"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 18 octobre 2009

Mode ultra G :

L’insurrection (provinciale) qui vint…

si minable

Triste épilogue de la très médiatisée lilliputienne théorie de l’insurrection qui venait des p’tis couns de Tarnac. Où sont nos jeunes théoriciens estudiantins devant le « tremblement de terre » (si picrocholin) de Poitiers ? Où est leur appel à «généraliser l’insurrection » des incendieurs de voitures et de pétage des cabines téléphoniques ? Où est leur apologie du caillassage des CRS et de la fuite juvénile en cagoule jetable ?

Depuis l’Etat central, les meneurs de jeux via les médias retente depuis 15 jours de relancer la mayonnaise sur « l’imprévisible » terrible violence de « l’ultra-gauche » (c’est ainsi que de nos jours sont qualifiés les jeunes anarchistes ploum-ploum). Titre de la presse servile :

- le 13 octobre, Le Figaro : « La police prise de court par la stratégie de l'ultragauche ».

Commentaires du journal népotiste :

« Les violences de Poitiers, qui n'avaient pas été anticipées, indiquent que les extrémistes optent pour la discrétion. Surprise par la brusque irruption de quelque 250 casseurs (exagéré, ndt) au cœur d'une manifestation festive organisée à Poitiers, la police s'efforçait lundi de tirer les leçons de cette flambée impromptue de vandalisme et de violence. «Malgré la surveillance renforcée qui s'applique depuis plusieurs années aux groupuscules d'ultragauche, il est indéniable que nous avons cette fois été pris de court», grimace ainsi un commissaire, qui ajoute : «Il nous faut maintenant comprendre si leurs modes d'action et de communication ne sont pas tout simplement en train d'évoluer.» Dubitatif le cher Watson !

La police d’Etat tient à dénoncer par la bouche neutre du pigiste une « stratégie du complot » à rebondissements: « Rompant avec la pratique des groupes qui se sont récemment illustrés à Strasbourg ou Vichy, les organisateurs du «raid» de Poitiers ne semblent pas avoir annoncé explicitement leurs projets d'en découdre sur les forums Internet habituellement fréquentés par les militants d'extrême gauche. Sous l'intitulé «Manifestation festive», le blog du Comité anticarcéral de Poitiers avait simplement précisé, elliptique : «Venez vous joindre à nous pour qu'ensemble, nous puissions nous renforcer et peut-être ouvrir une brèche. S'agissant d'un rassemblement festif, venez vêtus de tous les accoutrements possibles et imaginables…»

Naïfs ou incompétents policiers ? Des sanctions seront-elles prises ? « D'apparence anodine, cet appel au rassemblement n'a pas retenu l'attention des policiers, qui n'ont manifestement pas capté davantage d'indices au gré de leurs surveillances téléphoniques. «On peut donc se demander si, après avoir beaucoup communiqué sur leurs actions à venir, les Black Blocs n'ont pas désormais choisi d'adopter une organisation plus discrète», hasarde un fin connaisseur de ces groupes. Auteur d'un Dictionnaire de l'extrême gauche, Serge Cosseron, ancien leader de la Gauche Marxiste (1972) et supplétif de Bourseiller ajoute : «Ces militants affichent une grande défiance envers les moyens de communication modernes, qui les exposent à la surveillance policière. De plus en plus, ils cherchent donc à s'organiser sans passer par Internet et les téléphones portables.»

Les policiers, présents par centaines étaient terrorisés par quelques… dizaines d’agités du bonnet : « Les policiers présents samedi à Poitiers ont été impressionnés par le degré d'organisation des manifestants qui leur ont fait face. Avant de passer à l'action, ceux-ci avaient visiblement aménagé des caches regroupant burins, marteaux, feux d'artifice, masques à gaz et autres lunettes de plongée en plusieurs points de la ville. De même, le choix de leurs «objectifs» n'a visiblement pas été laissé au hasard. «Il est quasi certain qu'ils avaient été déterminés à l'avance en raison de leur charge symbolique, estime Serge Cosseron. J'en veux pour preuve la dégradation des bureaux du quotidien La Nouvelle République du Centre qui, en tant que quatrième pouvoir, constitue une cible évidente. Par le passé, des équipes de France 3 et des reporters de la presse locale ont d'ailleurs été semblablement visés lors de manifs à Grenoble ou en Bretagne.»

Merci à toi Cosseron pour ta collaboration à l’imaginaire policier mais j’ai vraiment honte d’avoir milité deux ans à tes côtés !

Le plumitif du Figaro, lui, craint un « risque de radicalisation ». De quoi ? On n’en saura rien. Derrière les destructions de rue, heureusement il y a des orgas sérieuses qui imaginent que les casseurs principaux sont des fachos-gauchos et non pas des flics déguisés en émeutiers : « Protéiforme, regroupant une multitude de groupes qui ne partagent pas nécessairement les mêmes idées, l'«ultragauche» semble également divisée sur l'opportunité d'agir par la violence. Ainsi, tandis que le site Internet du Comité anticarcéral de Poitiers manifeste son soutien aux dix-sept personnes interpellées samedi, l'Organisation communiste libertaire, pourtant co-organisatrice de la manifestation, a publié lundi un communiqué déplorant «une ambiance pas trop démocratique et un avant-gardisme rappelant de sinistres heures du gauchisme “militaro” que l'on croyait renvoyé aux poubelles de l'Histoire». La brave OCL va se faire conspuer par les totos demeurés !

Remercions quand même le Figaro de nous renvoyer au site du comité anticarcéral de Poitiers, et là on peut voir que, autant le gonflement disproportionné des médias d’un affrontement de rue provoqué est amplifié hors de proportion réelle, autant cela se traduit, hélas, par une répression impudente via cette salope de justice de classe contre une bande de lampistes et de naïfs légèrement imbéciles :

« Bilan de la journée du 12 octobre : Concernant les procès des personnes inculpées à la suite des évènements du 10 octobre dernier, un point rapide sur la situation. Sur les dix-huit personnes interpellées samedi, huit sont passées en comparution immédiate lundi, et nous sommes toujours dans l’attente du procès d’une mineure qui aura lieu le 5 janvier prochain (rebellion et refus de prélèvement ADN). Le 23 février se déroulera également le procès de deux personnes pour refus de prélèvement d’ADN, ainsi que refus des photos et empreintes pour l’une d’entre elles. Délibéré à 1h15, le mardi 13 octobre :

- Nathalie : Déclarée coupable de détention de feux d’artifice ; 2 mois avec sursis

- Charles : Déclaré coupable de détention de feux d’artifice ; 2 mois avec sursis

- Patrick : Déclaré coupable de violence sur commissaire (jet de pile) ; 8 mois dont 4 avec sursis ; 800 euros d’amendes

- Serge : Déclaré coupable de dégradations volontaires sur bien privé ; 6 mois avec sursis, 2 ans de mise à l’épreuve (obligation de soin, d’activité et de dédommagement) ; 2850 euros d’amendes

- Samuel : Déclaré coupable de violence sur commissaire ; 6 mois dont 5 avec sursis

- Jean Salvy : Déclaré coupable de violence sur officier de police ; 6 mois dont 5 avec sursis

- Leo : Déclaré coupable de dégradations volontaires par incendie et jets de pierre ; 6 mois avec sursis

- Candice : Déclarée coupable de dégradations volontaires sur un bien d’utilité publique ; 6 mois avec sursis et mise à l’épreuve ; 300 euros d’amendes pour refus d’ADN et 650 euros pour la Mairie de Poitiers » (comité anticarcéral).

Là où il n’y que les prénoms ce sont des ados ou de jeunes étudiants… Charges dérisoires des corbeaux de l’Etat en robe de secte franc-maçonne contre une bonne partie de pauvres adolescents, méprisés et écrasés sous les faux témoignages des huiles flicardes. Comment ne pas avoir envie de dénoncer également le « collectif contre la prison de Vivonne » et la mouvance du comité anticarcéral de Poitiers qui encouragent autant de stupides actions de rue, envoyant au casse-pipe de pauvres lampistes qui croient faire acte révolutionnaire ! Ces petits bourgeois meneurs, blablateurs comme les p’tits couns de Tarnac détournent leur responsabilité sur la « manipulation médiatico-politique » à laquelle ils ont apporté leur concours ! Ces charlots se la joue syndicaliste en rédigeant un communiqué pour soutenir la corde des pendus par Dame Salope la justice : « Après huit heures et demie de ce procès absurde et grotesque, des faux témoignages des policiers au zèle démesuré du procureur à faire tomber les condamnations , il faudrait être aveugle pour ne pas déceler la manipulation médiatico-politique qui s’est tramée ce lundi 12 octobre 2009. Plus qu’éreinté-e-s et attristé-e-s après cette journée qui sent la mascarade, nous remettons à très vite la rédaction d’un communiqué plus complet et réitérons notre soutien aux incarcérés ». Bande de connards !

LE PARISIEN VOULAIT REMETTRE LE COUVERT POUR LE SAMEDI SUIVANT :

Titre du samedi 17 oct: La police face au renouveau de l’ultra-gauche (Le Parisien du 17 oct)

« Après les incidents de Poitiers, des groupes d’extrême gauche ont rendez-vous cet après-midi à Rennes. Un rapport des renseignements généraux constate le renouveau de cette mouvance. La scène d’émeute a été brève mais très violente. Suffisamment pour marquer les esprits. Samedi dernier à Poitiers (Vienne), des dizaines de jeunes ont profité d’une «manifestation festive» contre l’ouverture d’une nouvelle prison pour saccager plusieurs boutiques du centre-ville. Une opération commando façon Black Blocks, ce mouvement de casseurs né en Allemagne qui gravite autour de l’ultra-gauche et qui s’était distingué lors du sommet de l’Otan à Strasbourg.


Cet après-midi à Rennes (Ille-et-Vilaine), une autre manifestation est prévue « en soutien aux luttes de l’Ouest ». Elle sera très surveillée par les forces de l’ordre, prises de court la semaine dernière à Poitiers.

Des « colères » multiples.

Le rassemblement a un mot d’ordre un peu pompeux (tarnacien et coupâteux…ndt): « C’est en se branchant les uns aux autres que nos colères retrouveront le goût de la victoire face à l’hégémonie d’un monde qui ne cessera de trouver de nouvelles formes de contrôle pour nous maintenir dans l’isolement. » Les « colères » de l’ultra-gauche sont multiples. Elles vont de la défense des sans-papiers à l’opposition à la construction d’un nouvel aéroport à Nantes en passant par la défense des squatteurs ou la lutte contre les grandes entreprises ou les banques françaises. Pour les modes d’expression, c’est un peu la même chose : « Il y en a qui défendent une vision de la société, d’autres qui oscillent entre la politique et la violence et enfin des éléments qui veulent semer le désordre », détaille un officier de renseignement. La France a une longue histoire avec l’extrême gauche ainsi qu’avec ses dérives comme le groupe Action directe. Depuis au moins trois ans, beaucoup d’observateurs constatent un regain de cet activisme, comme le relatait un rapport des renseignements généraux datant de 2008 auquel nous avons eu accès (lire ci-dessous). L’an dernier, l’arrestation du « groupe de Tarnac » soupçonné d’avoir participé au sabotage de voies SNCF a fait couler beaucoup d’encre. Aujourd’hui, c’est l’opération de Poitiers qui frappe par sa violence, sans que la police française ne parvienne à savoir s’il s’agit d’un pic de fièvre ou de l’annonce de troubles plus sérieux ».

On frissonne ! A quand le prochain best-seller de Coupat et madame ?

L’opération « médiatico-policière » devrait connaître des rebondissements avec l’imagination fertile des commissaires romanciers du pouvoir, car leur feuilleton digne d’Eugène Sue a commencé en cette fin de semaine avec une histoire proche à nouveau des rails SNCF, un simple vol de câbles dans le Val de Marne qui se découpe en « sectionnement volontaire » (la fauche des câbles de cuivres SNCF et EDF est une tradition depuis des lustres chez nos ferrailleurs manouches et source d’honorables revenus). Pourvu que Coupat ne soit pas allé couper les fils sans quoi il sera coupable, à moins qu’il ne soit allé baiser sa copine près d’un hôtel de gare !

Pierre Hempel (pseudonyme de JLR mais ne le dites à personne)

PS: le pompon revient au journal de merde régional "la nouvelle république" qui fournissait le 13 oct. un story-board à la mad Max: cf. Une heure d'émeute au centre de Poitiers, avec extrait du "vademecum" de l'émeutier marginal ("oublie ton teush et garde un nom d'avocat).

ALERTE : pour tous ceux qui sont intéressés par la lutte révolutionnaire classique au nom du prolétariat, qu’ils se dépêchent d’acquérir mon Histoire du maximalisme avant que l’ouvrage ne soit retiré de l’étal des librairies comme faisant partie de la « stratégie de déstabilisation de l’Etat par l’Ultra-gauche » !

vendredi 16 octobre 2009

VOLONTARISME, MAXIMALISME :

LE GROUPE OSBOZDENIE TRUDA

1883-1892

Par J.Frankel (Jérusalem, 1968)

Jusqu’à ces dernières années, le marxisme était présenté par la plupart des historiens occidentaux comme une doctrine radicale opposée au populisme révolutionnaire russe. On en donnait pour preuve que Plekhanov et son groupe Osbozdenie Truda (Libération du travail) avaient dû, en se ralliant au déterminisme économique de Marx, rejeter point par point l’idéologie de Zemlia i Volja et la Narodnaja Volja.

Pour les populistes – si l’on s’en tient à cette thèse courante, le capitalisme n’était encore en Russie qu’une faible plante à l’avenir incertain, tandis que pour les marxistes il était profondément enraciné. La commune paysanne, que les populistes considéraient comme le fondement de la future société socialiste, était décrite par les marxistes comme une communauté en voie de décomposition rapide, divisée irrémédiablement en riches et pauvres. Pour les populistes, la Russie était un cas d’exception, et son destin était de passer directement du féodalisme au socialisme, tandis que pour les marxistes elle n’était qu’un pays tard venu au stade capitaliste de l’histoire européenne. Le prolétariat dont l’importance était secondaire dans la pensée populiste, était présenté par les marxistes comme la seule véritable classe révolutionnaire. Les populistes, groupe fermé de « comploteurs », considéraient la terreur comme la principale arme révolutionnaire ; les marxistes, eux, persuadés que le prolétariat devait faire sa propre révolution, condamnaient la terreur et exigeait une patiente préparation d’une action consciente et organisée des masses. Les populistes rêvaient d’un coup d’Etat socialiste dans un très proche avenir ; les marxistes répliquaient avec force que s’emparer du pouvoir prématurément, c'est-à-dire au stade bourgeois du développement social et économique, serait un suicide pour les socialistes ; une étape prolongée de démocratie parlementaire était nécessaire avant la révolution socialiste.

En bref, les populistes croyaient profondément que l’histoire pouvait être modelée par la volonté humaine – ils étaient volontaristes -, et donc que la prochaine révolution serait socialiste – ils étaient maximalistes -, tandis que la doctrine marxiste s’appuyait sur les lois objectives de l’évolution sociale et économique, se fiait à leur efficacité malgré leur possible lenteur. Pour illustrer de façon frappante la manière dont les historiens occidentaux ont tendance à présenter cette opposition simpliste, on se réfèrera à l’analyse d’Isaac Dautscher dans son « Staline : une biographie politique » :

« Plekhanov fit le calcul optimiste que l’industrialisation capitalistes était sur le point d’envahir la Russie et de détruire ses structures patriarcales et féodales ainsi que les communes rurales rudimentaires sur lesquelles les narodniki voulaient asseoir leur socialisme. Une classe ouvrière industrielle et urbaine, pensait-il, était sur le point de se développer en Russie et y lutterait, de même qu’en Europe occidentale, pour un socialisme industriel. L’idée d’un socialisme rural typiquement slave qui sortirait directement du féodalisme était utopique (…) Au désaccord sur le fond s’ajoutait une controverses sur la tactique à suivre (…) Les marxistes récusaient toutes les méthodes terroristes (…) Ils plaçaient leurs espoirs dans le prolétariat industriel qui devait exercer contre l’autocratie une action de masse ; mais comme le prolétariat était encore numériquement beaucoup trop faible pour agir, ils n’avaient d’autre solution que d’attendre du développement de l’industrie la constitution de solides bataillons d’ouvriers. En attendant ils ne pouvaient que faire de la propagande, rallier de nouvelles recrues au socialisme, organiser des groupes décentralisés de gens de même opinion ».

Jusque là, donc, tout est net et tranché. Mais les rectifications, les réserves formulées ces dernières années ont conduit à nuancer une opposition aussi absolue. CE mouvement de réexamen eût sans doute pour point de départ la publication par Solomon Schwarz et par Richard Pipes d’études où chacun mettait en évidence le fait, jusqu’alors négligé, que Marx et Engels avaient d’un commun accord concédé aux populistes que la Russie pouvait passer directement du féodalisme à un ordre social communiste, que la commune paysanne pouvait servir de support à cette transformation fondamentales, que l’intelligentsia socialiste pouvait bien, à elle seule, renverser le tsarisme, et même s’emparer du pouvoir, sans conséquences fâcheuses. Bien entendu, l’attitude négative prise par Marx et par Engels à l’égard des marxistes russes des années 1880 ne suffit pas à remettre totalement en cause l’idée d’une opposition entre les idéologues marxistes et populistes en Russie. Que Marx ait encouragé Narodnaja Volja et qu’Engels ait critiqué le traité marxiste le plus important écrit par Plekhanov, « Nos divergences » (Nasi raznoglasija), pouvait signifier simplement qu’intéressés à la chute de tsarisme à n’importe quel prix, ils avaient choisi de rester neutres dans la querelle qui opposait les deux camps, ou même qu’ils avaient choisi de prendre parti pour les populistes contre leurs propres disciples. « Il est tout à fait impossible de décider, conclut Pipes, si – en ce qui concerne la Russie – Marx lui-même fut marxiste ou populiste ». Et Schwarz va encore plus loin : « Nous ne pouvons éviter de conclure que Marx prit parti pour les conceptions populistes (…) essentiellement d’après l’interprétation qu’en avait donné Cernysevskij ».

Le réexamen ne s’arrêta pas là. Dans des ouvrages récents, John Keep et Samuel Baron soulignent que le Groupe Osvobozdenie truda avait, au moins dans ses premières publications, défendu de nombreuses thèses considérées traditionnellement comme propres au populisme : direction du mouvement par l’intelligentsia révolutionnaire, organisation du Parti selon des principes de société secrète, adoption de méthodes « jacobines », idée qu’en Russie le prochain régime bourgeois serait renversé avant d’avoir pu se consolider ; tous ces principes avaient rejoint, tant bien que mal, dans le programme du Groupe les thèses marxistes qui lui étaient plus habituelles.

Les rapports entre le populisme et le marxisme en Russie apparaissent donc comme beaucoup plus complexes qu’on ne le prétend généralement. Et un examen des travaux sur les débuts du marxisme russe publiés en URSS dans les années 20 (aux beaux jours de l’historiographie soviétique) n’aide guère à dissiper les équivoques. Une école, par exemple, représentée par F.Bystryh et V.Rahmetov tendait alors, comme la plupart des historiens de l’Occident et de l’émigration, à reconnaître nettement dans le Groupe les précurseurs du menchévisme. Après tout, le Groupe avait considéré « la représentation populaire et le suffrage universel comme la voie la plus sûre vers le socialisme », et Axelrod en particulier était de toute évidence acquis à l’idée menchevique de la démocratie comme fin en soi. Par contre, Vaganjan a consacré une grande partie de sa longue biographie de Plekhanov à montrer, par de constantes références à ses écrits, qu’on trouve déjà chez Plekhanov tous les éléments « maximalistes » et « jacobins » de la pensée de Lénine. En résumé, si Marx, dans les affaires russes, n’était pas « marxiste », le Plekhanov décrit par Vagnajan et, à un moindre degré, par Baron et Keep n’était certainement pas « plekhanoviste » dans le sens habituel du terme.

Mais devons-nous accepter tel quel ce paradoxe ? Pouvons-nous nous contenter d’expliquer les déviations du Groupe et de l’idéologie de Plekhanov comme des inconséquences ? Ne devons-nous pas plutôt réviser complètement notre façon de comprendre ce que Plekhanov et ses disciples voulaient dire ? Sans aucun doute, ils ne donnèrent pas toujours la preuve de cette maîtrise logique et de cette acuité de réflexion dont ils se vantaient :

« Plekhanov – écrit John Keep – était engagé dans un conflit opposant sa tête et son cœur. Sa raison lui montrait que les travailleurs russes n’étaient pas à la veille de parvenir au niveau des travailleurs occidentaux, ni en nombre ni en expérience. Mais son cœur exigeait l’assurance que la terre promise du socialisme n’était peut-être pas, après tout, si éloignée ».

Ou encore, comme dit Baron :

« Il est évident que le système de Plekhanov comprenait à la fois des éléments de volontarisme et de déterminisme qu’il ne parvenait pas à concilier (…) ; bien qu’il en fût lui-même conscient, il n’était pas parvenu à soumettre sa volonté révolutionnaire aux exigences de l’évolution historique telle qu’il la concevait ».

On peut dire sans doute aucun que le populisme du Groupe correspond, avec ses faiblesses, à cette période de transition où Naorodnaja Volja continuait de représenter une force et où les marxistes en étaient encore à se chercher. Le principal historien du marxisme dans les années 20, V.I. Nevskij, a insisté sur cet aspect et expliqué qu’il fallut plusieurs années aux membres du Groupe qui avaient été populistes pour se libérer de leurs anciens préjugés. « Le Groupe – écrit-il – ne conçut pas son programme d’un seul et unique élan ». La même idée, avec une argumentation différente, a été développée par Plekhanov lui-même quelque trente ans après la fondation du Groupe. En 1883-1884, explique-t-il, le Groupe avait adopté explicitement certaines thèses populiste, auxquelles ses membres eux-mêmes ne croyaient pas, afin de gagner au marxisme tous ceux qui s’étaient ralliés à la Narodnaja Volja. « Pour pouvoir répandre nos idées – écrivait-il en 1910 -, nous nous sommes placés à leur pointe de vue ».

Toutefois, même en faisant la part du compromis et des inconséquences, ce serait assurément une erreur de ne pas retenir comme une explication au moins aussi importante l’engagement idéologique délibéré. David Riazanov estimait fort justement en 1903 que les idées populistes qui apparaissent dans les premiers travaux du Groupe, celles-là même qu’on a tendance à juger étrangères et contradictoires, devraient plutôt être considérées comme partie intégrante de la pensée marxiste russe à son apogée. Pendant les dix premières années de son existence, suggère cet auteur, le Groupe s’efforça avant tout d’adapter les catégories marxistes aux particularités de la vie russe, d’adapter les catégories marxistes aux particularités de la vie russe, et il en résulta que leur analyse ne fut jamais plus réaliste ni plus efficace ; lorsque plus tard ils tentèrent d’ « universaliser » le marxisme russe, ils affaiblirent le mouvement, lui faisant perdre de vue son environnement national.

Il faut, bien évidemment, poser ici un certain nombre de problèmes afin d’examiner dans quelle mesure la dualité d’inspiration du Groupe fut tout simplement forfuite, sans rapport avec son marxisme, et dans quelle mesure elle lui fut essentielle, nécessaire. Comment le Groupe put-il – s’il y réussit jamais – concilier les idées populistes avec les notions tirées d’une philosophie évolutionniste et déterministe ? Quelles idées furent rejetées, quelles autres retenues et développées ?

De tous les dogmes « volontaristes » qui trouvèrent place dans l’arsenal idéologique du Groupe, la défense du terorisme est à la fois le plus curieux et le plus accessoire. Plekhanov avait finalement rompu avec Zemlia i Volja en 1879 par suite de son opposition au terrorisme. L’extraordinaire succès de Narodnaja Volja et le lamentable échec de Cernyj Peredel l’amenèrent par al suite à modifier son intransigeance première, mais il ne put jamais considérer de gaieté de cœur l’attentat comme une arme politique. Et pourtant le premier programme du Groupe, présenté en 1884, déclarait qu’à propos de la campagne d’attentats il n’était pas en opposition de principe avec la Narodnaja Volja, et qu’il « voyait dans le terrorisme une arme essentielle contre l’absolutisme gouvernemental ». Cette déclaration laconique était loin d’exprimer l’enthousiasme, mais, même sous cette forme, elle allait bien plus loin dans le sens d’un accommodement avec Norodnaja Volja que le programme élaboré à Saint Pétersbourg à la fin de 1884 par le groupe de Blagoev, ou parti des sociaux-démocrates russes, qui condamnait l’attentat politique, le considérant comme tout à fait secondaire :

« De la terreur politique comme moyen d’obtenir des concessions du gouvernement – lit-on dans le programme de Blagoev – nous devons dire qu’elle ne peut être considérée comme efficace dans les conditions actuelles, alors qu’il n’existe aucune organisation solide d’ouvriers pour revendiquer les coups portés ».

Sans doute fût-ce une heureuse surprise pour le Groupe de découvrir en Russie des formations révolutionnaires actives qui donnaient la priorité à la constitution d’un mouvement ouvrier puissant et rejetaient le terrorisme. Cela encouragea probablement Plekhanov, lorsqu’il composa un nouveau programme en 1885, à résoudre le problème en passant tout simplement sous silence la campagne d’attentats. Le programme de 1885 affirmait sans équivoque que l’arme de base des révolutionnaires était « l’agitation dans la classe ouvrière » ; le terrorisme n’était plus évoqué que comme un sous-produit accidentel de la révolution elle-même. Plus tard, Plekhanov dut expliquer que dans les mains des révolutionnaires l’attentat était une arme parfaitement légitime, mais dont on ne devait pas faire usage dans des conditions normales, de peur de détourner l’attention du but principal : l’organisation du prolétariat en une force révolutionnaire. Et en effet, la phase « terroriste » du Groupe était terminée en 1885.

Savoir quel rôle assigner à l’intelligentsia dans la préparation de la révolution à venir, était un problème beaucoup plus complexe. Le Groupe croyait fermement que l’intelligentsia était appelée à remplir dans le mouvement une fonction essentielle parce qu’elle pouvait saisir plus aisément que n’importe quel autre groupe social les principes du socialisme scientifique. De par sa nature même elle était toute désignée pour guider les ouvriers dans la voie qu’exigeaient les lois historiques. Dans le premier programme du Groupe, cette opinion était exprimée sans détours :

« A l’intelligentsia socialiste revient l’obligation d’organiser les ouvriers et de les préparer activement au combat (…) Le Groupe pour la libération du travail est convaincu que non seulement le succès, mais la possibilité même d’un mouvement concerté de la classe ouvrière russe dépendent des efforts qu’accomplira en son sein l’intelligentsia ».

En même temps, le Groupe ne pouvait ignorer que jusque là l’intelligentsia socialiste s’était montrée peu disposée à le suivre dans sa démarche marxiste, et c’est pourquoi le programme ajoutait une note prudente : « L’intelligentsia doit d’abord adopter le point de vue du socialisme scientifique contemporain ».

C’était là, bien sûr, le point crucial. Une intelligentsia prête à appliquer les principes marxistes pouvait accélérer considérablement la marche de la Russie vers ses deux révolutions à venir ; mais une intelligentsia qui refuserait ces principes ne pourrait que troubler les ouvriers et ferait donc perdre une avance naturelle fondée sur des éléments objectifs de l’évolution sociale et économique. Ainsi, il y avait dans l’attitude du Groupe à l’égard de la jeunesse révolutionnaire une profonde ambiguïté : cette jeunesse pouvait être une force potentielle, mais aussi un empêchement majeur, dans la marche de l’Histoire. Le Groupe avait souvent l’amère tentation de se passer des services de l’intelligentsia, velléitaire, capricieuse, peu sûre, et de s’en rapporter aux seules forces du prolétariat urbain, historiquement destiné à jouer un rôle révolutionnaire. Dans le second programme de 1885, le problème fut esquivé ; aucune allusion n’était faite à l’intelligentsia ; on ne précisait pas qui constituerait la direction du Parti. Et là encore les idées du cercle Blagoev influencèrent sans doute la pensée de Plekhanov, car le programme des Blagoevcy indiquait clairement qu’un « mouvement du peuple » spontané serait l’élément décisif et aurait une large action sans dépendre d’aucune haute instance révolutionnaire.

Bien qu’en cette occasion le Groupe ait éludé la question, le problème revenait constamment se savoir qui organiserait et dirigerait le mouvement révolutionnaire. De plus en plus déçu par l’apathie de la jeunesse étudiante, le Groupe se tourna fréquemment à la fin des années 1880, vers « l’intelligentsia ouvrière », espérant découvrir et gagner une nouvelle génération de Halturin et d’Obnorskij. Les œuvres composées entre 1885 et 1892 sont souvent d’un ton franchement hostile à l’intelligentsia :

« Parmi les révolutionnaires venus de la ‘jeunesse intellectuelle’ – expliquait Plekhanov aux ouvriers en 1889 – il y a beaucoup de ‘messieurs’ qui vont jusqu’à faire des déclarations contre la classe ouvrière. Quelques-uns affirment purement et simplement qu’elle n’existe pas ; d’autres conviennent de son existence, mais disent que tous les ouvriers sont trop bêtes et trop incultes pour qu’il vaille la peine de s’occuper d’eux ».

A suivre…

jeudi 15 octobre 2009

LA REVOLUTION SARKOZIENNE

A COMMENCé

(de l’antifascisme de bordel à l’Aiglon II)

« Sans rancune contre aucune individualité, comme contre aucun parti, j’ai laissé arriver aux affaires les hommes d’opinions les plus diverses, mais sans obtenir les heureux résultats que j’attendais de ce rapprochement ».

Louis Napoléon Bonaparte (message du 31 octobre 1849 à l’assemblée législative)

En Angleterre il est de tradition d’offrir le titre de comte aux premiers ministres après leur départ du pouvoir. Près de la moitié des anoblissements décidés entre 1945 et 1986 ont correspondu à des services politiques rendus à l’Etat britannique, des corps de l’élite industrielle aux corps de l’armée et des syndicalistes. Le système de récompenses de la bourgeoisie la plus vieille et encore la plus intelligente du monde ne s’est jamais contenté de congratuler en médailles les élites de la noblesse, de la bourgeoisie d’affaires et sa cour d’universitaires diplômés. Tout homme de quelque extraction qu’il soit, qui se met au service non de son honorable majesté figurante mais des intérêts de la Perfide Albion capitaliste a droit aux honneurs. Cela, les Napoléon I, puis Badinguet et De Gaulle l’ont parfaitement compris. La « révolution thatchérienne » aussi. Le pouvoir d’Etat capitaliste gardera toujours l’aspect dynastique hérité du féodalisme jusqu’à ce qu’on le renverse, si nous sommes capables, avec le prolétariat universel, de ne pas reproduire le même népotisme des Ceaucescu, Brejnev et Cie.

D’abord, il y a ces jours-ci une étonnante naïveté (ou jalousie mal placée des médias aux ordres) à se focaliser sur des querelles entre bourgeois libidineux autour des frasques des Polanski et Fred Mitterrand. Dont nous n’avons rien à foutre, tous les députés vont aux putes, et le viagra est étrangement gratuit pour cette espèce européenne de vieux barbons Cohn-Bendit le lâche et De Villiers le neuneu. La saillie de Mlle Le Pen, assez portée sur la chose de source sûre, a d’ailleurs servi étrangement à provoquer un retournement général (« anti-fasciste » de bordel) en faveur d’un ministre culturel, par ailleurs talentueux et « bonne prise » pour Sarkoléon.

Ensuite, la promotion annoncée d’un gentil petit Dauphin au milieu des requins de l’EPAD (Nanterre la folie financière, principale mafia financière française) a soulevé l’ire de tous les donneurs de leçon de la gauche caviar aux hebdos satiriques bien pensant : quoi ce merdeux sans diplôme serait porté à la tête de cette louable mafia à la place d’un vieux plus expérimenté ! Scandale et boules de gomme. Mais qu’est-ce qu’on s’en tape là aussi.

Journalistes, caricaturistes, politiciens, gauchistes vous prenez donc le prolétariat pour une masse de crétins lobotomisés en focalisant votre lorgnette sur un aspect tout à fait secondaire d’une quelconque promotion au sein de l’oligarchie. Vous croyez que le « vieux » Devedjian était un Monsieur propre ? Du fait de sa longue expérience en barbouzeries ?

Eh bien bernique, cela nous fait plutôt plaisir nous les sans grandes qu’un petit mec, même fils à papa, même marié à une fille de milliardaire, sans diplôme de merde, sans parcours politique électoral notable, sans rond de jambe, soit nominé grand caïd. Les diplômes nous on s’en branle, les parcours initiatiques aussi. Dans toutes les révolutions du passé, bourgeoises ou prolétariennes, se placent à la tête de l’insurrection des « jeunes » sans diplômes, sans médailles, sans passé, sans adoubement par une clique ou un parti. Un bon dictateur « révolutionnaire », s’il veut l’oreille des masses soumises, doit apparaître au-dessus des partis et ferrailler contre eux. Sarkoléon a dû peiner, c’est évident contre les vieux caciques, comme il avait peiné lui-même à supplanter le vieux tordu Pasqua à Neuilly. Tel père tel fils, sauf que, hélas, le blondinet aura besoin sans cesse du père, sauf à le tuer un jour.

Le père aurait tort de se gêner, il sait que non seulement la valeur n’attend pas le nombre des années mais que le système politique bourgeois a besoin de « jeunes ». Nous assistons du même coup sans que vous vous en rendiez compte à une superbe opération anti-Besancenot. Jusque là le postier de nulle part ailleurs était notre seul « jeune » sur les plateaux de télévision. Sarkoléon lui a trouvé un concurrent plus jeune encore !

La « révolution sarkozienne » a commencé. Seul le corrompu Julien Dray a compris la manœuvre en se ralliant à la promo népotiste, histoire de se racheter de son premier refus ministériel. Les méthodes expéditives et peu cavalières de Sarkoléon ne sont pas choquantes, comme au temps du bonapartisme et du gaullisme triomphant ; certes elles indisposent toute l’intelligentsia des refoulés et des mal-aimés, mais pas le peuple en général qui aime bien voir malmené notables et puissants. Les frasques de Rachida Dati, sa morgue et son « cabinet conseils » ne choquent absolument pas les couches de prolétaires immigrés qui y voient une revanche sur les colonisateurs, une reconnaissance et un respect des « quotas » dans la mafia bourgeoise!

LE MODELE DE LA GENTRYFICATION

Les pleureuses du népostisme sarkozien se fichent du monde et de l’histoire de la bourgeoisie. L’histoire de la bourgeoisie montre qu’elle n’est pas une classe figée comme la noblesse, même si elle en conserve les attributs les plus arriérés et les escroqueries. De première ou d’ancienne origine, les familles de la haute bourgeoisie ne sont pas constituées en ploutocratie : par leur mode de vie et leurs stratégies matrimoniales, les formes d’éducation et leurs activités extra-professionnelles, elles participent depuis le 17e siècle au processus de gentryfication (dont j’ai déjà parlé lors de mon voyage à Londres en début d’années). Les représentants de la bourgeoisie ne se trouvent plus depuis belle lurette dans les milieux de la City, mais dans les élites politiques, culturelles, judiciaires, syndicales et gauchistes, sorties du trottoir sociologique. En France, de nombreux liens unissent ces milieux entre eux, Finkielkraut peut boire un thé froid aussi bien avec Mélenchon qu’avec Bernard Thibault. De nombreux membres des couches inférieures peuvent parvenir, par la voie méritocratique, aux strates supérieures du pouvoir, formant à leur tour une couche de provenance privilégiée pour leurs propres descendants. C’est essentiellement dans ces milieux que se recrutent les « hommes nouveaux » (souvenez-vous du fils d’ouvrier Lecanuet !), favorisés par la mobilité sociale ascendante dont les vecteurs privilégiés sont le talent, pas les diplômes, la réussite (réussites industrielles et militaires), ou le sens du pouvoir (politiciens et syndicalistes). Chez ces « upwardly mobile » le critère éducatif a toujours prédominé sur les critères universitaires que seule admire la petite bourgeoisie flouée. Cette couche « d’heureux élus » reste toujours minoritaire mais sa capacité d’intégration au système le renforce et conforte sa légitimité. Cette corrélation entre implication dans l’économie, rôle social et politique, Marx en avait déjà analysé la complexité au milieu du XIXe siècle.

L’HERITAGE DE LA REVOLUTION THATCHERIENNE

En mai 1989, lors du dixième anniversaire de l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher, des journalistes s’étaient plu à souligner ses critiques à « l’Establishment ». Thatcher avait porté de sévères critiques à l’ancienne ruling class, accusée d’avoir, par paternalisme et laxisme, affaibli les forces et le prestige du pays. Pourtant Thatcher ne remettait pas en cause la permanence de l’ancienne élite dominante – qui continue en Angleterre comme en France à contrôler les principaux centres vitaux de décision et d’influence - elle représentait une variante « extrémiste » d’un pouvoir se revendiquant de la légitimité démocratique face aux luttes déstabilisantes des ouvriers anglais. Thatcher incarna le « nouvel establishment » bonapartiste qui, par le biais de la philosophie méritocratique et une pédagogie de la réussite « ouverte à tous », valorisait en retour toujours le même gouvernement des élites au sens « aristocratique » : les « meilleurs au pouvoir ». Le « nouvel establishment » mobilisa les ressources de l’Etat corporatif : relais sociaux et associatifs, liens plus étroits avec les appareils syndicaux, etc. Ce type de pouvoir marginalise par contre systématiquement la contre-élite de gauche et ses suiveurs gauchistes. Il évite les rigidités de l’ancien establishment en s’ouvrant systématiquement aux nouveaux « aspirants élitaires ». En valorisant la méritocratie de la compétence dans la procédure d’accès aux fonctions dirigeantes, la nouvelle élite dominante draine de nouvelles recrues tout en échappant à toute contestation de sa légitimité. La circulation rapide et le rajeunissement des élites ridiculisent le pantouflage des hauts fonctionnaires. Le cumul des fonctions au sein du monde des affaires et des politiciens (cf. Dati) et du « directoire culturel » (télévisions, maisons d’édition, grands groupes de presse, etc.) atteste de l’émergence d’une structure élitaire solide et souple. Il s’en est suivi en effet une « révolution financière » au sein de la City qui a ouvert le circuit des capitaux et assuré le succès des privatisations (Sarkoléon tu peux rêver !). Il s’en est suivi aussi un remodelage en profondeur du paysage politique national britannique.

Margaret Thatcher, « femme » venue de la petite bourgeoisie, appuyée par les classes moyennes, les nouveaux cadres et une bonne part de la classe ouvrière, a prouvé la capacité de réenracinement et résistance de la haute bourgeoisie. La Dame de Fer a su allier tradition et modernité, populisme et élitisme, même si, destin tragique, elle a été fort mal récompensée de ses efforts, atteinte finalement de la terrible maladie d’Alzheimer, comme son ami Reagan. Si elle a été virée comme une malpropre, les mécanismes de l’Etat corporatif modernisé auxquels elle a procédé, subsistent : renforcement du rôle de l’Etat et du Premier ministre (en France renforcement de la charge présidentielle), utilisation systématique de la loi et des forces de répression, et surtout recours systématique au relais du pouvoir médiatique. La ruling class britannique confirme qu’il existe bien dans le système élitaire un centre de décision de nature politico-capitaliste, et une périphérie plus composite très servile. Le système parachève sa domination intellectuelle dans le domaine de la culture mais aussi en jouant habilement de la fausse contestation des syndicats et des organismes secondaires de type gauchiste.

EN France UNE COPIE FAIBLE DE L’ORIGINAL…

Tout étudiant de Sciences-Po sait l’intérêt d’étudier les méthodes de pouvoir paternaliste et novateur socialement de Louis-Napoléon Bonaparte, lequel est toujours une source profitable pour tous les aspirants au pouvoir moderne: « La France veut un gouvernement assez juste pour appeler à lui tous les honnêtes gens (sic) quels que soient leurs antécédents politiques, un pouvoir national qui, par sa stabilité et la conscience de sa force, fût exempt de passions, et pût donner protection à tous les partis, sans rien perdre de son caractère populaire » (cf. Des idées napoléoniennes, chap. II). Comme Napoléon III, comme De Gaulle, Sarkoléon se refuse à « inaugurer les chrysanthèmes » (cf. conférence de presse du Général 9 sept 1965), car la fonction qu’il occupe tire incontestablement vers cette tendance somnifère. De Gaulle n’a jamais conduit un coup d’Etat, contrairement aux pleureuses de la gauche molletiste et aux trotskiens d’époque, mais gouverné par une série de coups, plus ou moins heureux, coups de force ou coups de génie, dont Sarkoléon peut raisonnablement s’inspirer. Napoléon comme De Gaulle n’avaient pas d’idéologie propre mais étaient guidés avant tout par le souci de leur destin. Napoléon n’eût qu’un Aiglon de carnaval, et De Gaulle un vulgaire amiral et une pauvre fille trisomique. Ce souci, naturel, de tout dictateur, de pérenniser son sang ne se réalise jamais. Les fils des grands hommes restent en général des incapables ou des tarés. Pourquoi donc s’en faire avec l’Aiglon de Neuilly. Les montagnes n’accouchent jamais que de souris, et celles-ci ont bien le droit de grignoter au fromage généreux de l’Etat bourgeois. Cela, Sarkoléon le sait mieux que ses pires cire-pompes. Il rêve bien entendu comme De Gaulle à sa propre postérité égoïste : « Ce que j’ai fait sera tôt ou tard une source d’ardeur nouvelle après que j’aurai disparu » (Mémoires de Guerre, dernières pages). A condition d’imaginer un romantisme tragique de sa propre fin…

Ou des traversées du désert… en se faisant souffler la place un jour comme De Gaulle. Celui-ci, avec les ordonnances sociales prises aux élections de 1967, avec le référendum préconisé en 1968 puis appliqué en 1969, qui comportaient des ambitions de réformes du salariat et d’introduction au sénat des représentants syndicaux, espéra séduire la gauche pendant que la droite le lâchait. Manque de pot, Mendès-France et le nouveau parti socialiste de Mitterrand rompirent avec le socialisme bourgeois et récupérèrent les aspirations de mai 68 aux lieu et place du Général. Bonapartisme, gaullisme et sarkozysme ne peuvent jamais réussir à acquérir une crédibilité sociale suffisante pour leur permettre de compter sur la neutralité bienveillante de la classe ouvrière.

LA PERSISTANCE DU COURANT LIBERAL DYNASTIQUE

Sous l’Empire comme sous la république gaullienne a toujours existé un courant « libéral dynastique » dont l’appui était indispensable et qui pouvait soit attirer dans la majorité gouvernementale l’opposition libérale conservatrice, soit la rejoindre pour abattre le gouvernement en disposant pour cela de la bienveillante opposition démocrate-socialiste peuplée de francs-maçons. Le poids de ce libéralisme « libéral dynastique » mit fin au bonapartisme comme au gaullisme. Pompidou sût se plier à ce courant après l’élimination du "vieux cacique", ce en quoi il est le vrai maître de Sarkoléon, ce pourquoi le régime actuel lui a rendu un hommage appuyé récemment. Les régimes bonapartistes et gaullistes ne triomphèrent un temps que grâce à la division de la droite et de la gauche bourgeoises, qu’ils avaient successivement éliminés après les avoir courtisés. Badinguet et le Grand Charles tombèrent face à l’union de leurs adversaires au nom de la défense des libertés et du régime parlementaire face au pouvoir personnel et plébiscitaire, en des époques où la France n’était pas une puissance de second ordre ni bousculée par une grave crise systémique…

samedi 10 octobre 2009

LA REVOLUTION POURRA-T-ELLE ETRE ENCORE D’ACTUALITE AVEC LE CERCLE PERSPECTIVES INTERNATIONALISTES ?

(La vision de cette réunion par Candide)

Je suis blonde aux yeux bleus et je m’appelle Candide. Moi, prolétaire, j’ai assisté pour la première fois de ma vie à une réunion de maximalistes à l’AGECA à Paris, rue de Charonne.

Arrivant en retard, je fus surprise de trouver une assemblée d’une vingtaine de personnes autour d’une table qui me firent penser d’abord à une réunion d’employés de bureaux ou de parents d’élèves, chacun parlant à tour de rôle.

Le sujet de la réunion portait sur l’analyse de la crise capitaliste, et, malgré quelques interventions centrées sur des questions de boutique sur l’importance de la baisse tendancielle de profit ou de l’analyse de la limitation des marchés capitalistes, la discussion s’orienta naturellement sur des questions plus politiques. Quelques plaisanteries, lancées à droite et à gauche comme dans une cour de collège, affaiblissaient la discussion alors que je m’attendais à un certain sérieux par rapport à la gravité des problèmes de la classe ouvrière. Je pense que les problèmes du prolétariat ne vont pas se résoudre avec des réunionites comme celle-ci. L’ensemble des personnes présentes révélait une certaine expérience militante et des connaissances intellectuelles dans les domaines économiques et politiques. Je m’attendais à une réunion où on allait mettre en avant des propositions pour la période après la révolution, dite de transition, et de plus dans un minimum de sérieux. Et on ne rit pas bêtement, merci.

Michel Olivier, pour un groupe nommé BIPR, s’exprime avec beaucoup de « je pense ». Je sens qu’il manque de conviction. La classe ouvrière est au niveau zéro pour lui. Beaucoup de banalités de sa part sur le fait que la classe ouvrière serait différente des années 1960. On n’est plus certes en mai 68, ce n’est plus le même monde, mais les ouvriers sont toujours dans la merde. Il n’y a rien de nouveau. Michel ne m’apporte rien de nouveau dans son discours. Il a tort, à mon avis, de voir l’émiettement des révolutionnaires comme un simple miroir du désarroi de la classe ouvrière.

M.Lavoine a fait une analyse érudite sur la question économique avec le souci de réunir les opposants au capitalisme. C’est dommage qu’il ne s’exprime pas avec plus de passion parce que ce qu’il disait était intéressant.

Jean-Louis Roche a défendu que l’on ne pouvait juger du niveau de conscience de la classe ouvrière sur ses seules grèves, l’expression de cette conscience se traduit dans le refus de suivre les grèves bidons et, d’autre part, les commentaires sur le web en particulier, contre les grèves fantômes, sont très critiques des votations et autres consultations citoyennes de la gauche bourgeoise.

Dans le même sens, Guy Sabatier contredit Michel Roger en définissant la diversité du prolétariat moderne, avec ses couleurs différentes, ses cultures différentes, avec pas forcément les mêmes luttes que dans les années 60 et 70, mais avec cette volonté indéniable de mettre en commun des expériences plus internationalistes dans le sens de renverser le système.

Un camarade hollandais, dont j’avais du mal à comprendre le français, parla avec passion de la gravité de la situation, de la nécessité de réagir, d’arrêter de discourir.

Cela ronronnait cependant. On passait d’une personne qui parle à une autre, il ne se passait rien, il n’y avait pas vraiment d’échange. Certains posaient des questions justes mais chacun restait centré sur son propre discours. Tout le monde écoutait attentivement mais pas avidement. Certains semblaient dormir ou se satisfaire de ce qui se disait. Guy Sabatier avait parlé justement du fait qu’il n’y aurait plus d’alternative au capitalisme, soulignant qu’on voyait se développer une psychose avec le danger de désespoir et de suicides (pas seulement d’ingénieurs mais aussi de chômeurs) parmi les prolétaires et aussi des massacres comme on l’a vu en Guinée.

Un professeur semble par après focaliser l’attention à la suite de Guy par son témoignage sur le problème social généraliste et éducatif dans sa corporation où il pensait dévoiler une vision des jeunes comme ne respectant plus rien. Son discours montrait, d’une façon peu originale, que les valeurs ont changé. Il nous témoigna qu’un étudiant lui avait répondu : « mais pourquoi il ne veut pas être patron celui-là? ». Le professeur voulait signifier que nous n’étions plus à la même époque que par le passé. Ce qui était, selon moi, parler à nouveau pour ne rien dire. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Il n’y a pas que des abrutis dans la jeunesse. De même qu’il n’y a pas que des abrutis dans les prolétaires. C’est une façon de baisser les bras dans la société actuelle. Et cela ne me surprend pas de la part d’un enseignant.

Sans avoir le courage de nommer Jean-Louis Roche, Raoul Victor a commencé à se moquer de ceux qui insistent sur la nécessité de revisiter le passé par l’écrit en disant que ces gens passent leur temps à remuer la poussière. Et puis il a sorti des âneries sur le logiciel libre. Ce à quoi le représentant du CCI lui a fait la remarque que, derrière le logiciel libre, il y a des sociétés qui se font beaucoup d’argent. Dans le même sens, Guy Sabatier a cassé ce discours sur la soit disant révolution technologique, complètement hors propos. Il a fait rire la salle en évoquant des cas de pannes de fibre optique qui avaient nécessité une journée entière de réparation. Michel Olivier s’est aussi démarqué des bêtises de Raoul sur le sujet.

La discussion d’une façon générale, à travers le questionnement sur une insuffisance de leçons tirées de l’effondrement du faux communisme à l’Est, a porté son insistance sur la nécessité de parler à nouveau, ou de se pencher sur la théorie de la transformation de la société, singulièrement abandonnée depuis longtemps. Il est temps d’y venir au bout de deux heures de bla-bla… Je suis déçue de voir que les personnes présentes se contentent de discourir aussi longtemps chacune mais ne cherchent pas plutôt à faire des réunions pour proposer une alternative. J’ai l’impression que ces discussions sont vouées à avorter. Pour moi, le travail de réflexion, de lecture pour la connaissance des problèmes du prolétariat devrait se faire en amont de manière à avancer et d’être à même de proposer des plans d’action. Raoul Victor et ses toiles d’araignée se moquait des questions de fond ; lui aussi il ne proposait rien. Il était mal venu de critiquer tous ceux qui apportent par leur contribution écrite le rappel des leçons de l’histoire.

Contrairement à Jean-Louis Roche, je n’ai pas perçu les participants à cette réunion comme des éclopés, mais comme des gens sincères mais marqués par un manque certain de dynamisme qui laisse un mauvais présage pour la défense de la cause du prolétariat.

J’ai apprécié la prestation de Rose qui a su, à la fin de la réunion, faire un compte-rendu de l’ensemble de ce qui avait été dit. J’ai été surprise de sa remarque concernant la psychose dans la classe ouvrière qu’elle semblait ne pas avoir comprise à travers l’intervention sensée de Guy Sabatier. Mais Guy Sabatier c’est quoi cette psychose ? Et laissons de côté cette notion psychologique. Il n’y a pas de séparation d’intérêts entre prolétaires actifs et prolétaires exclus de la production. Il faut prendre en compte le sentiment d’isolement des chômeurs qui ne sont pas opposés aux travailleurs, ni individualistes. Apparement personne dans cette salle n’avait été au chômage, et ne se rendaient pas compte de l’isolement et de l’exclusion du chômeur qui ne fait plus partie d’aucun groupe « social » ; il n’est plus reconnu socialement ni par les syndicats ni par l’Etat ni par personne. Il reste dans sa merde. Il n’est pas un émeutier professionnel comme les gauchistes altermondialistes. Il est temps aujourd’hui d’inclure les chômeurs dans le combat des prolétaires actifs, de les associer aux réunions. Tous les partis politiques actuels sont pourris mais pourquoi n’en fondez-vous pas un autre pour tenir le langage de la vérité? Quand serez-vous prêts à agir ?

Candide

jeudi 8 octobre 2009



Inglorious Basterds :


L’antifascisme vengeur enseigné aux jeunes et aux racailles



Nous les politiques maximalistes on nous accuse toujours de ne jamais nous distraire sans vigilance critique, de considérer toujours le cinéma comme un instrument de propagande de l’oligarchie bourgeoise dominante. Comme quoi, fesses serrées et un tantinet paranoïaque (j’allais dire un Tarentino), nous ne saurions aucunement nous détendre, soit en tant qu’intellectuels asexués, soit en tant que bedeau d’une quelconque secte eggregore. Tout cela est faux, nous rions comme tous les publics si le talent est là. Nous nous laissons aller sur le fauteuil et oublions nos soucis journaliers si c’est vraiment délirant. Le dernier film de Tarentino ne peut éliminer les deux dimensions pourtant: le plaisir de se laisser plonger dans une œuvre artistique déjantée mais en même temps - parce que le sujet est au cœur de la plus grande tragédie du XXe siècle - un questionnement ne peut manquer de surgir sur la « leçon politique » qui transparaît quand même et qui explique l’entier soutien des financiers du movie.



Inglorious Basterds débute dans la France occupée où Shosanna Dreyfus (Mélanie Laurent) assiste à l'exécution de sa famille par le colonel nazi Hans Landa (Christoph Waltz superbement cynique mais il ressemble trop à Adamo et du fait de sa subtile perversité, le jeu de l’acteur finit hélas par nous le rendre sympathique). Shosanna parvient à s'échapper et on la retrouve adulte dans un Paris occupé où elle se construit une nouvelle identité en tant que gérante d'un cinéma ; ce qui permet à Tarentino de truffer son histoire délirante de coups de chapeaux aux plus grands cinéastes de Pabst à Lang. Simultanément, ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt) forme un groupe de soldats juifs spécialisés dans des actions ciblées – qui empêchent Hitler de dormir - qui consistent à scalper les nazis abattus sur leur propre territoire. Le chef du groupe des vengeurs, Aldo l’Apache est le seul non-juif, qui veut « transformer l'antinazisme en guerre sainte », sans cacher sa propre ambiguïté et absence de morale ; avant-guerre il était un « vrai apache » (= voyou en France) membre d’une mafia dans le Tennessee (clin d’œil de Tarentino à la complicité de la mafia sicilienne avec l’armée US ?).


Connus par un Hitler terrorisé sous le nom de The Basterds, Raine et ses hommes vont faire équipe avec l'actrice allemande et agent double Bridget Von Hammersmark (Diane Kruger) pour tenter d'assassiner les leaders du Troisième Reich. Ils vont ainsi croiser Shosanna qui mène sa propre vendetta à Paris pour venger l’assassinat de ses parents exploitants agricoles cachés par un paysan français qui avait fini par les dénoncer.


Il n’y a rien du bon Schwarzenegger chez Tarentino – la série des Terminator est excellente elle en ce qu’elle ridiculise la violence individuelle. Tout à sa volonté de gagner à l’antifascisme les casquettes à l’envers (et la tête aussi) des tarés des banlieues, Tarentino fait lui l’apologie de la violence individuelle (conçue comme rédemptrice): ricanements des Basterds dans des scènes qui recréent plus la zone à la périphérie des villes modernes que les champs de bataille de 39-45 ou les culs de basse fosse des camps d’extermination, joie de fracasser les crânes de nazis à coups de battes de base-ball, jubilation de scalper les victimes pour faire plaisir au chef dans sa guerre sainte antinazie. Nos racailles de banlieue sauront quoi faire si on leur dit qu’il y a un nid de nazis dans le quartier (même si ce n’est pas vrai)… ou s’il faut défendre la patrie, à coups de battes de base-ball ! N’oublions pas que le cinéma continue à s’adresser au 15-25 ans !


Quand la violence fait son apparition, elle est fulgurante, sale, déchirante mais jouissive pour le spectateur (la salle rit en général devant les pires éclaboussements d’hémoglobine). Rien d'étonnant à ce que la véritable vedette de l'histoire échoit à ce colonel S.S. fin lettré, polyglotte, subtil stratège et tenace détective, mais qui est trop humain tant la ressemblance est frappante avec le chanteur belge Adamo.


Pour ceux qui réfléchissent il y a par contre un autre clin d’œil de l’anar Tarentino. Tout est ambigu dans les guerres capitalistes, surtout celles qui se proclament antiracistes après coup. Pour traverser ces sales guerres, il faut obéir aux consignes les plus inhumaines des Etats en guerre, mais tout criminel galonné sait qu’il doit se préparer une sortie au sein du camp victorieux. En croyant devoir se comporter comme les ennemis dont ils ont une vision tronquée, ces commandos juifs emmenés par le métis texan revanchard (Brad Pitt) sombrent dans la pire caricature. On pourra même imaginer à la fin que ce sont eux qui vont se la couler douce dans une île à la place du colonel SS Adamo qui croyait avoir bien négocié son recyclage.


Une guerre consiste avant tout en un conflit politique déguisé dans lequel s'embarquent de belliqueux bourrins avides de sang et assurés de défendre la vérité nationale et raciale. Cela ne nous gêne pas que Tarentino viole l'Histoire (que nous ne contrôlons pas en général), mais l’ambiguïté demeure d’une logique infernale où l'action, même complètement déjantée, reste éminemment plausible. Il fait se confronter en permanence le prévu et l'imprévu. Si l'impression de ne pas tourner rond se fait parfois ressentir, c'est précisément parce qu’il faut maintenir la tension. On ne sait jamais qui va l’emporter entre les méchants trop caricaturés et les gentils antifascistes qui finissent par employer les mêmes méthodes que les fascistes. Les maquillages outrés des personnages historiques ont leur sens, n’introduisent pas une dimension grotesque : ils reflètent la représentation fantasmatique du nazisme que le bourrage de crâne bourgeois a imprimé dans nos têtes. La salle de cinéma où l’état-major hitlérien va être carbonisé recrée l'espace concentrationnaire et en compile toutes les déclinaisons : chambre à... feux, fosse d’exécution sommaire, labo d'expérimentation. A la représentation fantasmatique des méchants nazis, succède comme seules causes de la guerre une vengeance avec les méthodes nazies mais pour rappeler que, dans la réalité, chambres à gaz, fosses d’exécution sommaire, ont bien été la réalisation des nazis, délaissant les vagues de bombardements alliés et Hiroshima.


Dans cette improbable vengeance historique des races flouées et exterminées, Tarentino associe la directrice juive du cinéma à un technicien noir, Marcel qui déambule en pleine rue et vient travailler au cinéma comme un ouvrier (antifasciste) lambda alors qu'il fait partie d'une frange de la population qu’on imagine mal en liberté sous le régime pétainiste et nazi et encore moins mener un combat « antiraciste » à l’époque.


La vengeance des « peuples de couleur » et des juifs nous réjouit d’un côté par son aspect « naturel » et « mérité » mais nous attriste de l’autre : elle n’est qu’un remake de la grande vadrouille avec Bourvil, et de tous ces films franchouillards d’après-guerre où les héros faisaient les malins et se moquaient des occupants, pour donner bonne conscience à la population de l’hexagone si accommodante et si frissonnante peu avant sous l’œil du brave Maréchal cire-pompe d’Hitler. Seule différence avec nos navets revanchards, la vengeance posthume est beaucoup plus gore avec Tarentino. Les méchants nazis sont facilement caricaturés et on va les brûler aussi facilement que les juifs dans un remake d’OSS 117 et des vieux films d'espionnage de guerre avec les mêmes codes, les anglais déguisés en allemands qui se font baiser sur des détails d’accent ou de quantité de whisky. Tarentino va convaincre les racailles des banlieues qu’il faut s'abaisser au rang de brute pour combattre les brutes. A la fin on en est à se demander qui sont les basterds entre le nazi qui se fait étriper et le "bon apache" antifasciste sadique qui en sort sans un remord pour reprendre ses activités de maquereau dans le Tennessee.


Avec Tarentino, ce qui importe dans son cinéma est que le spectateur sorte secoué, pas qu'il réfléchisse. N’est-ce pas là le fin fond de la de la distraction ?


lundi 5 octobre 2009

LA VOTATION CITOYENNE « EN CARTON »

ET SES RATES

Merci aux nombreux commentateurs qui se sont moqués sur le site de Libération de la victoire « citoyenne » de 2,12 millions de vote de rue à 90% contre la privatisation de la Poste. Voici d’abord ma réaction et un choix des multiples réactions qui prouve que l’imbécillité ne progresse pas malgré les urnes en carton de mère Aubry et son petit Besancenot. Il y a de l’espoir que les urnes classiques continuent à être désertées surtout après la victoire de la gauche oligarchique en Grèce.

Quand les électeurs désertent les urnes...

... 60 queues de la gauche caviar viennent les fourrer sur le trottoir avec pour seule question "capitalisme ou capitalisme", "vieille bureaucratie sordide ou privatisation anarchique". Encore bravo aux écureuils anarcho-syndicalistes, à Tintin Besancenot et à la gauche oligarchique!Et la grève "illimitée" de la poste pour laquelle sifflaient nos braves syndicalistes gauchistes, elle est passée où?
Dans les deux cas il s'est agi encore et toujours de déposséder les prolétaires de tout avis sérieux sur l'avenir de la société!


Lundi 05 octobre à 17h16



* votation... vote.... ? c'est quoi ce terme de "votation" ? C'est pour donner plus de style au truc, se la jouer différent, pour que ça fasse "mieux"....?

* pourquoi on ne parle pas, plus simplement, de "vote" (ce que c'est, quoi). En plus on y adjoint le qualificatif de "citoyenne"... ah ouais, tout de suite "votation citoyenne" ça fait beaucoup plus classe, y'a pas à dire. Ca en jette. Le marketing touche même le domaine civique.... c'est top, j'adore. Comme ça qu'ils appellent un vote en suisse.


* Je ne comprends pas pourquoi libé s'acharne à utiliser le mot "votation" que je trouve personnellement ridicule. Au sujet du vote il s'agit de quoi exactement ? C'est la pétition que les syndicalistes faisaient signer aux petites vieilles à la sortie des super-marchés la semaine dernière ?


* Sur le forcing au niveau des urnes... En ce qui me concerne je suis pour la privatisation de la poste et je n'ai pas été voter. J'irai voter si un référendum officiel est proposé.
Pas envie de perdre mon temps à donner mon opinion dans un vote biaisé/militant.
D'autant que l'avis du public pour la Poste si c'est le même que celui qui a plébiscité la re-présentation du colis/recommandé le lendemain en cas d'absence, j'ai pas honte de dire qu'il ne me représente pas. Si je suis pas là un matin parce que je bosse, le lendemain à la même heure y a de fortes chances que je n'y sois pas non plus...Mais non à chaque fois que je reçois un colis il faut que j'attende 3 jours pour pouvoir faire la queue une demie heure pour finir par avoir mon colis qui a été envoyé presque une semaine plus tôt ! "L'avis de la majorité des français" m'a dit la guichetière. Que ce soient des services bancaires ou postaux, je n'ai que rarement été satisfait par les performances de La Poste, une privatisation donnerait un petit coup de pouce, quitte à choisir j'aurai cependant commencé par la SNCF avant la poste...


* Le gouvernement...conforté! Par souci d'honnêteté, je tiens à précisé que mon vote a eu lieu juste après la clôture du scrutin... Connaissant l'éthique à gauche concernant les élections, je vous remercie de noter que le résultat final est 2123716 et non 2123717... En tout cas je suis ravi que plus de 2 millions de personnes soit contre une privatisation que personne ne demande... C'est un solide soutien pour le gouvernement qui ne veut pas privatiser!



* Je me suis laissé dire qu'une certaine Martine A. de Lille plus connue sous le sobriquet de "Endive Triste" aurait également vu son vote compté deux fois et demanderait un recompte général voire un récolement ...


* Boire ou voter...il faut choisir!


* C'est extrêmement important d'occuper la population avec des conneries... Pour la population qui pense qu'elle s'exprime, pour la gauche qui se sent utile, pour les journaux qui titrent: "Les français, le gouvernement et l'ensemble des partis politiques contre la privatisation."Vive la France!



* La Poste et les écolos.. Seules alternatives à la gauche molle ? Une fusion La poste-Écolos pour 2012 serait-elle la seule solution pour échapper à 5 nouvelle années de Tsarkozie ?
Messieurs-dames du PS, prenez exemple, innovez, cette consultation du peuple et son succès est un des meilleurs exemples montrant que les français n'acceptent plus les réformes du gouvernement ! Bravo ! Population électorale Française : 48 millions
Abstention : 95.6%
Blancs ou nuls : on sait pas bien
Suffrages exprimés : 100% en faveur du Non. En 2009, Kim Jong-il fut réélu dans la 333e circonscription, officiellement avec 100% des voix et un taux de participation de 100%. «Ce rassemblement historique doit se poursuivre», indique la déclaration commune. C'est une manière de reconnaître que cette votation est sans contenu concret ni fondement juridique. Juste un coup de com sans lendemain. Quand le PS aura fini d'épuiser son crédit avec des plaisanteries de ce genre, il lui restera à participer au rendez vous démocratique qui se tiendra au parlement car la république c'est la loi et la loi reste à voter.


* Est-ce que :1 - les urnes étaient en carton2 - la votation a fait un carton 3 - les idées des syndicalistes et la gôche sont en carton ???


* A quand un vote citoyen sur la fin totale des privilèges des fonctionnaires organisé par la CGT. ?


* Au fait, 62.4 millions d' abstentions, c' est pas mal non plus, non ?


* La question aurait du être : voulez vous payer plus d'impôts pour que la poste reste public ?
ou alors voulez vous voir disparaitre la poste faute de moyens ou alors voulez vous classer la poste comme monument historique à sauvegarder comme les ours des Pyrénées.