"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 16 décembre 2009

Une polémique édifiante dans les locaux du Nouvel Obs

« MISSION IMPOSSIBLE »

L’IMPUISSANCE DES POLITIQUES BOURGEOIS ET LE RETOUR DU DANGER PROLETARIEN

Jean-Paul Besset (Europe Ecologie)[1] face à Pierre Moscovici (PS)[2]

«Vive la sociale» ou «sauvons la planète» ?

Taxe carbone contre pouvoir d'achat, croissance contre décroissance, progressisme contre environnementalisme... Entre écologistes et socialistes, l'échange est vif

Le Nouvel Observateur. - Vous avez politiquement grandi l'un et l'autre dans la religion du progrès servie par une croissance éternelle et une nature inépuisable. Et pourtant, à gauche, René Dumont, Edgar Morin, André Gorz ou... Serge Moscovici tiraient très tôt la sonnette d'alarme sur l'inévitable crise de ce modèle trahi par la finitude des ressources. On y est. Pourquoi un tel retard à l'allumage ?

Jean-Paul Besset. - Ce constat-là vaut tout autant pour la gauche que pour la droite. Ces deux grands courants idéologiques sont issus, pour aller vite, de la même matrice : la révolution industrielle. La grande ligne de clivage, c'était la répartition des fruits de cette croissance. Et c'est l'honneur de la social-démocratie d'avoir su utiliser cette richesse pour développer la justice sociale et forger les bases de l'Etat-providence. Mais quand cette manne de la croissance conçue comme une vis sans fin vient à disparaître sous l'impact de la crise écologique, la social-démocratie, qui fut la grande aventure de ces deux derniers siècles, arrive à bout de souffle.

Pierre Moscovici. - Vous semblez considérer que le clivage gauche-droite n'est plus pertinent. Et moi, je continue de penser qu'il l'est, peut-être plus que jamais face à un président liquidateur comme Nicolas Sarkozy ! La question écologique est certes essentielle, mais je ne crois pas du tout que la question sociale soit éteinte. Je note d'ailleurs que les pères de l'écologie qui étaient évoqués, vous avez cité à juste titre le mien, se situent tous dans le champ culturel de la gauche. Je reconnais bien volontiers que le manque d'appétence des socialistes pour l'approche écologique s'explique par leur passé ouvriériste, productiviste ou étatiste. L'avenir, aujourd'hui, je suis d'accord, c'est la social-écologie. Mais pas le dépassement de la gauche et de la droite.

J.-P Besset. - Ne faites pas comme si l'écologie politique ignorait la question sociale, dont vous seriez propriétaire ! Moi aussi, j'ai la question sociale rivée au coeur, mais elle est désormais indissociable de la question écologique. Les inondations, les sécheresses, les cyclones, les mers qui se dépeuplent, les forêts qui reculent et les déserts qui avancent, ça concerne quand même 60% de la population mondiale. La vraie question sociale contemporaine, massive, intolérable, elle est là !

N. O. - Et sur la croissance, verte ou grise, forte ou faible, vous pouvez trouver un langage commun ?

P. Moscovici.Ce dont je suis sûr, c'est que nous avons toujours besoin de croissance. Prenons l'exemple de la France : il y a 3,7 millions de chômeurs, des déficits publics de 140 milliards d'euros, une dette publique équivalente à 82% du PIB. Je ne sais pas comment nous pouvons résorber ces gouffres financiers, investir dans des programmes écologiques lourds et réduire le chômage sans un taux de croissance significatif. Tout le défi est là : il faut à la fois réguler les dégâts considérables dus au réchauffement climatique tout en assurant notre excellence industrielle.

J.-P. Besset. - Je vous dis ça gentiment mais vous rabâchez ! Opposer la bonne croissance et la mauvaise croissance, c'est de l'imposture, et ça évite de poser les questions de fond ! Nous sommes dans un univers fini. On ne pourra assurer la durabilité économique - process industriels économes en énergie, développement des transports collectifs ou isolation thermique, extension du bio, etc. - que si parallèlement on engage des politiques de décroissance. Il faut oser le mot ! Reconnaître l'évidence. Prenons un exemple : l'automobile. Son rôle dans l'économie et l'imaginaire est très puissant. Mais laisser croire qu'on va remplacer chaque voiture polluante par un joli petit véhicule électrique, c'est mentir aux gens.


P. Moscovici. - Vous m'accusez de ne pas innover, mais j'ai l'impression que vous régressez ! J'ai le sentiment d'entendre parler les écologistes fondamentalistes des années 1970. Sur l'automobile, il se trouve que je suis député et président d'une communauté d'agglomération, celle du Pays de Montbéliard, où se trouve la plus grosse usine de France : PSA à Sochaux. J'essaie de faire ce que vous préconisez : généraliser les écoquartiers, les alternatives à la voiture, privilégier les liaisons douces. Et je pense, moi aussi, qu'on ne produira pas demain plus de voitures. Mais ce qu'on fabrique là-bas, ce sont les véhicules des mobilités de demain. Je ne crois donc pas du tout que, pour penser ce nouveau modèle de développement, il faille épouser les thèses de la décroissance ou refuser l'idée que l'industrie soit un substrat essentiel de l'économie et du progrès social ! J'observe d'ailleurs que l'objet de Copenhague n'est pas la croissance ou la décroissance, mais la réduction des gaz à effet de serre. C'est de ça dont il s'agit. Ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain !

J.-P. Besset. - Mais enfin, limiter les gaz à effet de serre, c'est-à-dire l'usage des hydrocarbures, du gaz et du charbon, c'est décroître ! Le grand banquet de la nature à partager entre les riches et les pauvres, cet horizon d'illimitation sur lequel on a construit la vision du bonheur, c'est fini. Sur la question de l'étalement urbain, de la production chimique, des flux tendus de marchandises, des consommations énergétiques, vous savez qu'on doit décroître. Quand vous citez vos actions d'élu régional, je dis bravo ! Mais alors, allez au bout : faites-en l'axe d'une stratégie nationale. La transformation écologique de la société, c'est convoquer l'innovation technologique pour aller vers le mieux plutôt que vers le toujours plus. Vers l'être plutôt que vers l'avoir. C'est une question de civilisation.

N. 0. - Evoquons la taxe carbone : les écologistes ont un discours bien rodé mais abstrait sur la préservation à long terme des intérêts des ménages les plus exposés aux crises énergétiques. Quant au PS, il donne l'impression d'être très divisé sur le sujet...

P. Moscovici. - Non, je dirais presque que, pour une fois, le PS est unanime sur le fond : il se prononce pour un prélèvement plus important que celui proposé par le gouvernement, au moins équivalent au montant proposé par la commission Rocard. Avec l'idée que cette contribution doit faire l'objet d'une redistribution en fonction des revenus ou des distances parcourues entre domicile et travail. Telle qu'elle a été votée par la majorité actuelle, nous jugeons la contribution climat-énergie écologiquement insuffisante et socialement injuste.

J.-P. Besset. - Cette idée de contribution climat-énergie est née dans la mouvance écolo, et je vous fais remarquer au passage que c'est une mesure pour faire décroître la consommation d'énergie. Comme l'a été le protocole de Kyoto et comme va l'être, je l'espère, la conférence de Copenhague. Mais vous voyez, Pierre Moscovici, au fond, vous pensez qu'il n'y a que la représentation politique qui ne changera pas, qu'il y aura toujours la même gauche et la même droite. Nous, à Europe Ecologie, nous disons que tous ceux qui pensent que l'écologie prime sur l'économie sont les bienvenus.

P. Moscovici. - En vous écoutant, j'entends une forme de prophétisme marquée par le refus du progrès. Eh bien, je vous dis que ce n'était pas là une inspiration féconde pour le socialisme d'hier et que ce ne l'est pas davantage pour celui de demain. Moi, j'assume que le socialisme démocratique soit un réformisme. C'est d'ailleurs le même sens du compromis qui permettra de trouver, je l'espère, une solution collective à Copenhague sur le climat. Pour autant, je n'ai pas renoncé à l'idée que le progrès soit une idée noble. Je ne considère pas ringards les ouvriers qui dans ma circonscription ne se préoccupent pas seulement de ce qui arrivera en 2100, mais d'abord de leur pouvoir d'achat et de leur emploi ! Il est exact que nous allons arriver au pic de la production pétrolière et que nous devons donc limiter la consommation des énergies fossiles. Mais ça ne veut pas dire que l'avenir soit voué à la récession et au chômage de masse. Pourquoi, au nom de l'écologie, ignorer les règles de l'économie ? Dernière remarque : je ne pense pas que vous représentiez la position de tous les éco- los français. Socialistes et Verts dirigent ensemble des exécutifs dans les communes ou les régions.

J.-P. Besset. - Deux réponses. D'abord, les taux de croissance plus ou moins consolidés ces dernières années n'ont pas empêché la progression du chômage et de la précarité. Le PIB est un indicateur qui nous a mis dans le mur. Nous proposons de créer, nous, de nouveaux emplois en reconvertissant l'économie. Ensuite, sur le plan politique, oui, Europe Ecologie a pour ambition de sortir du jeu traditionnel. L'écologie n'est plus une force d'appoint mais une proposition centrale. Ce qui compte, ce n'est pas de construire des majorités par rapport aux oripeaux du passé, mais en fonction d'un projet. Pour les régionales par exemple, l'enjeu, c'est comment faire 26 écorégions.

P. Moscovici. - Entre nous il y a moins de différences que vous ne le dites. Je ne suis pas pour un productivisme échevelé et, je le répète, la question écologique est centrale. Mais attention, les écologistes ne se situent pas dans le ciel des idées. Et s'ils le croyaient, ce serait une extraordinaire régression ! Nous pouvons et nous devons donc nous rejoindre. C'était possible hier, ça doit l'être demain.

ET L’AVIS DU CONSULTé DE SERVICE

Le complice des va-t-en guerre, Cohn- Bendit qui est le consultant chouchou des médias est « consulté » sur ce débat troublant , et confirme que les politiciens écolos sont bien méprisables et complètement dépassé par la dangereuse accélération de l’histoire qui repose brutalement la confrontation, non mythique, des classes.

« Ces réactions, et même la relative agressivité d'un homme a priori intelligent comme Pierre Moscovici, sont éloquentes. Je suis frappé par l'incapacité du vieux logiciel social-démocrate à comprendre qu'au coeur de la question sociale se trouvent aussi les inégalités écologiques : il y a ceux qui peuvent choisir ou non de prendre leur voiture, d'habiter plutôt ici que là, de manger sainement ou non, d'échapper aux cancers professionnels... Arc-boutés sur la figure mythique du travailleur, les socialistes n'arrivent pas à penser en dehors du productivisme, et n'ont jamais été capables de faire émerger dans leurs rangs de réelles figures écologistes. En fait, le PS a toujours méprisé les écolos et espéré pouvoir nous confiner à la défense des petits oiseaux ».



[1] Jean-Paul Besset :Député européen, proche de Nicolas Hulot, et auteur de «Comment ne plus être progressiste... sans devenir réactionnaire», Fayard.

[2] Pierre Moscovici Député du Doubs, chargé au PS d'un nouveau modèle de développement, et auteur de «Mission impossible ? Comment la gauche peut battre Sarkozy en 2012», Le Cherche Midi.

mardi 15 décembre 2009

CONSIDERATIONS DEPLORABLES SUR LA NATURE DU CAPITALISME ET CONFONDANTES EN FAVEUR DE L’UNIVERSALISME ABSTRAIT

La presse européenne de ce 15 décembre semble trouver complètement anormal que l’Europe perde un million d’emplois. Réponse d’un prolétaire sur le site 20 minutes, qui se fiche comme moi des difficultés de la bourgeoisie française et de sa désindustrialisation : « complètement anormal pourquoi?? : nous sommes des milliers de personnes à entrer en retraite depuis deux ans au moins ( papy boom ) ; dans ces conditions le chômage devrait baisser si le patronat jouait le jeu mais les employés et ouvriers entrent comme variables d'ajustement dans la gestion des bénéfices des entreprises redistribués aux actionnaires , pour ces entreprises elles dégraissent le mamouth sans avoir à faire appel aux licenciement massifs. Un ouvrier part en retraite on ne le remplace pas d'une part , d'autre part ces entreprises font appel de plus en plus aux emplois kleenex ( intérimaire ). On prend et on jette sans autre forme de procès, avantages : plus de primes diverses , plus de calculs de congés payés voilà la réalité .De plus la gestion de la crise en France est déficiente on y répond par des saupoudrages de mesurettes , alors qu'il faudrait une relance devenue impossible au regard du taux d'endettement du pays. Résultat : chômage et misère. Je ne pense pas que cela tienne encore longtemps. » (cf. Dragon, 5 heures du mat)

A quoi ressemble la structure du capitalisme français ? S’interroge en même temps le journal bourgeois Le Monde :

« Dans une étude sur la gouvernance des entreprises (MiddleNext, juin 2009), Pierre-Yves Gomez, professeur à l'EM-Lyon et chroniqueur au "Monde économie", indique : « Sur les 2,6 millions d'entreprises françaises, 72 % sont possédées par un seul actionnaire et seules 4 % des sociétés de capitaux ont un capital dilué, au sens où le premier actionnaire ne représente pas plus de 10 % du capital. Huit cents entreprises sont cotées. La part moyenne de leur (capital) flottant est de l'ordre de 20 %. Quelque 85 % des entreprises de taille intermédiaire (250 à 5000 salariés) sont de type patrimonial. Enfin, il existe 27 600 PME non-cotées dont la taille dépasse cinquante salariés ».

Résumé : une ultra-minorité règne sans partage et assoit sa dictature sur toujours plus de privations des masses et une répression sans vergogne.

QUI SEME LE VENT RECOLTE LA TEMPETE

Forcené l’agresseur de Berlusconi, Tartaglia ? Déséquilibré le « pauvre type »? « Suivi pour troubles psychiatriques » ce pauvre prolétaire qui a exprimé sa haine d’un symbole typique du mépris bourgeois? Tout agresseur d’un membre du personnel politique bourgeois est immédiatement criminalisé sans que personne ne connaisse le pourquoi du comment. Il n’y a aucun motif de se réjouir du visage en sang d’un homme, fusse-t-il un ignoble bourgeois libidineux et mafioso. Cependant, hors de tout jugement moral ou humain (type secouriste) la violence primaire est inévitable face à la gouvernance gangstériste des mafias au pouvoir ; on ne devrait pas se contenter sur ce plan de croire à une « spécificité » italienne. Même l’agression du chirurgien d’Hallyday, probablement par des « beaufs » cagoulés, est significative du fait que la médecine bourgeoise n’est plus sacrée. L’Etat bourgeois, partout, génère à la fois l’incompétence et la prévarication, et une violence mille fois plus choquante : en Afghanistan, en Palestine, au Timor Oriental, en Tchétchénie, en Afrique…

La violence « individuelle » - rançon de décennies de culture de l’individualisme - va occuper de plus en plus le terrain « médiatique » sans que le pouvoir, de plus en plus pourri, ne puisse (un) exhiber des mains blanches et (deux) poser au protecteur des citoyens .

UN. Le personnel politique continue, dans tous les pays à se discréditer à la vitesse grand V, signe de fin de règne. Avec le présumé président de la république française, le ridicule de la fonction gouvernementale est apparu indéniable grâce à ses divers valets, cette bande de transfuges arrivistes prêts à tuer père et mère pour un poste ministériel, dont la pouffiasse N°1, la casserole Dati vient d’illustrer que tous ces gens-là sont payés à rien foutre.

Un job va réduire légèrement le chômage : la protection rapprochée du personnel politique ridicule. Ils s’attendent d’ailleurs tous à ce qu’on leur « foute sur la gueule » s’ils passent dans le quartier… Ils sont bien peu nombreux pour serrer les rangs face à leur faconde et arrogance de bourgeois bien pourris. Berlusconi a reçu une pincée de messages de soutien par les complices internationaux de ses crimes. Le faux premier ministre russe Poutine et le faux président français Sarkozy ont été les premiers à l'appeler, avant les messages de réconfort du papillon Benoît XVI, du premier valet britannique Gordon Brown, de la dentellière allemande Merkel et de la secrétaire d'Obama Hillarante Clinton.

Bémol. La violence individuelle, son culte et son exaltation est, comme je l’ai souvent rappelé, et ce depuis 1789, typique de la petite bourgeoisie grugée et primaire; par exemple un journaliste farceur du Monde.fr serait l'auteur d'un montage vidéo montrant Amine Benalia-Brouch, ce morveux militant UMP rendu célèbre par les propos du négrier Hortefeux, un fusil Kalachnikov pointé sur la tempe. Le journaliste, auditionné mi-novembre, aurait reconnu être l'auteur du « détournement » diffusé sur YouTube – propre à enthousiasmer un rigolo d’entarteur comme Godin - rapportait lundi Le Parisien. Cette tendance à exsuder la violence au niveau « sociétal », comme disent les sociologues toujours en retard d’un métro, est la réponse bobo à leur rétrogradation statutaire dans la hiérarchie bourgeoise. Si l’on trouve des prolétaires parfois, parmi les « malfaiteurs » sociaux violents, leur détermination part d’un autre esprit de vengeance, comme réponse aux suicides à France-télécom et ailleurs. Or, je l’ai déjà expliqué dans ces colonnes, il ne faut pas s’attendre à des meurtres en entreprise de chefs honnis, cela ne correspond ni à l’éducation ni à la conscience politique dans la classe ouvrière. La réponse du « point de vue de classe » du prolétariat ne peut pas se situer à ce niveau mais dans cette formidable expression collective que sont les grèves dirigées par les travailleurs eux-mêmes et des manifestations qui auront un sens et des buts, avec inévitablement des débats politiques d’envergure dans les lieux occupés (comme en 68). La bourgeoisie s’attend à cette réponse plus grave, politiquement inquiétante pour son avenir, comme j’ai été pour l’instant le seul à le signaler concernant le congrès de la CGT. Si cette officine gouvernementale a prévu d’en finir avec la « fédération » par entreprises de son cordon policier pour passer à une « fédération territoriale », je suis tenté de dire que cette « mue bureaucratique » a pour fonction d’anticiper l’apparition d’organismes de classe révolutionnaire, type Conseils ouvriers, qui se ficheront totalement du cadre de l’entreprise ; et dont il faudra tenter d’éradiquer la potentialité subversive comme organisations réelles du prolétariat face au système capitalo-écolo, dans une bataille à couteaux tirés face à un maillage syndical comparable à celui de la « gauche socialiste » qui permit de vider de son sang la révolution allemande de 1918. Bataille plus ardue dans des conditions de simultanéité internationale.

DEUX. L’argument de l’Etat bourgeois qui consiste à dénoncer la violence en général en oubliant qu’il en est le principal géniteur, s’accouple avec les accusations génériques de terrorisme à tout va, d’une assurance de son rôle de protection des citoyens. Cette dernière assurance est en train de voler littéralement en éclats. Les campagnes antiterroristes n’abusent plus grand monde. C’est la deuxième fois, depuis l’ascension fulgurante de Sarkozy, qu’un enfant de 12 ans est tué dans la rue pour des querelles de petites frappes. La fois précédente, Sarko, simple premier flic de l’Intérieur avait promis une réponse au kärcher. J’avais trouvé sa réponse plutôt virile et correcte sémantiquement (le gamin précédent lavait la voiture du père avec une éponge) du point de vue médiatique par le ministre ; et je pense toujours que la réponse face aux meurtriers d’enfants ou des terroristes du lumpen reste la mitraille, mais pas par la police bourgeoise qui est chargée de protéger exclusivement les puissants. Ce deuxième meurtre, celui du petit Amar à Lyon, criblé de balles, vient révéler que Sarkozy, malgré son bla-bla « viril », ne fait rien pour les quartiers ouvriers (face aux excroissances et dérives du lumpen, en attendant de les recruter plus tard comme corps francs) et ne fera jamais rien que jouer au malin et exhiber, comme Berlusconi : l’étalement de sa richesse et les envies de sa bite, et couvrir d’or ses complices en tics Guaino et Dati. La petite mémé continue à se faire brutaliser et arracher le sac à main, des passants à se faire écraser par les cowboys policiers et policières, des retraités maghrébins à se faire tabasser et tuer au commissariat. L’antiracisme du maoïste intégré Kouchner peut voisiner sans émotion avec la chasse au faciès. L’intégration républicaine autorise la kabyle fonctionnaire d’ANPE comme l’algérien en uniforme de CRS à taper sur le chômeur et sur le manifestant, indépendamment de sa race. Contrairement aux analyses superficielles des sociologues influencés par l’idéologie US (à la Dominique Schnapper) les liens ethniques sont totalement secondaires dans la « fonction sociale » de chacun. Le maghrébin devenu flic restera flic en premier lieu. Parmi la classe ouvrière, c’est pareil, face à la répression et au chômage, face aux assassinats de rue, ce n’est pas l’islamisation des mœurs qui se répand mais la détermination de classe. La détermination des « gens des quartiers », des prolétaires, lorsqu’ils protestent n’est pas centrée sur ces questions secondaires et artificielles que sont les minarets, les quotas, le voile ou le string. Cette détermination, pour l’instant pacifique, est une détermination de prolétaires indistincts. C’est pourquoi la manifestation à Lyon pour le petit Amar m’a beaucoup touché par sa dignité et parce qu’un manifestant, couvrant la voix des habituels « médiateurs démocratiques » a crié : « c’est la révolution qu’il faut ».

Universalisme abstrait contre communautarisme d’Etat :

Depuis des années les intellectuels gouvernementaux, et à leur suite tous les prédicateurs écolos, les imams consensuels, les rabbins obligés d’Israël, les féministes bourgeoises, les communisateurs antiracistes confortent la principale idéologie bourgeoise occidentale selon laquelle la lutte de classes n’était plus devenue qu’un « universalisme abstrait ». Ces engeances ont rejoint la frange gauchiste et social-démocrate de l'intelligentsia de gauche qui pense qu'on ne peut plus changer le monde et qu'il faut l'accepter comme il est à condition de produire plus d’éoliennes et de chanter ensemble à Copenhague. Aujourd'hui ils veulent tous dialoguer avec tout le monde. On balaye toutes les difficultés et on cache la poussière sous le tapis pour avoir la paix. On ne veut plus aborder les questions de fond de la lutte des classes. On accepte tout dans un mouvement de fraternité communautaire… abstraite, mais, en réalité, c'est pour mieux contrôler le prolétariat.

Notre époque est celle du dérapage contrôlé. Ce sont les prolétaires qui payent, et les sans-diplômes que l'on envoie au casse-pipe se battre ou marner pour les marionnettes du Capital. La démocratie, l’antiracisme sont des leurres avec lesquels on égare les consciences. Vieille tactique politicienne, on nous demande d'abandonner l'idée que l'histoire va dans le sens de l'émancipation du prolétariat. Les manifestations diverses du prolétariat n’intéressent pas les moyens de contrôle médiatique de l’Etat bourgeois, ou elles ne sont présentées que comme grèves d’égoïstes, manifestations pour plus de police, protestations « citoyennes », phénomènes dérisoires d’éternels vaincus de l’histoire.

Hélas, trois fois hélas ! La crise systémique se renforce. Ce ne sont plus des entreprises seulement qui sont en faillite mais des Etats entiers. La crise systémique fait et fera voler en éclats de plus en plus les leurres gouvernementaux. La violence n’est que la crête de la vague. C’est d’organisation qu’ont besoin les prolétaires, c’est de lieux où décider de leur vie, de l’universalisme concret de l’humanité. C’est une réflexion renouvelée pour la possibilité de changer le monde qui est à l’ordre du jour de la période qui vient. Vivement 2010.

Bien creusé vieille taupe !

dimanche 13 décembre 2009



Pendant la bouffonnerie de Copenhague


Le partage du gâteau impérialiste continue



Les vulgaires enchères pour le partage des champs pétrolifères irakiens


sous la pression terroriste capitaliste


A 15 H cet après-midi en France les cloches des villages vont sonner 350 fois (pendant dix minutes) pour la "justice climatique"; on ne sait pas si du haut des minarets existants les bigots islamiques vont en faire autant à voix nue. Toutefois nous sommes en demeure de vérifier la traditionnelle alliance du sabre et du goupillon. Pendant que sonnent les cloches de Copenhague à Pétaouchnok, et que des milliers de jeunes bobos jouent à l'insurrection bon teint face aux flics robocops danois, le business continue. En fin de semaine dernière, les enchères organisées par l'Irak pour la mise en exploitation de certains de ses principaux gisements pétroliers ont suscité une concurrence plus forte que prévu, permettant à Bagdad de s'assurer les services de certaines des plus grosses compagnies mondiales pour un prix modique. Les compagnies candidates ont même offert un prix inférieur à celui que le gouvernement irakien était prêt à payer. Le contraste a été particulièrement marqué avec la première série d'enchères organisée en juin, lors duquel un seul contrat avait été attribué, et seulement après que le consortium gagnant ait réduit de moitié ses prétentions pour respecter les conditions posées par le gouvernement fantoche irakien. Les consortiums qui ont emporté les contrats attribués vendredi, emmenés respectivement par Royal Dutch Shell et le chinois CNPC, devraient engranger moins de profits que le groupe conduit par BP, qui avait remporté les enchères de juin, selon les communiqués publiés vendredi par le ministère irakien du Pétrole, Hussein al Chahristani.


La séance d'enchères pour l'attribution à des compagnies étrangères de cinq champs pétroliers irakiens s’était tenue vendredi à 09H40 (06H40 GMT) à Bagdad. C'est le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki qui avait ouvert la séance au ministère du Pétrole en présence de représentants des 44 compagnies pétrolières en lice, dont les grandes majors internationales. Au total, les enchères concernent 10 champs pétroliers (cinq vendredi et cinq samedi). Le premier mis à l'encan est celui de Majnoun, dont les réserves sont estimées à 12,58 milliards de barils et qui ne produit actuellement que 45.900 b/j. C'est le consortium composé de l'Anglo-Néerlandais Shell et du Malaisien Petronas qui a remporté cette exploitation du sud de l'Irak, a annoncé ensuite le ministre irakien du Pétrole Hussein al-Chahristani. Shell (60%) et Petronas (40%) ont proposé d'être rémunérés 1,39 dollar par baril et de porter la production à 1,8 million de barils/j d'ici six ans. Shell-Petronas a battu le Français Total, associé au Chinois CNPC (43%), qui proposait d'être rémunéré 1,75 dollar par baril et de porter la production à 1,405 baril/j. Parmi les quatre autres qui doivent être attribués figurent Bagdad-Est, à la périphérie de la capitale, avec des réserves estimées à 8,1 milliards de barils, et Halfaya, dans le sud, près de la frontière avec l'Iran, avec des réserves de 4,1 milliards de barils. Le consortium conduit par le Chinois CNPC a remporté vendredi le champ pétrolier de Halfaya, dans le sud de l'Irak, dont les réserves sont estimées à 4,09 milliards de barils. Ce cartel, dont le chef de file est CNPC (50%), compte également dans ses rangs le Français Total (25%) et le Malaisien Petronas, a annoncé vendredi à Bagdad le ministre irakien du Pétrole Hussein al-Chahristani. Ils ont proposé d'être rémunérés 1,40 dollar par baril et de porter la production à 535.000 barils/j d'ici six ans, contre 3.100 b/j actuellement. Deux autres champs plus petits sont également proposés: Eastern Fields (est), avec des réserves de 0,36 milliard de barils, et Qaiyarah (nord) avec 0,80 milliard de barils. Les réserves mises en jeu s'élèvent au total à 41,2 milliards de barils et, si ces enchères sont réussies, l'Irak peut devenir d'ici six ans l'égal des grands producteurs mondiaux de brut.


Le consortium mené par le russe Lukoil a remporté l'énorme exploitation du champ pétrolifère de Qourna-ouest 2 dans le sud de l'Irak, samedi 12 décembre, dernier jour des enchères qui ont vu l'attribution de sept champs au total à plusieurs compagnies étrangères.


Le chef de file Lukoil, détenant 85% de l'exploitation, et le norvégien StatoilHydro (15%) ont proposé d'être rémunérés 1,15 dollar par baril et de produire 1,8 million de barils par jour. Qourna-ouest 2, le plus important des champs pétrolifères mis aux enchères vendredi et samedi, recèle 12,8 milliards de barils. Le cartel russo-norvégien a largement pris le pas sur le français Total, le consortium composé du Malaisien Petronas, de l'Indonésien Pertamina et du Vietnamien PetroVietnam, et sur la coalition britannique BP et le chinois CNPC.



Par ailleurs, le champ de Garraf (centre), qui recèle 863 millions de barils, a été attribué au bloc composé du Malaisien Petronas (60%) et du japonais Japex (40%) qui a proposé d'être rétribué pour ses services à 1,49 dollar par baril et de produire 230.000 barils par jour. Ils ont pris l'avantage sur la coalition composée par le turc TPAO (60%) et l'Indien ONGC (40%), l'alliance de KazMunaiGas (Kazakhstan), du Kogas (Corée du sud), de l'italien Edison et sur l'indonésien Pertamina qui se présentait seul.


Le champ pétrolier de Badra (est), dont les réserves sont estimées à 109 millions de barils, a été remporté par une coalition menée par le russe Gazprom (40%), le turc TPAO (10%), le Sud-Coréen Kogas (30%) et le Malaisien Petronas (20%).


Seule en lice, cette coalition avait proposé d'être rémunérée 6 dollars et de produire 170.000 barils par jour mais elle a finalement accepté de ne recevoir que 5,5 dollars. Le champ de Najmah (dans la province de Ninive, nord), qui recèle des réserves de 858 millions de barils, a été remporté par l'angolais Sonangol, qui a proposé d'être rémunéré 6 dollars par baril et de porter la production à 110.000 barils par jour. Cette compagnie a déjà remporté vendredi dans la même province le champ de Qaiyarah, dont les réserves sont estimées à 807 millions de barils. Elle sera rémunéré 5 dollars par baril et s'est engagée à produire 120.000 barils par jour. Avec les sept champs attribués depuis vendredi, l'Irak serait en mesure de produire 4,765 millions barils par jour supplémentaires dans les prochaines années, ce qui en ferait le principal rival de l'Arabie saoudite. Il produit actuellement 2 millions de barils par jour. En revanche, Bagdad-est, avec des réserves de 8,10 milliards de barils, et Eastern Fields (est) dont les réserves s'élèvent à 367 millions de barils, ainsi que trois petits champs regroupés sous le nom de "Middle Furat" (centre), dont les réserves totales sont 547 millions de barils, n'ont pas trouvé preneur. En ouvrant la séance vendredi, le Premier ministre Nouri al-Maliki a assuré que "les compagnies seront protégées par le gouvernement". La réunion regroupant 44 compagnies, dont les grandes majors internationales, s'était ouverte trois jours après une série d'attentats à Bagdad ayant fait 127 tués.


La motivation des compagnies a aussi été liée à des facteurs non financiers, comme l'accès aux réserves et le positionnement stratégique dans la région, ainsi qu’a tenu à le préciser lourdement un ministre quelconque.




vendredi 11 décembre 2009



UNE VISITE A L’HOPITAL



UNE LECTURE CONSOLATRICE DU COPAIN QUI SE PRETEND PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE



Le voyage en avion avait été pénible. Nicolas S. se demandait sans cesse s’il arriverait à temps. Il avait emporté une potion de cheval pour le malade, l’article « tribune » qu’il avait découpé dans le journal chic Le Monde où les blaireaux de journaleux avaient trouvé un titre passable: « Pour le chef de l’Etat, « l’identité nationale est un antidote au communautarisme »… car l’arlésien Henri Guaino avait buté sur ses compétences.


Nicolas S. s’étira cependant avec une évidente satisfaction en posant ses pieds sur les épaules à Kouchner assis juste devant. C’est la première fois dans l’histoire de la république française qu’un gouvernement engage un débat avec le peuple, pensa-t-il avec une certaine ostentation. Personne n’avait imaginé jusqu’ici qu’on puisse débattre avec une poignée de grenouilles ministérielles et leur berger. Débat incongru. Débat lustucru (l’eusses-tu cru ?) où personne ne veut débattre d’ailleurs, chacun dans les édiles de l’élite gauche caviar ou droite Champagne ne faisant que lancer des petits fours à l’autre. Bah, pensa encore Nicolas S.: « En vérité la vie politique n’est plus qu’un grand centre hospitalier en déshérence, où l’on entre et sort uniquement par le portail des urgences. Le lieu n’est ni hospitalier ni curatif, hélas ! ». Sage réflexion avant l’humiliante fouille au corps à l’aéroport comme un vulgaire sans papier.



Nicolas S. s’était assis au chevet du pauvre chanteur abandonné par une médecine du profit impuissante à éradiquer les maladies « incurables », cotisant tant qu’il peut aux impôts suisses - en phase terminale quoiqu’en disent les médias voyeurs et les requins fébriles des éditions papier et musique.



« J’ai amené quéque chose que pour toi mon idole » dit-il avec compassion et un léger tremblement de la voix. Nicolas S. était venu avec la ferme intention de consoler Jojo en lui expliquant que l’homme n’est pas destiné à rester un loup sans papier pour l’homme en uniforme de CRS.



D’une façon ostentatoire, bien qu’affable, Nicolas S. se crispe un peu plus sur la chaise de l’hôpital US. Il veut dédramatiser l’histoire des minarets suisses, sans parler du paradis de Gstaad ni du chalet de Polanski, un charmant voisin. Il commence par porter un coup de béret à la vieille démagogie bourgeoise suisse « où le peuple a l’habitude de prendre la parole et de décider par lui-même ». Extraordinaire ce peuple suisse, composé surtout de bons bourgeois repus et de banquiers blanchisseurs (ricane Nicolas S. en lui-même). La violence « viscérale » pour « tout ce qui vient du (de ce) peuple » - sous-entendu son ami le fasciste Cohn-Bendit qui leur a demandé de repasser devant la boite à malices – « nourrit le populisme » et ne prend pas en compte « la souffrance des électeurs ».



La souffrance des électeurs suisses… Johnny, sorti de son coma artificiel, peine à calmer ses hoquets de rire.


Le « nègre » qui a rédigé le texte que l’ami Nicolas S. ânonne, a tenu à ce que l’argumentaire patauge ensuite dans le glauque sentimental : « je me souviens des paroles blessantes… » (entendez : contre tous les « abrutis » qui avaient voté non à l’Europe avec leurs œillères d’abrutis), « ouvrant une fracture ». Après les blessures, les fractures, c’est en clinique électorale très parlant mais longuet pour les membres de la famille Hallyday qui se morfond dans la salle d’attente. Redoublement de sentimentalisme : les non à l’Europe étaient l’expression d’un rejet d’une Europe dont ils (les français, les irlandais, etc.) ne voulaient plus. Clin d’œil à Bertolt Brecht : « Ne pouvant changer les peuples, il fallait changer l’Europe ». Coup de baguette magique, les électeurs on leur a enfoncé la baguette plus profond dans le tréfond avec la potion de Lisbonne. Le tour était joué : « C’est alors que, dépassant ce qui la divisait, la France a pu prendre la tête du combat pour changer l’Europe »…


Johnny qui ne peut pas encore reparler, sourit légèrement en pensant que Nicolas S. est un sacré prestidigitateur pour les élections de 2010 et qu’il a dû guider ce coup-ci la main de Guaino : Hi Hi… c’est mon bon Nicolas qui avait exprimé son plus profond mépris pour ces ploucs de nonistes français et irlandais, et c’est à son instigation que le traité européen était passé ; et en plus il était d’ailleurs au perchoir (hi hi, bis). Johnny se souvenait de sa propre déclaration digne de la fraternelle, alors qu’il était un peu ivre au sortir du Fouquet’s : « Avec Nicolas vous verrez tout s’arrange ».



Nicolas S. continue sa lecture, jetant parfois un regard angoissé au malade, comme pour voir si la prose d’Henri lui redonne un peu cet élan de vie qui fait vibrer dans les concerts et les clips électoraux : « Et le sentiment de perdre son identité peut être une cause profonde de souffrance… ».[1]


Qu’est-ce que je m’en fiche de l’identité et des jumeaux tribalisme et communautarisme et de leur frère le multiculturalisme et de leur sœur la nation, pense le rocker : « que j’en ai rien à foutre, ce que je veux c’est plus souffrir, être français ou suisse c’est plus souffrir ! knocke le zute ! ».



Tout à sa lecture Nicolas S. n’a pas vu le regard excédé de Johnny, il se prend pour le président en titre de l’Europe à la place des obscurs apparatchiks nominés et qui sentent la naphtaline : « Nulle autre civilisation européenne n’a davantage pratiqué, tout au long de son histoire, le métissage des cultures… ». Nicolas S. s’arrête un instant sur cette phrase mal bâtie et se mord la lèvre. Il a trop tendance à faire confiance à Henri, et il se dit : « merde je le paye suffisamment cher, un cachet digne de Jojo, pour qu’il me fasse des trucs qui tiennent debout. Là c’est du Céline ou quoi ? Il y a eu d’autres civilisations européennes en Afrique ou au Groenland ? ».


Peu fin en littérature d’agit-prop, Nicolas S. n’a pas compris la subtilité d’Henri ; si Henri avait rédigé « nulle autre civilisation que l’Europe… », le topo tombait sous l’accusation de colonialisme par Dieudonné et tous les chefs d’Etats sous-développés à Copenhague.



Johnny s’était endormi à nouveau et, se réveillant, il croit entendre un bilan positif du toubib US traduit en français par un aide-soignant sans blouse blanche : « La clé de cet enrichissement mutuel qu’est le métissage des idées, des pensées, des cultures, c’est une assimilation réussie ».


Mais non, Johnny a compris que l’opération avait foiré encore une fois et trouve la force d’articuler, bien que péniblement : « … sont aussi cons que les français ces toubibs amerloques… ».


Nicolas S., qui sait que la presse people ricaine (de mèche avec Paris-Match) a fait mettre sur écoute la chambre du misérable malade, quoique célèbre inconnu jusque dans les rues de Houston, joue au père fouettard, martelle la suite du texte sans égard pour le souffrant :


« Respecter ceux qui accueillent, c’est s’efforcer de ne pas les heurter, de ne pas les choquer, c’est en respecter les valeurs, les convictions, les lois, les traditions, et les faire – au moins en partie siennes… »


Johnny s’agite sur son lit et lance des borborygmes : « … ça va, j’ai donné… la pub pour les USA c’est moi… santiags et Harley… j’ai fait 200 fois la route 66… la traduc des mièvreries de Presley… alors ils pourraient faire un effort merde ! ».


Nicolas S. voulant tempérer l’énervement de son ami croit bon de continuer la lecture croyant que la douceur de sa voix (la voix de l’identité française tout de même) apportera un peu de baume au ténor couché : « … et à ces valeurs condamnerait à l’échec l’instauration si nécessaire d’un Islam de France… ».


Johnny s’agite de moins en moins pourtant mais ronge son frein : « Qu’est-ce qu’il me fait chier avec ses slams celui-là… je ne suis pas un phraseur de banlieue moi mais l’idole perpétuelle des jeunes, mieux que Michael Jackson j’aurai régné sur le rock franco-belge pendant un demi-siècle du twist au blues… ».



L’autre continue : « … conscient qu’il a de la chance de vivre sur une terre de liberté, doit pratiquer son culte avec humble discrétion… ».


Johnny pense à cet instant avec ironie : « sacré Nico j’ai toujours pensé que t’étais comme moi fana des yankees, mais pas à ce point ! ». Les effets du dérivé de cocaïne redoublant il voit soudain son Nicolas vêtu d’une soutane et un chapelet à la main. Comme les gothiques quoi.



Père Nicolas S. acheva l’oraison funèbre : « … doit pratiquer son culte avec l’humble discrétion qui témoigne non de la tiédeur de ses convictions mais du respect fraternel qu’il éprouve vis-à-vis de celui qui ne pense pas comme lui, avec lequel il veut vivre ».



Johnny ne bougeait plus. Il ne priait plus non plus.












[1] Comme Charles Martel (hum ! hum ! mauvais)

mercredi 9 décembre 2009



Pas de Copinage écolo-consensuel à Copenhague ?

Qu’est-ce qui guette le monde entier ?

On pourrait parodier ce diagramme officiel de la bourgeoisie riche par un même camenbert qui représenterait la répartition du gâteau impérialiste des grandes puissances ou la part d'influence des principales idéologies dominantes: 20% pour la démocratie, 30% pour l'antiracisme, 10% pour l'islamisme, 8% pour l'antifascisme, etc.





LA CATASTROPHE ECOLOGIQUE OU LA GUERRE ECONOMIQUE ?



SAUVER LE CLIMAT OU SAUVER LE CAPITALISME ?







Comme les gosses on peut être enclin à chaque fois de répondre : les deux ! C’est très compliqué ces histoires controversées sur les conséquences du réchauffement climatique, et on peut même considérer que c’est « compliqué à dessein », non comme complot simple mais comme stratégie sophistiquée de la bourgeoisie des grandes puissances. Alors, face au prolétariat universel, s’il est convenu que le « danger mortel du réchauffement climatique » n’est affaire que de spécialistes politiques et scientifiques, il est aussi convenu que la seule manière d’intéresser les prolétaires est d’avoir recours à un ton catastrophiste ; ainsi le prolétaire communiste qui, excédé par ce battage, s’écrie « rien à foutre de l’écologie des bourgeois », aura raison mais passera pour un imbécile. Celui qui persistera à se questionner sur le fond de ce battage mondial sera inévitablement rangé au rang des « négationnistes » climato-sceptiques !

Certes ni Platon, ni Marx, ni le Général De Gaulle, ni Roosevelt, ni les industriels les plus performants n’avaient envisagé qu’à une certaine étape de sa prétention à une croissance éternelle, et à une impossible décadence, le capitalisme provoquerai un « réchauffement » destructeur de la planète. Attention, des années 1970 où eût lieu cette « découverte » aux années 1980 où elle devint un « souci » des médias, la catastrophe écologique resta uniquement identifiée comme « réchauffement dû aux activités humaines », mais nullement la faute seulement aux industries polluantes (jamais à la pollution militaire impérialiste)[1]. Cette idéologie qui culpabilise les « activités humaines » et non les « activités capitalistes » est fabuleuse en ce qu’elle individualise la question et te culpabilise toi avec ta cigarette, toi avec ta bagnole, toi le chômeur industrialiste qui souhaite décrocher un job en rêvant au développement d’une usine dans ta région, toi le sous-développé qui, non content de crever de faim, veut voir se développer n’importe quelle industrie polluante dans ton pays pour enfin manger à ta faim…
Empiriquement, a été créé à l’époque de la « prise de conscience » un groupe international d'experts sur l'évolution du climat. C'est sur les rapports de ce fameux Giec, dont le dernier date de 2007 et prédit que la terre ne pourrait supporter un réchauffement de la température mondiale supérieur à 2° d'ici la fin du siècle, que se basent les actuelles négociations au royaume du Danemark. 192 représentants d’Etats bourgeois sont allés faire du charme à la petite sirène pour lui conter l’insoutenable légèreté de l’être capitaliste. Puisque les gaz à effets de serre (résumés sous un « équivalent en tonne de CO2 ») ont cette particularité de rester des centaines d'années dans l'atmosphère, les pays développés qui sont à l'origine de 77% des émissions cumulées affirment, la main sur le cœur, avoir une « responsabilité historique » vis à vis des pays en développement, à qui il s'agit de tenir un discours moraliste en les obligeant à passer à la caisse du lobby écologique même si cette tentative de ressourcement de l’industrie capitaliste implique une croissance verte plus coûteuse et ne peut que freiner leur croissance faute d'accès aux énergies. Les grandes puissances moralistes, prétendant se serrer la ceinture – effet de serre « humaniste » - s’engagent à contribuer par une aide financière et technologique pour, d’une part continuer à dominer les petites nations toujours colonisées, et remplir les poches des bourgeoisies locales sous-développées qui continueront à assassiner et à affamer leurs populations. Excepté leur pollution ménagère, les petits pays sous-développés ne polluent pas grand-chose dans l’atmosphère, quoique certains producteurs d’hydrocarbures soient aussi en ligne de mire, mais plus pour l’épuisement de la caverne d’Ali Baba de leurs nappes souterraines que pour les fumées qu’ils génèrent.
On prétend que dans leur élan « humaniste » les grandes puissances veulent ainsi faire de la place aux « nouveaux venus », qu’elles conchient, la Chine et l’Inde en tête. La Chine émettrait aujourd'hui juste un peu plus de CO2 que les Etats-Unis… mais pour quatre fois plus d'habitants. Remarque d’un expert communisateur : « La terre ne peut se permettre que demain tous les Chinois se comportent comme les Américains ».
En réalité personne n’est dupe que la compétition économico-impérialiste est au centre du jeu à Copenhague : les trois plus grands émetteurs, Chine, Etats-Unis, Europe représentaient respectivement en 2007 21-20-14% des émissions mondiales. La « négociation » à Copenhague promet d’être tendue et de finir par une résolution en eau de boudin. Autant demander au capitalisme financier de réduire l’effet de serre de ses profits
Les Etats-Unis et l'UE tentent de bluffer un maximum, comme un coureur de formule 1 en tête sur la ligne de départ et qui soutient que les autres bolides doivent rester derrière pour économiser l’essence. La bourgeoisie US avec son délégué Obama s’est résolue au tout dernier moment à assurer qu’elle veut rompre avec « l'aveuglement obscurantiste de Bush » et réclamer la mansuétude européenne qui compte les plus fervents supporters d’Al Gore, de Nicolas Hulot et d’Artus Bertrand, célèbres filmologues de l’Armaguedon propagandiste pour la lutte finale pour une planète propre. Diverses taxes écologiques sont envisagées pour couvrir le jeu à couteaux tirés des grandes puissances rivales, de l’inopérante taxe carbone mondiale à ce sommet d’hypocrisie appelé « droits à polluer ».
Comme s’il s’agissait d’une chambre mondiale de députés « humanitaires » agglutinés en colloque de défense de la planète terre, tous ces brigands impérialistes et exploiteurs des peuples contiennent leurs opposants bobos et tiers-mondistes[2], le lobby Greenpeace et WWF, dont Kim Cartensen qui proteste : «Les tactiques de négociations en coulisses sous la présidence danoise se sont centrées sur la volonté de complaire aux pays riches et puissants, plutôt que de servir la majorité des Etats qui réclament une solution équitable et ambitieuse». Ce qui est vrai mais ces lobbies jouent un rôle d’opposition loyale à la fausse problématique écologique, aux côtés des prédateurs sous-développés comme Stanislaus-Kaw Di-Aping, l'ambassadeur du Soudan aux Nations unies qui prétend, lui, défendre les populations que son régime opprime : «Ce texte n'est rien. Du vide. On ne signera pas un deal inéquitable qui condamne 80% de la population à la souffrance et à l'injustice». C’est d’ailleurs cet argument qu’utilisent la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. La culpabilisation de la Chine a en même temps bon dos. La plupart des voyous industriels accusateurs ont délocalisé depuis des années leurs consortiums les plus polluants (sidérurgie, chimie, charbon, etc.) en Chine, laquelle délocalise elle aussi à présent en Afrique et au Brésil ; sans oublier le très francophone Michelin! Voici donc déjà en temps réel une juste application de la résolution finale de Copenhague, qui permet de réduire l’accusation de pollution industrielle aux principaux commanditaires du capitalisme financier ![3]

DERRIERE LE « CLIMATEGATE » : LA CHINE ? L’ARABIE SAOUDITE ? LA RUSSIE ?
Le scandale des lettres volées d’un centre de recherche britannique - qui révèleraient que des chercheurs climato-sceptiques avaient été censurés car refusant de corroborer la thèse universaliste du « réchauffisme » - procèderait d’un « complot » des principaux producteurs d’hydrocarbures. Des négationnistes espions des puissances évoquées sans fard (mais aussi de la principale comme on va le voir) ont fait circuler des « courriels habilement sortis de leur contexte »… et la blogosphère a été gagnée par la « paranoïa » de ces salauds, déplore la presse bien pensante française, et très chic.
Angoisse de la revue britannique « Nature » : « Cette interprétation paranoïaque serait risible si des politiciens obstructionnistes du Sénat des Etats-Unis n’allaient probablement l’utiliser l’an prochain pour étayer leur opposition à la nécessaire loi sur le climat ». Pire, dans la chasse aux pirates informatiques dérangeants, on n’est pas sûr de la collaboration de l’Arabie Saoudite et de la Russie…[4]

PENDANT CE TEMPS LA CRISE SYSTEMIQUE CONTINUE…
Le charmant intermède écologiste ne résoudra pas la crise économique et les immenses tensions impérialistes sous-jacentes. A la question : qui va faire craquer en premier le capitalisme : l’atmosphère irrespirable sur terre ou l’effondrement économico-politique ? On choisit sans hésiter la deuxième hypothèse. Le capitalisme financier est toujours menacé par l’éclatement des bulles spéculatives (immobilier, pétrole, dollar, dettes publiques. La plupart des économistes officiels sont des menteurs et veulent se dérider quelques jours avec Copenhague, mais la faillite d’une des principales plaques financières, Dubaï, les empêche de dormir. L’Islande, tout le monde s’en foutait, ce n’est qu’une petite île et ils peuvent toujours y vivre du poisson ou du troc ; la Lituanie aussi. Les nouveaux élus « socialistes » grecs ont dû recompter leur déficit et vérifier qu’il était deux fois supérieur, mais la Grèce est aussi un petit pays où le prolétariat est faible et ridiculisé par l’agitation émeutière des marginaux petits bourgeois. Avec l’Espagne, bien qu’on tente de la ridiculiser pour avoir trop longtemps profité de l’aide européenne (« gavée d’emprunts toxiques »), ce sera moins évident car le chômage a explosé (18%) et que la classe ouvrière espagnole fait partie des classes dangereuses traditionnellement.
Dans l’ensemble le capitalisme financier tient encore surtout parce que les Etats ont accepté d’endosser des déficits faramineux. La dette accumulée gonfle redoutablement. En France, plus touchée que l’Allemagne, certains voient venir la catastrophe, non pas écologique mais sociale. Le gouvernement fait chanter non la sirène de Copenhague mais la sirène de l’oxygénation du marché du travail grâce aux « nouvelles technologies » du lobby écolo qui produirait sous peu un demi-million d’emploi. Foutaises ! Verre d’eau dans l’océan de la crise ! Economistes et banquiers les moins menteurs espèrent que le marasme ne durera pas plus de deux ans encore… alors que le chef de l’Exécutif avait promis un léger mieux pour 2010. L’Union européenne ne peut plus vendre ses produits aux Etats-Unis avec un euro à 1,5 dollars, et demeure le premier client de la Chine. DSK pleure qu’il faut changer de modèle de croissance alors que la croissance disparaît…
Les gangsters des banques, soutenus par les Etats, n’auront bientôt plus simplement leurs vitrines brisées car la corruption fauteuse de misère posera la nécessité de détruire non les vitrines de l’Etat mais ses comptoirs et ses serveurs. Comme l’a si bien dit le prix Nobel français marginalisé Maurice Allais : « La voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale ». Cet académicien de 98 ans, interrogé par « Marianne » ne voit de solution, piètrement, que par un retour au protectionnisme. Et « Marianne » de fustiger les « ignorants et les trompeurs » des médias, mais si c’est pour afficher la même politique que le sarkozysme, ce n’est guère mieux.
Je laisserai le dernier mot tout de même à cet académicien éclairé, quoique conservateur, lorsqu’il dénonçait dès 1999, comme un vulgaire révolutionnaire, la « finance de casino » - que nous applaudissons absolument pour la chute accélérée qu’elle nous prépare :
« L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il est devenu difficile d’y faire face. Jamais sans doute, une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général ».
Et en plus, quand on sait que le prolétariat ne va pas sauver le capitalisme, quelle joie !

[1] On ne s’est jamais soucié de savoir si les bombes atomiques à Hiroshima et Nagasaki allaient augmenter « l’effet de serre », comme la réunion de Copenhague n’a pas posé comme première urgente, pour le risque écologique de première grandeur qu’elles représentent, d’arrêter de fabriquer des armes nucléaires. De ce fait, cette réunion sous la gouverne des dominants impérialistes, est bien une fable grotesque.
[2] Et, sans oublier l’éditorial unique de 56 journaux de l'élite bien pensante. Le 7 décembre, Pierre Haski dans un éditorial pour Rue 89 – « Sauver la planète ou s’occuper des hommes ? Ou les deux ? » - écrivait : « Sommes nous obligés de choisir ? Le réchauffement climatique OU la faim dans le monde ? La dette des pays en développement OU la santé publique ? La réalité est que la gouvernance mondiale est en déshérence, et a été largement remplacée par des rendez-vous hypermédiatisés dans lesquels s'engouffrent les hommes politiques hypocrites en mal de visibilité, et les journalistes en manque d'imagination (…)Quand bien même les chercheurs auraient délibérément masqué le déclin des températures depuis dix ans, cette histoire semble surtout prouver qu'à trop vouloir donner un message politique clair, on simplifie des données complexes ». Et terminait en citant le « sceptique » Vincent Courtillot, de l'Institut de physique du Globe : « On a créé un climat passiogène et catastrophiste… qu'il faille être économe et raisonnable oui, mais pas forcément en raison du gaz carbonique. (…) La vérité scientifique n'est jamais née du consensus. »

[3] Un exemple permet de rappeler comment la bourgeoisie se déleste des conséquences de sa gestion. A la fin des années 1960, EDF devait déplorer de nombreux accidents du travail sur les lignes à haute tension, arguant qu’il fallait parvenir au taux de zéro accident. Le taux fût atteint lorsque les directions d’EDF confièrent l’entretien des lignes à haute tension… au privé !

[4] Infos tirées du Le Monde du 9 décembre, qui comporte sur la double plage « Planète » une immense pub honteuse du lobby écologique : « La solution c’est le bouquet ». Un bouquet de fleurs représente toutes les énergies utilisées de façon égalitaire. La fleur du bas s’appelle « biomasse » et renvoie dans le diagramme au « bioéthanol de betterave », donc à toutes ces énergies alimentaires reconverties en pétrole pour les 4X4 à Noël Mamère, Al Gore et Cohn-Bendit, participant de l’appauvrissement de la terre pour les gadgets technologiques des riches et de l’accroissement de la faim dans le monde. Un encart précise : « Les producteurs français de bioéthanol de betterave sont fiers d’apporter leur contribution au bouquet énergétique de demain. Ils participent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ». Le bouquet d’hypocrisie capitaliste en effet.

lundi 7 décembre 2009



CREPUSCULE DE LA REVOLUTION



OU CREPUSCULE DU CAPITALISME ?





"Les hommes font l'histoire mais ils ne savent pas l'histoire qu'ils font". Marx


photo: Fort de Vanves, côté Malakoff


Après de longues années de militantisme, et un certain dégoût des militants, ex-militants ou aspirants militants, anarchistes indécrottables et marxistes non déstalinisés – tous des faux-culs - j’ai peu désormais pour habitude de prêcher pour l’an prochain l’inéluctabilité et la proximité de la révolution sous la responsabilité du prolétariat, ni la prétention d’oser imaginer qu’elle se produira de mon vivant. A observer le marasme capitaliste et le désarroi des thuriféraires de la classe dominante libérale et gangstériste, je me prends à croire quand même que des échéances dramatiques, pas pour toutes les classes, se profilent en observant poindre les inquiétudes savamment déguisées des bourgeois. Vivons-nous le Crépuscule de la révolution, à lire certains sonneurs de cloches, ou le renouvellement de la peur de son spectre ?

Décidément tous les commentateurs autorisés ou pas se grattent le crâne pour essayer de comprendre la crise actuelle. Et chacun de comparer avec simplisme, mais aussi avec désarroi, avec 1929. On a vu dans ces colonnes qu’un sondologue comme Pascal Perrineau voyait en partie les différences sans craindre vraiment d’éruptions révolutionnaires quoique avec des nuances d’angoisse.

L’hebdo marginal, mais très superficiel et très conservateur « Marianne » a donné la parole à son tour au philosophe Marcel Gauchet, personnage qui fait partie des pipoles régulièrement consultés et qui ne risque pas de casser la vaisselle dans le salon des bien-pensants. Ce philosophe post-aronien, et déformé par Aron, s’est pris la tête entre les mains, et bien qu’il connaisse bien tous les philosophes du passé, il est très ignorant en histoire de la lutte des classes, ou bien est-ce une forme d’autisme typique de son mode de pensée bourgeoise ?

Il s’est penché doctement sur un phénomène très dramatisé pour l’heure, comme la persécution au travail jadis : les suicides au travail. Il a trouvé la science infuse de cet inquiétant phénomène en titrant son blog (« Vent des blogs »…) : « L’arme symbolique du suicide au travail : expression de refus social ».Tout est dit et rien n’est dit. Quand il n’y a pas de mots pour expliquer un drame, les philosophes sont chargés d’en fabriquer, et si possible pour ajouter à la confusion. Gauchet, réactionnaire dès 1968, s’inspire des historiens du même acabit pour nous expliquer qu’il y avait une crise des régimes libéraux très antérieure à 1929 et que, immédiatement après 1918 s’était affirmé une « cristallisation d’une extrême droite radicale – et même révolutionnaire – à l’enseigne du nationalisme ». Première esquive, la Première Guerre mondiale et ses causes et conséquences. Il fait en même temps le parallèle avec « la cristallisation d’un révolutionnarisme d’extrême gauche armé d’une puissante analyse ». Il voit, au moment de cette crise, « le développement de la foi révolutionnaire » alors que, malheureusement elle serait en extinction ou plutôt en voie d’étouffement de nos jours.

Il saute gaillardement en 2009, sans se pencher sur ce qui s’est passé pendant les 80 ans intermédiaires, pour assurer : « Rien de pareil dans notre contexte. Nous vivons le crépuscule ou l’éclipse de l’idée de révolution », car :« Nous sommes dans le moment de clôture d’un grand cycle historique – qui se confond en gros avec le vingtième siècle – où ce dessein révolutionnaire, qui a été organisateur du camp politique sur le plan idéologique, est en repli. L’offre idéologique par rapport à la crise que nous vivons est à peu près nulle. En fait, elle se résume à des succédanés d’idéologies du passé dont les adeptes eux-mêmes mesurent bien le caractère peu adéquat à la situation, et qu’ils brandissent plutôt comme des symboles que comme des doctrines opératoires » ; tout ceci n’est pas faux concernant les figurines de la vitrine libérale les Cohn-Bendit, Mélenchon et Besancenot. Ils n’ont rien à proposer de sérieux et ils ne sont d’ailleurs guère pris au sérieux par les millions de sans-grade[1].

Ce monsieur philosophe rétribué, copain de « l’observateur attentif » Bourseiller, ne manque pas d’air. D’un trait magistral il se passe d’analyser la véritable « clôture de cycle » qui concerne la marche même du capitalisme et non pas les réflexions et colères montantes des centaines de millions d’opprimés et exploités. Il s’imagine sans doute que seuls les mandarins de l’intelligentsia sont aptes à réfléchir - certes inaptes intellectuels à tirer les leçons des « idéologies du passé » - mais surtout prompts à faire table rase des acquis historiques du marxisme à la suite des intellectuels défroqués du stalinisme et du maoïsme[2]. Les bourgeois, en particulier ceux qui se réunissent en ce moment à Copenhague, pensent qu’après eux ou sans eux, il ne peut y avoir que le déluge, pensée conforme à toutes les religions par nature contre-révolutionnaires[3].Bien que ni les minorités révolutionnaires ni les prolétaires conscients n’aient leur mot à dire dans les médias, bien qu’il ne se déroule pas encore de grèves vraiment dérangeantes ni d’affirmation de masse du prolétariat, le philosophe ne veut pas laisser passer que l’indignation est bien présente, mais ce n’est, assure-t-il que protestation et « la protestation n’est pas la révolution », car il faudrait, derrière la protestation « une offre idéologique mobilisatrice ». Avec les philosophes on demeure dans le domaine soft des idées, surtout quand les idées dominantes sont ready made pour conserver le système et disposent des relais intellectuels pour lui servir de garde-fous. La preuve de cette absence d’offre idéologique notre philosophe de gouvernement la trouve dans les récents suicides en France sur le lieu de travail. On peut déjà dire qu’il ne voit dans le suicide que le suicide et non pas son aspect révolutionnaire. Ceux qui se suicident ne se suicident pas pour l’heure du fait de l’absence d’offre idéologique et de révolution mais parce que le capitalisme leur a rendu la vie intolérable. Gauchet est comme son ancêtre Proudhon et ne voit dans la misère que la misère. Le suicide est « aux antipodes absolus de ce qu’est l’espérance révolutionnaire : la désespérance individuelle transportée dans l’espace public ».Certes ce n’est pas révolutionnaire que de se suicider pour soi, mais crois-tu philosophe bien nourri et respecté, que cette mise à mort no future n’est pas de nature à provoquer l’indignation et la réflexion des « survivants » ? La classe ouvrière ne se suicide pas en masse comme les pingouins jusqu’à preuve du contraire ! Il effleure pourtant le problème quand il tente de justifier sa vision nihiliste de toute alternative : « Le premier effet paradoxal de la crise est le renforcement inattendu des pouvoirs en place ». A première vue le discernement est correct et il explique en quoi les gouvernements, quels qu’ils soient, ne sont pas des gouvernements de 1929-1931 : « ils sont massivement interventionnistes ».

Définition de l’interventionnisme : « L'interventionnisme est une politique par laquelle l'État participe à l'économie du pays quand cela lui apparaît nécessaire pour protéger les intérêts des citoyens ou y développer des aspects de l'économie ou du social. On parle également d'interventionnisme lorsqu'un État s'ingère dans un conflit armé, de manière à y remédier. C'est aussi la théorie ou la doctrine politique selon laquelle l'Etat doit intervenir dans le secteur de l'économie. Apparu avec l'avènement des Etats modernes, l'interventionnisme s'est nettement effacé au cours du XIX siècle face au libéralisme, pour se développer à nouveau au cours du XXe siècle, se situant à un niveau intermédiaire entre le socialisme et le libéralisme ». Comme on le voit, par devers Gauchet l’inepte, la notion d’interventionnisme est très inquiétante et suppose la guerre. Gauchet a raison par ailleurs de rappeler l’ambiguïté de l'interventionnisme économique, qui était en net recul depuis la fin du XXe siècle avec le développement de l'ultralibéralisme et après la chute de l'URSS, mais qui est redevenu le credo de tous les gouvernements. C’est très intéressant, quoique comme il l’avoue lui-même il n’est pas assez calé sur la question pour en tirer les conséquences. Cela signifie pourtant simplement que les Etats sont en permanence en alerte sur les conséquences délétères de leurs politiques anti-sociales, et qu’ils jouent encore une variante de la comédie du « Welfare State » avec des mesurettes d’assistance, des promesses de protéger les « citoyens » en général sans que cela ne diminue la paupérisation et l’enflure du chômage. Ce mauvais économiste et piètre politique prend l’exemple type de la faillite du système : la retraite. Dans son langage abscons de philosophe, avec cet air de ne pas y toucher, une « bonne retraite » serait à la fois le seul espoir des masses et la « garantie d’une solidarisation avec les pouvoirs en place »[4]. Or la question des retraites est un aspect potentiellement révolutionnaire dans la mesure où elle touche, non pas à l’avenir de tel ou tel, de telle catégorie ou de telle autre, mais renvoie à l’absence d’avenir de ce système « en fin de cycle » !

La deuxième idée que pose notre philosophe vigilant pour ses maîtres est « la délégitimation des élites et le repli sur le privé », qui lui permet de révéler son inquiétude : « nous manquons d’indicateurs pour mesurer un tel phénomène » lequel se caractérise par « la désaffection à l’égard de l’engagement politique mais aussi de l’implication politique la plus élémentaires », et, le repli sur le privé n’en est pas moins troublant car « il peut être aussi bien l’occasion d’une protestation violente ».

La troisième idée qu’il est le dernier à déplorer est l’accentuation de la « crise idéologique de la gauche ». Il ajoute un charabia, qui confirme sa confusion : « Là, nous sommes aux antipodes des années 1930 où l’effet de la crise a été massivement en dehors du communisme et de la perspective révolutionnaire, de faire passer un consensus de l’opinion en direction du socialisme ». Ce qui est tout simplement faux une nouvelle fois, historiquement : l’alternative communiste écrasée en Russie et la guerre d’Espagne ont réussi à…faire passer un consensus de l’opinion en direction… de la guerre ! Par conséquent le fait que la gauche bourgeoise soit décrédibilisée et n’ait plus qu’une « dimension symbolique de protestation » est bien une troisième alerte sur les dangers qui guettent le système de domination bourgeois. Sibyllin, notre philosophe interloqué se dit prudent en conclusion. La « tranquillité de surface », etc., n’en est pas moins porteuse d’une « instabilité principielle du champ politique ». Gare aux gouvernements donc qui dorment sur leurs deux oreilles ! Pas de pot Gaucher, les révolutions n’ont jamais cru aux fossoyeurs de révolution ni attendu le programme de Robespierre ou de Lénine… ni pour attendre une votation démocratique pour mesurer l’utilité des projets de ces individus marginaux jusqu’à l’éclosion de leur hardiesse théorique ! Les commentateurs anonymes du blog de M.Gauchet sont des crétins à courte vue dans l’ensemble et n’ont pas compris les sagaces alertes du philosophe. Sauf deux

Pour le premier: « Des bouleversements majeurs sont à venir. Pour une raison très simple : les trajectoires actuelles sont insoutenables à un horizon d’une ou deux générations.
Trajectoire démographique. Même avec l’achèvement de la transition pour les régions retardataires il faut s’attendre à partager la planète avec 9 ou 10 milliards d’individus. Invivable !

Trajectoire écologique. Inutile de développer. On va dans le mur.

Trajectoire économique. Le capitalisme financier n’a aucune utilité sociale, contrairement à son ancêtre industriel, la finance n’est aujourd’hui que pure prédation. Elle se délégitime à vitesse grand V.

Trajectoire sociale. Le rétrécissement de l’espace public, le repli individualiste (que ne compenseront jamais les réseaux virtuels) atteindra bientôt un point de rupture. Les suicides que vous évoquez en sont peut-être aussi un point de rupture. L’être humain a besoin de dieux de convivialité bien réelle (au travail, en famille, au marché…). Il voudra les recréer. Ce sera une question de vie ou de mort.

Trajectoire politique. Le vide est-il soutenable ? J’ai moins de certitudes en ce domaine. Mais, même en l’absence d’ouvertures idéologiques, les autres trajectoires sont suffisamment catastrophiques pour dérider la surface bien lisse d’un monde politique libéralement homogène. Quand l’horizon semble bouché et désespérant, je repense à Stefan Zweig suicidé en 1942. Quelques mois plus tard, c’était la bataille d’El Alamein, suivie de Stalingrad »[5]

Le deuxième blogueur envoie sur les roses Gaucher : « Je pense bien au contraire qu’un mouvement révolutionnaire est très probable, n’en déplaise à M.Gaucher. Pas une révolution où l’entend M.Gauchet, mais une révolution car le système économique capitaliste est à bout, une fin de cycle comme dit M.Gaucher. Le but qui va probablement faire bouger les masses est la disparité beaucoup trop grande entre les élites et le peuple, et la consanguinité des élites françaises qui ont reconstitué une aristocratie républicaine. Cela est très perceptible dans la population. Je crois aussi que la désespérance est tellement grande actuellement que le dernier argument est la violence lorsqu’on n’est pas entendu, d’abord contre soi, puis lorsque celle-ci ne sera plus perçue comme efficace, la violence se retournera inéluctablement et à juste titre contre les élites, tenants du système actuel (…) Idem si vous relisez les prémices de la révolution russe ou française qui n’étaient pas attendues non plus pourtant… (…) Idem en Russie où pourtant Lénine n’était pas plus représentatif de l’opinion que la LCR l’est. A l’origine les russes avaient élu un conservateur genre Sarkozy, quelques mois avant Octobre 1917 sur des promesses mensongères, évidemment pas tenues. La brutalité et l’obstination de Nicolas II pour tenir les privilèges des riches ont déclenché la révolution russe, aussi après des vagues de suicides ».

Edifiant non ce cheminement de la « conscience de classe » chez ces individus anonymes ?

LA VERITABLE REPONSE SUR L'ACTEUR PRINCIPAL DE LA REVOLUTION A VENIR:

LA PERENNITE DU PROLETARIAT COMME CLASSE DELIMITEE ET UNIVERSELLE:

Sur l’excellent site Persee, j’ai retrouvé un texte de Yvon Bourdet de 1972 : « Prolétariat universel et cultures nationales » (lecteur tu peux t’y reporter). Yvon Bourdet n’était pas un révolutionnaire intransigeant ni marxiste. Il prétendait trouver des contradictions chez Marx sur la notion de prolétariat, sans comprendre que Marx, génialement définissait que le prolétariat ne pouvait plus être « national ». Son article pour le « centre national de la recherche scientifique » ne vaut rien dans l’ensemble. Par contre, je peux extraire le long passage où Bourdet présente la position de Marx, impeccable, sans être en mesure de la réfuter.

« Dans l’Idéologie allemande, Marx et Engels s’étaient exprimés à ce sujet sans aucune ambiguïté : « Tandis que la bourgeoisie de chaque nation garde encore des intérêts nationaux particuliers, la grande industrie créa une classe pour laquelle la nationalité est déjà abolie ». Et, dans un autre passage, trente page plus haut : « Le prolétariat ne peut (…) exister qu’à l’échelle de l’histoire universelle ». Il s’agit de la théorie fondamentale chez Marx de l’universalité nécessaire du prolétariat sans laquelle le marxisme semblerait vidé de tout contenu philosophique. Pour Marx, en effet, le prolétariat n’est pas une classe qui se situe sur le même plan que les autres classes, qui ferait partie de ces classes ou qui s’y ajouterait. « Il possède un caractère universel en raison de ses souffrances universelles, il ne revendique pas de droit particulier » (…) Le prolétariat ne revendique pas de « droit particulier », précise Marx « parce qu’on ne lui a pas fait une injustice particulière, mais une injustice absolue. De ce fait, lorsque le prolétariat revendique, il ne le fait pas à un titre historique quelconque » (en se fondant, par exemple, sur la langue, la littérature, la culture locale, la tradition, les vieilles victoires). Marx ajoute une formule obscure et peu althussérienne (il est vrai que le texte cité est de 1844) : « le prolétariat n’invoque que le titre humain. En effet, comme il est la privation absolue de tout droit, il ne peut reconquérir l’humanité qu’en supprimant radicalement (à la racine) toute exploitation et donc sans assurer une libération universelle ». Cette thèse fondamentale du jeune Marx est intégralement conservée, quatre ans plus tard, dans le Manifeste communiste où on lit : « Les particularités et contrastes nationaux » (nous disons aujourd’hui plus savamment : « Les spécificités culturelles ») des peuples s’effacent de plus en plus en même temps que se développent la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production industrielle et les conditions de vie qui en résultent ». On s’accorde encore aujourd’hui à ne voir là qu’une conséquence de la révolution bourgeoise et de l’impérialisme mondiale. Mais Marx ne verse pas de pleurs sur la disparition des spécificités culturelles, comme d’autres sur les charmes de la marine à voile. Il poursuit gaiement : ces particularités et contrastes nationaux « le prolétariat les fera disparaître plus radicalement encore. Une des premières conditions de son émancipation c’est l’action unifiée ». (…) « tout au moins en pays civilisés ». La conclusion de Marx est, en tout cas, parfaitement logique, peut-être même trop : « Dans la mesure où on supprime l’exploitation de l’homme par l’homme, on supprime l’exploitation d’une nation par une autre nation ». Et pour le cas où on douterait d’avoir bien compris, il répète : « En même temps que l’opposition des classes au sein des nations disparaît l’antagonisme des nations ».

Evidemment à une époque où le stalinisme était encore triomphant (début des 70) et que la contestation gauchiste intellectuelle pouvait tout se permettre, Y.Bourdet se moquait des analyses de Marx, de Lénine « et son disciple Koba » (Staline) en s’appuyant sur les écrits de la russe blanche Carrère d’Encausse pour décréter que Marx avait eu tout faux sur la question des nationalités. Or, Marx ne pouvait pas outrepasser les conditions « nationales » de son siècle, où la révolution ne pouvait être posée que par étapes ou à partir des grandes nations. Mais, déjà on peut estimer qu’il anticipait la simultanéité « inter-nationale », nécessaire à la révolution contemporaine, qui allait être posée aux XXe et au XXIe siècles. Vers la dissolution des encadrements nationaux par une révolution universelle qui supprimera l’exploitation en même temps que la nation et ses excroissances impérialistes possibles (la reformation de blocs pour la 3e guerre mondiale).

Si le crépuscule de capitalisme n’a pas le temps de se terminer en crépuscule de l’humanité.

Post Scriptum: Marx et Engels, mais aussi Rosa Luxemburg n'ont jamais fait dépendre la nécessité de la révolution pour sauvegarder l'humanité, contrairement à une bonne partie de nos obtus maximalistes, d'une guerre mondiale, mais d'une possible catastrophe; c'est évoqué dans un texte d'Engels que je n'ai pas retrouvé, voici ce que Rosa écrivait lors de l'éruption du mont Pelée en Martinique:

« Mont Pelée, géant au grand coeur, tu peux rire ; tu peux contempler avec dégoût ces assassins bienveillants, ces carnivores pleurnichards, ces monstres en habit de Samaritain. Mais un jour viendra où un autre volcan élèvera sa voix de tonnerre : un volcan qui écume et qui bouillonne, que vous le vouliez ou non, et qui balaiera de la terre cette société hypocrite et éclaboussée de sang. Et ce n’est que sur ses ruines que les nations se rassembleront dans la véritable humanité, qui ne connaîtra plus qu’un seul ennemi mortel : la force aveugle des éléments ». (Article de Rosa Luxemburg sur la catastrophe en Martinique en 1902 (traduit à ma demande par JM Kay dans un ancien numéro de PU papier, cf. article complet dans mes archives maximalistes).











[1] J’ai reçu à la boite aux lettres attendues une publicité pour « Le programme de la révolution communiste » par le groupe communiste mondiale, cercle étriqué qui utilise le mot communiste dans chaque phrase. Ce n’est pas non plus très sérieux. Le véritable programme de changement de la société n’existe pas et ne peut pas exister, c’est une fable bordiguiste religieuse. Dans ses grandes lignes existe le projet de renversement de la bourgeoisie par le prolétariat depuis 1848, mais tout reste à faire (et pas à refaire, il est impossible de ressortir le bolchevisme de son tombeau). Le GCI (groupe communiste internationaliste) aussi étriqué que le précédent a fait parvenir un texte qui voit de façon délirante l’explosion de la lutte du prolétariat se ranimer en Grèce. Ce n’est pas sérieux non plus. On ne peut remplacer la lutte de classes réelle par des épiphénomènes d’une contestation légitime du point de vue étudiant très faible politiquement, mais plus louche côté violence de rue. L'agitation est surtout orchestrée par des éléments marginaux foncièrement anarchistes, quelques adeptes de la propagande par le coup de revolver, au milieu d'un salmigondis de revendications aussi dingues que réactionnaires. Le GCI les reproduit d'ailleurs avec sa nouvelle théorie loufoque de la composition du prolétariat "avant-gardiste" grec: étudiants, taulards, marginaux, etc. L'attaque terroriste épisodique des commissariats devient ainsi le nec plus ultra de l'insurrection d'un lumpenprolétariat aveugle. Donc aucunement une action du vrai prolétariat, lequel est composé en partie par près de 2 millions d'irakiens, de bulgares, de pakistanais, d'albanais, qui ne sont en Grèce qu'en attendant de tenter leur chance en Angleterre, et n'ont pas de visées révolutionnaires. Le milieu maximaliste européen devrait prendre garde à ne pas se laisser emballer par cette agitation, bien plus dramatisée hors de Grèce que dans le pays même.

[2] Comme le triste Henri Lefebvre qui, dans un livre bouillie « Hegel, Marx, Nietzsche ou le royaume des ombres » (Casterman 1975), enterrait déjà Marx comme un charlatan de la boule de cristal : « Le sens du devenir, celui de l’histoire, Marx le pose sans le démontrer » (p.43).


[3] Le prix Nobel de la paix Obama, qui avait boudé l’idée de venir à Copenhague, va-t-il venir y défendre son « interventionnisme renforcé » en Afghanistan ?

[4] Cette fixation sur une question secondaire pour la masse des exploités loin de la retraite est révélatrice du rôle anticipateur des idéologues de gouvernement ; en effet en 2010 le gouvernemet Sarkozy-Fillon doit porter une nouvelle attaque contre les retraites !


[5] Bon la dernière phrase est plutôt discordante, mais si ce blogueur me lit, qu’il prenne contact avec PU.

« Les contradictions capitalistes provoqueront des explosions, des cataclysmes et des crises au cours desquels les arrêts momentanés de travail et la destruction d’une grande partie des capitaux ramèneront, « par la violence », le capitalisme à un niveau d’où il pourra reprendre son cours. Les contradictions créent des explosions, des crises, au cours desquelles tout travail s’arrête pour un temps, tandis qu’une partie importante du capital est détruite, ramenant le capital par la force à un point où, sans se suicider, il est à même d’employer de nouveau pleinement sa capacité productive. Cependant ces catastrophes qui le régénèrent régulièrement, se répètent à une échelle toujours plus vaste, et elles finiront par provoquer son renversement violent »

Marx (1858, Grundrisse), 1858, G