"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 23 juillet 2010

LA LITTERATURE ECULEE D’UNE SOCIETE FINISSANTE




AMOUR AMOUR

Par Octave Mirbeau (1925)

A part quelques rares exceptions, peu encouragées d’ailleurs, la littérature ne s’élève guère dans la région supérieure des idées, des connaissances expérimentales et des hautes spéculations psychiques. Elle demeure, immuablement, à l’état de divertissement public. Son rôle social est d’amuser les oisifs et les passants, de faire rêver les femmes ; elle ne l’entend pas autrement. Si, parfois elle tente une incursion timide dans le domaine intellectuel, la critique, chargée de veiller au maintien du bon ordre littéraire, pousse des cris d’alarme. Il lui faut de l’amour. Et le public qui lit et qui achète, répète avec la critique : « Il me faut de l’amour ».
Alors que la science s’efforce de désembroussailler les sources de la vie de toutes les erreurs métaphysiques qui les cachent, mornes ronces, à notre raison ; alors qu’elle conquiert des mondes inexplorés, qu’elle interroge l’infini de l’espace et l’éternité de la matière ; alors qu’elle va, cherchant au fond des mers primitives, la matière primordiale d’où nous sortons et qu’elle suit son long développement à travers les millions d’années et les millions de formes, jusqu’à son évolution la plus parfaite, l’homme ; la littérature, elle, en est encore à vagir de pauvres chansons sur deux ou trois sentiments artificiels et conventionnels qui devraient cependant être bien épuisés, depuis le temps qu’ils servent à nous amuser, car il paraît qu’ils nous amusent.
Elle n’a tiré aucun profit, pour son rajeunissement, des modes magnifiques et nouveaux d’éducation que la science lui apporte, ni des beautés esthétiques nouvelles qui en peuvent surgir. Avec une obstination invincible, elle se refuse à entrer avec elle, ouvert à toutes les activités mentales et artistes de l’homme. Et elle s’acharne à l’amour, c'est-à-dire à l’unique et palpitante question des avoir si Jean épousera Jeanne, et si Pierrette trompera Pierre, et de quelle façon et vice versa. Il lui faut de l’amour.
Là-dessus tous les littérateurs sont d’accord, naturalistes, idéalistes, véristes, modernistes et psychologues. Des œuvres comme Germinal où Zola nous montre le terrible et étrange fantôme de la question sociale, sont rares. Elles sont rares aussi, celles qui, comme l’Anna Karénine, de Tolstoï et le Mal du siècle de Nordau, remuent les idées profondes et projettent de puissantes lumières sur l’avenir de l’humanité. Et l’on a bien vite faite de revenir aux alcôves adultères où l’amour bêle sa complainte éternelle.
Quand on y réfléchit une minute, il arrive une chose incroyable et folle. Dans le guignol littéraire, les personnages de roman n’expriment et ne possèdent qu’une préoccupation : aimer. Ils aiment depuis la première page jusqu’à la dernière, et lorsqu’ils ont fini d’aimer dans un livre, ils recommencent dans un autre. C’est à croire qu’ils ont une anatomie spéciale et inachevée, car, avec une facilité étonnante, ils suppriment tous les autres besoins de la vie physique, une particulière structure crânienne, car, d’un trait de plume, ils biffent toutes les manifestations de la vie intellectuelle, peu différents de ces crétins des Alpes, à l’occiput aplati, au cerveau dépourvu de circonvolutions et de matière grise, à qui, dans la nuit de leur animalité inférieure, il ne reste de vivant et de fonctionnant que l’instinct sexuel.
L’amour a du bon. On lui doit, dans la jeunesse, des heures d’illusion charmante, des croyances vite déçues, et des douleurs aussi, rarement fécondes. De plus il invite l’homme à des actes anormaux, les uns tragiques, les autres comiques, tous ou presque tous d’une démence significative, dont l’étude est intéressante mais trop encombrée. Enfin, il continue l’espèce, malgré lui. L’amour est à la fois délicieux, extravagant, déshonorant, abêtissant, criminel et reproducteur. Il est donc juste qu’il ait dans la littérature la place importante qu’il occupe dans la vie. Mais dans la vie, il n’y a pas que l’amour. Oserai-je dire qu’il y a beaucoup d’autres choses, sans qu’il y paraisse ?
M. Francis Magnard demandait, l’autre jour, que, après l’histoire éternelle, éternellement contée de notre cœur, quelqu’un voulût bien se décider à écrire enfin l’histoire de notre cerveau. Voilà un organe bien négligé. Pourtant ce serait un beau livre à faire, et les matériaux ne manquent pas. « Le monde est étroit, dit Schiller, le cerveau est vaste ». Et Huschke s’écrie : « Le cerveau est le temple de ce qui nous intéresse le plus au monde. Oui, la destinée du genre humain est étroitement liées aux 65 ou 70 pousses de la masse cérébrale, et l’histoire de l’humanité s’y trouve inscrite, comme dans un grand livre plein de hiéroglyphes ». Il y a peu de chances, pourtant, qu’un tel livre soit tenté, de longtemps, dans la littérature, du moins. Les raisons en sont nombreuses et excellentes, en dehors de l’incurable ignorance dont sont atteints les littérateurs modernes. D’abord le sujet manquerait de cette gaieté saine et de cette émotion cordiale, tant recommandées par les critiques qui tournent leurs pouces sur le nombril de M. Renan ; et le livre qui risquerait pareille aventure risquerait fort de ne pas se vendre. Or les livres ne sont faits que pour être vendus ; et l’amour seul se vend chez les éditeurs, aussi bien que sur les trottoirs. La littérature est un commerce comme un autre, plus exigeant qu’un autre, en ce sens qu’il se meut dans un cercle de production étroit et restreint aux choses de l’amour. Les littérateurs sont bien forcés d’en vendre. Ils en vendent en boîte, en sac, en flacon, en bouteille. Ils en vendent de frais, de conservé, de mariné, de fumé. L’étonnant est qu’après en avoir tant vendu, ils en aient encore à vendre, sous quelque forme que ce soit.
Stuart Mill, qui n’était pas un fantaisiste, en sa qualité de logicien, mais qui aimait la musique, comme la seule consolation aux angoisses morales qui l’assaillirent durant une période critique de sa vie, faillit devenir fou, à la pensée soudaine que les accords musicaux pouvaient s’épuiser. « L’octave, écrit-il dans ses Mémoires, se compose de tons et de demi-tons, qui ne peuvent former qu’un seul nombre de combinaisons dont quelques unes seulement sont belles. La plupart ont déjà été inventées ? Il pourrait donc arriver que l’humanité ne vît plus naître un second Mozart ». Cette crainte l’amena au seuil du suicide.
Nous n’avons pas à redouter une catastrophe semblable en ce qui concerne l’amour. Les tons et demi-tons de son octave ont depuis longtemps épuisé leurs combinaisons ; et l’humanité voit, tous les jours, naître des romanciers qui recommencent sans jamais nous fatiguer, les combinaisons littéraires de leurs aînés. D’ailleurs, il ferait beau voir qu’ils voulussent imposer au public une autre marchandise dont celui-ci n’aurait ni l’habitude, ni l’emploi. Nous avons déjà assisté à une révolution terrible et qui faillit mal tourner pour les littérateurs. Autrefois, l’amour était, dans les œuvres dites d’imagination, l’exclusif privilège des hautes classes. Il fallait être au moins baron ou vicomtesse pour avoir droit à l’amour des romanciers. Qu’une blanchisseuse par exemple, et un menuisier pussent s’aimer, cela ne se concevait pas. On savait bien qu’ils faisaient des enfants, mais c’était sans doute, un effet du hasard et non un résultat de l’amour.
Quelques écrivains hardis et brutaux, rompant tout à coup avec la tradition des amours élégantes et titrées, imaginèrent d’introduire dans leurs romans des blanchisseuses, des menuisiers et de les faire s’aimer comme s’ils étaient des marquises et des ducs. C’était une prétention insoutenable et malhonnête. Aussi le scandale fut-il énorme. On protesta au nom du bon goût, de la morale et de la vérité. Les critiques décidèrent que c’était la fin du monde. Mais les écrivains novateurs tinrent bon. Ils déclarèrent en de mémorables préfaces, où il était question de déterminisme, d’enquête sociale, de sciences naturelles, que non seulement ils continueraient à faire s’aimer menuisiers et blanchisseuses, mais qui on leur cherchait noise, ils les « feraient penser ». Devant cette menace, le scandale s’apaisa peu à peu, et l’on se dit, après tout, que si improbable que fut l’amour d’une blanchisseuse, c’était encore de l’amour, et que cela valait mieux que rien.
Aujourd’hui les critiques ont fini de lutter. Ils acceptent le mouvement, c’est-à-dire qu’ils s’en désintéressent d’une façon absolue, qu’ils ne s’occupent plus que de dîner en ville et de se pousser les uns les autres aux honneurs et aux succès. M. Jules Lemaître célèbre M. Anatole France ; M. Anatole France célèbre Jules Lemaître, et, dans la Revue des Deux-Mondes, le tendre M. Brunetière , parlant de Voltaire et de M. Faguet, nous montre un tout petit Voltaire et un très grand Faguet. Il va sans dire que M. Faguet rend à M. Brunetière sa politesse. Cela n’en finit plus et nous vaut des volumes presque aussi nombreux que le roman d’amour où l’on voit, non sans émotion, les critiques se tresser de réciproques couronnes et parler de leur génie, avec de touchantes piétés. Entre temps, ils renaissent. Il est vrai qu’ils tolèrent encore à côté d’eux trois écrivains non point à cause de leur talent indiscuté et de la beauté de leurs œuvres, mais parce que les deux premiers sont priés chaque jour, à des tables recherchées, et que le troisième est marin. Cela les étonne et ils admirent.
Tel est l’état actuel de la littérature. Il n’y a pas d’indice pour qu’il change de longtemps. Nous sommes encore condamnés à de longs adultères et à d’innombrables « Dis-moi que tu m’aimes ». Et la plume qui doit écrire le livre rêvé par M. Magnard, le livre qui contiendrait l’histoire contemporaine et toute neuve de nos idées, et non plus l’éternel recommencement de nos sentimentalités vieillottes, n’est pas près d’être forgée.
Pourtant le moment serait favorable à l’éclosion d’une telle œuvre. Nous sommes à une période historique, et probablement à la veille de grandes transformations. Il n’est pas besoin d’être un esprit profond pour comprendre que des événements se préparent, plus considérables qu’aucun de ceux qui se sont accomplis dans le passé. Les multiples découvertes de la science, le résultat des enquêtes biologique, anthropologique, astronomique, qui restituent à la matière les phénomènes que nous avons l’habitude d’attribuer à une force supra-naturelle, leur application au bien-être de l’humanité rendent l’heure que nous vivons particulièrement troublante. Les institutions politique, économique et sociale, toutes d’oppression et de mensonge, qui régissent les peuples ne correspondent plus à nos besoins ni aux idées qui éveillent en nous un rêve de justice, de liberté et de bonheur.
Nous oscillons entre un passé auquel nous ne croyons plus et un avenir encore incertain et mal défini qui nous effraie et nous attire en même temps ? Il en résulte un malaise général qui se traduit chez les uns par la résistance décuplée aux dépossessions fatales, chez les autres par l’impatience de précipiter le mouvement vers des formes de vie plus rationnelles, plus scientifiques.
En réalité nous ne sommes qu’au seuil de la civilisation. Si nous comparons la durée relativement courte du développement de la civilisation à celle des temps préhistoriques ; si, comme le remarque le grand Buchner, nous observons qu’une portion restreinte du globe se prépare à ce développement ; si nous songeons que la vitesse du progrès s’accroit au fur et à mesure de sa continuité ; si nous ne perdons pas de vue qu’au milieu de notre vie raffinée, subsistent encore, en nombre considérable, les impulsions et les instincts grossiers de notre passé barbare, et que le struggle for life, dont le caractère sauvage s’est transmis des animaux à nous, fait rage, toujours, parmi les hommes ; alors nous reconnaitrons que nous sommes à l’aurore de la civilisation et que nous n’avons parcouru qu’une petite partie du chemin de lumière ouvert devant nous. Nous nous croyons des décadents et nous ne sommes qu’une façon de sauvages. Un savant russe, le professeur W. Betz, je crois, en étudiant ce qu’il faut de fibres nerveuses et de cellules nerveuses pour l’élaboration d’une idée, a trouvé, dans le cerveau humain, une quantité prodigieuse de places vides, de steppes immenses peu utilisées, qui attendent pour se remplir et se fertiliser, l’ondée bienfaisante du Progrès et de l’Evolution.
Si la littérature est restée en arrière des sciences, dans la marche ascensionnelle vers la conquête de l’idée, c’est que, plus avide de succès immédiats et d’argent, elle a davantage incarné les préjugés, les routines, les vices, l’ignorance du public qui veut qu’on le berce avec des histoires de l’autre monde.

PS : Mirbeau est un écrivain considérable, toujours négligé en France. En Juin 1968, à Amsterdam, au milieu des fumées hallucinogènes de la faune hippie dans le vaste dancing Paradiso, un étonnant jeune hollandais me fît connaître cet auteur français, me confiant sa grande admiration et son projet de poursuivre son œuvre. Qu’est-il devenu ? En Hollande, Mirbeau est notoirement connu et apprécié. Il eût même pour lecteur un certain Pannekoek. Wikipédia fournit une très intéressante et complète biographie du grand Octave Mirebau. Ce grand démystificateur avait senti venir la révolution russe mais hélas est mort l’année de son surgissement.

mardi 20 juillet 2010

L’ETAT-RENTIER ET SES BOURGEOIS EN VIAGER


« Dans le même temps qu’on cessait en Angleterre de brûler les sorcières, on commença à y pendre les falsificateurs de billets de banque. Il faut avoir parcouru les écrits de ce temps-là, ceux de Bolingbroke, par exemple, pour comprendre tout l’effet que produisit sur les contemporains l’apparition soudaine de cette engeance de bancocrates, financiers, rentiers, courtiers, agents de change, brasseurs d’affaires et loups-cerviers ».
Marx (Les dettes publiques dans la genèse du capitaliste industriel)

« La bourgeoisie (...) a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste. »
(Manifeste du Parti Communiste, 1848).


LA SOURCE DU PROFIT MODERNE

Lorsque le capitaliste vend la marchandise produite dans son entreprise, la plus-value apparaît comme un excédent, un surplus aux coûts de production capitalistes. En déterminant la rentabilité de l’entreprise, le capitaliste confronte cet excédent avec le capital avancé, c’est-à-dire avec la totalité du capital investi dans la production. La plus-value, rapportée à la totalité du capital, prend la forme du profit. Comme la plus-value est comparée non pas au capital variable, mais à tout le capital dans son ensemble, la différence s’efface entre le capital constant, dépensé pour l’achat des moyens de production, et le capital variable dépensé pour l’embauchage de la force de travail. Il en résulte l’apparence trompeuse que le profit est le fruit du capital. Cependant, en réalité, la source du profit est la plus-value créée uniquement par le travail des ouvriers, uniquement par la force de travail dont la valeur est incarnée dans le capital variable. Le profit est la plus-value considérée dans son rapport à la totalité du capital investi dans la production ; elle apparaît, extérieurement, comme le fruit de ce capital. En raison de cette particularité, Marx appelle le profit une forme modifiée de la plus-value.
De même que la forme du salaire masque l’exploitation de l’ouvrier salarié, en faisant croire que tout le travail est payé, de même la forme du profit camoufle à son tour le rapport d’exploitation, en créant l’apparence trompeuse que le profit serait engendré par le capital lui-même. Ainsi les formes des rapports de production capitalistes estompent et masquent leur véritable nature. Les capitalistes s’efforcent, en exploitant au maximum les ouvriers, de freiner la baisse tendancielle du taux de profit. Cela aboutit à aggraver les contradictions entre prolétariat et bourgeoisie.

La loi de la baisse tendancielle du taux de profit accentue la lutte au sein de la bourgeoisie elle-même pour la répartition de la masse globale des profits. Dans leur course aux profits élevés les capitalistes dirigent leurs capitaux vers les pays retardataires, où la main-d’œuvre est meilleur marché et la composition organique du capital plus basse que dans les pays à industrie hautement développée, et ils jettent à la rue et suppriment la retraite des prolétaires des pays les plus puissants. Ensuite, pour maintenir paralysées les masses jetées au chômage ils chargent leurs délégués politiques de corrompre les syndicats et abondent en millions les caisses des différents partis officiel.
Enfin, soucieux de compenser la baisse du taux de profit en augmentant sa masse, les capitalistes élargissent le volume de la production au-delà des limites de la demande solvable. De ce fait, les contradictions résultant de la baisse tendancielle du taux de profit, se manifestent de façon particulièrement aiguë pendant les crises, tout comme la corruption généralisée du système démocratique ne peut plus être masquée. La loi de la baisse tendancielle du taux de profit est un des indices les plus frappants des limites historiques du mode de production capitaliste, comme les révélations sur la corruption généralisée à tous les échelons de l’Etat est l’indice de la pourriture avérée et masochiste de la classe déliquescente de plus en plus contrainte à frauder pour compenser sa perte de crédibilité face aux masses appauvries. Le régime bourgeois devient un obstacle à la paix sociale, un encouragement à la violence et à l’émeute. Il reste relativement protégé du lien de cause à effet par l’utilisation médiatique contestataire des journalistes corrompus et jaloux et par la bêtise anti-marxiste des dernières sectes d’extrême-gauche comme Lutte Ouvrière où grand-mère Arlette engage à « préparer le 14 juillet des travailleurs », après un titre pleine page « Gouvernement et milieux d’affaire : Une politique au service des riches ! ». La lutte des classes n’est plus selon le populisme trotskien qu’une lutte « contre les riches »… en les dépossédant à la manière stalinienne ! Et avec ce langage retors très électoraliste qui oublie tous les autres parasites de l’Etat rentier (les commerçants, les fonctionnaires syndicaux, les magistrats, les flics, etc.). On lit ceci dans l’édito du 19 juillet : « les seuls inutiles dans cette société, ce sont les grands bourgeois », et le résumé des révélations perçues par les activistes trotskiens : «Une sordide affaire de très gros sous, dans la famille de la femme la plus riche de France, a mis en lumière les relations qui existent entre les membres de la grande bourgeoisie et les hommes politiques à leur service. Et peu importe que tout se soit passé en toute légalité, comme le proclament les porte-parole du gouvernement, ou que Éric Woerth et Sarkozy aient pris quelques libertés avec celle-ci. De toute manière, ce qui ressort clairement de cette affaire, c’est que tous les politiciens qui se présentent comme les défenseurs de “l’intérêt général” sont au service exclusif des possédants. La preuve en est que les services des impôts n’ont pas le moindre droit de regard sur les revenus publics ou cachés des plus grosses fortunes ». L’allusion à un bon Etat stalinien qui contrôlerait mieux les grosses fortunes qui termine la description ne rassure pas plus que la charge contre les politiciens, de gauche en particulier pour lesquels la secte LO a toujours appelé à voter, oubliant de nous rappeler que l’idéologie diffusée par « l’intérêt général » est une marmelade d’antiracisme et d’antifascisme de salon, cette confiture politique ayant servie de formation de base à la ribambelle d’ex-leaders étudiants reconvertis en élus frauduleux, ou en avocat dans l’affaire Bettencourt (celui de la secrétaire bavarde).

DEFINITION DE L’ETAT RENTIER

Avant de revenir sur la superficialité des scandales qui agitent les médias français, il nous faut expliquer cette notion qui disqualifie l’Etat bourgeois actuel qui n’est ni universel, ni progressiste, ni libre-échangiste mais l’Etat d’une vieille classe inhumaine, rétrograde et bouffonne. Tout le génie de Lénine nous y aide. Dans « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, écrit prémonitoire il y a un siècle voici comment il décrivait déjà « le parasitisme et la putréfaction du capitalisme » :
« L’impérialisme est une immense accumulation de capital-argent dans un petit nombre de pays, accumulation qui atteint, comme on l’a vu, 100 à 150 milliards de francs en titres. D’où le développement extraordinaire de la classe ou, plus exactement, de la couche des rentiers, c’est-à-dire des gens qui vivent de la « tonte des coupons », qui sont tout à fait à l’écart de la participation à une entreprise quelconque et dont la profession est l’oisiveté. L’exportation des capitaux, une des bases économiques essentielles de l’impérialisme, accroît encore l’isolement complet de la couche des rentiers par rapport à la production, et donne un cachet de parasitisme à l’ensemble du pays vivant de l’exploitation du travail de quelques pays et colonies d’outre-mer. (…) Aussi la notion d’« Etat-rentier » (Rentnerstaat) ou Etat-usurier devient-elle d’un emploi courant dans la littérature économique traitant de l’impérialisme. L’univers est divisé en une poignée d’Etats-usuriers et une immense majorité d’Etats-débiteurs. "Parmi les placements de capitaux à l’étranger, écrit Schulze-Gaevernitz, viennent au premier rang les investissements dans les pays politiquement dépendants ou alliés : l’Angleterre prête à l’Egypte, au Japon, à la Chine, à l’Amérique du Sud. En cas de besoin, sa marine de guerre joue le rôle d’huissier. La puissance politique de l’Angleterre la préserve de la révolte de ses débiteurs. (…) "L’Angleterre, écrit Schulze-Gaevernitz, se transforme peu à peu d’Etat industriel en Etat-créditeur. Malgré l’accroissement absolu de la production et de l’exportation industrielle, on voit augmenter l’importance relative qu’ont pour l’ensemble de l’économie nationale les revenus provenant des intérêts et des dividendes, des émissions, commissions et spéculation. A mon avis, c’est précisément ce fait qui constitue la base économique de l’essor impérialiste. Le créditeur est plus solidement lié au débiteur que le vendeur à l’acheteur. "(…) En ce qui concerne l’Allemagne, l’éditeur de la revue berlinoise Die Bank, A. Lansburgh, écrivait en 1911 dans un article intitulé : « L’Allemagne, Etat-rentier » : "On se moque volontiers, en Allemagne, de la tendance qu’ont les Français à se faire rentiers. Mais on oublie qu’en ce qui concerne la bourgeoisie, la situation en Allemagne devient de plus en plus analogue à celle de la France. "
L’Etat-rentier est un Etat du capitalisme parasitaire, pourrissant ; et ce fait ne peut manquer d’influer sur les conditions sociales et politiques du pays en général, et sur les deux tendances essentielles du mouvement ouvrier en particulier ».

BIEN MAL ACQUIS NE PROFITE JAMAIS…

Pour sûr l’enrichissement dans l’histoire de l’humanité n’a jamais été honnête ni un don des cieux, ni une conséquence de l’Etat-rentier. L’enrichissement de la famille Bettencourt ne remonte pas à la nuit des temps, mais il est bien symbolique du niveau de corruption atteint par le capitalisme décadent. La famille Schueller-Bettencourt s’est enrichie durant la guerre. Elle ne fût pas la seule, les bourgeoisies anglaise et américaine ont tout dévalisé... L’Oréal est à notre époque la première fortune de France et un des fleurons industriels de la France éternellement enfumée par les parfums politiques nauséabonds. On s’est donc sans scrupules royalement enrichi pendant le deuxième carnage impérialiste mondial. Le père de la multi-milliardaire, Eugène Schueller, a contribué à créer le CSAR (Comité Secret d’Action Révolutionnaire) plus connu sous le joli nom de « Cagoule », groupuscule d’extrême droite, dans les jupes du nazisme. Le mari disparu, André Bettencourt – obligé de tous les cocktails présidentiels depuis la Libération - a dirigé la revue « La terre française », ouvrage pour le moins pétainiste et antisémite. Puis, par opportunisme gaulliste, il s’inscrira dans la Résistance, à partir de 1944, l’année du débarquement. Comme le disait un autre tonton du pouvoir, Mitterrand (durant une petite année salarié de L’Oréal en tant que président-directeur général des éditions du Rond-Point et directeur du magazine Votre Beauté): " En politique, il n’est jamais trop tard".

ET LA VIEILLE DAME MILLIARDAIRE SE FAIT POURTANT DEPOUILLER

Nous serions autrement attristés qu’il arrivât une telle mésaventure à une dame âgée, partie en retraite à un âge acceptable, dépouillée de ses maigres économies par un voyou de passage. Dans l’affaire de la vieille dame, hors de toute proportion comptable, et personne ne l’a remarqué jusqu’à présent, le voyou semble bien être l’Etat-rentier, avec ses trois dimensions : voyou, gendarme et magistrat !
Partie d’une simple plainte de sa fille déshéritée, le casse étatique de la fortune Bettencourt s’est croisé avec celui d’aigrefins privés qui baratinent Mme Bettencourt depuis qu’elle est veuve. C’est fragile une veuve riche. Elle a tout avoué… posséder des comptes à l’étranger et toute une île aux Seychelles non déclarés au fisc. Elle avait promis de régulariser cette situation. Malheureusement, une affaire qui restait jusque là du domaine de l’escroquerie dans le domaine privé a rebondi aussi comme escroquerie (consentante ?) en faveur du parti au pouvoir et de l’actuel président ; puis enfin parce qu’on a découvert que la femme de l’actuel ministre du sale boulot (E.Woerth) avait été discrètement pistonnée pour devenir la gestionnaire de la principale poule aux œufs d’or. Le ministre a nié sans pouvoir cacher que le service mutuel est de règle depuis deux siècles au moins dans les rangs bourgeois : tu trouves un bon job à ma femme et je te file la légion d’honneur ! Patrice de Maistre a même été haussé au grade de Chevalier ! Woeth a été jusqu’ici le petit colporteur pour la récolte des fonds auprès des grosses fortunes, et cela nous a valu des quolibets journalistiques entre les uns et les autres pour savoir qui avait été à la soupe chez la mère Bettencourt.
Dans les enregistrements clandestins de conversations apparus mi-juin - que le parquet (affidé Courroye) a refusé de transmettre à la juge qui enquête sur un abus de faiblesse aux dépens de la milliardaire – un des parasites déclarait au contraire à Liliane Bettencourt avoir embauché Florence Woerth à la demande de son mari, «pour lui faire plaisir». Quelques mois plus tard, en janvier 2008, Patrice de Maistre recevait la Légion d'honneur des mains d'Eric Woerth. Le vague écrivain et photographe François-Marie Banier a décroché en 2002 «un contrat de 405.000 euros par an pendant 10 ans», qui prévoit de le rémunérer pour des «conseils de mode et de sensibilité artistique» et d'organiser une grande exposition par an des oeuvres de l'intéressé. La fille, Françoise Bettencourt-Meyers estime ainsi que ce photographe des stars se serait fait remettre près d'un milliard d'euros de dons - notamment en contrats d'assurance-vie, chèques, tableaux de maîtres - dans les années 1990 et 2000, en profitant de la fragilité psychologique de l'octogénaire. Une thèse fermement démentie par l'intéressé, qui assure que ces cadeaux lui ont été consentis par une «femme brillante et libre» (j’ai fait pour ce paragraphe le copier-coller lécheux du journaliste soucieux de ne pas se faire mettre en examen). Chaque épisode vient confirmer qu’aussi haut que vous soyez placé dans l’échelle sociale, isolé(e) vous pouvez vous faire plumer comme n’importe quel retraité impotent. Sorti de sa GAV, l’ex-avocat fiscaliste (drôle de profession) de la milliardaire s’est apparemment complètement fichu de la gueule des policiers. Me Fabrice Goguel, qui préside la fondation pour l'équilibre écologique, esthétique et humain, qui est officiellement propriétaire de l'île d'Arros. Il confie au Figaro comment il est facile de tricher : « Il y a quelques années, le propriétaire de l’île d’Arros (Mme Liliane Bettencourt, NDLR) a souhaité assurer la préservation écologique et esthétique de cet écosystème unique après son décès. Il voulait ainsi éviter que l’on ne se mette à y construire un hôtel avec 200 chambres pour y développer un tourisme de masse. À sa demande, j’ai examiné les différentes possibilités et je me suis rendu compte qu’il est beaucoup plus simple de créer une fondation au Liechtenstein qu’en France, où il faut demander le feu vert du Conseil d’État. Cette structure a été fondée en décembre 2006 et il est vraisemblable qu’elle intégrera à l’avenir plusieurs scientifiques au sein du conseil de fondation. D’ores et déjà, des recherches scientifiques sont conduites sur l’île d’Arros, notamment sur les tortues de mer, et elles devraient s’amplifier à l’avenir ».
Dans le même temps où on apprenait que pour financer les gros partis il suffit de créer plus de deux cents micros partis pour aller taper à la porte des grands bourgeois ou racketter des industriels, on découvre qu’il suffit de baiser le fisc et les gendarmes en prétextant créer une structure « écologique » pour la recherche scientifique sur les tortues de mer, pas sur les baleines ? Que pense notre célèbre Paul le Poulpe du fait que la dame Bettencourt se retrouve en viager au profit d’avocats recyclés chercheurs ! Mais l’héritier ne sera pas forcément celui qu’on pense, un héritier peut en cacher un autre. Si l'on se fie aux auditions réalisées la semaine dernière dans l'affaire Bettencourt, ajoute un journaliste, le doute n'est plus permis : l'île d'Arros, aux Seychelles, appartient bien aux Bettencourt. Et elle devrait effectivement revenir à l'artiste François-Marie Banier, désigné comme bénéficiaire, au même titre, cependant, que trois associations médicales : Orvacs, Solthis et Crepats, toutes trois fondées par le couple de professeurs de médecine Gilles Brücker – exécuteur testamentaire de Liliane Bettencourt – et Christine Katlama. Il y a du monde pour une île.
Peu intéressée par la misérable situation de la vieille dame, la gauche bourgeoise et ses journalistes, une partie de la droite masquée crient au scandale politique simplement pour la partie qui concerne les dons à la droite mais pour la galerie, et puis sur ce plan au moins la dame était libre de faire ce que bon lui semblait. Je reste plus choqué par la manipulation de la vieille dame et son détroussement par les aigrefins, quoique je me fiche que la famille hérite, que par le financement des valets politiques de la haute bourgeoisie au pouvoir.
Le problème n’est toujours pas l’existence de la corruption en général, des scandales financiers, des affaires mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd’hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe. Les deux dernières phrases sont également prononcées par trotskiens et résidus staliniens dans la plupart de leurs blogs, mais ils font croire qu’il s’agirait d’un combat contre les riches et qu’une meilleure démocratie serait possible sur la base des élections républicaines, pacifiquement. Des menteurs peuvent dire parfois le vrai, mais toujours partiellement, ce qui est forcément une moitié de leur mensonge politique.

IL N’Y A PAS QU’EN France…

La gauche et l’extrême gauche restent limités aux scandales français. Comme en France Mme Bettencourt, des artistes d'Hollywood sont aussi rackettés par les officines politiques parallèles ou l'Eglise de Scientologie. Les scandales financiers de ces dix dernières années nous ont permis de nous rendre compte de l’ampleur d’une créativité frauduleuse des grands groupes internationaux en matière de comptabilité, supérieure à celle des financements des partis politiques bourgeois nationaux. La liste des entreprises pointées du doigt pour leurs maquillages comptables est longue mais deux d’entre elles se sont distinguées particulièrement : Enron Corporation aux Etats-Unis et Vivendi-Universal en France. Enron était la 7ème capitalisation boursière des Etats-Unis et Vivendi-Universal le 2ème groupe mondial de communication. Elles se sont distinguées par le fait qu’elles se sont détournées de leur métier initial, la distribution de gaz pour Enron et la distribution d’eau pour Vivendi, vers des métiers dits d’avenir, le courtage en énergie pour Enron et la communication pour Vivendi. Enfin, leurs nouveaux métiers permettaient une plus grande opacité des pratiques comptables et particulièrement dans le cas d’Enron puisqu’il s’agissait d’un métier qui n’existait pas.

Les liens entre l’argent des grandes industries et la désignation du personnel politique sont un secret de polichinelle dans tous les pays. En 1979, arrivant au pouvoir au Royaume-Uni, Margareth Thatcher, était déjà une roturière membre notoire de la Royal Society britannique et du Conseil privé de la reine mais également du think tank ultra-conservateur Heritage Foundation, qui fut un des architectes et des soutiens les plus importants de la doctrine Reagan en Afghanistan, en Angola, au Cambodge ou au Nicaragua. Or, Thatcher n'était qu’une autre soubrette politique longue série de dirigeants corrompus et dévoués aux intérêts aveugles de l'élite (Sarkozy pour l’oligarchie-énarchie française). En dehors de leur avidité pour leur enrichissement personnel, ces délégués politiques de la bourgeoisie n’ont pour souci que la pérennité du système d’exploitation et le partage du gâteau entre la classe régnante et la couche supérieure des classes moyennes.

LA CORRUPTION EST FILLE DE LA FINANCE MODERNE

L’Etat-financier, en même temps Etat-prédateur et Etat-rentier n’a plus qu’un jeu de principe :le jeu du gendarme et du voleur dans lequel le gendarme est aussi un voleur et le criminel. Le dernier crime politique a été en Europe et aux Etats-Unis la mise en place sous différentes formes de boucliers fiscaux. En France, il a été instauré par la loi de Finances 2006, abaissant les impôts des contribuables de 60% à 50% de leurs revenus depuis le 1er janvier 2008, sur les revenus de 2007. Le dispositif prend en compte l'ensemble des prélèvements fiscaux : la contribution sociale généralisée ( CSG ), la contribution pour le remboursement de la dette sociale( CRDS), l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), l'impôt sur le revenu, , les taxes foncières et la taxe d'habitation sur la résidence principale. Le système fonctionne par remboursement de l'administration fiscale: si les impôts payés dépassent le seuil de 50% des revenus, celle-ci rembourse l'excédent aux contribuables. Ainsi, l'Etat français rembourse ses membres les plus riches au prétexte qu’ils investissent à nouveau dans l’industrie et favorisent la création d’emplois. Ce qui est archi-faux au vu des sommes faramineuses que se disputent les parasites de la « pauvre » veuve Bettencourt : sommes dispendieuses, rentes royales à des avocats louches, aux politiciens, etc.
En résumé, les boucliers fiscaux, quelle que soit leur forme, répondent à une volonté politique criminogène de limitation de la participation des riches bourgeois au financement du budget de l'Etat, accablant la classe ouvrière et (heureusement) aussi une bonne partie des couches dites moyennes (cet édredon qui protégeait la haute bourgeoisie jusqu’ici) afin que les grands dominants puissent faire fructifier l’argent dans des produits financiers douteux mais bienvenus. En réalité ce narcissisme pervers insatiable de la haute bourgeoisie ressemble vraiment au faste précaire de la noblesse décadente, la politique économique n’est plus qu’une économie politique véreuse qui hausse l’intérêt particulier au rang d’un individualisme féodal.
Le lobbying entre les autorités étatiques (gouvernement et partis de gauche et de droite, syndicats) et les milieux financiers (banques, agences de notation, cartels d’industries, etc.) est un va et vient constant où les premières jouent le rôle d’entremetteurs et sont rétribués individuellement pour ce « service ». La criminalisation de l’économie capitaliste date des années 1990 qui marquent le début d'une nouvelle ère de corruption financière en raison du développement de la titrisation, processus permettant de transformer les crédits en titres échangeables. C'est ce phénomène qui a conduit à l'augmentation du nombre de crédits à risque en circulation dans l'économie, les banques s'incitant mutuellement à accorder le plus de crédits possibles, en considérant que celles qui en émettront le plus seront les plus rentables et donc verront leur cotation boursière améliorée en conséquence. Ce geste de tricherie est le symbole même de l’esprit d’anti-jeu permanent qui anime le football, en tant que composante du capitalisme, comme l’ont confirmé la plupart des matchs de la Coupe du monde en Afrique du Sud. De même que le capitalisme accumule les profits en exploitant les humains et la planète, la finalité du sport capitaliste est de gagner à tout prix, le « jeu » en lui-même n’ayant plus aucune importance. Le gangstérisme légal est devenu la dernière « valeur » du capitalisme.
D’habitude, les scandales financiers et les affaires de corruption qui mettent épisodiquement en cause la plupart des membres d’un gouvernement n’ont aucune influence directe sur la révolte sociale. Pas de pot cette fois-ci, « l’affaire Bettencourt » contraste honteusement avec la politique de rigueur et d’austérité sans précédent que le gouvernement Sarkozy (sponsorisé aux élections en grande partie par la vieille milliardaire) impose au prolétariat (et à cette petite bourgeoisie mécontente d’y tomber). Au moment où l’Etat bourgeois exige au prolétariat des sacrifices de plus en plus lourds – il a quasiment avalisé dans ses corridors la detsruction de la retraite à 60 ans - au moment où les chômeurs et les précaires se comptent par millions, les représentants de la bourgeoisie, eux, se permettent de se servir abondamment dans les caisses de l’État et jouissent d’innombrables privilèges. La liste des ministres impliqués dans des affaires est longue : des 9 500 euros mensuels de Christine Boutin pour une obscure mission sur la mondialisation, aux 12 000 euros des cigares de Christian Blanc en passant par les hôtels particuliers du ministre de l’industrie Christian Estrosi ou les 116 500 euros d’Alain Joyandet pour un aller/retour à la Martinique sans parler de son permis illégal pour agrandir sa maison près de Saint-Tropez. Car les scandales financiers, corruption, privilèges sont intimement liés au fonctionnement même du système capitaliste qui les produit et reproduit de manière permanente depuis un siècle, mais ils tombent mal, et, même s’il s’agit de règlements de compte souterrains entre factions bourgeoises qui se moquent de ce que peuvent en penser les millions de prolétaires.
« Le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière », disait Lénine. L’État n’est donc pas au service de l’humanité, mais sert seulement les intérêts privés de quelques uns. Le président gère l’Etat contre l’intérêt général au profit de l’intérêt particulier, celui de la classe dominante. Et plus il essaie de sauver les intérêts de la haute bourgeoisie, plus la gauche bourgeoise du PCF au PS limite les protestations à un changement de président ou de majorité parlementaire.
La corruption, elle aussi, remplace l’intérêt public par l’intérêt privé. La droite favorise la corruption privée quand la gauche au pouvoir favorise la corruption publique. La droite, après la gauche, avec un sentiment total d’impunité, s’est servie à son tour dans les caisses de l’État comme s’il s’agissait de son propre patrimoine ! Malgré l’appel à la rigueur du sous-fifre Fillon et le fait que le président ait promis de réduire le train de vie des ministères, personne n’est dupe, la corruption étatique est ultra-protégée. Les magistrats sont complices, les syndicalistes aussi. Il n’y a pas conflits d’intérêts entre la bourgeoisie et ses partis politiques, mais une même volonté de discrétion. C’est pourquoi les débats comme celui sur les retraites éloignées se tient, sans scrupules, à huit clos.

En conclusion, je ne peux résister à vous coller ici le superbe commentaire de Philippe Petit de Marianne. Je ne suis pas lecteur de Marianne, magazine franchouillard anti-révolutionnaire limité à des solutions politiques hexagonales et démocratoques, mais quand un passage me plaît, il me plaît de le citer/
« Que l’argent soit la figure du mal. Ce n’est pas une nouveauté ! Il est l’art « d’acheter trois francs ce qui en vaut six et de vendre six francs ce qui en vaut trois », disait Charles Fourier. Il pervertit les relations humaines. Il est la valeur qui inverse toutes les autres selon Shakespeare et Marx. Il nous fait vivre – nous les hommes – dans un monde corrompu où la part du crime grandit, de la fraude, explose. Nous le savons. Mais inversement nous savons aussi qu’un monde où il n’y aurait aucune fraude, aucune corruption, est impensable. Certes, ce n’est pas une raison pour encourager la fraude et la corruption. Mais cela en est une pour ne pas sombrer dans la pure dénonciation de l’argent fou. Pour Marx l’argent : c’est ce qui sépare l’être de l’agir. L’aliénation se définit chez lui concrètement par cette séparation : « Ce que l’homme est par l’argent, il peut cesser de l’être, et, de fait, il s’en sépare concrètement dans ses actes », écrivait-il. Voilà une belle définition de l’argent fou ! L’homme ne sait plus ce qu’il fait, l’argent lui fait perdre la tête. De moyen, l’argent devient fin.
Reste à savoir ce que signifie cette séparation. Elle signifie chez Marx, la perversion des liens humains. De sociable qu’il était, l’homme, gagné par la passion de l’argent, finit par annuler son semblable. Il fallait bien trouver un responsable à un tel dévoiement. Et chez Marx, le responsable, c’est l’argent. Car l’argent, en devenant capital, est précisément ce qui annule le rapport marchand, ou si on préfère, la relation humaine qui préside à ce rapport. Ce qui faisait dire à Hume que « l’argent n’est pas à proprement parler un objet de commerce ». Il y avait le doux commerce, ce qu’on appelle le capitalisme marchand, il y a maintenant le capitalisme sauvage, la spéculation etc. Bizarrement, aujourd’hui, tout le monde est marxiste ! Les vilains financiers, qui appliquent Marx à la lettre. Ils vont au bout de la perversion. Et les gentils dénonciateurs, qui, eux, vont au bout de la dénonciation de cette perversion. Lisez à ce sujet l’entretien avec Henri Guaino dans le numéro de «Cités» sur les capitalismes. Il y a donc le pouvoir de l’argent d’un côté, et de l’autre, la dénonciation de ce pouvoir. De ce cercle, il faudra un jour sortir. « La divinité visible » dont parlait Marx à propos de l’argent est aujourd’hui moins visible, il y a moins d’espèces trébuchantes. Et très souvent l’argent ne se dit pas : il navigue entre la honte, de n’en avoir pas assez, et la culpabilité ou l’arrogance d’en avoir trop. Un tel pathos a son utilité. Mais il ne pourra nous délivrer de cette schizophrénie ».

dimanche 18 juillet 2010

MAUVAIS "CLIMAT JUDICIAIRE" MAIS LA REFORME DES RETRAITES EST DEJA ARROSEE



« Dans les pays de vieille culture parlementaire démocratique, la bourgeoisie a admirablement appris à agir non seulement par la violence, mais aussi par la tromperie, la corruption, la flatterie, jusqu'aux formes les plus raffinées de ces procédés. Ce n'est pas pour rien que les « déjeuners » des « leaders ouvriers » anglais (c'est à dire des commis de la bourgeoisie chargés de duper les ouvriers) sont devenus célèbres et qu'Engels en parlait déjà. La réception «exquise» que fit monsieur Clemenceau au social traître Merrheim, les réceptions aimables faites par les ministres de l'Entente aux chefs de l'Internationale de Berne, etc., etc., relèvent du même ordre d'idées. « Vous, instruisez les, et nous, nous les achèterons », disait une capitaliste anglaise intelligente à monsieur le social impérialiste Hyndman, qui relate dans ses mémoires comment cette dame, plus avisée que tous les chefs de l'Internationale « de Berne » réunis, jugeait les « efforts » des intellectuels socialistes pour instruire les leaders socialistes issus de la classe ouvrière ».
Lénine (Les tâches de la IIIe Internationale)

vendredi 16 juillet 2010

L’argent de la vieille et le VRP de l’Elysée


Prolétaires en vacances, éteignez la télé, laissez de côté les intox des infos, reposez-vous, distrayez-vous. L’épopée triste à mourir de cette pauvre milliardaire diminuée - flouée de tous côtés, dévalisée par ses larbins et son photographe parasite, ponctionnée par tous les partis français de gauche et de droite, de Lellouche à Mitterrand – nous fait pitié. Nous, le prolétariat opprimé et méprisé qu’est-ce qu’on se fiche des conflits d’intérêts, ces embrouilles des profiteurs ministres dont on ne sait jamais les aboutissants ! Qu’est-ce qu’on se fiche des histoires d’évasion fiscale ! Même notre redresseur de tort James Bond, alias Sean Connery, a été mis en examen ! Plus personne en qui avoir confiance, ni espion anti-communiste, ni espion communiste ! Les agités du bonnet électeurs de la gauche caviar ou des bobos verts qui s’agitent sur les blogs et les post, criant à l’injustice, vomissant leur haine contre le « nain Sarko » font tout sauf de la politique, éructent des litanies pathologiques de jaloux et Martine Aubry est minable.

DES SCANDALES PARTOUT QUI N’EMPECHENT PAS LA BOURGEOISIE DE GOUVERNER

La gauche bourgeoise, qui ne veut surtout pas du pouvoir en ce moment (dixit la patate chaude des retraites) fait bruisser partout que le gouvernement Sarkozy pourrait sauter « grâce aux scandales » et plein de petits chiens blogueurs aboient contre cette « ordure » de Sarkozy.
Sarkozy tomber ? Remplacé par qui ? Personne ne lève le doigt actuellement en France. On crie, on s’agite mais il n’y a aucune proposition alternative. Les syndicats sont très sages, c’est pourquoi l’hyperprésident les a remerciés lors de sa conférence en tête à tête avec le journaliste le plus petit de France.
Alors levons le nez vers ailleurs.
Un exemple vient à l'esprit, celui de l'Italie, où le sentiment « antipolitique » et les imprécations contre « la caste » politicienne continue de dominer plus d'une décennie après que le scandale « Tangentopoli » - autrement plus sérieux - a emporté les grands partis politiques traditionnels. Berlusconi règne sans partage.
Rappelez-vous les scandales au début de l’année dernière en Angleterre. L'onde de choc du scandale des notes de frais des députés britanniques n'en finissait pas d'ébranler Westminster.
Le salaire officiel des députés aux Communes est fixé à 64 766 livres par an, un montant comparable à celui des autres grands pays démocratiques. Cette somme confortable est néanmoins inférieure à la rémunération de certains hauts fonctionnaires ou cadres supérieurs. Plutôt que d'augmenter ce salaire - une décision toujours délicate vis-à-vis de l'électorat - un système complémentaire a été discrètement mis en place dans les années 1980 pour permettre le remboursement des frais professionnels. Ce tour de passe-passe a permis d'aligner la rémunération globale sur des fonctions de rang et de prestige équivalents dans les secteurs public et privé. La principale astuce a consisté à rembourser les frais relatifs au maintien d'une résidence secondaire dans la circonscription d'élection. En pratique, les députés étaient allés plus loin et ont souvent traité les possibilités de remboursement comme un véritable complément de salaire. L'utilisation de l'ensemble de l'enveloppe leur permettait d'élever leur rémunération globale à 104 000 livres par mois avant impôts. Ce secret de polichinelle, largement accepté par la classe politique au-delà des clivages partisans, s'est transformé en bombe à retardement avec l'entrée en vigueur du « Freedom of Information Act », une loi votée par les travaillistes pour permettre un plus large accès des citoyens aux documents administratifs. Résultat : l'électeur peut prendre connaissance des factures remboursées et s'informer ainsi du train de vie de son député et de la part qu'il fait supporter à la collectivité. Le quotidien conservateur Daily Telegraph a ainsi pu distiller petit à petit le détail des notes de frais individuelles. Ces révélations vont de l'explosif - double facturation, plus-values immobilières, voire fraude fiscale - à l'anecdotique - frais de bouche, rénovation de salles de bain, chauffeurs mobilisés pour se rendre à des matches de football - en passant par le grotesque - la palme étant de ce point de vue remportée par les locations de films pornographiques visionnés par le propre mari de la ministre de l'intérieur.
Le discrédit de l’oligarchie bourgeoise vite surmonté. Au-delà même de l'examen des cas individuels, c'est toute la collectivité des parlementaires qui est apparue discréditée. Celle-ci a violé l'esprit et parfois le contenu des règles qu'elle s'était elle-même fixée. Tout le problème réside précisément dans l'ambiguïté fondamentale du système - de jure un simple remboursement des frais personnels engagés localement et plus ou moins liés à l'exercice des fonctions officielles, de facto un véritable complément de salaire dont beaucoup disposaient à leur guise. La colère des électeurs blogueurs, en pleine récession, s'est exprimée avec une violence plus violente qu’en France face à l’affaire Bettencourt. Hués par le public sur les plateaux de télévision, traités de « menteurs » et de « voleurs » sur les marchés du dimanche, les hommes politiques étaient soumis à la vindicte populaire. Partout fût souligné l'écart entre la rémunération des parlementaires et le salaire médian des Britanniques (25 100 livres annuels). Aggravé par le désamour vis-à-vis du New Labour au pouvoir, ce climat général a conduit à montrer du doigt les hommes politiques comme une caste de profiteurs. Comme en France à l’heure actuelle le bipartisme droite/gauche hurla au danger du triomphe des partis populistes et du xénophobe BNP. Gordon Brown, à cause aussi d’un mépris trop affiché pour une « vieille électrice », y a perdu sa place de Premier ministre, pas de quoi fouetter un chat. La bourgeoisie britannique reste exemplaire et la plus subtile du monde. Cameron a succédé au grossier Gordon Brown, avec cette manière bien particulière de l’oligarchie britannique de rejouer perpétuellement un simulacre de lutte des classes sur la scène politique.

LA FRANCE EST TOUJOURS UN CAS PARTICULIERD’une certaine façon, c’est un même type de scandale qui frappe en France, mais il est beaucoup moins grave car il ne touche qu’un ministre et personne, dans les basses classes, n’est horrifié par le financement louche et généreux des partis bourgeois dominants. Les parlementaires sont relativement épargnés et la gauche n’est pas au pouvoir. On peut présumer que les scandales britanniques ont servi à virer le parti travailliste inapte en temps de crise à jouer vraiment les durs de l’intérêt national. En France, l’UMP fait très bien le « sale boulot » laissant les caciques du parti caviar chanter l’Internationale et défiler le 1er mai. Il n’y a pas vraiment d’inquiétude pour le pouvoir qui ne suivra pas les injonctions du rigolo esseulé Julien Dray qui en appelle à la dissolution du parle-ment.

Dans l’ensemble, l’affaire Bettencourt en France pose trop de questions pour l’instant pour qu’il soit possible d’y voir clair, un peu comme au moment de l’affaire Cleartream où rien n’a été élucidé. Il est évident qu’il s’agit de « conflits d’intérêts » politiques parmi les fractions bourgeoises. Il est aussi évident que les autres fractions (des gaullistes derrière Villepin au PS) ne tiennent pas à faire tomber le gouvernement Sarkozy qui se tape trop bien le « sale boulot » (la réforme des retraites, véritable scandale contre la classe ouvrière). On peut présumer qu’il s’agit d’une bagarre pour un meilleur partage du gâteau en vue d’un jeu de chaises musicales (cf. la leçon de conduite que veulent donner à l’hyperprésident Sarkozy par les Juppé, Raffarin et Villepin).

A côté des histoires de conflits d’intérêts et de détournement de l’argent de la vieille riche (3ème fortune de France) les éclaboussures ont un aspect positif : elles remettent sur la table que les élections démocratiques sont totalement truquées par l’argent : les partis politiques dominants doivent être généreusement financés de toutes les manières possibles pour se partager le pouvoir. Sarkozy a été élu tout simplement parce qu’il a touché le plus gros magot ; mais cela tout le monde le savait. Cela devrait suffire à accroitre le nombre d’abstentionnistes chez les ouvriers (69% la dernière fois !). Mesurant en permanence le danger de perte de crédibilité totale de la mystification parlementaire, les divers clans de la bourgeoisie font chacun appel à la morale, et la morale est : attention de ne pas favoriser le FN ! Le corrompu Julien Dray, désormais minus au PS, vieux complice de Mitterrand, se hasarde à prédire que la corruption trop exhibée ouvrirait la porte à la revanche sociale en septembre. Quel plaisantin ! Les scandales financiers n’opèrent pratiquement pas sur la levée de la révolte sociale. Ce n’est pas le collier de la reine qui a entrainé la révolution française mais la faim au ventre.

GOUVERNER PAR LES SCANDALES ET 280 PARTIS

Malgré une prestation passable de l’hyperprésident lundi 12 juillet pour promettre une République irréprochable avec un plaidoyer contre l’argent « malsain » (il est blanc comme son Woerth) personne ne doute que le gouvernement a organisé les «fuites» dans les journaux des procès-verbaux d’audition qui lui étaient favorables. Commission d’enquête sur mesure avec juge acheté comme Courroye, le gouvernement n’est pas déstabilisé. En faisant inculper les aigrefins qui entourent la pauvre milliardaire il a botté en touche plaçant les scandales au niveau du fait divers. La maison Bettencourt (L’Oréal pétainiste) est une source ininterrompue de pognon pour alimenter tout le monde. Si ce n’était que l’UMP qui avait été financé, mais tous les leaders des autres de Kouchner à Lellouche ont été dîner à la table des Bettencourt (on ne nous a encore rien confirmé pour les bonzes Thibault et Chérèque)
Sont arrosés des partis politiques inconnus, souvent dédiés à une seule personne, ne comptant dans la plupart des cas qu’une poignée - voire pas du tout - d’adhérents. Les « fuites » ont mis en lumière des microformations, dont la désormais célèbre Association de soutien à l’action d’Eric Woerth, destinataire d’un chèque de 7 500 euros signé par l’héritière de l’Oréal. Mais le parti du ministre du Travail, localisé dans l’Oise, est loin d’être un cas unique : nombre de ministres ou de députés ont leur propre structure. C’est le cas de Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au Logement, qui vient de donner naissance à l’Association de soutien à l’action de Benoist Apparu, mais aussi de Valérie Pécresse (Changer, c’est possible), Rama Yade (Agir pour Colombes), Laurent Wauquiez (Nouvel Oxygène), Christian Estrosi (Alliance Alpes-Méditerranée) ou encore François Fillon (France 9). Chez les députés, Franck Riester, ex-directeur de la campagne UMP des régionales, ou Jean-François Lamour, ex-ministre des Sports, ont fait de même. Une inflation qui explique que la France compte désormais quelque 280 partis. Cette floraison de formations croupions qui remonte à quelques années s’accompagne de quelques suspicions. Dont celle de Daniel Lebègue, président de l’ONG Transparency : «Ces micropartis qui n’existent pas réellement, avec un nom différent du parti auquel ils appartiennent, sont contraires à la loi. C’est un moyen de contourner les règles du financement privé.» Pour limiter le financement privé de la vie politique (et les risques de collusion afférents), la loi plafonne à 7 500 euros par an les dons des personnes physiques à une organisation. En revanche, rien n’empêche un donateur généreux de multiplier les dons en les adressant à plusieurs partis satellites. L’affaire Bettencourt en a donné une illustration. Les écoutes du majordome ont révélé que l’héritière de l’Oréal avait signé en mars quatre chèques en faveur de l’UMP : un pour l’association de financement du parti, deux pour Valérie Pécresse et un pour Eric Woerth. En 2007, dans le cadre de la présidentielle, l’UMP avait pu compter sur l’association de soutien de Nicolas Sarkozy, parti dont le seul objet était de recueillir des dons en «parallèle» avant de les faire remonter vers l’association de financement de la campagne (lire ci-dessus).
La France a montré son ridicule (commercial/culturel/industriel) au niveau international avec une équipe de football minable, individualiste, avec des comportements de voyous riches tout à fait à l’image des patrons/voyous, des chefs de service pervers narcissique de F.Telecom qui poussent au suicide des prolétaires pressurés. Lors de sa prestation télévisée sur mesure, le chef de l’Etat a versé une larme sur la « souffrance » en France et pour confirmer sa compassion il nous a dit qu’il en est désormais le « chef d’équipe ». Cela nous consolera peut-être de savoir qu’un marchand de tapis a remplacé le charbonnier Domench. En tout cas notre VRP a été incapable de répondre à la question la plus percutante de Pujadas : « entre 55 ans et 62 ans, ils ne trouvent plus de boulot ».
La réponse la voici : en effet, et c’est pourquoi on ne va plus leur offrir une pré-retraite mais les pousser à la rue, sans ressources ! ET çà, pour nous les millions de prolétaires c’est beaucoup plus grave que la façon dont ils se pillent des sommes astronomiques entre eux.
Beaucoup plus grave, oui.

samedi 10 juillet 2010

CE QUE JE DIRAIS A LA PLACE DU ROTURIER SARKOZY LUNDI sur FRANCE 2


Par Paul le Poulpe, la nouvelle voyante universelle

Presque toujours en politique le résultat est contraire à la prévision.
François-René de Chateaubriand



Jamais scandale n’a été si scandaleux et si révélateur: les riches à poil sont laids et bêtes ! Jamais les dentelles en soie et les dentiers en or des vieux bourgeois n’ont été ainsi exhibés au bon peuple ! Quelle aubaine crie l’oligarchie de la gauche caviar ! Quelle aubaine hurle le site gauchiste Rue 89 ! Quelle chance pour les chiffres de vente de nos études bourdieusiennes sur la haute société, s’exclame le couple Pinçon-Charlot ! Guerre au palais, paix aux chaumières chante le chétif Besancenot, voile (noir) autour du cou !La mayonnaise avariée de toute cette agitation mortifère n'aurait certainement pas pris si nos bleus n'avaient pas perdu aussi piteusement. Ressaissez-vous, nous connaitrons d'autres victoires ensemble.
Certes mon Woerth de poche est maire du château de Chantilly. Certes sa mémère a l’air con avec ce large chapeau emprunté aux dames de forte corpulence noble. Certes elle fût jusqu’à récemment la tabatière de la plus riche rombière de France et de Navarre. Certes mon petit Woerth a toujours été une cheville ouvrière de la circulation mafieuse de l’argent pour les cliques de droite. Et alors ? Vous croyez que le PS c’était mieux avec l’affaire Urba et le PCF avec l’argent de Moscou ?
Et d’abord, est-ce que ma justice en robe noire et chapeaux rigolos a porté plainte, comme disait l’autre jour mon ami le sondologue Reynié ? Non, alors la ferme ! Est-ce que Charles Pasqua s’est plaint que j’ai remplacé mes juges par un panel de sénateurs et de députés amis qui l’ont blanchi ? Non, alors la ferme !

Vous savez chers concitoyens qui est le plus ridicule dans cette histoire de scandales qui ne fait que débiter des évidences séculaires qui ne vous empêchent nullement de suivre les derniers matchs de la coupe du monde de foutball ? Eh bien je vais vous le dire : les journalistes bobos. La plupart n’ont pas la classe de mes amis Val et Pujadas bien sûr. Ces journalistes investigateurs sont en réalité tous aigris que je ne les ai point promis à la direction de mes chaînes de radio et de télé. Voilà pourquoi ils vont nous chercher des poux chez nos bons riches sans qui l’ouvrier n’aurait point de travail. Mes chiens de porte-parole ont en vain aboyé contre ce site de merde Médiapart cornaqué par un louche ancien trotskien à moustache stalinienne. J’ai été bien gentil de retenir la laisse de mon principal pitt bull Lefebvre car il était parti pour le dévorer.
Vous voyez, chers compatriotes de quel degré de maîtrise il a fallu que je m’empare pour éviter les débordements de mes chiens, et ma magnanimité princière, pardon démocratique. Mon lapsus soudain n’est, je dois vous le dire, aucunement une concession à la théorie des gauchistes bourdieusiens sur une soi-disante « noblesse d’Etat ». Les mannes du Général De Gaulle me pardonneront mon excès de langage, ce n’est qu’une connerie de plumitifs, hélas trois fois hélas ! Cette charge contre la minorité dirigeante oligarchique – je sais 69% des ouvriers n’ont pas voté aux dernières élections – est typique des couches intellectuelles petites bourgeoises qui votent massivement pour le PS et son concurrent nain les Verts. La dénonciation des riches ne risque pas plus de faire tomber mon gouvernement que l’insurrection potache des amis jeteurs de cailloux du petit Julien Coupat. Ce n’est pas dans mes habitudes de citer un ennemi ancestral, je dois vous le dire, mais je vous le dis. Il dit un jour que le véritable ennemi du prolétariat n’est pas représenté par l’infime minorité des riches possédants mais par cette masse immense de petits bourgeois intéressés à la conservation du système capitaliste et nullement disposés à « tomber dans le prolétariat ». Cet homme lucide se nommait Wladimir Ilitch Lénine et mourut au siècle dernier à l’âge de 54 ans.

Le danger représenté par ce scandale d’argent « sale » - hi hi vous pensiez que l’argent était « propre » ? – n’est pas intrinsèque à nos magouilles habituelles et bien connues même du bon prolétariat. Il est dans la tentative faite par tous ces scribouillards de faire capoter ma volonté comme honorable délégué de la classe dominante, je tiens à la préciser – vous pensez bien que s’il n’y avait pas eu la crise, j’aurais préféré garder au chaud mes millions de retraités peinards, serviles électeurs – de supprimer progressivement cette vieillerie républicaine de retraite. Quoi de choquant que mon ministre du travail soit un simple secrétaire de la principale fortune de France et que sa femme en nettoie les écuries ? Pinay était palefrenier. Pompidou cireur de pompe chez Rotschild. Giscard portier à la banque de France et Sapin forestier chez M. le duc.
N’oubliez pas que mes principaux collaborateurs, Chébault et Thirèque, n’ont pas jugé utile de se mêler à cette horrible chasse à l’homme – et croyez bien que je sais de quoi je parle car, entre nous dans notre ghetto d’ultra-riche, nous pratiquons la chasse à courre mais après un vulgaire animal. Ces syndicats sont tout de même les représentants de l’immense majorité silence des travailleurs.
Comme vous le voyez mes assises sont solides concernant ladite rentrée. Vous ne croyez pas d’une part que les salariés roulés dans la farine par tant d’enterrements syndicaux de rue vous être nombreux à défiler derrière mes serviteurs à qui j’interdis simplement d’appeler à voter pour moi officiellement ; et d’autre part vous ne croyez pas qu’il y a une solution alternative, chez mes partenaires de la couche inférieure de la gauche caviar, pour solutionner les graves déficits par lesquels notre pays est meurtri.

Chers compatriotes, je vous dois la vérité. Cette réforme je la conduirai à terme et aucun des coyotes qui aboient ne pourra se mettre en travers. Je vais vous dire pourquoi. Nous ne réformons pas la retraite en général. Nous nous attaquons surtout à la retraite des plus démunis du secteur privé. La revendication salariale comme facteur d’unification de la lutte contre l’Etat bourgeois a toujours été du pipeau marxiste. Vous n’imaginez pas que les régimes spéciaux maintenus, comme celui de la SNCF, vont bouger le petit doigt pour les pauvres prolongés du privé ! Z’avez qu’à s’embaucher dans un service public quand ils avaient 20 ans… et puis le privé a été longtemps mieux rémunéré que le public, n’est-ce pas. C’est pourquoi j’ai, dès le début de mon mandat, révolutionné les conditions de travail pour tous afin de permettre à la sélection naturelle des meilleurs de travailler plus pour gagner plus ; pensez à ces grands patrons qui n’ont pas d’heure ni de retraite ! Quant à cette partie des couches moyennes boutiquière, artisans et commerçants, ils ne prennent pratiquement jamais leur retraite, et pour cause, ou lors de leur dernière heure. Et je peux ajouter que je n’ai fait que légaliser une pratique courante, partout dans le monde les retraités s’emmerdent tellement qu’on les trouve partout prêts même à travailler gratuitement pour des associations transhumanitaires… J’aimerai donc qu’on cesse de me karchériser ainsi que de jeter des tomates sur mes ministres, nous ne sommes que les modestes délégués de la classe dominante.
L’augmentation de la durée d’emploi des enseignants, qui va-t-elle choquer ? A part les concernés et encore, les profs d’université ont si peu d’heures qu’ils en redemandent. N’ont-ils pas trois mois de vacances par an ces feignants d’électeurs des monarques socialistes ?

Non, voyez-vous, chers compatriotes, ce que je crains le plus derrière toute cette abracandantesque agitation, comme aurait dit mon prédécesseur les grand feignant, c’est que la vieille bourgeoisie bourdieusienne, avec ses moyens formidables pour corrompre la presse, de Médiapart à FR3, n’en ai marre de notre ascension à nous les néolibéraux roturiers. Elle avait accepté pourtant au début mon langage de charretier, mes discours de bateleur de foire rédigés à la va vite par mon plumier Gaino. Possible qu’elle manigance mon éviction en estimant que je ne serais plus ni cohérent ni efficace pour empêcher un nouveau 68 ou 95. En terminant ce discours, je tiens donc à m’adresser à elle, par-dessus vos têtes ignares, et dans l’intérêt de notre nation.
Chers compatriotes fort respectables d’héritiers récipiendaires de la longue tradition du pillard et tueur Clovis, du nain Napoléon, du puant Clemenceau, des rigolos de la IVème République, et des incontinents De Gaulle et Mitterrand, prenez garde à ne pas trop jouer avec le feu. Il risque de nous roussir tous. Quelle alternative à mon gouvernement de réformes ? Je vous le demande. Qu’est-ce qu’on fait si les ouvriers débordent les syndicats en octobre ? Croyez-vous que le PS et Cohn Bendit ont les moyens de faire rêver les foules prolétariennes ? Non, franchement vous n’y pensez pas !
Enfin, pour conclure cette adresse au peuple français, je me tourne vers vous tous, mes compatriotes prolétariens, chômeurs, immigrés et sans papiers : aidez-moi à rester au pouvoir contre les riches manipulateurs pervers !Parce que je le vaux bien moâ!

vendredi 9 juillet 2010

UN DOCUMENT TRES IMPORTANT POUR LA FILIATION MAXIMALISTE

(MAIS OU EN EST LA FILIATION?)

« Le groupe ouvrier du parti communiste russe » (1923-1937) G. Miasnikov, organisation de la traduction, introduction, compilation et notes de Michel Olivier.
« Nous nous réjouissons avec toi, camarade Lénine ! Tu es donc le chef d’un prolétariat qui n’existe même pas !Tu es le chef du gouvernement d’une dictature prolétarienne sans prolétariat ! Tu es le chef du parti communiste mais non du prolétariat ! »
Gabriel Miasnikov


Poursuivant un travail indispensable d’historien du mouvement révolutionnaire maximaliste, Michel Olivier met à la disposition du public un document exceptionnel, rassemblant des textes traduits du russe et inaccessibles jusqu’ici en Occident. Après 68, la plupart des militants dits ultra-gauche comme la noria trotskienne croyaient tout savoir. On disputait aux trotskiens la primeur de la dénonciation du stalinisme en évoquant les « gauches internationales » dites allemande (cf. le KAPD) et italienne (le courant de Bordiga) ; certains avaient vaguement entendu parler des oppositions russes par la lecture de Ciliga, mais n’attachaient guère d’importance à l’Opposition ouvrière de Kollontaï (une opposition pour simplement « gérer la dégénérescence ») ni au groupe d’intellectuels dits « centralistes démocratiques ». L’ « ouvrier » Miasnikov restait un type honnête, assez exemplaire de ceux qui maintenaient les positions révolutionnaires et ne craignaient pas de critiquer Lénine et Trotsky les « célébrités » comme disait Miasnikov. L’importance de Miasnikov et de ses camarades était en vérité beaucoup plus considérable que nous ne l’imaginions, jeunes éphèbes d’un bolchevisme brumeux et évanescent. Il est bien « l’ultime bolchevik » !
Sa place éminente est enfin comblée par ce travail très documenté qui permettra non seulement de combler notre ignorance mais d’enseigner aux néophytes révoltés et avides de théorie qu’il y avait autre chose que des « célébrités » face à Staline, comme ce Trotsky finalement assez répugnant comme le montre la correspondance où il apparaît plus proche des « acquis staliniens » et refuse toute solidarité politique et personnelle à un Miasnikov isolé et pourchassé. Miasnikov a toujours en tête la révolution mondiale et définit toujours les moyens classiques marxistes pour la généraliser : « La meilleure aide que le prolétariat des autres pays puisse apporter au prolétariat russe c’est une révolution dans son propre pays, ou au moins dans un ou deux pays de capitalisme avancé » (p.25).

Je porte deux critiques au travail valable de défrichage de Michel Olivier. La première, de forme, franchement il est regrettable qu’il n’ait pas choisi de le publier sous forme de livre ; je lui avais proposé de le faire sous couvert de mes éditions du pavé, et cela ne lui aurait pas coûté plus cher que la centaine de brochures qu’il a édité à ses frais. Cette vieille habitude d’ex-militant du CCI de publier en brochure est vraiment néfaste. Les brochures, comme les journaux ne se conservent pas, filent un jour à la cave et y moisissent. Plus personne n’est attiré par les brochures excepté une poignée de connaisseurs et les libraires n’en veulent pas vraiment. Le livre lui est passe-partout et s’inscrit dans la durée. J’en appelle évidemment à un éventuel éditeur sérieux de textes rares de s’engager à reprendre ce travail rare et qui peut faire l’objet d’une demande importante tôt ou tard. Evidemment on ne peut pas compter sur les ânes d’Agone qui publient le triste Rouillan, ni les Cahiers Spartacus qui s’obstinent à ne republier que d’insignifiants textes anarchistes, ni Smolny qui préfère publier les diarrhées du libertaire Janover ou des travaux minus d’universitaires, ni les ed de l’Encyclopédie des Nuisances qui ne sortent que des conneries.

La critique de fond est de trois ordres.
1°) Je pense qu’il faut savoir être démagogique de nos jours, titrer « Le groupe ouvrier du parti communiste russe » (1922-1937) ne peut que faire fuir, étant donné l’état de délabrement de l’idée communiste par le rouleau compresseur du stalinisme et du trotskisme et l’étude d’un groupe obscur n’engage pas plus à sympathiser avec quelques cercles ou sectes opaques. Il eût mieux valu présenter ce même travail, à mon sens, sous forme d’une étude de type biographique (ce qu’elle est en fin de compte) autour de la personnalité de Miasnikov, de sa trajectoire et de sa vie tragique d’homme hors du commun, de la trempe des « célébrités » qu’il n’hésita pas à critiquer et qui l’envoyèrent en prison. Il y a du Babeuf chez Miasnikov. Il est le bâton témoin du meilleur de la révolution, mieux que Trotsky et Bordiga réunis.

2°) Autant on ne peut qu’agréer au souci général de la brochure de fournir les documents « bruts » - on est frappé par la qualité de la traduction, par la clarté de l’exposition des idées par « l’ouvrier Miasnikov » et l’actualité de ses affirmations – autant il est regrettable que ne soit pas critiqué un certain nombre de conceptions fausses ou néo-bolcheviks obsolètes de Miasnikov et ses amis.

3°) Malgré sa générosité, son soutien indéfectible aux intérêts généraux du prolétariat, Miasnikov est dépassé sur plusieurs points. Nous eussions souhaité pouvoir le découvrir il y a 30 ou 40 ans, cela nous aurait épargné des années d’apprentissage (dans le milieu petit bourgeois maximaliste en particulier), il exprime clairement les positions fondamentales du prolétariat en révolution : indépendance de classe, contrôle de la société, liberté d’expression, tolérance des partis, etc. Il va plus loin que toutes les critiques réunies des braves anarchistes et des bordiguiens incontinents sur la compréhension de la dérive de situation du système soviétique et le type de « communiste » étatique qui s’assied sur les droits sociaux des prolétaires : « Cette situation fournit le contexte pour l’émergence d’un type particulier de « communiste psychopathe ». Son poste dépend de sa capacité à obéir et à flatter ses supérieurs. Qu’il soit en lien ou pas avec les ouvriers n’est qu’une petite préoccupation pour lui » (p.18).

LES CONCEPTIONS CONFUSES DE MIASNIKOV

Miasnikov et ses compagnons de combat sont incontestablement les vrais successeurs du bolchevisme suranné avec pour souci de conserver la méthode marxiste (ne pas être les perroquets de Marx et Engels, p.37) ; comme Babeuf dépassa les Jacobins, mais avec les limites de son époque et de belles contradictions que Michel Olivier laisse passer :
« L’époque où la classe ouvrière pouvait améliorer sa propre condition matérielle et juridique à travers les grèves et l’entrée au parlement est définitivement passée » (p.27). (…) « Pour en finir avec l’exploitation, l’oppression et les guerres, le prolétariat ne doit pas lutter pour une augmentation de salaire ou une réduction de son temps de travail. Ce fut nécessaire autrefois, mais aujourd’hui il faut lutter pour le pouvoir » (cf. Manifeste du Groupe Ouvrier, p.23) mais en 1930, dans le projet de programme alternatif au stalinisme, Miasnikov assure que : « l’alliance de la lutte pour les revendications partielles avec la lutte pour les idéaux généraux de classe est l’unique moyen d’arracher le prolétariat à l’influence néfaste des idéaux de la bourgeoisie et de la bureaucratie et de le tourner vers la révolution » ; pour ce faire (« conscientiser les masses ») le projet de programme de 1930 nous refile l’obligation de travailler dans les syndicats et de contribuer aux élections parlementaires… Miasnikov et Cie sont donc déjà en retard sur les leçons tirées par les maximalistes allemands et italiens.
Et pour une raison qui plombe nombre de ses positions politiques : le localisme russe. Comme Trotsky d’une certaine façon il veut croire à la possibilité de sauver la révolution russe et il s’accroche aux vieilleries théoriques qui ont menées à sa perte :
- un Etat « ouvrier » (même Lénine n’y croyait plus), « notre Etat », « notre économie agricole » « comme la poste » (tu parles !), etc., il s’enferme à son tour sur la seule expérience russe, et sur cette question de l’Etat-parti ce sont des minorités politiques maximalistes en Europe qui tireront les vraies leçons.
- des syndicats pour la défense des ouvriers (ils sont devenus en Orient et en Occident de parfaits rouages des Etats)
- en se plaçant à l’opposé du totalitarisme stalinien, est espéré curieusement une démocratie pour la presse de toutes opinions et une liberté même pour les partis bourgeois qui le rapproche des mencheviks disparus et des conceptions gentiment social-démocrates de Rosa…

On n’est pas sans relever un ouvriérisme en décalage complet avec le pouvoir du parti bolchevik composé essentiellement d’intellectuels petits bourgeois, et en décalage avec une immense population paysanne. On peut en plus se poser la question de l’efficacité de la revendication de nos jours du « pouvoir des mains calleuses », outre de faire rire, mais du fait d’une composition moderne de la classe ouvrière où les mains sont généralement plus lisses et où même les anciens « calleux » portent des gants de protection. En même temps Miasnikov ne se fait aucune illusion sur le soi-disant ouvrier de base qui n’est souvent, grâce aux appels d’offre de l’Etat stalinien qu’un parvenu : « Nous devons considérer que, si les postes dirigeants, souvent renouvelés, sont occupés par des personnes de très basse extraction sociale, il s’agit dans tous les cas d’éléments nullement prolétariens » (p.29).

S’il a compris avec Lénine que, malheureusement, le régime instauré après le succès révolutionnaire momentané et limité, n’était qu’une forme de capitalisme d’Etat, il est plein d’illusions sur les débuts de ce capitalisme d’Etat, à l’instar de la fraction stalinienne : « Les succès de l’URSS dans le domaine du développement économique indiquent seulement que le capitalisme d’Etat est supérieur au capitalisme privé… » (p.36).

Dans le fameux texte « L’ultime mensonge », les propositions en faveur du pouvoir des Conseils ouvriers (dits « Etat ouvrier ») sont souvent filandreuses et mêlent des vieilleries comme les coopératives avec cette outre vide de « participation » des ouvriers au pouvoir dont on sait depuis les délires autogestionnaires des gauchistes modernes qu’elle ne pourrait être que l’établissement de fonctions pour la masse des petits bourgeois et leurs suppléants syndicalistes. En plus l’existence de plusieurs partis et de plusieurs programmes, envisagée gentiment par un Miasnikov vieillissant c’est quoi ? Une resucée de la démocratie bourgeoise totalement étrangère à la dictature du prolétariat (à ne pas confondre avec la dictature d’un parti, fusse-t-il marxisant). Et quelle absurdité d’affirmer plus loin que l’Etat « prolétarien » existerait grâce à la diversité des partis politiques qui vont « un ou tous à la fois diriger l’Etat à un moment donné » !!!!?

A PROJET AMBIGU AVENIR PERCLUS
On ne fait jamais un travail de recherche historique, de réhabilitation de personnages disparus sans un but défini. A l’évidence, Michel enfonce une porte ouvert pour nous les convaincus du caractère prolétarien de la révolution d’Octobre et du courage politique et théorique des minorités qui ont fait l’effort de nous en transmettre les leçons importantes. Mais pour la plupart critiquables et dépassées. En second lieu, la démarche est viciée cependant comme les archéologues qui s’ingénient à recherche les traces des contes à dormir debout de la Bible dans le sable de la Palestine. C’est une propension un peu triste de quelques ex-militants d’aller chercher à nous démontrer encore et toujours qu’il y avait des purs à l’époque héroïques et que, comme les Saints, nous serions assurés en nous repenchant sur leurs préceptes de garantir le succès révolutionnaire de demain. Balivernes. On ne prépare pas l’avenir en croyant répéter le passé. Le passé est mort, et l’expérience en Russie pour aussi louable qu’elle ait été ne nous apporte pratiquement plus rien comme l’expérience de la Commune de Paris, excipée comme une légende autant par les anarchistes qui n’y étaient pas que par Marx. Non il n’y a rien de pur dans le passé, comme il n’y aura rien du pur dans l’avenir.
Le souci de la commémoration n’est pas un facteur suffisant pour réarmer la théorie. C’est une même démarche intellectuelle abstraite qui anime le reliquat de la « fraction » externalisée du CCI vouée au tapage studieux et religieux de la revue Internationalisme, comme les découvertes anthropologiques des camarades de « Controverses » (leur site est à chier des bulles universitaires). Face à la faillite du mouvement maximaliste organisé, du CCI à ex-Battaglia (dont Michel est apparemment un électron libre « indépendant »), et aux fossiles Camoin et Bitot, on veut nous refaire le coup des « approfondissements théoriques » nécessaires, entendez : tout aurait été détruit dans la théorie marxiste. D’abord ce n’est pas vrai. Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de minorité conséquente ni de parti de classe qu’il n’en réapparaitra plus. Ensuite, ce genre de démarche académiste a donné les résultats que l’on sait dans les années 1980 avec le cercle « Communisme ou Civilisation », devenu Robin Goodfellow. Ce cercle a eu la prétention de restaurer la théorie marxiste au plus haut niveau en faveur de la reconstitution du « parti de classe ». Ils ont lu, potassé, rédigé des textes parfois lisibles. Ils ont érigé un site avec les scans de leurs écrits, et ce site est un vrai cimetière. Les deux restants passent leur temps à discuter avec la mouvance révisionniste des raouliens (cercle de Paris) et des vieux retraités maximalistes de l’Eduque naze et de la fonction publique qui essaient de meubler une retraite dont ne profitera pas la majeure partie du prolétariat contemporain.
On prétend restaurer la théorie, livrer de l’histoire en kit, mais on est incapable d’une verte pensée pour contribuer vraiment à la réapparition du mouvement maximaliste dont les positions politiques basiques sont confirmées par la crise capitaliste systémique et la scandaleuse bourgeoise.

PS: Le prix de la brochure: 10 euros!!! Le bourgeois Michel exagère. Le CCI s'était déjà moqué à juste titre de la cherté de ses brochures. Soit on considère qu'une brochure est propagandiste et s'adresse aux démunis (entre 3,5 et 5 euros max), soit il ne vise que cet étroit public d'ex-militants aisés et professeurs bobos.

jeudi 8 juillet 2010

LA BARBARIE MODERNE EST-ELLE LE SIMPLE PRODUIT DU COLONIALISME ?



« La violence de masse dans l’histoire » est le nom que l’auteur a choisi de donner à son livre au lieu d’un titre qui eût été plus approprié, selon moi, « La guerre comme violence étatique ». L’ouvrage est très intéressant, malgré des maladresses et des faiblesses politiques liées à la jeunesse de l’auteur, parce qu’il sort des entiers battus des clichés imposés sur cette question difficile et entourée de mensonges qu’est la question de la guerre moderne. Cependant des fixations sur des thèmes chers aux historiens de droite (charges unilatérales contre la démocratie US, refus de reconnaître l’apparition des « masses » surtout au XXe siècle, bizarre antidarwinisme (« darwinisme social criminel »), anti-libéralisme primaire, etc.) jettent une ombre sur la prétention de l’auteur à guider le lecteur « vers une compréhension de fond des mécanismes qui, au cours de cinq millénaires d’Histoire, ont mené l’humanité sur les chemins de l’horreur » (4e de couv).

Dès le départ il remet en cause un premier gros cliché qui assure que la « violence de masse » serait un facteur lié essentiellement au XXe siècle, mais en ne nuançant pas son affirmation – car il y a quand même en effet une destructivité décuplée avec la mécanisation au XXe siècle – il prête le flanc à l’accusation de conservatisme et d’idéalisme à la Oswald Spengler, où tout n’est plus que ténèbres incompréhensibles (cf. la critique de Blaise Dufal). Il est plus courageux et proche de la vérité cependant en niant que l’on puisse attribuer, comme causes explicatives du déchaînement de la guerre totale contemporaine, les origines de cet ensauvagement au nazisme et au stalinisme, et récuse les pleurnicheries des historiens juifs et leurs spéculations sur les auteurs racistes français du XIXe siècle. Il définit d’emblée sa thèse majeure, que ne semble pas avoir saisi ses critiques des milieux intello-bobos, l’origine de la barbarie moderne se trouve bien plutôt dans le colonialisme capitaliste : « … ce sont les Britanniques qui, en Irlande ou en Inde, au XIXe siècle, inaugurèrent l’instrumentalisation politique et économique des famines de grande échelle et qui, en Afrique, pendant la guerre des Boers, créèrent le camp de concentration, à peu près au même moment que les Espagnols à Cuba. Enfin c’est de l’Amérique démocratique que vint la terrifiante décision d’atomiser deux villes japonaises paisibles, fussent-elles métropoles d’un empire au comportement guerrier monstrueux, et l’idée récente de remettre au goût du jour la guerre préventive. On le voit, la démocratie n’est en rien un rempart contre la violence de masse ou même contre la guerre, les deux Etats ayant livré le plus de guerres depuis 1945 étant les Etats-Unis et Israël, pays démocratiques dont al conduite guerrière a régulièrement enfreint le droit des gens ».

Bien dit et cela fait plaisir de voir un jeune historien échapper aux ornières des vieux coucous de l’histoire officielle instrumentalisée et apte à opposer l’abattoir de Verdun à la criminalisation arrogante et radoteuse d’Octobre 1917, à s’opposer à l’interprétation des historiens gauchistes repentis qui ont fait du goulag le précurseur de camp nazi. Mais pour démontrer quoi ?
Le projet est ambitieux : « Etat, libéralisme, religion : un triptyque qui fut à l’origine d’une histoire humaine dominée depuis quatre millénaires au moins par la violence de masse ». A trop vouloir survoler l’ensemble de l’histoire humaine connue, l’auteur va en définitive perdre en route la spécificité criminelle du capitalisme et se réfugier dans un aquoibonisme idéaliste, en laissant de côté ce qui a fait la force du mouvement ouvrier, et qui est toujours un levier pour le mouvement maximaliste actuel : la lutte pour mettre fin à toutes les guerres en instaurant une société « commune(iste) ». On dirait que notre jeune auteur, pourtant pertinent observateur et contempteur des diverses mystifications politiques et religieuses s’est laissé bouffer lui aussi par le désarroi ambiant et n’a pas d’autre solution que de sonner les cloches, et pas toujours les bonnes.

HOBBES AVAIT TORT ?

Notre jeune historien aurait dû potasser un peu plus amplement les écrits du marxisme car sa méthode est bancale et pêche par une confusion constante des conditions des époques. Hobbes avait raison de souligner que la création de l’Etat permit initialement de mettre fin à la guerre de tous contre tous dans des aires géographiques délimitées ; la guerre entre Etats que lui oppose T.Camous, c’est pour une étape ultérieure, et ce dernier ne s’intéresse visiblement pas à la position communiste classique qui pose comme principe la dissolution de tous les Etats fauteurs de guerre, d’exploitation, etc. Ce n’était pas la peine que monsieur le professeur aille se promener dans la Rome primitive en ignorant les imposants travaux d’Engels, sa retraite n’en sera pas raccourcie pour autant. Il révèle une propension à attribuer les pratiques de violence et de déportation sauvage au Proche-Orient ancien : « L’exemple proche-oriental antique montre que l’Occident industriel n’a pas « inventé » la politique de terreur ». Où est l’échelle de mesure ? si ne sont pas mesurées les causalités d’époque et la différence qualitative avec le militarisme capitaliste moderne ? La « violence de masse », la guerre donc devient une tare génétique portée par l’espèce humaine et… obscure. Ce « legs redoutable » permet à l’Etat-nation moderne de faire du soldat de 14-18 et 39-45 un « bétail tragique ». La guerre devient folie : « Une conception folle de la guerre émerge : la « guerre d’usure ». Le but est de tuer chaque jour plus d’ennemis que l’adversaire. Le citoyen-soldat devient l’objet d’un calcul froid, cynique, criminel » ; pourtant Camous semble bien comprendre les causes économiques de base (rationnelles : pouvoir et profit) des deux guerres mondiales plus loin (page 83 et suiv.).
Les constats sont justes : « Les bombardements d’Hiroshima, Nagasaki ou Dresde et l’ignominie de Katyn n’ont fait l’objet d’aucun procès au lendemain de la guerre ». Les exemples probants sur l’ensauvagement des libérateurs démocratiques: « Le président Roosevelt reçut ainsi en « cadeau » un coupe-papier taillé dans un os de soldat japonais, tandis que Life publiait les photos d’une élégante Américaine remerciant son fiancé de lui avoir offert un crâne de soldat nippon » (p.17).
Mais on se demande qu’est-ce que comprend l’auteur en lisant les classiques comme Clausewitz, mais en ignorant ceux du marxisme, pour nous inventer des aphorismes aussi stupides que celui-ci : « La guerre crée l’Etat ». Non, l’Etat existe depuis longtemps pour empêcher la société de se désintégrer et la guerre, en tout cas moderne, sert non à une quelconque communauté mais à la classe bourgeoise à réaffirmer l’adhésion des masses à l’intérêt national, pas simplement à l’Etat comme tel. On peut dénoncer la guerre, comme le fait ponctuellement T.Camous, mais on ne peut la traiter comme une généralité intemporelle. La guerre « en tant qu’instrument de la cohésion de l’Etat », dit-il. Ce n’est pas vrai pour l’Etat moderne de la même façon que pour l’Etat antique. Les Etats du lointain passé pouvaient se servir de la stigmatisation d’un ennemi, voisin ou héréditaire, pour obtenir l’assentiment des populations sous leur coupe. A l’époque moderne c’est plus compliqué que sous Jules César ou pendant la guerre de Cent ans ; c’est une hérésie historique et politique que de comparer la « privatisation » ( ?) des guerres romaines (avec un prétendu génocide des Gaulois ??) et avec les incursions impérialistes des USA en Afghanistan.
La bourgeoisie qui a besoin d’écouler ses produits dans le monde ne tient pas initialement à la guerre – tout comme les Etats les plus florissants - laquelle perturbe la circulation marchande (encore plus en phase monialisée). Si la guerre a lieu c’est parce que certaines bourgeoisies n’ont plus que le pillage pour solution. La population composée de classes antagonistes est plus difficile à embrigader que les Spartiates contre les Athéniens, etc. Cela fait bien pour un certain lectorat de tirer à vue sur les saloperies militaires US à Abou Grahib et Guantanamo, mais il faudrait expliquer en quoi la sophistication militariste moderne se différencie profondément des guerres primitives, et ne pas oublier de signaler que tous les Etats bourgeois ont leur part de crimes militaristes.

Avec sa thèse principale – les méfaits du colonialisme - qui sous-tend la causalité de « la violence de masse » , l’auteur est incapable de nous expliquer en quoi le colonialisme est d’abord une volonté du capitalisme de s’imposer sur toute la planète. N’a-t-il point lu la célèbre sentence de Marx : le capitalisme s’est développé dans la boue et le sang ? Avec boue et sang, mais développé quand même. La colonisation n’est pas que pillage militariste, elle ouvre la voie à un développement – qui restera inégal et hypocrite – mais nul ne peut nier qu’elle est en partie révolutionnaire, qu’elle n’est pas pure : les missionnaires en sandales suivent les explorateurs armés certes, mais comme on avait été chercher les premiers prolétaires dans les bois, on va chercher de nouveaux prolétaires dans la jungle et dans les îles de palmiers… On ne peut pas dire que l’esclavage a pour but l’extermination comme Hitler avait pour but l’extermination des Juifs ! Sinon on se rapproche au mieux de l’idéalisme confusionniste anarchiste, et au pire des théories simplistes des Marine Le Pen/Dieudonné/intégristes musulmaniaques et Cie ; quand en plus la référence de Camous semble être l’hyper-réac Pierre Chaunu. Avec ce raisonnement décalé, les penseurs grecs et leur « déshumanisation théorisée » de la figure de l’esclave deviennent les géniteurs de Hitler.
T.Camous se livre à une longue description des horreurs de l’esclavage, de l’existence d’un esclavage dans toutes les contrées avant même l’essor du capitalisme (en Afrique, en Orient), et, toujours en s’appuyant au passage sur un quelconque penseur réactionnaire (en l’occurrence Pétré-Grenouilleau) vient nous conter l’histoire d’un racisme pré-existant à celui qui a explosé au XXe siècle ! Il délaisse ainsi toute la causalité économique marchande qui a présidé au développement de l’esclavage, où les esclavagistes n’avaient pas plus un souci d’humanisation que les premiers capitalistes qui faisaient travailler les enfants au fond des mines. Sauf que sans le charbon et sans le coton ramassés pendant un siècle par esclaves prolétaires et esclaves des colonies, pas de confort moderne et Camous se serait ni habillé ni chauffé pour aller enseigner ses théories ambiguës à l’Université.
Le nombre phénoménal de victimes de la traite négrière ne peut être conçu comme une volonté exterminationniste. Il faut mettre cette horreur sur le compte des faibles conditions d’hygiène de l’époque tout autant que du cynisme des marchands qui se souciaient peu des conséquences sanitaires et humaines de l’entassement dans des bateaux de déportation vers les champs lointains de coton, et des conséquences du pillage de l’Inde ou de l’Algérie.

MATRICE COLONIALE OU CAPITALISME ENRAGE ?

Quel sens cela a-t-il d’affirmer que « … c’est bien de la matrice coloniale que l’idéologie nazie tire aussi en partie son racisme obsessionnel » ? Hitler un colon déguisé ? C’est encore lui faire trop d’honneur et excuser ses génocides. On a affaire à un raisonnement de type catho qui survole superficiellement « le mal » par delà les siècles, mais aucunement une véritable réflexion historique et politique. On ne peut pas mettre sur le même plan la colonisation (le capitalisme « ouvre des marchés ») et l’étranglement impérialiste de l’Allemagne des années 1930 (« exporter ou périr »). On ne peut pas mettre sur le même plan un capitalisme ascendant - qui, bien que criminel dans le traitement des prolétaires et des esclaves, vise à un universalisme économique cynique (pas spécialement raciste au contraire, cf. la catéchisation à outrance des colonisés) – et un capitalisme qui amorce son déclin dans la barbarie de 14-18, qui ne réveille pas une « violence de masse » ancestrale mais « révèle » que le capitalisme ne peut plus que détruire et massivement, et peut tout détruire sur terre ; danger qui n’avait jamais été effleuré à ce niveau par aucune société antique ou moyenâgeuse.

La « violence de masse » moderne trouve sa source donc dans « le laboratoire colonial », repose sur le « ferment colonial » (le fumier colonial ?). La thèse peut paraître séduisante pour les gauchistes revenus de leur tiers-mondisme coupable. On peut considérer qu’il y a une continuité de la barbarie capitaliste, du fait même que des généraux à Verdun avaient « fait leurs classes » dans les colonies, mais T.Camous ne se limite pas à cette continuité (évidente et à l’encontre des élucubrations hypothétiques de l’intelligentsia bourgeoise dominante sur les penseurs racistes du XIXe siècle) puisqu’il étire toujours plus loin dans l’Antiquité une continuité intemporelle de la barbarie. En tout cas, avec ou sans colonialisme, la barbarie s’explique surtout du fait que le capitalisme a atteint ses limites, et, comme une bête en cage, enrage et tente de détruire tout ce qui passe à portée de ses griffes. La bête est en cage depuis ou aux alentours de 1914, mais elle n’est pas prête à mourir. T.Camous commet encore une grosse confusion d’époque en voulant relier méfaits du colonialisme français au XIXe siècle et par exemple le massacre de Sétif en 1945. Incontestablement les moyens de répression sont décuplés au milieu du XXe siècle et il ne s’agit plus de conquête coloniale mais de dépeçage de la planète entre puissances concurrentes qui se marchent sur les pieds et dont les « burnous » nationalistes feront les frais. Mais, hormis cette confusion, Camous a parfaitement raison de rappeler que ce sont les mêmes généraux qui ont massacré les communards parisiens de 1871 et enfumés des centaines d’arabes insoumis en 1846, les Cavaignac, Saint-Arnaud et Canrobert qui se sont incroyablement enrichis. Dans les deux cas (1846 et 1945), on ne peut pas dire que la sale répression sanglante des généraux français visait à exterminer les populations, mais à briser la résistance armée par un grand massacre pour terroriser très longtemps les colonisés.

Fier de sa thèse, T.Camous semble vouloir nous la resservir comme schéma explicatif de la barbarie discontinue contemporaine : « Le lien entre guerre de colonisation et extermination de masse est aussi établi par le fait que la guerre de conquête à l’Est servit de matrice à la solution finale. Le lien entre guerre coloniale et génocide est en l’espèce incontournable ». Voici à nouveau Hitler affublé du casque blanc de colon des pays de l’Est (qui n’ont ni coton ni bananes), et l’auteur estime même avoir convaincu le lecteur que le processus de colonisation du XIXe avait pour but l’extermination des populations colonisées ! Or, concernant la guerre à l’Est, outre une hypothétique conquête d’un nouveau marché pour le Capital allemand, c’est ignorer, ou se faire le complice des historiens officiels : Hitler était le « rempart contre le communisme » (du moins sa caricature), et il avait pour but d’exterminer le marxisme et accessoirement les populations juives prolétaires. Aucun lien là-dedans, au cœur de la conflagration impérialiste mondiale avec l’esprit exterminateur prêté à la colonisation ! Si lien il y a c’est que l’Allemagne ne pouvait plus avoir des colonies, ou en avait eu si peu ! Notre bon professeur de « violence de masse » a donc tout faux.

UN HISTORIEN INCLASSABLE

Sous les auspices de sa psychologie de confessionnal, T.Camous nous entraînera ensuite dans des histoires de peur et de ressentiment pour tenter de faire de nous des adeptes de sa théorie de la « violence de masse » héréditaire ou plutôt de la guerre comme mal inextinguible. Voulait-il gagner à sa cause (idéaliste) des lecteurs d’extrême droite et d’extrême gauche ? On le dirait. Il y en a pour tous les goûts avec ce genre d’historiographie aussi révisionniste dasn le détail que l’officielle, qui se prétend novatrice et indépendante de toute école. On a vu que le colonialisme était chargé de tous les péchés, à la manière d’un quelconque activiste maoïste ignorant du moindre texte marxiste de base.
Autre trouvaille, Camous croit nous apprendre que la torture n’est ni une invention de la Tchéka ni du nazisme. Il nous livre au même moment plusieurs pages très intéressantes sur les ravages de l’assassin Leopold II et des Américains contre les indiens, et des Britanniques créateurs de vastes camps de concentration à l’époque de la guerre des Boers, pour nous relier cette barbarie du XIXe siècle des rapaces conquérants européens à… Pol Pot. Nouvelle confusion des époques tout à fait anarchiste. C’est l’importance du nombre des morts qui expliquerait une même barbarie atemporelle et sans commune mesure, nullement une capacité d’évolution des sociétés, ni un progrès de la conscience humaine dans la guerre des classes ? Les famines en Irlande et en Inde sont convoquées au tribunal de l’Histoire au même titre que les massacres d’Hitler et de Pol Pot pour plaider que les affres de la colonisation expliqueraient les génocides du monde contemporain, et au nom d’une « privatisation » du monde dont on ne sait pas ce que ce terme recouvre ; à moins que Camous soit pour la « nationalisation » du monde ? N’est-il qu’un vieux féodal aigri anti-libéral hostile à ce « lent processus libéral de démembrement des prérogatives de l’Etat ancien ( ?), jadis absolu et tout puissant, instillant l’idée que le monde est à prendre, à conquérir, que ses richesses sont là, à saisir ». Qu’on les ignore ou qu’on les déplore on ne peut pas mettre les massacres aux différentes époques sur le même plan pour passer à la trappe les explications contingentes, pas toujours évidentes, parfois vraiment irrationnelles et souvent inexplicables même par un marxiste chevronné.

S’appuyant sur un autre historien douteux, Orlando Figes, Camous tente de nous expliquer que peur et ressentiment ont été à la source de la révolution de 1917. A un moment il nous dit que les bolcheviks ont été dépassés par la violence d’en bas, à un autre (p101) à la suite du confusionniste Figès il nous les présente comme les promoteurs de celle-ci et nous assure que Lénine n’a fait que reprendre les idées de terroristes populistes mais en désespoir de cause face à un tsar autiste. Puis il saute dans la « révolution paysanne chinoise », justifiée face à l’oppression japonaise sans nier les « errements homicides du Grand Timonnier ». On trouve souvent des annotations justes dans ce fleuve de commentaires où Camous nous apporte de l’oxygène face aux amalgames des dominants en démarquant de tout marxisme les fous khmers rouges dont le « frère numéro un » « n’était pas familier du marxisme ». La terreur des khmers rouges provient bien plus du colonialisme français et de l’autoritarisme de tyran mondain de Sihanouk.
Malgré ce méli-mélo constant entre passé et présent, on saura gré à Camous de prendre la défense de la Révolution jacobine et de la Révolution bolchevique pour leur opposer la révolution chauvine anglaise du 17ème et la révolution conservatrice américaine nullement universaliste : « Révolutions américaine et anglaise sont donc des événements qui relèvent de la défense de l’intérêt particulier, religieux, ethnique, social ou économique, et se limitent à la sphère des libertés. On est loin des idéaux universalistes proclamés par les jacobins ou les bolcheviks – quelle que soit la manière dont ils furent par la suite, et parfois très vite, dévoyés ». Camous démontre aussi comment les dites révolutions anglaise et américaine furent aussi violentes contrairement à leurs apologistes actuels. En outre, il montre qu’il comprend parfaitement les réactions violentes de défense en 1789 et 1917 : « La Terreur n’est pas terrorisme : elle plonge ses racines dans la peur du retour de l’ordre ancien et constitue une réponse légale à une terreur populaire et spontanée liée à l’invasion étrangère… » (cf. voir mon livre « La guerre révolutionnaire de Robespierre à Lénine »). Camous s’appuie malheureusement ensuite sur des réactionnaires comme Werth qui note pourtant bien qu’en Russie a lieu une « contre-révolution militaire » (et non pas « bureaucratique » comme disaient les trotskiens ni « dégénérée » selon les gauches maximalistes). Mais on trouve encore des pépites qui dérogent au bourrage de crâne de l’historiographie officielle : « Il semble que la responsabilité des horreurs de la guerre civile ne doive reposer que sur de rouges épaules et surtout pas ramener encore au choc déterminant de 1914, dont les liens avec le libéralisme sont trop évidents ». Pour une fois, Camous fait la distinction qui s’impose entre la famine imposée à l’Etat de Lénine en temps de guerre civile et les abominations du régime stalinien. Il explique aussi plus loin en quoi la bureaucratie n’est en rien un « mal soviétique » mais une vieille pathologie d’Etat autoritaire. Staline n’est pas un méchant en soi mais est lui aussi « aggravé » dans les conditions de la guerre civile (c’est un PN de première), il est plus déformé par son éducation religieuse que par les préceptes marxistes, tel Carrier en 1793, il massacre ignoblement à Tsaritsyne sur les berges de la Volga…(quand Lénine est encore aux commandes, ou croit l’être).

La dite « révolution chinoise » est bien différenciée de la révolution russe, ce qui est épatant de la part d’un aussi jeune historien : « Le but des violences, tant urbaines que rurales, n’était pas le même qu’en URSS et avait avant tout un objectif politique, et non pas économique : celui de la constitution d’une classe d’activistes, d’un socle sur lequel ancrer le nouveau régime. De plus le communisme chinois fut très tôt dirigé par Mao, figure complexe et ambiguë, dont le machiavélisme meurtrier et retors n’eut rien à envier à celui de Staline ».

LES CAPRICES TYRANNIQUES DES UBU DE CIRCONSTANCE

La barbarie khmer rouge « sortait bien davantage du fond des âges et de la jungle que des bréviaires léninistes ou maoïstes ». « Les khmers rouges, pour la plupart d’entre eux, n’ont rien lu et rien retenu de Lénine ou de Marx, peut-être un peu plus de Staline, rien retiré des expériences de la Révolution française, malgré leur passé parisien ». Bien vu.
Au milieu de son hystérie maximaliste (sic) l’expérience des sadiques cambodgiens ne peut aucunement se réclamer des expériences communistes du début du siècle passé. Au lieu d’une guerre de classes, les khmers rouges permirent la « vengeance individuelle » : l’élève contre le professeur, le paysan misérable contre le paysan pauvre, le client contre le commerçant, l’enfant contre le père, etc. Rien de Marx là-dedans, juste un vernis « d’obscurantisme bouddhiste ».

Il y a aussi des UBU libéraux nous explique par la suite Camous, et qui ont besoin d’exercer la peur pour gouverner et, encore une fois, au lieu de creuser dans la modernité de l’instrumentalisation de la peur notre ardent professeur va prendre le métro en marche arrière retour vers l’Antiquité. Dommage, il castre ainsi un raisonnement qui aurait pu le mener de République vers Bastille et s’égare dans un marais pour professions intellectuelles, avec visite aux théorisations racistes de la fin du XIXème en enterrant Darwin au passage ( ?). Le racisme qui expliquerait en partie les violences (pas les guerres) revient comme thème récurrent justifiant sa thèse du lien entre colonialisme et nazisme (les meurtres de masse des Allemands en Namibie en 1904) ; il reprend aussi les poncifs contre Nietzsche. Il ne connaît rien à la nature du fascisme puisqu’il le nomme extrême droite (cf. mon livre Le fascisme et son ombre sur le siècle montre que celui-ci n’est pas l’extrême droite) et ne comprend pas la paranaoïa primordialement anti-marxiste du nazisme (idée qu’il émet pourtant en page 193).

LA RELIGION INSTRUMENT POUR ERADIQUER « L’AUTRE »

La 3ème partie sur la religion aurait pu être plus étoffée en lien avec les comparaisons avec le colonialisme (« la religion servira de justification morale à toutes les entreprises coloniales occidentales » p.225), elle reste la partie la plus intéressante pour nous les politiques maximalistes peu férus d’histoire religieuse. Sur cette dernière partie et le chapitre 6 je suis intégralement d’accord avec ses analyses, toutes les religions sont guerrières (j’ai traité du sujet dans « Marx était-il dépressif ») et il est bon qu’un auteur aussi bien diffusé fasse connaître largement la mystification du bouddhisme « pacifique » : « … ne pas sous-estimer une certaine conception bouddhiste du meurtre comme acte de délivrance et de compassion. Il ne faut pas oublier que pour le bouddhisme, et cela même s’il interdit strictement le meurtre, l’enfer c’est la vie ; Le but de l’existence est bien de s’en délivrer ».

Malheureusement, comme après une longue prière, notre observateur des guerres de masse n’a rien à proposer. Dommage mais nous nous avons nos références classiques et un projet de société, pas tout à fait intact, mais vivant, bien vivant encore. Une lecture qui vaut le déplacement à votre librairie la plus proche.