront alors les dupes, c’est justement les prolétaires.
La revendication ne sera pas abandonnée mais simplement ajournée – jusqu’en juillet 2011 comme l’a assuré l’aristo Thibault. Le gouvernement l’adoptera définitivement, mais non pas pour ses ministres et pour le président, mais à titre posthume, comme un legs destiné aux résignations futures. En attendant, le parti syndical emploie « toute sa force et toute son énergie » pour toutes sortes de bricoles et de rafistolages de la société capitaliste, pour faire croire qu’il se passe quand même quelque chose et pour que la bourgeoisie et son gouvernement n’en prennent pas peur.
Ce sont les représentants de la petite-bourgeoisie qui s’annoncent ainsi en tombant dans le parti syndical, de peur que le prolétariat, entraîné par sa situation révolutionnaire, « n’aille trop loin ». Au lieu d’une franche opposition politique: négociation générale; au lieu de la lutte contre le gouvernement et la bourgeoisie: la tentative pour les gagner et les persuader; au lieu d’une résistance énergique à toutes les violences venant d’en haut: la soumission humble et l’aveu de mériter le châtiment. Tous les conflits historiquement nécessaires sont interprétés comme des malentendus et toutes les discussions se terminent par la constatation du parfait accord des parties. Les gens qui en 1968 se considéraient comme des staliniens, peuvent maintenant tout aussi bien s’appeler social-démocrates. Pour les premiers, c’était la mort de Staline qui était infiniment loin; pour les seconds, c’est la collaboration au système capitaliste et cet objectif n’a par conséquent aucune importance pour la pratique politique du présent; on peut donc négocier, faire des compromis, agir en « avocat du salarié », à cœur joie. Il en est de même de la lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie. On la reconnaît sur le papier, puisqu’on ne peut pas la nier, mais dans la pratique on cherche à la camoufler, à l’effacer, à l’affaiblir. Le parti syndical ne doit pas être un parti prolétaire, il ne doit pas s’attirer la haine de la bourgeoisie ou de qui que ce soit; il doit avant tout faire une propagande énergique parmi les médias au lieu de s’appesantir sur des objectifs lointains qui effrayent les bourgeois et qui pourtant sont irréalisables dans notre génération, le parti syndical préfère employer toute sa force et son énergie aux réformes petites bourgeoises de rapiécetage, qui sont autant de nouveaux soutiens de l’ancien ordre social et qui risquent peut-être de transformer la catastrophe finale en un processus de dissolution lent, fragmentaire et paisible.
Quand on écarte la lutte de classe comme un phénomène pénible et « vulgaire », il ne reste plus au parti syndical que de se fonder sur le « vrai amour des salariés » et les phrases creuses sur la « justice ».
C’est un phénomène inévitable, inhérent à la marche de l’évolution, que des individus appartenant à la classe dominante viennent se joindre au prolétariat en lutte et lui apportent des éléments d’adhésion. Il y a ici deux autres observations à faire:
Premièrement: ces individus pour être vraiment nocifs au mouvement prolétarien, doivent vraiment lui faire rêver à la grève générale à la manière de SUD et du NPA, paraplégie générale qui ne se produira jamais. Ce n’est pas le cas de la grande majorité des convertis syndicaux français. Ni « Ta page CFDT » ni la « Vie Nouvelle » (tapage CGT retraité) n’ont rien apporté qui eût fait avancer d’un pas ce projet filandreux. Les éléments d’adhésion d’une réelle valeur pratique et théorique y font aussi totalement défaut. Au lieu de quoi, des tentatives pour mettre en harmonie les idées républicaines superficiellement assimilées avec les opinions théoriques les plus diverses que ces messieurs ont ramenées de l’université ou d’ailleurs, et dont l’une est plus confuse que l’autre, grâce au processus de décomposition que traverse actuellement ce qui reste de la gauche bourgeoise française. Au lieu d’étudier sérieusement la nouvelle crise systémique, chacun préfère l’arranger pour la faire concorder avec ses opinions apprises, se fabriquant sans cérémonie une science salariale privée et affichant aussitôt la prétention de l’enseigner aux autres. C’est pourquoi il y a parmi ces messieurs à peu près autant de vieux staliniens que de têtes de cons gauchistes et anarchistes.
Deuxièmement: lorsque ces individus venant d’autres classes se joignent au mouvement prolétarien, la première chose n’est pas d’exiger qu’il n’y fassent point entrer les résidus organisatoires et oratoires de leurs préjugés bourgeois, petits-bourgeois, etc., mais qu’ils ferment leur gueule.
Quant à nous, d’après tout notre passé, une seule voie nous reste ouverte. Nous avons, depuis presque quarante ans, signalé la lutte de classe comme le moteur de l’histoire le plus décisif et nous avons notamment désigné la lutte sociale entre la bourgeoisie et le prolétariat comme le grand levier de la révolution sociale moderne. Nous ne pouvons donc, en aucune manière, nous associer à des gens qui voudraient retrancher du mouvement cette lutte de classe. Nous avons formulé, lors de la création de l’Internationale, la devise de notre combat: l’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même. Nous ne pouvons, par conséquent, faire route commune avec des gens qui déclarent ouvertement que les ouvriers sont trop incultes pour se libérer eux-mêmes, et qu’ils doivent être libérés par en haut, c’est-à-dire par des grands et petits bourgeois syndicalistes.

MARX & ROCHE

lundi 22 novembre 2010

L’INCENDIE DU REICHSTAG : LE REMAKE ?


Au souvenir de Marinus Van der Lubbe,

LE PREMIER FILM d’avant guerre servit magnifiquement la contre-révolution, le nazisme et le stalinisme mettant tout sur le dos d’un pauvre petit prolétaire hollandais communiste et anti-parlementariste, qui fut exécuté à la hache sans soutien d’aucun « parti communiste ».Marinus van der Lubbe (1909-1934) était l'incendiaire présumé du Reichstag à Berlin dans la nuit du 27 au 28 février 1933, quelques semaines après la nomination d'Adolf Hitler à la chancellerie. Il est accusé par le PCA stalinien – qui ne s’était pas gêné pour mener des grèves conjointement avec les nazis -d'avoir été manipulé par les nazis : cette propagande stalinienne le décrit comme un déséquilibré. Des « communistes de conseil » organisent sa défense et créent un Comité international Van der Lubbe qui est également soutenu par le mouvement anarchiste et la revue de la gauche communiste italienne en Belgique, Bilan. Cette défense ne sera qu’une goutte d’eau dans l’hystérie mondiale contre Van der Lubbe par les médias de l’époque.
Condamné à la peine de mort pour "haute trahison", il a été exécuté le 10 janvier 1934. L'incendie du Reichstag servit de prétexte à Hitler pour établir sa dictature. Comme la récupération de la révolte des marins de Kronstadt par Eltsine peu après son intronisation au pouvoir, la démocratie bourgeoise récupère aussi Van der Lubbe. Le jugement (mais pas le meurtre à la hache) des nazis est cassé le 21 avril 1967 par un tribunal de Berlin qui, à titre posthume (ah ah), condamne van der Lubbe à huit ans de prison pour «tentative d'incendie avec effraction». Treize ans plus tard, un des procureurs américains des procès de Nuremberg, en obtient l'acquittement. Ce verdict est cassé aussi un an plus tard en appel. La condamnation est officiellement jugée "illégale" par les services du procureur fédéral allemand le 10 janvier 2008. Le verdict contre van der Lubbe reposait sur des "prescriptions injustes spécifiquement national-socialistes", a relevé le parquet.

LE DEUXIEME FILM EN ALLEMAGNE 2010 n’a plus de nazis comme acteurs peu probables à se mettre sous la dent mais des barbus orientaux. Un nouvel incendie du Reichstag démocratique bourgeois serait prévu pour «février ou mars» et aurait pour but de «prendre des otages et faire de nombreux morts»...
« Le risque terroriste est toujours au plus haut en Europe. Après les menaces d'Oussama ben Laden le 27 octobre dernier à l'encontre de la France, c'est au tour de l'Allemagne de s'inquiéter. Selon le site Internet de l'hebdomadaire Der Spiegel, Al-Qaida et d'autres groupes terroristes «prépareraient» une attaque contre «le coeur de la démocratie», le Reichstag (siège du Parlement), pour «février ou mars». Le Spiegel online affirme que l'objectif des terroristes est de «prendre des otages et faire de nombreux morts», et que deux d'entre eux seraient déjà sur le territoire. Le site indique qu'un jihadiste résidant à l'étranger a, à plusieurs reprises, contacté l'office fédéral de la police criminelle pour lui fournir des informations. La balance terroriste, qui souhaite quitter Al-Qaida, aurait indiqué que «le commando est composé de six personnes: deux d'entre elles sont parties pour Berlin il y a six à huit semaines. Les quatre autres terroristes, un Allemand, un Turc, un homme originaire d'Afrique du Nord et un dernier, dont l'informateur ignore l'identité, attendent leur départ pour l'Allemagne». Ces informations semblent avoir été prises au sérieux par le gouvernement allemand, puisque le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière, a adressé mercredi une mise en garde à la population contre des risques accrus d'attentats islamistes sur le territoire, indique Der Spiegel. A la suite de cette annonce, les mesures antiterroristes avaient été renforcée, tout comme la sécurité aux abords du siège du Reichstag. De plus, le site du magazine indique que Thomas de Maizière aurait été alerté par le FBI américain d'un risque d'attentat contre l'Allemagne provenant d'un «groupe chiite indien», qui aurait conclu «un pacte avec Al-Qaïda et veut envoyer deux terroristes en Allemagne».
Sans déguiser notre effroi pour le ridicule manque d’imagination de la bourgeoisie allemande, on ne peut cacher nos inquiétudes comparables à celles de notre cher Président français pour calmer les ardeurs des promeneurs de l’aristocratie syndicale qu’en apportant une autre information d’un lecteur de 20 minutes : « D'après des sources bien informées, Al-Qaîda-Dans-La-Bauce-Déprimée aurait projeté de dynamiter ma Xantia". (lol MDR)

MAIS REVENONS A L’HISTOIRE ET RELISONS DEUX BEAUX TEXTES DE PANNEKOEK EN 1933
Deux textes de Pannekoek, parus dans le Persmateriaal Internationale Communisten (PIC) du GIC (Hollande) en 1933 à propos de l'incendie du Reichstag.

L'ACTE PERSONNEL

En ce qui concerne l'incendie du Reichstag par Van der Lubbe on peut relever les prises de positions les plus divergentes. Dans des organes de la gauche communiste (Spartacus, De Radencommunist) on l'approuva comme l'acte d'un communiste révolutionnaire. Approuver et applaudir un tel acte signifie conseiller sa répétition. C'est pourquoi il est nécessaire de bien apprécier son utilité.
Son sens ne pourrait être que de toucher, d'affaiblir la classe dominante : la bourgeoisie. Il ne peut en être question ici. La bourgeoisie n'a pas été touchée le moins du monde par l'incendie du Reichstag, sa domination n'a en aucune manière été affaiblie. Pour le gouvernement, ce fut au contraire l'occasion de renforcer considérablement sa terreur contre le mouvement ouvrier et les conséquences ultérieures de ceci devront encore être appréciées.
Mais même si un tel acte touchait et affaiblissait effectivement la bourgeoisie, la seule conséquence en serait de développer chez les ouvriers la conviction que seuls de tels actes individuels peuvent les libérer. La grande vérité qu'ils ont à apprendre, que seule l'action de masse de la classe ouvrière tout entière peut vaincre la bourgeoisie, cette vérité élémentaire du communisme révolutionnaire leur serait occultée. Cela les éloignerait de l'action autonome en tant que classe. Au lieu de concentrer toutes leurs forces sur la propagande au sein des masses travailleuses, les minorités révolutionnaires les gaspilleraient alors dans des actes personnels qui, même lorsqu'ils sont effectués par un groupe dévoué et nombreux, ne sont pas en état de faire vaciller la domination de la classe dominante, En effet, grâce à ses forces de répression considérables, la bourgeoisie pourrait aisément venir à bout d'un tel groupe. Il y eut rarement un groupe révolutionnaire minoritaire effectuant des actions avec plus de dévouement, de sacrifices et d'énergie que les nihilistes russes il y a un demi-siècle, A certains moments, il sembla même que par une série d'attentats individuels bien organisés, ils réussiraient à renverser le tsarisme, mais un policier français convoqué pour prendre en main la lutte anti-terroriste à la place de la police russe incompétente, réussit par son énergie et son organisation toute occidentale à détruire en quelques années le nihilisme, Ce n'est qu'après que se développa le mouvement de masse qui renversa finalement le tsarisme.
Un tel acte n'a-t-il pas néanmoins valeur de protestation contre l'abject électoralisme qui détourne les ouvriers de leur véritable combat ?
Une protestation n'a de la valeur si elle fait naître une conviction, en laissant une impression de force, ou, si elle se développe, la conscience, Mais peut-on raisonnablement croire qu'un travailleur qui pensait défendre ses intérêts en votant social-démocrate ou communiste, va commencer à émettre des doutes sur l'électoralisme, parce qu'on a incendié le Reichstag ? Tout cela est totalement dérisoire, comparé à ce que la bourgeoisie elle-même fait pour guérir les ouvriers de leurs illusions, en rendant le Reichstag complètement impuissant, en décidant de le dissoudre, en l'écartant du processus décisionnel. Des camarades allemands ont dit que cela ne pourrait être que positif puisque la confiance des ouvriers dans le parlementarisme recevrait ainsi un fameux coup. Sans doute, mais on peut tout de même se demander si ce n'est pas représenter les choses d'une façon quelque peu simpliste. Les illusions démocratiques se répandront alors par une autre voie. Là où il n'y a pas de droit de vote généralisé, là où le parlement est impuissant, c'est la conquête de la démocratie véritable qui est avancée et les travailleurs s'imaginent qu'ils ne peuvent y arriver que par ce moyen. En fait, une propagande systématique visant à développer à partir de chaque événement une compréhension de la signification réelle du parlement et de la lutte de classe, ne peut jamais être escamotée et est toujours l'essentiel.
L'acte personnel ne peut-il être un signal, la poussée qui met en mouvement cet immense combat par un exemple radical?
Il est tout de même courant dans l'histoire que l'action d'un individu dans des moments de tension agisse comme l'étincelle sur un baril de poudre. Certes, mais la révolution prolétarienne n'a rien, de l'explosion d'un baril de poudre. Même si le Parti communiste essaie de se convaincre et de convaincre le monde que la révolution peut éclater à tout moment, nous savons que le prolétariat doit encore se former à cette nouvelle façon de combattre comme masse. Dans ces visions perce encore un certain romantisme bourgeois. Dans les révolutions bourgeoises passées, la bourgeoisie montante, et derrière elle le peuple, se trouvait confrontée aux personnes des souverains et à leur oppression arbitraire; un attentat sur la personne du roi ou d'un ministre pouvait signifier le signal de la révolte. Dans la vision selon laquelle aujourd'hui encore un acte personnel pourrait mettre les masses en mouvement, se révèle comme la conception bourgeoise du chef, non pas du dirigeant de parti élu, mais du chef qui se désigne soi-même et qui par son action entraîne les masses passives. La révolution prolétarienne n'a rien à voir avec ce romantisme désuet du chef; c'est de la classe, poussée par des forces sociales massives, que doit venir toute initiative.
Mais après tout, la masse se compose aussi de personnes et les actions de masse recouvrent un certain nombre d'actions personnelles. Certes, et c'est ici que nous touchons à la vraie valeur de l'acte personnel. Séparé d'une action de masse, en tant qu'acte d'individu qui pense pouvoir réaliser seul quelque chose de grand, il est inutile. Mais en tant que partie d'un mouvement de masse, il est de la plus grande importance. La classe en lutte n'est pas un régiment de marionnettes identiques marchant d'un même pas et réalisant de grandes choses guidées par la force aveugle de son propre mouvement. Elle est au contraire une masse de personnalités multiples, poussées par une même volonté, se soutenant, s'exhortant, se donnant du courage et rendant, de par leurs forces de nature différente, mais toutes concentrées vers le même but, leur mouvement irrésistible. Dans ce cadre, l'audace des plus braves trouve l'occasion de s'exprimer dans des actes personnels de courage, alors que la compréhension claire des autres dirige ces actes vers le but adéquat pour ne pas en perdre les fruits. Et dans un mouvement ascendant également, cette interaction des forces et des actes est de grande valeur, quand elle est dirigée par une compréhension claire de ce qui: vit à ce moment-là parmi les ouvriers, de ce qu'il faut faire et de comment développer leur combativité. Mais dans ce cas, il faudra bien plus de ténacité, d'audace et de courage qu'il n'en fallut pour incendier un parlement !

LA DESTRUCTION COMME MOYEN DE LUTTE

L'appréciation de l'incendie du Reichstag dans la presse de la gauche communiste nous amène encore à poser d'autres questions. La destruction peut-elle être un moyen de lutte des ouvriers ?
Tout d'abord, il convient de préciser que personne ne pleurera la disparition du Reichstag. C'était un des bâtiments les plus vilains de l'Allemagne moderne, toute l'image pompeuse de l'Empire de 1871. Mais il y a d'autres bâtiments, plus. beaux, et des musées avec des trésors artistiques. Lorsqu'un prolétaire désespéré, pour se venger de la domination capitaliste, détruit quelque chose de précieux, comment l'apprécier ?
D'un point de vue révolutionnaire son geste paraît sans valeur et de différents points de vue on pourrait parler d'un geste négatif. La bourgeoisie n'est pas le moins du monde touchée puisqu'elle a déjà continuellement détruit tant de choses lorsqu'il s'est agi de profits et elle place la valeur argent au-dessus de tout. Un tel geste touche surtout cette couche plus limitée d'artistes, d'amateurs de belles choses dont les meilleurs ont souvent des sentiments anticapitalistes, et dont certains (comme William Morris et Herman Gorter) ont combattu aux côtés des ouvriers. Et puis, y a-t-il une raison de se venger de la bourgeoisie ? Celle-ci a-t-elle donc le devoir d'apporter le socialisme au lieu du capitalisme ?
C'est son rôle De maintenir en place de toutes ses forces le capitalisme ; sa destruction est la tache des prolétaires. Par conséquent, si quelqu'un peut être rendu responsable du maintien du capitalisme, c'est bien la classe ouvrière elle-même qui négligea bien trop la lutte. Enfin, à qui enlève-t-on quelque chose par la destruction ? Aux prolétaires victorieux qui seront un jour les maîtres de tout cela.
Bien sûr toute lutte de classe révolutionnaire, lorsqu'elle prend la forme d'une guerre civile, provoquera toujours des destructions. Détruire les points d'appui de l'ennemi est nécessaire dans toute guerre. Même si le vainqueur essaie d'éviter trop de destructions, le vaincu sera tenté par pur dépit de provoquer des destructions inutiles. Il faudra donc s'attendre à ce que vers la fin du combat, la bourgeoisie décadente détruise énormément. Par contre, pour la classe ouvrière la classe qui prendra lentement le dessus, les destructions ne seront plus un moyen de lutte. Elle essaiera au contraire de transmettre un monde aussi riche et intact que possible à sa descendance, l'humanité future. Cela vaut non seulement pour les auxiliaires techniques qu'elle peut améliorer et perfectionner mais surtout pour les monuments et les souvenirs des générations passées qui ne peuvent pas être reconstruits.
On peut naturellement objecter que la nouvelle humanité, porteuse d'une liberté et d'une fraternité inégalée, créera des choses bien plus belles et grandioses que celles des siècles passés. De plus, l'humanité à peine libérée voudra faire disparaître les restes du passé qui représentaient son ancien état d'esclavage. C'est ce que fit ou - essaya de faire - également la bourgeoisie révolutionnaire. Pour elle toute l'histoire du passé n'était que ténèbres d'ignorance et d'esclavage, alors que la révolution avait consacré la raison, la connaissance, la vertu et la liberté. Le prolétariat, par contre, considère l'histoire des ancêtres tout autrement. Sur 1a base du marxisme qui voit le développement de la société comme une suite de formes de production, il y voit une lente et dure annexion de l'humanité sur la base d'un développement du travail, des outils et des formes de travail vers une productivité toujours plus élevée, d'abord à travers la simple société primitive, ensuite à travers les sociétés de classe avec leur lutte des classes, jusqu'au moment où par le communisme, l'homme devient maître de son propre sort. Et dans chaque période de développement, le prolétariat trouve des caractéristiques qui sont liées à sa propre nature.
Dans la préhistoire barbare, les sentiments de fraternité et la morale de la solidarité du communisme primitif. Dans le travail manuel petit-bourgeois, l'amour du travail qui s'exprime dans la beauté des bâtiments et des ustensiles d'usage courant que les descendants considèrent comme d'incomparables chefs-d'oeuvre. Dans la bourgeoisie montante : le fier sentiment de liberté qui proclama les droits de l'homme et s'exprima dans les plus grandes oeuvres de la littérature mondiale. Dans le capitalisme : la connaissance de la nature, le développement inestimable des sciences naturelles qui permit à l'homme, par la technique, de dominer la nature et son propre sort. Chez tous ceux-ci, ces traits de caractère grandioses étaient liés d'une façon plus ou moins étroite avec de la cruauté, de la superstition, de l'égoïsme. Ce sont justement ces choses que nous combattons, qui nous font obstacle et que nous haïssons donc. Notre conception de l'histoire nous apprend que ces imperfections chez nos ancêtres doivent être comprises comme des étapes naturelles d'une croissance, comme l'expression d'une lutte pour la vie d'hommes pas encore pleinement humains dans une nature omnipotente et dans une société incomprise. Ce qu'ils créèrent malgré tout de grandiose restera pour l'humanité libre un symbole de leur faiblesse mais aussi un souvenir de leur force digne d'être conservé avec soin. Aujourd'hui, c'est la bourgeoisie qui possède tout cela, mais pour nous, c'est la propriété de la collectivité que nous tacherons de transmettre aussi intacte que possible aux générations futures.
Anton Pannekoek
[Traduit du néerlandais; in PIC n° 7, mars 1933]

dimanche 21 novembre 2010


hé! KAMARADES DE l’ARISTOCRATIE SYNDICALE THIBAULT ET CHEREQUE
IL SE DEROULE A QUELLE HEURE LE DERNIER défilé enterrement
MARDI 23 NOVEMBRE ?
et dans quelles villes?

jeudi 18 novembre 2010

LES DELIRES DU GRAND CONSEIL GCI A L’ETOILE ROUGE


QUI TOURNE

(Des délires évidents concernant le mouvement colin-maillard sur la planète France)
Attention lecteur, je vous invite sur une autre planète, où des mutants ultra-communistes ont perçu vaguement les vibrations de la baudruche française - ce serpent chinois de papier syndical qui a fasciné près d’un an les gauchistes du monde entier - quoique dégonflée sans que personne n’avoue en être responsable. Ces mutants se prenant pour des abeilles industrieuses, se croient investis d’en délivrer le miel au monde entier. On pensait avoir touché le fond lunaire avec les frasques anarchistes de la maison-mère CCI sans principes marxistes (cf. message blog précédent ci-dessous), on va voir qu’une autre progéniture bâtarde du CCI peut bien en affichant des principes soi-disant mantras (parti terroriste ou terrorisme de parti) reproduire les pires compromissions activistes des gauchistes et des anarchistes de base. Le GCI dispose des Trois Piliers de l'énergie Jedi :
• La Connaissance, contenue dans les Archives Jedi (mélange d’anarchisme et de marxisme bête)
• La Force (des autres et des lycéens envoyés au casse-pipe)
• L'auto-discipline (la discipline militaire de parti formel et informel)
La capsule a aluni avec quelques secousses gênantes. Le sol est noir et rouge, curieux mélange de teinte, n’est-ce pas ? Vous êtes sur l’étoile filante du GCI (Groupe Communiste Internationaliste) dont le véritable nom n’est connu que des initiés de la Grande Ourse : Grand Conseil Intergalactique. En dépit du décor typiquement, anarchiste noir et rouge (les mutants aiment à mêler les contraires), vous n’êtes pas non plus en Chine maoïste malgré l’étoile rouge qui tourne dans les chambres au-dessus de la tête de lit de tous les activistes, si peu nombreux et provenant non de l’univers comme leur prospectus internet le prétend mais surtout de la galaxie belge. Curieux mutants, cette espèce bipède d’universitaires wallous est issue du croisement hideux de l’anarchisme et du CCI en l’an 1979 de l’ère reaganienne. Ces extraordinaires caméléons de l’espace marxiste/mantra interstellaire sont-ils à considérer dans le camp du maximalisme, m’objecterez-vous ?
Certes à chaque paragraphe de leurs longues si longues billevesées numériques sur leurs e-book riches en copié-collé d’articles ergonomiques et d’explications professorales pour collégiens de 3ème, on se doute qu’ils sont maximalistes en tout, démesurés dans l’observation des fourmis terrestre, emphatiques lorsqu’ils voient poindre un régiment de termites. Il y a maximaliste et maximaliste. Cela n’en fait point des cosmonautes sérieux du camp révolutionnaire terrien, mais certainement des gentils guerriers du Jedi. Le langage est parfois nébuleux, hollywoodien, conférant cette espèce d’étrangeté des habitants des planètes inconnues de l’Empire galactique du goulag. Langage un peu comparable à celui des martiens staliniens au début de leur message interstellaire : « Quand ça commence à grincer dans des bastions de la paix sociale ». Veulent-ils parler des planètes bourgeoises ou seulement de la terre ? Leur langage cinématographique se formalise après une offensive de l’Empire galactique dont ont été victimes de méprisables êtres terre à terre: « …à travers la planète (sic) (qui) a entretenu parmi les prolétaires des zones attaquées moins frontalement l’ultime illusion qu’en acceptant d’énièmes sacrifices, qu’en renonçant au cours de leurs luttes à s’affronter véritablement à leurs exploiteurs, qu’en se vendant en définitive au moindre mal, ils sauveraient leur peau du pire ».
Le Conseil GCI ne peut avoir que 4 membres à la fois. Il se compose de deux membres à vie (tels Yoda ou encore M.M. sous-chef dans l’ancien CCI), de un membre sud-américain à long terme (en fonction pour plusieurs années) et d’un membre à court terme, ancien cosmonaute trotskien (élu pour quelques mois ou quelques années). Ces 6 membres ont pour tâche de diriger et guider l’Ordre GCI (Grand Conseil Intergalactique) contre l’Empire américain ; ils ont une particularité unique à l’aune de toutes les galaxies connues d’être les généraux jupitériens et la troupe lunaire. Le Conseil Conseil central GCI ne se déplace en général dans l’actualité terrestre que la nuit avec des bougies. Nous avons reçu partiellement leur message, entrecoupé des grésillements de galaxies parasitaires, et malgré un langage vampirique et exponentiel, nous croyons en avoir saisi partiellement le sens, dont est extraite la traduction terrestre suivante : Le GCI (Grand Conseil Intergalactique) communique que :
« La mécanique est huilée, certes, mais elle n’a rien d’un perpetuum mobile qui mettrait le capital à l’abri de sa contradiction fondamentale. La classe bourgeoise, qui personnifie les intérêts du capital, n’a jamais eu et n’aura jamais, en dépit de ses efforts politiques et militaires multiséculaires et permanents en ce sens, la capacité de régler à sa guise le cours mondial des choses, et ce pour l’implacable raison que les nécessités vampiriques et exponentielles de la valorisation du capital ne laissent à ses défenseurs aucun « choix », aucune possibilité de freiner sa course (n’en déplaise aux sinistres idéologues de la « décroissance »), aucun moyen de remédier même partiellement à sa nature catastrophique, de suspendre le cours de son attaque permanente contre nous. Celui-ci ne peut même que s’accélérer à tous les niveaux, et tôt ou tard les zones relativement préservées devront également faire l’objet de brutales restructurations et mesures d’austérité, en somme d’attaques des salaires et de nos conditions de survie qui ne pourront pas être absorbées sans réaction, assimilées au cours « normal » et acceptable des choses, ce qui remettra à chaque fois davantage en jeu la stabilité de l’ensemble ».
Après avoir nettoyé l’écran des poussières de météorites anarchistes qui en gênaient la lecture, nous saisissons mieux LE ROMAN planétaire du retour de Jedi (prononcez Jeudail), quoique le titre soit long et fastidieux: « La lutte contre la réforme des retraites en France : unification et radicalisation d’un mécontentement profond et diffus ». Le prologue n’est pas très prolétarien mais imagine que ce sont des prolétaires sans combinaison syndicale qui auraient décidé de bloquer le carburant des navettes trade-unionistes, alors qu’il est fort connu en pays franc que les bonzes syndicaux ont fait la navette en février comme en septembre pour ordonner la grève puis la faire cesser lorsqu’elle eût assez amusé la galerie. (Etrange pour des anti-syndicalistes aussi chevronnés que les honorables Grand Conseil GCI (avec papier à en tête) qu’ils aient été aussi mal informés par les ondes perverses de radio France sur le sabotage de la grève des raffineries en février, ignorant le « souvenir encore vivace » de la façon dont les aristos syndicaux ont stoppé net la lutte sans prévenir, et récidivé en octobre sans que personne n’y voit pouic. L’important n’est-il pas pour un romancier de produire de belles descriptions pour faire rêver la lectrice :
« A partir du 12 octobre, en marge de ces défilés inoffensifs, des mouvements de blocages dans les raffineries, dans les dépôts de carburant et plus en amont, dans les terminaux portuaires s’en prennent directement à la sève même des flux marchands et de la production. Outre la distribution proprement dite des produits finis, c’est en effet la production elle-même qui dépend aujourd’hui entièrement du transport puisqu’elle fonctionne quasi totalement à flux tendus (pour éviter au maximum les frais liés à l’immobilisation de matières premières, de pièces détachées, de produits finis, etc.), sans compter que le pétrole est aussi une des matières premières essentielles dans plusieurs des industries clefs d’Europe occidentale, comme par exemple l’industrie chimique ».
Le Grand Conseil GCI voulant sans doute partir de l’histoire véridique du partage du travail des grands aristocrates syndicaux, les méchants « mouvementistes » qui organisaient les enterrements manifestes d’une colère déjà embaumée, a préféré révéler, sans imagination, qu’il avait laissé tomber la rédaction de la véracité des faits pour se rendre auprès des distractions fournies aux petits aristocrates de base, version plus conforme à la star war gauchiste.
Les anarchistes et staliniens brûleurs de pneus étaient conscients au plus haut niveau de conscience spatiale : « Le développement des pratiques du blocage exprime en effet objectivement un refus accru de l’invitation bourgeoise permanente à se sacrifier pour sauver l’économie en crise au nom de la sauvegarde de « notre compétitivité », de « l’emploi » et de « notre système social » ou encore de « la stabilité de la zone euro ».
Le Grand Conseil GCI affabule ensuite, en revenant à la partie imaginaire de son roman :
« Ce développement de l’action directe s’accompagne de la constitution d’« assemblées interpros » (pour « interprofessionnelles »), relativement mal nommées puisqu’en de nombreux endroits, elles réunissent, outre les travailleurs sans distinction de profession, des lycéens et des chômeurs. Ces assemblées sont les formes d’organisation dont se dotent les prolétaires en lutte pour centraliser et coordonner leurs actions et ainsi répondre aux besoins que pose la nouvelle direction prise par le mouvement dès lors qu’il va au-delà des défilés pacifiques préconisés par les grandes centrales syndicales. Aussi, avec toutes leurs contradictions et hétérogénéités, nous considérons ces « assemblées » comme des premières formalisations de la tendance de notre classe à : s’unifier dans la lutte et dépasser les divisions et les cloisonnements imposés par la structuration professionnelle des grandes centrales syndicales ; développer son associationnisme et son autonomie contre les organisations social-démocrates qui préconisent des « journées d’action nationale » réduites à de simples défilés moutonniers ». Du jamais vu, mais quel talent fictionnel !
Autre versant de la fiction, la rencontre nationale de Tours dont personne n’a plus entendu parler depuis le 6 novembre où étaient convoqués tous les brûleurs de pneus et barreurs de routes de France, ni non plus des dépôts de gerbes gauchistes le 11 novembre sur la tombe du mouvement carbonisé depuis le début par les aristos syndicaux et leurs sergents recruteurs de base.
La séquence suivante du scénario s’enfonce un peu plus dans les brumes de la galaxie nanopolitique du Grand Conseil GCI – lequel nous avait inventé des Conseils ouvriers en Iran vers 1980 – et nous, qui vivions d’assez prêt par nos diverses oreilles (des cosmonautes des services publics et des géologues du privé) ne reconnaissons les descriptions suivantes que comme farfelues et inconnues dans nos régions, bien que nous eussions beaucoup apprécié qu’elles y soient appliquées à notre climat social morose et lunaire :
« Dans ses faits et gestes, comme dans son organisation, le mouvement a ainsi pris un caractère progressivement plus territorial et plus autonome, les travailleurs de secteurs divers s’organisant directement eux-mêmes, décidant de leurs actions, non plus dans chaque entreprise isolément mais collectivement, avec les chômeurs et les lycéens, et se donnant pour objectif clair d’empêcher la bonne marche des affaires. L’agilité et la mobilité montrent clairement leur supériorité sur l’abnégation à soutenir le siège de telle entreprise, tel bâtiment, tel nœud des flux : on fuira l’affrontement direct et les infrastructures, rendues à leur normalité productive par l’intervention brutale des forces de l’ordre, sont rebloquées dès leur départ. Enfin, et cela n’est pas de moindre importance en terme de processus d’autonomisation du mouvement, ces pratiques se sont accompagnées d’une multiplication impressionnante d’expressions écrites (tracts, banderoles, tags, bulletins de lutte, textes d’analyse, etc.) qui expriment à différents niveaux la nature profonde de ce mouvement, à savoir d’être le mouvement de négation, d’abolition de l’ordre social existant, d’être porteur de la destruction de ce qui nous détruit ». Admirable prose, du Julien Coupat à l'état pur!

Non tout cela est hélas le fruit d’une imagination malade ou bien… Nous pensons plus sérieusement, nous pauvres terriens assoiffés du désir d’une véritable lutte conduite par les cosmonautes de base et du milieu, que la bande de Jedi, le Grand Conseil GCI avait probablement dû abuser de notre ignoble picrate Beaujolais (Ils avaient été livrés en Belgique avant les japonais ?) pour délirer ainsi sur ce triste tortillard syndical sans fin ni scénario crédible de happy end.

Le message interstel-blog était ensuite à nouveau brouillé et nous ne percevions plus que des termes étranges, inconnus au bar-tabac Jupiter ou à la piscine Saturne : « mouvementisme… autonomisation des luttes….guerre contre… les centrales syndicales (où ? où ?)… guerre contre l’Etat (ouah super !)… Une phrase était compréhensible soudain : « Dans la perspective pratique de briser le « mouvementisme » syndical qui mène la lutte à l’impuissance, à l’essoufflement et à l’épuisement, ce texte a ceci de fort qu’il pose également la question du comment continuer ?, comment aller plus loin ?, évoquant entre autres la nécessité d’imposer une temporalité de lutte propre au mouvement (et non plus décidée par les centrales syndicales) ; de développer toujours plus avant l’action offensive, organisée et coordonnée de manière autonome : les auteurs du textes soulignent ainsi l’initiative de la constitution d’une « Coordination nationale et autonome pour contourner les mots d’ordre des centrales syndicales, dont la première réunion a eu lieu à Tours le 6 novembre… (grésillements) de « passer par un nécessaire mouvement des occupations », faisant en cela directement référence aux « éléments du grand mouvement social des instituteurs à Oaxaca au Mexique qui a débouché sur la grande insurrection populaire de tout le Sud-Mexique : occupation permanente d'une place de la ville, occupation et création de plusieurs antennes radios de lutte, réappropriation des chaînes de télé locales et nationales ; grève générale par blocage économique local total ; paralysie des moyens de communication d'État et des forces de répression par occupation-réappropriation ; etc. »

Revêtus de leur tenue noire et gothique pour entrainer les lycéens (les membres du GCI disposent aussi de l’uniforme ouvrier ou militaire pour les autres types d’intervention, quoiqu’ils préfèrent se déplacer toujours avec leur scaphandre en chambre, + le foulard pour masquer qu'ils sont vieux)) se félicitent que des lycéens aient été au casse-pipe et que des dizaines soient en prison en attente de jugement, car cela leur apprendra à devenir vraiment révolutionnaire : « Aujourd’hui, sans atteindre le niveau d’embrasement des banlieues en 2005, il est à souligner que des modes d’action radicaux (manifs sauvages, saccages, pillages, incendies, actions directes menées par de petits groupes très mobiles…) ont également été adoptés par les lycéens au cours des manifestations : Si les centrales syndicales sont les ennemies politiques de la lutte (négociation et cogestion avec le patronat, revendications minimalistes, structure pyramidale et ultra-hiérarchisée), leurs Services d’Ordre (SO) sont les ennemis directs des manifestants. À coups de tonfas, de gazeuse, de gants plombés, les SO attaquent physiquement tous ceux qui ne manifestent pas docilement comme le souhaitent les syndicats : coordonnés avec les flics, ils tabassent et arrêtent les lycéens trop turbulents, ils encadrent et empêchent ceux qui préfèreraient partir en manifestation sauvage, etc. ».
Le spectre du GCI (Grand Conseil Intergalactique) hante le monde...
« Le mouvement actuel se distingue en termes de dépassement des cloisonnements sectoriels, d’auto-organisation et de contamination de pratiques ciblées contre l’économie et l’État En termes de limites du mouvement, évitons d’emblée la pseudo-distinction entre les limites « internes » au mouvement, les limites qu’il « se serait imposées » de par ses « faiblesses propres », et les limites « externes », qui lui « auraient été imposées » par la force tant physique qu’idéologique. Le mouvement de négation des conditions existantes est un produit de celles-ci. Même s’il est précisément ce qui leur est irréductible, non-intégrable, non-assimilable, il naît sur le sol même de ces conditions, dans un rapport de force mondial donné, et reproduit encore des traits et idéologies de cette société. Au-delà de sa durée propre, chaque mouvement qui rompt tangiblement avec le temps de la valorisation capitaliste nous rend à notre contemporanéité fondamentale avec toutes les luttes passées et à venir, nous lie chaque fois plus intimement les uns aux autres dans notre communauté de lutte, dans notre étrangeté radicale à ces relatifs « retours à la normale » auxquels nos ennemis aspirent pour différer la chute de leur monde putride ». Le style c'est l'ombre du GCI et l'ombre est le style du GCI. Pas bon pour réussir au cinéma. Les metteurs en scène gauchistes sont bien décidés à ne pas se laiser licencier par moins talentueux qu'eux.
Nous saluons franchement camarades martiens votre langage cosmique et vous invitons à venir en France le tenir aux bouches de métro. Vous serez conviés ensuite à visiter les lieux nettoyés de manifs traine-savates et les carrefours lavés des brûlures de pneus. En prime vous sera offert un pneu rechapé de n’importe quelle JA.

RESUME POUR CEUX QUI NE PIGENT POINT LE MARTIEN DANS LE TEXTE :

Le GCI est une micro-secte anti-syndicaliste mais très syndicaliste en réalité, très anti-gauchiste mais très gauchiste en réalité, très anti-anarchiste mais très anarchiste en réalité, très prolétaire mais tout à fait anti-prolétaire en réalité avec son exaltation de la vague "lutte du peuple" comme au Mexique, très parti mais en réalité très anti-parti de classe. La lecture des citations ci-dessus révèle qu’un groupe, n’importe quel groupe qui se prétend radical peut reproduire les mensonges et les pires poncifs gauchistes. Ce pitoyable cercle de vieux intellectuels tient le même discours grèvegénéraliste que n'importe quel gauchiste fonctionnaire, discours creux et ridicule.
Les choses ont été simples en France :
- Pour les masses (non des millions mais des centaines de milliers dans plusieurs manifs avec même manifestants des services publics, des municipalités, des nombreux vieux des syndicats, etc.) + une partie des lycéens qui ont été lancés dans les promenades par une concertation secrète Sarko-syndicats dans l’espoir qu’ils allaient casser (je déduis mais je n’ai pas de preuves, mais qui n'avait pas besoin d'être "complotée" non plus pour tenter la même chose) les balades épuisantes,
- Pour les énervés de base, des syndicalistes CGT des ports, de EDF, etc. ont joué à l’action « indépendante » des syndicats aux côtés des "incontrôlables" avec les mêmes méthodes… poujadistes habituelles de leurs syndicats : blocage de carrefour, pneus brûlés. Ces petits cordons d’agités anars et staliniens n’ont jamais été rejoint par la masse : l’action de blocage ne permet pas plus la discussion que de défiler sous le hurlement des sonos syndicales,
- La grève des raffineries bis a été une excellente manœuvre, très machiavélique, très contrôlée avec deux objectifs : contenter une foule de gens qui sur les forums du web ou dans les boites gueulaient qu’il fallait tout bloquer (et le syndicat CGT leur aura démontré par le fait que cela ne menait à rien), et en second lieu, faire planer le risque de pénurie qui est bon pour cette connasse d’opinion publique ; paradoxalement ce n‘est pas cette 2e hypothèse qui a marché, mais la première… venant conforter le sentiment d’impuissance des prolétaires spectateurs de keur propre humiliation.
- S’il est une leçon à retenir de la soi-disante lutte en France c’est bien l’intelligence tactique des aristocrates syndicaux qui ont « accompagné » comme on accompagne un tombeau et la prestation des seconds rôles, les imbéciles gauchistes et anarchistes qui ont permis par les actions dites de « blocage » de liquider la vraie carence de la protestation prolétaire : l’impossibilité de débattre et de décider (même s’il y eût semble-t-il des AG pour poser les vraies questions comme à Toulouse par exemple).
Il faut le répéter, le mouvement sous le nombre mou et les nombres exagérés n’était ni cohérent ni unifié, et malheureusement la vérité de sa faiblesse intrinsèque n’apparaissait que sur les forums internet où des prolétaires du privé (non "umpistes") ne mâchaient pas leurs mots contre les défilants aux régimes spéciaux maintenus… et contre cet extraordinaire suivisme derrière des aristocrates syndicaux assez minables pourtant. Lamentable jeu colin-maillard.

QUANT AUX RESIDUS DU VIEUX MILIEU MAXIMALISTE: pas brillant. Le BIPR devenu Tendance Communiste Internationaliste (TCI) n'a pas confirmé les espoirs pingres et naïfs de l'ex fraction interne du CCI qui s'est scindée également en deux (2 et 2 font 4, et 4 divisé par 2 donne 2), un couple croyant toujours au redressement possible de la maison-mère CCI, et les autres pas et proche du cercle Klasbatalo du Canada. Sur le site canadien CMAQ, comme on me l'a signalé, vous pouvez lire les errances du clash de l'ex Battaglia Comunista qui semblait pourtant imminisé des délires des autres tout petits groupes depuis 50 ans: "Scission dans le BIPR, maintenant TCI - Qu'en est-il? (en date du jeudi 9 décembre). Quant au CCI, il dégénère de plus en plus vite, pas la peine de s'énerver comme une aile de la fraction "dite interne" qui lui a consacré un long article sur son révisionnisme concernant la "violence de classe", mais en s'appuyant sur le plus mauvais brouet sur le sujet "Terrorisme ou communisme" de Trotsky. Certes sur le fond la nouvelle théorisation des braves étudiants "fifils de la classe ouvrière" (une connerie de première) est doublée de l'exaltation de leur pacifisme manifestant opposé à la "violence aveugle" des "lascars de banlieues", mais cela ne fait que confirmer le caractère petit bourgeois de cette secte, emmenée par une nouvelle théoricienne Jiang Qing (veuve de Mao). Appliquez cette théorie aux gardes rouges de 1967-68 et vous verrez l'effet "culturel" produit!

mardi 16 novembre 2010

DES ENSEIGNEMENTS POUR LE PROLETARIAT MONDIAL ..

OU
DES RENSEIGNEMENTS SUR LA Sénilité du CCI ?

(Du danger de la propagande grèvegénéraliste)

S’il y a eu un mouvement de protestation sur les retraites, personne ne s’en est aperçu au niveau international, ou plutôt n’aurait pu s’en apercevoir avec le seul site du CCI qui pendant dix mois n’a ni pris position ni reflété une quelconque discussion de ses sympathisants (enfants de militants) ou en son sein (exigu) concernant la principale attaque gouvernementale bourgeoise contre la classe ouvrière, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement de protestation s’est incroyablement délité comme on pouvait prévoir qu’il le serait, canalisé depuis le début non comme flot impétueux mais comme long fleuve tranquille bordé par la certitude en béton que les syndicats ne menaient pas à l’abattoir. Voilà l’agence mondiale française du CCI qui se réveille tout à coups alors que les lampions de la fête amère sont éteints. Depuis son site fade et imbitable il annonce triomphalement au monde entier : « Ce mouvement est déjà riche en enseignements pour le prolétariat mondial » et « nous nous efforcerons dans la mesure de nos forces de traduire ces textes (du forum de discussion) dans les principales langues ».
Déjà que le prolétariat en France ne sait plus où il en est, on se demande quelles leçons il pourrait fournir aux autres prolétariats ! Depuis un an il n’y a eu AUCUNE discussion concernant la longue mascarade syndicale sur les retraites sur le blog de ces messieurs les leaders politiques marxistes du prolétariat mondial, et on apprend qu’ils vont « s’efforcer » de traduire des discussions qui n’ont pas eu lieu… Heureusement qu’il n’y a quasiment rien à traduire, car comme ils ne sont guère plus de deux ou trois par pays, le prolétariat universel attendrait trois siècles le bilan de la glorieuse lutte défaite des aristos syndicaux en France comme celui de la magnifique lutte des resquilleurs grecs qui ont portés triomphalement leur dompteur de gauche au pouvoir (Cf. Brève chronologie des événements de la lutte contre la réforme des retraites » par ICConline du 22 octobre).
La chronologie rétroactive de l’agence du CCI, RI augure que chacun peut fort bien prendre un train en marche, en rappelant justement que le train avait eu du mal à démarrer depuis la première JA du 23 mars, mais il est criminel de faire croire que la locomotive est devenue fiable à partir du 23 septembre et très accommodant soudain avec les agités du milieu puant de la CNT AIT. Le principal « regroupement international marxiste en vue de la fondation du parti mondial de la révolution de demain » fait la promo et s’agenouille devant cette poignée de gugusses anarchistes qui flirtent avec les staliniens comme avec n’importe quel antisarkozyste primaire. Donc l’agence RI a vu que le 23 septembre « le mouvement enfle », que « des cortèges hésitent à se disperser », que « des tracts d’interprofessionnelles (elles sont sexy ?) commencent à appeler à la prise en main des luttes… » et : « Dans quelques villes, la CNT AIT organise des Assemblées populaires pour « libérer la parole » (le CCI se joindra ensuite à cette excellente initiative) » (notez bien c’est eux qui la spécifie cette « excellente initiative »). La sénilité politique et activiste du CCI est traduite immédiatement en jargon français : « Cette volonté de s’auto-organiser exprimée par des minorités révèlent (singulier !) que l’ensemble de la classe commence à se poser des question sur la stratégie syndicale, sans oser tirer encore toutes les conséquences de leurs doutes et questionnements ». Vous imaginez donc que cette dizaine de personnes qui ne veut pas remonter dans les cars syndicaux en fin de manif et la poignée d’agités anars expriment cette « volonté de s’auto-organiser » ! Mais s’organiser à partir de quoi ? Des manifs composées majoritairement des vieux retraités des encadrements syndicaux, des bénéficiaires des régimes spéciaux, des habituels employés municipaux réquisitionnés et des troupes gauchistes sans diplômes, permettent au rédacteur de l’agence RI d’accompagner les gros ballons des syndicats, en validant leurs chiffres et le mensonge de la participation du secteur privé lors des processions dominicales rajoutées aux JA pour faire peuple. ..
Toute l’action de la poignée des vieux has been de RI a donc été de compter les manifestants et de collecter les divers tracts anars qui circulent pour se pâmer devant cette volonté de « communiquer » malgré le son assourdissant des sonos des aristos de la négociation au long cours. Pire l’agence RI, incapable de sortir le moindre tract de la qualité de celui du PCI ou des camarades de Tumulto de Toulouse (avec Controverses), nous resservent les tracts… des anarchistes ! Quelle décadence !
Une chronologie honnête contient les déclarations des protagonistes des deux bords sinon elle ne sert à rien pour comprendre le déroulé des événements ni en tirer la leçon. Leur chronologie ne fait qu’exagérer d’éventuelles discussions au coin de la rue et des AG interprofessionnelles virtuelles, ou qui furent inconsistantes comme en 1995. La seule révélation de la « trahison systématique » des syndicats, portée par le déambulateur du CCI (ce squelette du parti) est le bluff des AG par catégories et par étages (bof comme si on le savait pas); mais avec un simplisme manichéen, les « enseignements pour le prolétariat mondial » se résumeraient à ces cortèges lassants d’une foule « trahie » par les méchants syndicats. Trahie au bout de la rue ?
L’échec du mouvement se résume-t-il à la perpétuelle trahison des méchants syndicats ?
DU DANGER OPPORTUNISTE DE LA PROPAGANDE GENERALISTE ET GREVEGENERALISTE
Avant de radoter pour les diverses « autonomies » de la lutte et « d’extension massive de la lutte et de la solidarité », un réel parti politique aurait analysé la situation : quelles forces en présence ? comment l’attaque a-t-elle été préparée par la bourgeoisie ? quels objectifs donner au mouvement s’il se « durcit » ?
Si l’agence RI s’était posé ces questions, elle aurait tenu compte :
- Du fait que la classe ouvrière ne subit que des échecs depuis 1993 sur cette question des retraites, qu’elle est encore incapable de relever la tête tant qu’elle ne saura pas prendre les risques nécessaires pour une véritable confrontation (grèves et rejet des syndicats)
- Que le gouvernement a clairement laissé entendre qu’il ne toucherait pas aux régimes spéciaux et qu’il a ainsi rassuré les aristocraties syndicales du secteur public, qui ont pu ainsi organiser mollement et sans risques les promenades successives ;
- Qu’il n’y avait aucune grève pour être le socle à une véritable généralisation des luttes, excepté la grève des raffineries ordonnée (et arrêtée brutalement sans raison par les syndicats en temps et en heure), pour démontrer aux jusqu’auboutistes dans leur rang (qui étaient persuadés qu’il suffisait de bloquer l’essence pour mettre Sarko KO) que ce blocage ne servait à rien
- Que la « trahison » attendue des syndicats n’est pas venue comme d’ordinaire – ils accompagnent des enterrements sans risques et sans trop s’exposer (cf. le langage abstrait et ambigu des grands bonzes aristocrates) – et a été supplantée par l’habituelle « radicalisation » gauchiste et anarchiste (il est vrai que Sarko a manqué son coup en espérant que les lycéens – pas les petits bourges étudiants – allaient casser).
- En profiter pour offrir au prolétariat universel une analyse plus large de la SIGNIFICATION de l’attaque sur les retraites comme des expressions de fin de vie du capitalisme, et OSER dire que la retraite, comme le salariat, sera supprimée dans le communisme.
Au lieu de cette réflexion, l’agence RI a réagi avec lâcheté, suivant les troupes anarcho-syndicalistes. Sommet de cet opportunisme syndicaliste, est la reproduction d’un tract d’une assemblée générale de Saint Sernin à Toulouse, Le tract présenté comme « Des tentatives de lutter en dehors du contrôle syndical » est si bref et pauvre en généralités qu’il ne sert qu’à amplifier la sono syndicale pour les présents. Il appelle à la fusion de tout et n’importe quoi à l’exemple improbable de la Grèce. Plus grave aucune critique n’est portée au tract d’une AG gare de l’Est à Paris, tract grèvegénéraliste de la plus belle eau… inter-classiste, où on lit que « … nous ne devons pas apparaître comme défendant des intérêts catégoriels mais ceux de toute la population travailleuse, y compris les petits paysans, marins-pécheurs ( !?), petits artisans ( !?), petits boutiquiers (ah ah !), qui est jetée dans la misère avec la crise du capitalisme. Nous devons les entraîner et nous mettre à la tête de toutes les luttes pour mieux nous en prendre au capital ». On se demande bien qui est ce « NOUS » qui va prendre le pouvoir pour se mettre à la tête de toutes les couches de la population, mais cela ne pose pas problème à l’autiste agence de RI qui pense que ce « nous » ce sera elle !
La pire compromission de l’agence RI est enfin son « plein soutien » au tract de la CNT Toulouse : « Comment lutter ? Par une Résistance Populaire Autonome »( !?). Comme tout tract radical anarchiste il comporte quelques vérités mais surtout des billevesées critiques-critiques et archi-activistes habituelles de la mouvance anarchiste jusqu’auboutiste et infantile (actions menées en général conjointement avec les syndicalistes CGT et SUD), stupidités auxquelles l’agence en France du parti mondial de la révolution ne porte AUCUNE critique :
- « la conduite de la lutte n’est pas le monopole de qui que ce soit (fonctionnaires syndicaux ou autres professionnels, etc. » ; ahurissant ! donc cette conduite est aussi celle… des aristos syndicaux !
- « les revendications doivent être unifiantes pour éviter la mise en opposition entre les salariés, les consommateurs, voire les usagers » ; doublement ahurissant de voir se cotoyer cette catégorie syndicale « les salariés » aux côtés d’autres catégories qui peuvent être autant bourgeoises que prolétaires ou chômeurs !
- « Pour sensibiliser partout où c’est possible, à notre disposition : les barrages filtrants, les piquets volants sur les axes routiers… cortèges tintamarres (comme pour un mariage)… rassemblements devant Palais de Justice, Pole emploi, etc. »…
C’est ce qui s’appelle organiser la dispersion. C’est le credo complémentaire, aux côtés des « réformistes » des syndicats pour tous les connards de léninistes anarchistes et de gauchistes conseillistes pour « apporter la conscience de l’extérieur » ou pour « sensibiliser » comme ils disent les millions de prolétaires qui avaient bien besoin d’eux pour se rendre compte qu’ils étaient floués par le gouvernement et que celui-ci tomberait comme une prune avec quelques barrages routiers et les petites phrases des chefs aristocrates syndicaux à la veille de chaque JA !
La secte CCI était morte depuis ses procès de Moscou au milieu des années 1990, son cadavre dégage encore les odeurs pestilentielles des égouts de la petite bourgeoisie intellectuelle. Les étudiants, ces carriéristes de plus en plus floués par la crise, sont encore montrés aux prolétaires comme exemplaires avec leur victoire contre le CPE qui a encore aggravée le chômage des fils de prolétaires sans diplômes. Le cadavre du CCI pue encore plus lorsqu’il prétend fin octobre qu’en France « s’accroît la solidarité entre différents secteurs ». Ce mensonge est une couronne de fleurs mortuaires offerte aux fossoyeurs syndicaux.
FAUSSE RESSOURCE DE L’ACTIVISME
Un article de la revue bordiguiste Programme communiste (texte de Milan 1952, republié en 1971) avait déjà cloué au pilori la décadence politique des sectes comme RI-CCI ; Extraits :
« 1 - Il existe une objection courante, qui n'a elle-même rien d'original, puisqu'elle a déjà accompagné les pires épisodes de dégénérescence du mouvement ouvrier - c'est celle qui consiste à sous-estimer la clarté et la continuité des principes et qui incite à «être politique», à se plonger dans l'activité du mouvement, qui indiquera lui-même les voies à prendre; à ne pas s'arrêter afin de décider en étudiant des textes et en tirant les leçons d'expériences précédentes, mais à poursuivre son chemin sans trêve dans le vif de l'action.
2 - Cet activisme pratique est à son tour une déformation du marxisme, soit qu'il veuille mettre en premier plan l'esprit de décision et la vivacité de groupes de direction et d'avant-garde sans grands scrupules doctrinaux, soit qu'il réduise tout à la décision et à la consultation «de la classe» et de ses majorités, sous couvert de choisir la voie que, poussés par l'intérêt économique, la plupart des travailleurs préfèrent. Ce sont de vieux trucs, et jamais aucun traître, vendu à la classe dominante, n'a quitté le Parti sans soutenir primo, qu'il était le meilleur et le plus actif défenseur «pratique» des intérêts ouvriers; secundo, qu'il agissait ainsi de par la volonté manifeste de la masse de ses partisans ou... de ses électeurs.
3 - La déviation révisionniste, par exemple l'évolutionnisme réformiste et légalitaire de Bernstein, était au fond activiste et non ultra-déterministe. Il ne s'agissait pas de remplacer le but révolutionnaire trop élevé par des revendications limitées que la situation permettait d'obtenir, mais de fermer les yeux devant la brûlante vision de l'arc historique complet. On disait: le résultat du moment est tout, proposons-nous des buts immédiats et limités, à l'échelle non pas universelle, mais locale et transitoire, et il sera possible de modeler de tels résultats par la volonté. Des syndicalistes partisans de la violence, à la Sorel, dirent la même chose et finirent de la même façon: les premiers se préoccupaient davantage d'arracher des mesures législatives par la voie parlementaire, les seconds de remporter des victoires catégorielles et au niveau de l'entreprise; mais les uns et les autres tournaient le dos aux tâches historiques ».

samedi 13 novembre 2010

LES SYNDICATS FRANCAIS FONT LA MANCHE


Le grave problème de l’heure, la survie du couple Chérèque-Thibault, ne nous ayant pas effleuré, l’obscure intersyndicale nous annonce que les grévistes vont être indemnisés. Quels grévistes et pour quelles journées? On sait pas. La CFDT donnerait une aumône de 18 euros à ses adhérents (peu nombreux à avoir été longtemps en grève), ce qui s’appelle priver Paul pour récompenser Pierre. La CGT promet de donner à tous et ne donnera rien. Et ceux qui ont perdu leur journée de travail par défaut de transport qui les indemnisera ?
« Les syndicats CGT du groupe Total ont annoncé vendredi que les fonds récoltés en solidarité avec les salariés des raffineries qui ont cessé le travail durant 18 jours contre la réforme des retraites seront reversés à tous les grévistes. La CFDT a quant à elle prévu d'indemniser ses seuls adhérents grévistes, à hauteur de 18 euros par jour non travaillé, et avec ses propres fonds.
Titre de Libération : La CGT indemnise l'ensemble des travailleurs
«L'ensemble des fonds reçus» en solidarité «servira intégralement à compenser les heures de grève des salariés grévistes, qu'ils soient adhérents ou non d'une organisation syndicale», a affirmé dans un communiqué Charles Foulard, coordinateur CGT du groupe Total (6 raffineries sur 12 en métropole). Charles Foulard souligne que «des fonds de solidarité» en faveur des grévistes dans les raffineries continuent d'affluer - «plusieurs comptes bancaires spécifiques ont été mis en place» - et un chiffrage sera rapidement établi. «Un minimum d'heures de grève, non indemnisées, sera fixé dans chaque établissement» le cas échéant intersyndicalement, ajoute-t-il en assurant «la traçabilité et la transparence» de l'opération ».
OK mais alors on veut micro et caméras de TF1 comme au Téléthon ou lors des soirées électorales pour contrôler la distribution des fonds récoltés. « Ceoim » corrige sur le forum de Libé les mensonges dont la CGT a l’habitude : « La CGT SNCF qui faisaient la manche lors des manifs dans ma sous-préfecture de Charente Maritime à reversé les sommes collectées uniquement à ses adhérents grévistes. Donc cet article est au moins partiellement mensonger. La CGT, c'est bien ce syndicat qui avait envoyé son "service d'ordre" pour déloger manu militari des sans papiers ? A quand en France des syndicats à l'allemande, qui ne font pas de politique mais qui ont les couilles et les moyens de peser quand ils décident de bouger ? Tiens à propos de réforme des retraites, rien n'est joué en Allemagne sur l'allongement à 67 ans en 2029 dont on nous assure continuellement que ça a été accepté sans faire de vagues ». Ceoim rêve sur l’Allemagne où les barnums syndicaux sont et seront très fragiles si çà pète hors des entreprises. Le syndicalisme pépère et confortable à l’allemande c’est fini avec les durs impondérables de la crise systémique. La procédure d'indemnisation «existe depuis 1974», explique Mme Karvar de la CFDT mais, selon les statuts, elle doit concerner les seuls mouvements «internes aux entreprises», mais la confédération a décidé à titre «exceptionnel» de l'étendre au mouvement interprofessionnel sur les retraites. La mère Karvar aurait mieux fait de proposer de … cotiser pour les retraites raccourcies…
C'est pour se racheter de leurs 8 enterrements que les deux jumeaux syndicaux font la manche?
D'abord les 18 euros par jour de la CFDT c'est jouer au syndicat allemand et se ficher du monde, une aumône! Ensuite les quêtes syndicales CGT ou CFDT c'est toujours louche et on ne sait jamais qui en bénéficie. Ensuite encore c'est tenter de faire avaler la défaite perpétuelle - depuis Balladur la lutte de défense des retraites a TOUJOURS échoué! - avec des clopinettes. C'est comme le paiement des jours de grève en général qui m'a toujours fait rire, moyen pour syndicat, patronat et Etat de faire passer l'essentiel au second plan. On vous baise mais on en rajoute une louche!

Laissons la conclusion à Gile sur le forum de Libé ce matin :

« Après ces semaines de mascarade, on fait quoi ? Stop ou encore ?? J'ai pas de conseils à donner à Thibault et Chérèque mais vu la râclée qu'ils ont prise, je leur suggérerais de cesser de fanfaronner sur l'air du "au bout jusqu'à la victoire" car le bout on y est et c'est la cata pour les centrales syndicales qui vont laisser la peau des fesses dans ce conflit, tant en crédibilité qu'en finances. Mais s'ils veulent encore se tabasser, qu'ils fassent comme fait le PS, c'est à dire réunir les instances dirigeantes du syndicat, mettre sur la table un projet de programme et..................... se crêper le chignon entre anciens et modernes.

dimanche 7 novembre 2010

1 REFORME ET 8 ENTERREMENTS



Histoire des trois grands acteurs de la lutte pour des retraites diversifiées et inégalitaires : FLUX, REFLUX et AFFLUX

FLUX

Les médias se mélangent les pinceaux : il n’y a pas eu seulement 8 manifs cette année mais 11 dont 3 samedi pour «élargir au privé et aux lycéens et étudiants ». Manifs tortillard. Manifs de corbillards à chaque fois. Plus difficile à manœuvrer que les cortèges étudiants la « multitude salariée » a été plus longue à épuiser, bien qu’elle ait été surtout composée de vieux prolétaires et des bénéficiaires des régimes spéciaux, qui les ont conservés mais qui savent qu’ils passeront tôt ou tard à la casserole. Il y avait, il faut le reconnaître sans concession à l’attaque gouvernementale, une certaine absurdité à vouloir combattre une vilenie anti-ouvrière en espérant l’empêcher alors que seule une lutte offensive l’aurait permis. Suffit la mascarade des défilés flonflons ! Vous en redemandez ? Ils peuvent vous en resservir encore fin novembre ! Les bonzes auront eu du mal à calmer les troupes mais s'ils y sont arrivés. C'est pas de leur faute. Les "suivistes" croyaient triompher en marchant à pied avec des drapeaux bleu blanc rouge en chantant des conneries, et que ce serait suffisant pour faire plier la bourgeoisie? Pour ces milliers qui ont cru au père Noël avant décembre c'est une victoire il débarque bientôt et on le nomme d'ordinaire Saint Nicolas...
Prenons tous ensemble (sic) un peu de recul : TOUTES les protestations contre les attaques successives sur les retraites ont été DEFAITES de la même manière : tous les défilés du monde n’y ont rien changé, au contraire. L’aristocratie syndicale a joué le même scénario à chaque fois :
1. Unité des syndicats pour défiler une fois tous les quinze jours,
2. Déclarations fiers à bras des chefs syndicaux contre leurs employeurs du gouvernement (les syndicats dépendent du ministère du travail… même si certains de leurs chefs sont payés par la caisse de retraite des concierges…)
3. Un peu de violences dans la rue avec la peu discrète participation de provocateurs professionnels avec flics en baskets,
4. Quoique la tactique du casseur jusqu’auboutiste ait peu fonctionné pour impressionner « l’opinion publique », les chefs syndicaux ont dénoncé des « agissements policiers » alors que naguère ils s’en servaient pour dénoncer leurs bases gauchistes « irresponsables ».
5. Fin du scénario : les syndicats se divisent en laissant un seul jouer les jusqu’auboutiste (comme par hasard le chouchou du gouvernement la CGT qui va pouvoir ainsi ramasser le max de voix aux élections professionnelles).

REFLUX

Il n’y a rien de pire qu’un mouvement social qui se termine en eau de boudin. A ce titre la bourgeoisie triomphe. On ne peut plus appeler un chat un chat. Ce n’est sur les forums qu’invectives et insultes. Comme toujours, comme au moment de l’Affaire Dreyfus, comme à la veille de la guerre, comme au second tour des élections bourgeoises, vous êtes sommés de choisir entre deux camps sinon vous êtes un traître pour les deux. Il n’y a plus de place que pour les enculeurs et les enculés.
Le rouleau compresseur idéologique écrase les derniers manifestants trempés jusqu’aux os dans le crétinisme syndicaliste anti-sarkozyste primaire :
- Le gouvernement de la bourgeoisie se garde de triompher en chantant, seul un vague porte-parole adjoint « s’est borné à estimer » qu’il faut que cela cesse sinon les syndicats « se tireraient une balle dans le pied » ;
- Le principal collabo de l’Etat Chérèque, avec des précautions de sénateur pervers conçoit « qu’il y ait une mobilisation légèrement inférieure, compte tenu du fait que la loi a été votée ». Ce qui s’appelle voter en touche. Et a ajouté, avec le ton du sacristain « il est exclu que la mobilisation puisse faire reculer Sarkozy » et expliqué qu’il faut revenir « aux éléments de la crise, chômage des jeunes et des seniors ». Ce qui s’appelle syndiquer en touche.
- Mailly de FO a déploré « un certain gâchis dans la conduite du mouvement par les syndicats ». Quel gâchis ? L’unité a été parfaite jusqu’au coin de la rue ! Comme Chérèque il fait dépendre l’affaiblissement du mouvement non des processions syndicales nunuches mais de « l’adoption de la réforme des retraites au parlement » (ce dont pourtant se fichaient les manifestants)
- Le PS par la voix de son éléphantineau Benoît Hamon a confirmé sa vision parlementaire des prolétaires floués : « mouvement exceptionnel de solidarité entre Français du public et du privé » ; et les autres « français » ou « immigrés » au chômage il s’en tape le coquillard ?
- Comme le PS, sabre au clair, Bernard Thibault sera jusqu’au bout « avec les Français et avec les syndicats » (pardon celle-là était encore de Hamon), non Thibault s’est contenté de dire « la CGT ira jusqu’au bout », ajoutant avec les phrases lumineuses d’abstraction dont il est coutumier, sabir aristocrate que seuls ses compères aristos syndicaux comprennent : « il n’est pas aberrant qu’il y ait une séquence de long combat du flux et du reflux ». Flux et reflux sont donc les nouveaux héros de la saga syndicale jusqu’aux élections professionnelles qui permettront la victoire du troisième larron : Afflux... des prébendes de l’Etat.

AFFLUX

Psychologie du syndiqué de base

1) Sarko est un salo
2) je n'ai pas assez collé de badges couleur orange de mon syndicat
3) je veux encore manifester dans la rue derrière le camion sono ou porter le gros ballon de mon syndicat
4) je pense qu'il fallait frapper plus fort au début grâce à l'unité des syndicats qui sont toujours avec nous au début
5) hélas grand malheur les syndicats pour la première fois de leur histoire se divisent
6) heureusement mon syndicat, la CGT, "ira jusau'au bout de la rue
7) la CFDT réformiste est morte pour les élections professionnelles bientôt
8) tous ceux qui critiquent les syndicats sont les alliés objectifs de ce salo de Sarko, des sales umpistes à qui on cassera la gueule une fois qu'on aura viré ce salo de Sarko.

PS pour les syndicalophiles acharnés : pas vrai que les grands bonzes sont grillés à vie, à chaque fois depuis 15 ans ils reprennent la tête des "troupes" qui les suivent lesquelles oublient que Chérèque et Thibault s'étaient fait virer des manifs en 2003 et 2007.
L'alzheimer est le mal de la classe ouvrière, c'est pas guérissable pour 1/3 des militants de l'appareil gouvernemental CGT qui sont... retraités. Signe du désarroi qui s'est installé suite à ce long fleuve tranquille pour une retraite heureuse dans le capitalisme, les ouvriers licenciés de Molex, après avoir un peu espéré des syndicats vont prier le bon dieu... navrant mais ils sont aussi les victimes de l'absence de parti crédible et de la politique des syndicats pourris.
Enfin, arrêtez tous les invectives. Parlons entre nous hors des enceintes des flics syndicaux: le problème n'est pas le retraite en soi mais l'avenir du capitalisme. Est-ce que vous croyez qu'il peut s'améliorer? Est-ce que vous croyez en un véritable changement de société possible? Est-ce que vous pensez que, nous les millions de prolétaires, on est incapable de se réunir pour discuter et élire nos propres organisations, les contrôler, INTERDIRE LES CONCILIABULES SECRETS, FAIRE COMME LES OUVRIERS POLONAIS EN 1981: mettre des micros dans toutes les réunions au sommet, avec ou sans intersyndicales pour contrôler et contester ce que tout "représentant" peut dire ou "magouiller"..
répondez là dessus et la discussion pourra s'engager.

REPONSE A UN BOBO SOCIALO
La fraction bourgeoise, le PS en opposition, n'a plus de programme because on est plus en 1981 mais 30 ans plus tard avec une énorme crise économique et que le PS ne tient pas à assumer. Par respect pour le quinqua bobo que tu es, permet-moi de te dire qu'il faut un paquet d'année pour fabriquer un leader à gauche ou un leader à droite comme présidentiable et que ledit leader se prenne deux ou trois vestes avant d'y parvenir: Mitterrand a mis dix ans, pour les autres (Rocard, Jospin, Fabius, etc.) c'était trop court. Lula au Brésil a mis 15 ans après deux échecs. Voilà juste pour te dire que deux ans c'est trop court pour fabriquer un nouveau ténor de la gauche bourgeoise! Donc tes amis et directeurs de conscience bobo et trotsko peuvent jouer les contestataires tranquillement - et de toute façon ils nous fourniront un zozo pour la forme au moment de la future mascarade électorale - qui sera battu et vous, les idiots de base viendrez encore pleurnicher que "l'ouvrier fait son propre tort lui-même" en votant Sarko ou Marine.

mercredi 3 novembre 2010

VILE MULTITUDE


M. Thiers. […] Maintenant, ces hommes que nous avons exclus, sont-ce les pauvres ? non. Ce n’est pas le pauvre, c’est le vagabond, qui souvent, par des moyens licites ou illicites, gagne des salaires considérables, mais qui ne vit pas dans un domicile à lui appartenant ; qui se hâte, quand il est sorti de l’atelier, d’aller au cabaret, qui ne met aucun intérêt à son domicile, aucun. Savez-vous pourquoi ? Qui ne met aucun intérêt à son domicile parce que souvent il n’a pas de famille, ou quelquefois, quand il en a, il ne l’intéresse pas à l’asile qu’il habite.
Il y a une quantité de ces vagabonds qui ont des salaires considérables ; d’autres qui, par des moyens illicites, gagnent suffisamment pour avoir un domicile, qui n’en veulent pas avoir. Ce sont des hommes qui forment, non pas le fond, mais la partie dangereuse des grandes populations agglomérées ; ce sont ces hommes qui méritent ce titre, l’un des plus flétris de l’histoire, entendez-vous, le titre de multitude. Oui, je comprends que certains hommes y regardent beaucoup avant de se priver de cet instrument ; mais des amis de la vraie liberté, je dirai les vrais républicains, redoutent la multitude, la vile multitude, qui a perdu toutes les républiques. Je comprends que des tyrans s’en accommodent, parce qu’ils la nourrissent, la châtient et la méprisent (Vive approbation et bravos à droite). Mais des républicains chérir la multitude et la défendre, ce sont de faux républicains, ce sont de mauvais républicains. (Même mouvement). Ce sont des républicains qui peuvent connaître toutes les profondeurs du socialisme, mais qui ne connaissent pas l’histoire. Voyez-la à ses premières pages, elle vous dira que cette misérable multitude a livré à tous les tyrans la liberté de toutes les républiques. C’est cette multitude qui a livré à César la liberté de Rome pour du pain et des cirques. (Très-bien ! très-bien !)
C’est cette multitude qui, après avoir accepté en échange de la liberté romaine du pain et des cirques, égorgeait les empereurs ; qui tantôt voulait du misérable Néron, et l’égorgeait quelque temps après, par les caprices aussi changeants sous le despotisme qu’ils l’avaient été sous la république ; qui prenait Galba, et l’égorgeait quelques jours après parce qu’elle le trouvait trop sévère ; qui voulait débaucher Othon ; qui prenait l’ignoble Vitellius, et qui, n’ayant plus le courage même des combats, livra Rome aux barbares. (Applaudissements à droite. – Agitation.)
C’est cette vile multitude qui a livré aux Médicis la liberté de Florence ; qui a, en Hollande, dans la sage Hollande, égorgé les Witt, qui étaient, comme vous le savez, les vrais amis de la liberté ; c’est cette vile multitude qui a égorgé Bailly, a applaudi au supplice, qui n’était qu’un abominable assassinat, des Girondins ; qui a applaudi ensuite au supplice mérité de Robespierre ; qui applaudirait au vôtre, au nôtre ; qui a accepté le despotisme du grand homme, qui la connaissait et savait la soumettre ; qui a ensuite applaudi à sa chute, et qui, en 1815, a mis une corde à sa statue pour la faire tomber dans la boue. (Applaudissements et bravos répétés sur tous les bancs de la majorité.)
M. Bixio. Ce sont des mouchoirs brodés qu’on lui avait attachés au cou.
M. Napoléon Bonaparte, de sa place. Ce sont les royalistes (Vive agitation.)
M. Thiers. C’est cette multitude… (Interruption.)
M. Napoléon Bonaparte. Je demande la parole…
De toutes parts, à droite. A l’ordre ! à l’ordre !
M. Napoléon Bonaparte. Je demande…
M. le président. M. Napoléon Bonaparte, je vous rappelle à l’ordre.
M. Thiers, se retournant vers M. Napoléon Bonaparte. Et vous, qui m’interrompez, et à qui…
M. Napoléon Bonaparte, de sa place. Voulez-vous me permettre…
Au centre et à droite, avec force. Non ! non !

[La querelle s’envenime, Thiers s’en prend aux choix politiques de Bonaparte, qui demande de nouveau la parole, est rappelé à l’ordre avec inscription ; la censure est votée contre lui à une grande majorité, le tumulte augmente, les membres de l’extrême-gauche font de très vives réclamations et quittent l’hémicycle, puis reviennent… le silence finit par se rétablir]

[…]
M. Napoléon Bonaparte. J’ai été rappelé à l’ordre, et même un vote de censure a été proposé. Avant qu’il ne soit prononcé, j’ai le droit, aux termes du règlement, de m’expliquer. Je me suis permis d’interrompre M. Thiers ; j’ai été, je l’avoue, emporté par un vif sentiment, que je n’ai pu maîtriser, quand j’ai entendu M. Thiers dire… (Interruption) que c’était le peuple.
De toutes parts, à droite. Non ! non ! la multitude !
M. Thiers. Non ! non ! j’ai dit : la multitude.

[Bonaparte réagit ensuite contre l’attaque personnelle dont il a été victime. « Vous n’avez pas plus le droit de me demander pourquoi je siège de ce côté, que moi je n’ai celui de vous demander pourquoi vous siégez de l’autre ». La censure est votée une nouvelle fois contre lui]

[…]
M. Thiers. En France, Messieurs, quoi qu’en dise la calomnie, il n’y a partout, sur tous les bancs, dans tout le pays, que des vaincus de Waterloo, et je suis sûr que je ne serai démenti par personne. (Marques très-vives d’approbation à droite). Ce n’est pas le nom du peuple que j’ai prononcé ; je sais que la calomnie est toute prête ; je vais la déjouer d’avance ; j’ai dit c’est la vile multitude ; ce n’est pas là le peuple, ce n’est pas le vrai peuple.
Eh bien, écoutez, la France nous juge, elle sait la langue française, quoiqu’on la défigure bien indignement, elle sait ce que veut dire le peuple et ce que veut dire la multitude, elle comprendra mes paroles. Tant pis pour ceux qui veulent défendre la multitude, je leur laisse cet honneur, quelque nom qu’ils portent.
Je leur laisse ce triste honneur ; ce n’est pas le peuple, le vrai peuple qui incendie les palais, les statues, égorge à Paris, qui verse le sang…
A droite. C’est vrai ! c’est vrai !
M. Labrousse. Ce n’est pas la multitude qui a assassiné le maréchal Ney.
M. Thiers. Le peuple, le vrai peuple, celui que nous voulons appeler dans les comices, ce vrai peuple, il souffre des crimes de ce que j’appelle la multitude. Quand vous avez troublé le pays, que vous l’avez troublé sous prétexte de le rendre heureux et de le faire marcher plus vite dans la voie de la liberté, c’est ce vrai peuple, répandu dans vos campagnes, qui souffre, qui travaille, qui paye vos fautes, vous qui vous dites ses amis. (A droite. Très-bien !)
[…]
Moniteur universel, 25 mai 1850