« Le marxisme est une conception révolutionnaire du monde qui doit toujours lutter pour des connaissances nouvelles". Rosa.Luxemburg.
"Le principal héritier du fascisme est l'antifascisme". BORDIGA
"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ». Marx (L'idéologie allemande)
«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir, cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. » Thucydide
vendredi 13 mars 2009
RETOUR SUR LA TRAGEDIE ESPAGNOLE
Notice de lecture
La guerre d’Espagne et ses lendemains de Bartolomé Bennassar (ed. Tempus, poche Perrin 2006) (550 pages qui se lisent comme un roman, et pas cher : 10 euros)
Au moment du salon du livre, lequel est en crise (et on s’en fout), nous sommes heureux dans ce modeste blog de signaler à l’attention de nos 60 lecteurs moyens quotidiens, que l’édition de masse peut procurer parfois (bien que rarement) d’excellentes contributions à l’histoire du mouvement ouvrier, qui dépassent le point de vue partisan des articles incandescents des minorités révolutionnaires du passé, tout en venant confirmer le génie de quelques unes. Le militant engagé et « enragé » ne peut remplacer le travail de l’historien. Ce « vengeur des peuples », comme disait Michelet, peut parfois se muer en vengeur du prolétariat. Spécialiste reconnu et estimé de l’histoire espagnole, Bartolomé Bennassar a accompli une œuvre indispensable à la compréhension de la cruelle guerre civile espagnole, mieux et plus profondément que les Broué, Témime et Orwell, du fait qu’il a bénéficié de l’ouverture des archives et qu’il s’est placé résolument hors de la mythologie de la victimisation du camp dit antifasciste qui avec ses thuriféraires staliniens et anarchistes a trop longtemps pollué la véritable histoire et les conséquences de la tragédie espagnole de 1936-1939.
Bartolomé Bennassar a-t-il eu connaissance des analyses de la revue de la gauche révolutionnaire italienne en exil Bilan ? On ne sait. En tout cas, il valide son analyse politique fondamentale : très vite la réaction de classe prolétarienne au coup d’Etat des généraux félons (Franco n’était encore qu’un élément secondaire) a été enrégimentée dans une guerre impérialiste « interne », préparatoire à la seconde boucherie mondiale.
En juin 1937, la revue Bilan des communistes révolutionnaires italiens réfugiés en Belgique écrivait : « Le carnage de Barcelone est le signe avant coureur de répressions encore plus sanglantes sur les ouvriers d’Espagne et du monde entier. Mais il est encore le signe avant coureur des tempêtes sociales qui, demain, déferleront sur le monde capitaliste ». « « Des armes pour l’Espagne » : tel a été le mot d’ordre central qui a résonné aux oreilles des prolétaires. Et ces armes ont tiré sur leurs frères de Barcelone. La Russie soviétique, en coopérant à l’armement de la guerre antifasciste, a aussi représenté la charpente capitaliste pour le récent carnage. Aux ordres de Staline - qui étale sa rage anticommuniste le 3 mars - le P.S.U.C. de Catalogne prend l’initiative du massacre. Encore une fois, comme en 1914, les ouvriers se servent des armes pour s’entretuer au lieu de s’en servir pour la destruction du régime d’oppression capitaliste ». (lire les textes de Bilan sur le site Smonly)
En 1933, Bilan croyait pourtant au début d’un processus révolutionnaire en Espagne et saluait encore dans les révoltés anarchistes des expressions du prolétariat insurrectionnel : « Combien seront-ils ? Impossible de connaître un chiffre même approximatif du nombre des victimes tombées dans l’orgie de sang, digne cérémonie pour l’ouverture des Cortès de la « République des travailleurs d’Espagne ». Droite agraire et monarchiste, droite républicaine, gauche radicale, parti socialiste, gauche catalane, dans un front unique admirable, manifestent leur satisfaction de cette victoire de « l’ordre ». La classe ouvrière espagnole ayant abandonné les mauvais pasteurs - que seraient en l’occurrence les anarchistes de la Fédération Anarchiste Ibérique - de Macia, « le libérateur de la Catalogne » à Maura, de Lerroux à Prieto, rendent l’hommage voulu et opportun à la « sagesse des travailleurs espagnols ». Bien sûr, il ne s’agit pas d’un mouvement ouvrier étouffé par les mitrailleuses et les canons ; mais tout simplement, ah ! combien simplement, d’une sorte d’épuration faite par la bourgeoisie dans l’intérêt des travailleurs. Une fois l’ulcère extirpé, la sagesse, la sagesse innée, reviendrait et les travailleurs s’empresseraient de remercier les bourreaux qui les auraient délivrés des meneurs anarchistes.Ah ! qu’on l’établisse, mais qu’on l’établisse sans tarder le bilan des victimes qu’a à son actif la République des Azana-Caballero, aussi bien que celle des nouvelles Cortès, et, - bien mieux que mille controverses théoriques - on parviendra à établir la signification de la « République » et de la soi-disante révolution démocratique de 1931.Ce bilan pâlira devant l’oeuvre de la monarchie et finira par montrer au prolétariat qu’il n’ y a, pour lui, aucune forme d’organisation bourgeoise qu’il puisse défendre. Qu’il n’y a pas de « moindre mal » pour lui et tant que l’heure n’est pas venue pour livrer sa bataille insurrectionnelle, il comprendrait qu’il ne peut défendre que les positions de classe qu’il a conquises et qu’on ne peut confondre avec les formes d’organisation et de gouvernement de l’ennemi, fussent-elles les plus démocratiques. Les travailleurs espagnols viennent encore une fois d’en faire l’expérience, comme le prolétariat des pays du « paradis démocratique » ou du fascisme.
« Mouvement anarchiste » ! C’est ainsi qu’est caractérisé ce soulèvement étouffé dans le sang. Et évidemment, les formations de la gauche bourgeoise, les socialistes aussi bien que le libéral Macia, diront que parmi ces « meneurs » anarchistes, se trouvaient les « provocateurs » de la monarchie : ainsi leur « conscience » républicaine trouvera une nouvelle sérénité et leur âme restera sans tâche. Mais le prolétariat reconnaît les siens et il sait que ce ne sont pas des provocateurs que la gendarmerie a étendu sur le sol, mais ses fils les plus valeureux qui s’étaient révoltés contre l’oppression du capitalisme républicain.
Étranges anarchistes que ces ouvriers qui déclenchent un mouvement de rébellion à la suite d’une consultation électorale ! Cependant nous n’hésiterons pas un seul instant à nous solidariser avec un mouvement prolétarien, même s’il était dirigé par des anarchistes (en essayant de faire prévaloir au cours de la lutte la conception communiste qui, seule, peut aboutir à la victoire). Mais le fait n’est pas là, et nous nous insurgeons dès maintenant contre ces militants qui, au moment même où le faisceau des forces du prolétariat mondial devrait se resserrer pour soutenir le prolétariat espagnol, avancent des critiques à l’égard des prétendues responsabilités des anarchistes espagnols. (…)Les victimes ouvrières tombées dans la lutte en Espagne n’appartiennent à aucune école particulière. Elles ne peuvent offrir matière à spéculation, pour ou contre les anarchistes. Le prolétariat de tous les pays honorera les morts d’Espagne en aidant le prolétariat ibérique à se forger l’instrument indispensable pour sa victoire, son parti de classe, pour le déclenchement de l’insurrection prolétarienne ». (Bilan 1933, lire la suite sur le site Smolny).
Ni le prolétariat de tous les pays ni la réaction de défense de la République en 1936 par la masse des ouvriers et paysans espagnols n’a pourtant honoré les morts du début des années 1930. Bilan s’est dissous à la veille de la guerre après avoir cru voir venir la révolution. Cela n’amenuise en rien la pertinence de son analyse qui trancha à l’époque avec toutes les hystériques proclamations des trotskistes aux anarchistes, et avec cette plongée dans une nouvelle Union sacrée antifasciste…
La fin de la mystification de l’héroïsme anti-fasciste
Avant le début de la guerre civile, on massacra plus encore et inconsidérément du côté républicain que du côté du « mouvement » des généraux félons. Durruti ne fut pas un saint, mais on le savait déjà par la lettre de Simone Weill à Georges Bernanos. Le camp républicain fût mieux armé au début que les « fascistes » ; les bourgeoisies françaises et russes fournirent un matériel très efficace et sophistiqué pour l’époque. Nombre de brigadistes « internationaux » étaient venus pour l’attrait du gain et l’esprit d’aventure. Les membres du PCE ont non seulement poignardé dans le dos le mouvement social initial mais on surtout pensé à sauver leur peau. La mère « Passionaria » se promena dans les rues de Moscou, aux lendemains de sa fuite, à bord d’une luxueuse limousine pendant que la plupart des réfugiés finissaient dans les goulags. Nombre de responsables anarchistes ont rivalisé dans les exactions et la terreur contre la population bien avant la victoire de Franco. Les meurtres des opposants au stalinisme poumistes et anarchistes fut bien inférieurs à ceux de la population en général.
De telles vérités étaient impossibles à affirmer ou établir il y a à peine trente années. L’historien est quand même courageux même s’il filtre qu’il condescend à l’hypocrite « réconciliation historique ».
Bennassar contribue plus largement que nous, pauvres révolutionnaires esseulés et encore marginalisés, à taper dans le mille : « La relation du pouvoir à la violence ne fut pas vraiment envisagée, peut-être parce que l’expérience se déroulait dans un pays en guerre » (p. 277). L’insurrection du prolétariat contre une fraction de la bourgeoisie militaire hors légalité ne fût pas longtemps « prolétarienne » puisque l’autre versant, dit démocratique et républicain, prit les rênes des commandes étatiques dans les aires où le prolétariat tenta d’intéressantes collectivisations. Le mystère de cette insurrection des prolétaires espagnols peut être levé si l’on considère qu’elle fût la dernière réaction d’ampleur du prolétariat européen sur le ressac de la vague révolutionnaire des années 1920, vague partie de la grandiose révolution russe contre la guerre mondiale. Ignorer cela serait ne pas comprendre l’acharnement des fractions bourgeoises en lice à, du côté républicain éliminer la menace politique du prolétariat, et du côté dit fasciste (Bennassar a plutôt raison de qualifier cette faction de national-catholicisme) à peaufiner et généraliser une longue et cruelle répression.
La révolution sociale n’est plus très vite à l’ordre du jour. C’est d’une guerre qu’il s’agit, d’une militarisation de la société bien supérieure à ce que les ânes anarchistes modernes comme René Berthier attribuent au début de la révolution bolchévique.
Place aux révélations avec le recul et grâce aux archives ! Si ce n’est plus d’une révolution qu’il s’agit mais d’une guerre inter-impérialiste comme Bilan l’avait génialement décrit, les procédés sont totalement différents. Des deux côtés, comme dans toute guerre impérialiste, on se livre à des meurtres abominables qui sont souvent pires que les pires atrocités de la terreur jacobine de 1793. Nous savons depuis l’ampleur du massacre des arméniens et des juifs que les guerres modernes sont capables de reproduire à grande échelle des meurtres de masse innommables dits de nos jours « interethniques ». Cela ne change en rien la nature de la guerre capitaliste, intra-nationale ou extra-nationale, si je puis dire. Nous avons affaire à la même barbarie. On ne peut ignorer non plus l’aspect arriéré de l’Espagne des années 1930 encore dominée par le facteur agraire qui explique la férocité des meurtres contre le clergé par les masses paysannes. La rancœur contre la misère se focalisa sur les gens de robe et sur la tenue vestimentaire comme signe extérieur de richesse…
La terreur rouge et noire
« Au palmarès de l’horreur, le camp loyaliste n’est pas en reste. Il est certain qu’avant le printemps 1937, malgré Badajoz, Malaga ou Séville, les victimes furent encore plus nombreuses dans les zones demeurées fidèles à la République, tout simplement parce qu’elles possédaient les plus grandes villes : Madrid, Barcelone et Valence. Il s’agit, cette fois, de l’explosion d’une haine sociale longtemps contenue, d’une revanche sur des années ou des décennies de frustrations, d’humiliations, de mépris. L’ennemi se signale par la manière dont il s’habille, dont il parle, par son statut social ou juridique. Arturo Barea, militant de gauche qui était à Madrid jusqu’au 6 décembre 1936, raconte qu’un milicien, après avoir reconnu qu’il était « du bon côté », lui avoua : « Tu sais, mon gars, avec le costume un peu snob que tu portes, nous avions cru que tu étais phalangiste ». Santos Julia écrit : « Avoir montré quelque sympathie pour les droites, être catholique ou propriétaire d’une affaire, s’habiller bien, porter un chapeau, devinrent soudain des raisons de mourir. Personne ne pouvait plus se sentir en sécurité, pas même les universitaires pacifiques de la Résidence des Etudiants ».(p.119-120)
« On ne peut pas arguer d’un « spontanéisme révolutionnaire » pour excuser ces crimes. La responsabilité majeure, notamment celle des massacres de novembre, incombe à un système policier attesté par les fichiers et albums qui, selon Julian Casanova, fut mis en place par des appareils sous contrôle communiste, avec adjoints soviétiques, appuyés par des militants des Jeunesses socialistes unifiées. Manuel Munoz, directeur général de la Sécurité, Santiago Carrillo, conseiller à l’ordre public, et Segundo Serrano Poncela, délégué à la direction générale de la Sécurité, ont été les tristes agents de ce système. On estime que les deux tiers au moins des 8815 victimes de la terreur rouge et noire à Madrid, identifiées par Casas de Vega pendant la durée de la guerre civile, furent assassinées en 1936. Le bilan eût été plus consternant su quelque 10 000 personnes n’avaient trouvé refuge dans les ambassades étrangères » (p.122).
La terreur franquiste
Bennassar sait faire la part des choses. Il en termine par la répression franquiste « scandaleuse par son ampleur et sa durée ». Pendant les premières années de la guerre mondiale, à l’abri de celle-ci, la répression reste sélective tout de même : « La traque des responsables politiques et syndicaux ou les journalistes ne doit pas occulter le caractère de classe de la répression : près de la moitié (49,6%) des 988 fusillés dans la province de la Manche étaient des travailleurs agricoles. Il y eu aussi parmi les condamnés à la peine capitale 70 maçons, 40 cheminots et 30 mineurs. Une vingtaine de fusillés appartenaient à des professions au niveau culturel relativement élevé : médecins, vétérinaires, infirmiers, instituteurs, avocats et avoués. Un directeur de prison et même un prêtre, Julio de la Cruz Rui, partagèrent leur sort ainsi que 15 femmes… » (p.471).
Le rôle de l’historien honnête
est de faire un bilan le plus objectif possible et de laisser ses lecteurs libres de se faire leur opinion. Le pari est réussi avec Bennassar. Il faut lui savoir gré d’avoir réalisé également une étude sur le sort des réfugiés espagnols en France qui ne furent pas si maltraité qu’une légende – néo-stalinienne – a bien voulu le laisser croire.
Et la voici mon opinion. Les anarchistes espagnols ont été triplement vaincus : politiquement par la trahison de leurs chefs collaborant au gouvernement bourgeois républicain, physiquement par Franco, et idéologiquement par leur embrigadement dans l’armée française via la résistance nationale.
vendredi 6 mars 2009
LES INTELLECTUELS TRAHISSENT LA REVOLUTION
Conférence à la médiathèque d'Arcueil le samedi 21 mars à 16h
1, rue Louis Frébault, à un jet de pavé du métro Laplace.
Le gauchologue Jean-Louis Roche, sur présentation de son ouvrage
« Précis de communisation », moquerie de tous les clercs modernes déçus de la révolution non immédiate, toujours les mêmes à chaque époque à se gausser pourtant de la lutte pour le bifteck de la prosaïque classe de l’esclavage salarié...
Disponible dans les librairies parallèles parisiennes habituelles ou sur commande 11 euros (inclus frais de prt)
vendredi 23 janvier 2009
OBAMA A TENU UN DISCOURS
DE GUERRE
Extraits: "Notre nation est en guerre" (...) "Le temps est venu de réaffirmer notre caractère". Après avoir exalté le "travail" des esclaves et des travailleurs (ce sont les mêmes...), Obama a prétendu que "la tâche est de refonder l'Amérique", comme notre blaireau présidentiel avait promis de "refonder le capitalisme". Le final du discours est un salut aux soldats du "désert", et zoom sur les trouffions en rang d'oignons lors de la cérémonie et: "que Dieu vous bénisse et bénisse l'Amérique!" Amen! Le prêcheur assermenté a tenu le discours nationaliste que la bourgeoisie blanche attendait de lui. Ne reste plus qu'à passer aux actes. Reste à savoir si les soldats, même bénis, voudront continuer à aller mourir pour Wall street et les puits de pétrole.
(le dessin ci-contre est repiqué à Marianne)
Barack Obama a engagé les hostilités (pour l’instant seulement politiques), assurant soupçonner la Chine de "manipuler" les cours du yuan, a déclaré jeudi le secrétaire au Trésor choisi par le président américain, Timothy Geithner, utilisant un terme que l'administration Bush avait soigneusement évité pendant des années. La politique monétaire et commerciale de la Chine est régulièrement accusée de nuire à l'emploi aux Etats-Unis et de creuser le déficit commercial américain vis-à-vis de Pékin, qui a atteint la somme record de 256,3 milliards de dollars en 2007. Le secrétariat au Trésor de l'administration Bush avait exhorté Pékin à adopter un taux déterminé par le marché, mais s'était toujours refusé à accuser publiquement la Chine de manipuler les cours du yuan pour éviter de froisser un partenaire important sur les questions diplomatiques et économiques. Avec Obama "yes we can"!
jeudi 22 janvier 2009
Révélation : GRAMSCI N'ETAIT PAS MARXISTE
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ANTONIO GRAMSCI
Par Gatto Mammone (revue Bilan 1937)
Antonio Gramsci, récemment décédé dans une clinique de Rome – où le fascisme l’avait fait admettre dans un état désespéré suite aux dix années de tortures physiques et morales de réclusion – vient d’être tué une seconde fois par ses apologistes. En effet, toute la presse centriste et le Front populaire, du « Grido del Popolo » au « Nuovo Avanti » et « Giustizia e Libertà », s’est jetée sur son cadavre pour spéculer et dénaturer sa pensée et son œuvre dans un but contre-révolutionnaire. La presse centriste, qui avait depuis quelques temps laissé tomber dans l’oubli le « chef » du prolétariat italien, profite de sa mort pour accentuer sa campagne contre le « trotskysme » qui, dans la langue italienne, se traduit par « bordiguisme ».
Nous avons vu Palmiro Togliatti, dans la commémoration officielle de la mort de Gramsci, affirmer que le Parti communiste réalisa entièrement les buts que Gramsci lui a assignés.
Nous, qui avons combattus de son vivant les déficiences politiques de Gramsci tout en appréciant certains traits de son caractèreet de son intelligence, nous estimons que la plus digne commémoration, l’unique forme prolétarienne de commémoration, ne consiste pas dans une sorte de canonisation du disparu, en lui attribuant une infaillibilité et une sorte de clairvoyance divinatrice et prophétique, mais tout au contraire en dénonçant les erreurs et les fautes, c'est-à-dire la partie négative et caduque de son œuvre afin que celle-ci ne puisse en ternir la partie vivante et durable – qui devient partie intégrante du patrimoine du prolétariat dans son ascension dans la voie révolutionnaire.
Et les faiblesses et incompréhensions ne manquent pas dans l’œuvre de Gramsci, tant à cause de son origine sociale qu’à l’époque où il s’insère dans le mouvement ouvrier italien.
Intellectuel, il avait étudié la théologie et la philosophie à Turin, il avait subi l’influence culturelle de cette philosophie idéaliste de Gentile, son frère spirituel – et lui aussi victime du fascisme – dans l’utopie du libéralisme rénové et « révolutionnaire ». Le marxisme n’était plus pour Gramsci la négation du positivisme et de l’idéalisme, mais une filiation de ces philosophies reniées par les idéologues du capitalisme. L’évolution du capitalisme italien ou révolution bourgeoise n’avait pu avoir les formes achevées qu’elle eût en d’autres pays, conduisit Gramsci à postuler l’hypothèse de l’insertion du prolétariat dans l’accomplissement de la « révolution libérale ». Ainsi, dans le domaine politique il avait subi l’influence, comme d’autres intellectuels de l’immédiat avant-guerre du révisionnisme de Salvemini, qui voyait dans la solution du problème méridional un moyen de surmonter la crise du socialisme dans sa dégénérescence vers le réformisme parlementaire qui s’intégrait dans le capitalusme.
Et Gramsci, Sarde de naissance, opta pour le fédéralisme qu’il chercha à soutenir au sein même du Parti communiste.
Il appartient à cette génération qui est venue au mouvement ouvrier pendant la guerre – il fut même au début interventionniste, comme l’a remarqué Tasca, lançant la flèche de Parthe – et il chercha à se relier à la masse ouvrière, favorisé en cela par le fait qu’il habitait Turin, véritable « capitale prolétarienne » de l’Italie.
Togliatti, dans la commémoration d…citée (illisible), affirme que « quand éclata la révolution russe, Gramsci fut l’unique en Italie qui fut immédiatement capable d’en comprendre la véritable signification historique et le premier à propager le léninisme, la lutte contre le réformisme et le centrisme (c'est-à-dire le courant de Serrati) pour la formation du parti révolutionnaire du prolétariat. Et après la scission de Livourne, dans la lutte contre le gauchisme prédominant, ayant à sa tête Bordiga, aujourd’hui allié du fascisme. Gramsci défit politiquement Bordiga ».
Autant d’affirmations, autant de mensonges.
Le mouvement de « l’Ordine nuovo » pour les conseils d’usines procédait d’une négation radicale de la théorie marxiste : à la thèse communiste du parti de classe luttant pour la destruction de l’Etat capitaliste, était opposée l’autre de l’ébauchement du nouveau monde ouvrier, du monde des « Conseils » (embryons des Soviets) au sein même de la société bourgeoise. Gramsci et l’Ordine Nuovo surestimaient le problème du contrôle ouvrier en admettant la possibilité de réaliser une forme économique socialiste, avant la prise du pouvoir et la destruction de l’appareil étatique bourgeois (tout comme c’est le cas des « socialisations » de Catalogne en 1936) et avec un parti qui resterait uni, de Bordiga à Turati. Et les bonzes réformistes de 1919-1920, ceux qui trahirent au moment de la prise des usines, étaient eux aussi pour ce contrôle ouvrier et ils se crurent, de ce fait, être aussi partisans des soviets. La première délégation italienne envoyée en Russie, était formée en majorité de ces champions qui devaient ensuite passer avec armes et bagages au fascisme.
Gramsci était alors pour l’unité du parti, y compris les réformistes, dont seulement les plus compromis et les moins assimilables devaient être exclus, cas après cas, pendant que le « Soviet » et la fraction communiste (abstentionniste comme elle s’appelait alors) soutenaient la scission avec le réformisme en bloc, comme idéologie contre-révolutionnaire.
Quand nous tînmes en 1920, à Florence, la Conférence nationale de la fraction, où Gramsci, Gennari (secrétaire du parti socialiste de l’époque) et Misiano étaient présents – parce qu’invités – aucune base d’accord ne fut possible pour un travail commun en vue de la création du parti.
Ce fut seulement après le second Congrès de Moscou – auquel Bordiga fut appelé directement par l’I.C. à participer – que la base d’un accord fut trouvée et la Conférence d’Imola, de novembre 1920, créa la fraction communiste du parti socialiste italien qui devait préparer la fondation à Livourne, en janvier 1921, du Parti Communiste italien.
Et si les conditions historiques en mûrissent seulement en 1921, les conditions pour la création du parti de classe ne purent sauver le prolétariat italien de la défaite, ce fut quand même ce parti (sous la direction de la gauche) qui sut, l’arme à la main, protéger la retraite de la classe ouvrière italienne, en même temps que dans le domaine syndical, il réussissait à orienter les masses vers la constitution d’une Alliance du Travail basée sur les luttes économiques, et dans les syndicats de la C.G.L., il groupait la plus grande force numérique après les réformistes.
C’est cette tactique de la gauche qui a créé la solide base prolétarienne dont a bénéficié ensuite le centrisme, en s’en prévalant et malgré la direction centre-droite imposée par Moscou en 1923, à l’insu de la base du parti qui, encore à la conférence d’organisation de mai 1924, devait se prononcer à une énorme majorité pour la gauche, et ce furent encore des « gauchistes » qui, à la tête du mouvement syndical, dirigèrent les grèves de 1925, dernier sursaut de classe du prolétariat italien.
C’est toujours cette même base qui, après 1928, s’est sacrifiée, ou mieux, qui a été sacrifiée par la bureaucratie centriste pour justifier, « in corpore vili », leurs prébendes à Moscou, alors qu’il y avait à la tête de l’appareil illégal du parti un provocateur, Vecchi, et d’autres qu’on n’a pas su ou voulu identifier au Comité Central. C’est cette même bureaucratie couarde et corrompue qui est à la tête du parti, quand Gramsci et Terracini sont tombés dans les mains de l’ennemi de classe, pour suivre aujourd’hui la politique de trahison et qui, aujourd’hui, persécute en s’appuyant sur l’appareil étatique et policier russe, nos camarades Calligaris, Mariottini.
Une fois le parti créé, à Livourne, Gramsci, comme du reste aussi Togliatti, furent complètement absorbés par la forte personnalité de Bordiga et, pas même à Rome, en 1922 – quand furent votées les thèses dites de Rome – ils ne manifestèrent un désaccord et c’est seulement ensuite qu’ils marquèrent leur opposition.
Entre-temps, les contrastes entre le P.C.I. et l’I.C. se précisaient dans l’opposition aux thèses des 3e et 4e congrès de l’I.C. sur les questions du Front Unique et du problème des rapports entre Parti et masse, qui recélaient la dissension sur la nature du Parti vicié à l’origine par l’I.C. et les problèmes nouveaux surgis du fait de l’existence de l’Etat prolétarien. Ces contrastes nous mettaient en opposition avec la ligne de Zinoviev-Boukharine, c'est-à-dire, si vous le voulez, de Lénine-Trotsky. Ainsi, déjà au 4e congrès de l’I.C. en novembre 1922, la gauche reste à la tête du parti seulement pour raison de discipline et avec une ligne politique imposée, jusqu’à ce que Moscou, ayant réussi à créerun centre et une droite, puisse écarter la direction de gauche – alors en prison – et la supplanter avec le bloc centre-droite.
Gramsci qui, au début, avait opposé une résistance aux manœuvres de Moscou – il suffit de rappeler son dédaigneux refus à la proposition faite après Livourne par l’I.C. d’essayer de supplanter Bordiga – finit par se prêter à cette création d’un courant du centre qui ne reflétait en rien l’orientation du parti italien issu de la scission de Livourne.
Nous revendiquons entièrement cette scission de Livourne – cette scission « trop à gauche » - surtout aujourd’hui que les nouveaux maîtres, après 16 ans et une réaction comme le fascisme, tâchent d’effacer cette scission au profit d’une « unité organique » qui nous mettrait sur le même pied que celui qui conduisit au désastre de 1919-20 et qui compromettait dès le début le premier réveil de la classe ouvrière d’Italie.
Certes, il y avait dans le parti, et dans la direction qu’il s’était donnée, des germes d’opportunisme. Je me rappelle de mon opposition, lors de la dernière réunion de la fraction abstentionniste, pendant le Congrès de Livourne, à la liste des noms à présenter pour la direction du nouveau parti. Sur cette liste, figuraient en effet Gennari, Bombacci et d’autres qui avaient jusqu’au dernier moment entravé la constitution de ce parti.
Et je ne parle pas du groupe parlementaire hérité du parti socialiste qui, par une ironie du sort, à nous anciens abstentionnistes, comprenait des éléments inutilisables.
Mais ce fut surtout le poids énorme de la Révolution d’Octobre que l’I.C. (c'est-à-dire en fait les bolcheviks russes) fit intervenir en Italie, comme dans tous les autres pays, pour faire prévaloir un processus de fondation du Parti non sur les bases qui avaient présidé à leur propre formation, mais sur des bases opposées d’un ramassis d’éléments hétérogènes. C’est cette politique qui faisait préférer Serrati à Bordiga et qui fut poursuivie plus tard au travers des accords avec les « Terzini » (Partisans de la IIIe Internationale au sein du Parti socialiste), dans l’intérêt naturellement de la défense de l’Etat prolétarien, pour arriver ensuite à chercher cette défense chez les Etats impérialistes et la S.D.N., en exterminant le prolétariat pour compte de la bourgeoisie.
« Chef » du prolétariat italien, Gramsci ne le fut jamais et n’aurait jamais pu l’être. Sa volonté et son esprit de décision, qualités indispensables d’un chef, se ressentaient de son état physique ; ainsi, en 1921, il subit l’influence de Bordiga tout comme après 1923, celle des dirigeants de l’I.C. « après la mort de Lénine ».
Le « chef » prolétarien est le produit d’une époque historique et l’expression dans une phase déterminée des aspirations et des intérêts de la classe ouvrière dans sa lutte révolutionnaire. Bordiga fut ce chef du prolétariat italien pendant la période d’après-guerre, uniquement parce qu’il sut le premier affirmer la nécessité de le doter d’un parti solidement fondé sur un programme communiste-marxiste. Mais « chef » signifie une fonction dans une phase donnée de la lutte émancipatrice du prolétariat et non une dignité acquise à vie surtout quand, au cours de cette lutte, surgissent continuellement des problèmes nouveaux qu’il faut savoir comprendre pour les résoudre. Le « chef » de la révolution italienne pourra être ou ne pas être Bordiga, mais il le fut certainement – et non pas Gramsci – de 1919 à 1921.
Ainsi Turin, ce centre objectivement favorable et où la majorité de la section du parti était avec nous – les abstentionnistes – ne facilita pas à Gramsci – quoiqu’en dise Togliatti – ni la compréhension immédiate de la Révolution russe (il lui arriva d’affirmer qu’elle avait été possible uniquement parce que Lénine n’avait pas basé sa politique sur le marxisme) ni la nécessité de la constitution du parti de classe, tandis qu’à Naples, centre objectivement le plus défavorable, Bordiga soutenait cette nécessité dès le début de 1919. Et son contact avec le prolétariat fit aboutir Gramsci à cette thèse prud’homienne de la possibilité de la constitution et du développement d’organes d’Etats prolétariens au sein d’un Etat capitaliste, et à concevoir les conseils d’usine comme des embryons de soviets.
Et encore en 1924, quand Gramsci, entré au Parlement et devenu le leader politique du parti, orientait les masses, à l’éclosion de l’affaire Matteoti, vers le débouché parlementaire, vers l’opposition légale au gouvernement fasciste, pour créer le vide autour d’un parlement qui, amputé de la sécession de l’Aventin, ne reflétait plus la volonté du peuple. Et les sécessionnistes bourgeois de l’Aventin, repoussaient naturellement et la proposition de grève générale et celle du refus par les paysans de payer les taxes pour la raison que « l’antifascisme » démocratique, écrivit Togliatti, n’était pas pour une lutte décisive contre Mussolini… !
Est-ce qu’aujourd’hui le Front Populaire, surgi de l’Union de « l’antifascisme de classe » centriste et de l’antifascisme bourgeois et qui exprime un front unique, prélude à l’Union sacrée, peut lutter « sérieusement » contre le régime fasciste, c'est-à-dire pour la destruction du régime capitaliste ?
Mais de cette politique, Gramsci n’est plus responsable. Arrêté en octobre 1926, il échappa ainsi à la lourde responsabilité d’une politique dont il avait été l’un des artisans.
Et Togliatti « qui ne se décide pas ainsi qu’à son habitude » comme Gramsci lui-même le caractérisait, s’est « décidé » à devenir le chef – titre que cette fois nous ne contesterons pas – de la politique de trahison quand les Gramsci, les Terracini et les Scocimarro furent ensevelis dans les geôles fascistes. Et cela n’est pas pour nous étonner.
Le sous-chef de la bande des forbans centristes, Grieco, a récemment écrit dans « Stato Operaio » que « l’aversion de Togliatti pour Bordiga et le « bordiguisme » a toujours été profonde, je dirais presque physique ». Pour une fois, nous sommes d’accord avec Grieco ; cette aversion est celle des agents de la bourgeoisie contre l’unique courant resté fidèle à la lutte pour le communisme.
Et nous n’hésitons pas à affirmer que Gramsci, reconnaissant complètement ses erreurs passées, unique forme de réhabilitation prolétarienne (tout comme Serrati sut se racheter de ses lourdes fautes de 1919 et 1920) se serait peut-être rallié au prolétariat révolutionnaire. Dans une lettre datant de janvier 1924, il avait reconnu l’erreur commise en 1919-1920 par son groupe de l’Ordine Nuovo, repoussant la proposition des abstentionnistes de passer à la constitution immédiate, à l’échelle nationale, du parti de classe du prolétariat italien ; et une autre lettre datée d’octobre 1926 (à la veille de son arrestation) adressée à l’Exécutif de l’I.C. contenait des critiques que surent faire les centristes italiens de la première heure, les Gramsci, Terracini et Scocimaro – tandis qu’il appartenait aux épigones, les Togliatti, Grieco et DI Vittorio, de se prostituer à Staline, le « grand pilote » des défaites prolétariennes et le bourreau du prolétariat russe.
Gatto Mammone
(pseudo de Virgilio Verdaro, 1885-1960, voir sa biographie sur le site Smolny)
(1) Tasca a écrit dernièrement dans le « Nuovo Avanti » que des divergences s’étaient manifestées entre Gramsci et le centre dirigeant du parti à l’étranger et a mis au défi les Togliatti et Grieco de donner une publicité à cette documentation. Aucune réponse n’a été faite par ceux qui, pour honorer Gramsci, veulent se servir de son cadavre pour valider leur politique de destruction du prolétariat révolutionnaire. Inutile d’insister sur le rôle que joue Tasca dans cette affaire. Devenu conseiller attitré du capitalisme français, Tasca cherche à profiter des dissentiments survenus entre Gramsci et Togliatti, pour mieux introduire son poison socialdémocrate parmi les ouvriers.
Par-delà Gramsci et avec Gramsci
contre ses fossoyeurs bordiguiens
Dans le numéro précédent de Bilan, pour réagir rapidement à l’annonce de la mort de Gramsci, un communiqué avait été publié l’associant à Camillo Berneri assassiné en Espagne par les staliniens:
(…) Le capitalisme a supprimé physiquement l’un et l’autre, parce que, malgré les responsabilités de l’un dans la genèse du centrisme (le stalinisme, ndt), malgré la fonction négative et contre-révolutionnaire de l’idéologie anarchiste défendue par l’autre et condamnée par les événements d’Espagne ; Gramsci et Berneri pouvaient, par leur passé, par l’honnêteté de leurs convictions que tant d’arrivistes et d’aventuriers flagellaient, devenir une menace pour l’ordre constitué, le « fasciste » tout aussi bien que le « démocratique » (…) GRAMSCI, chef du prolétariat italien ? Non, parce qu’à aucun moment il n’a su mettre au profit de la classe ouvrière son grand talent, son esprit de sacrifice, sa fermeté dans la lutte contre l’ennemi. Gramsci, provenant d’un milieu intellectuel qui en avait déjà faussé la formation, n’avait pas su s’approprier l’esprit du marxisme qu’il avait pourtant étudié avec tant d’endurance. Et c’est cela qui donne à sa lutte un caractère encore plus noble. Sans pouvoir saisir l’évolution réelle des événements, sans pouvoir contribuer à leur orientation révolutionnaire, il a donné sa vie à la cause du prolétariat. (…) Les vies de Gramsci et de Berneri appartiennent au prolétariat qui s’inspire de leur exemple pour continuer sa lutte ».
Voici donc la première vraie biographie de Gramsci sur internet par un de ceux qui avaient combattu à ses côtés tout en lui montrant ses erreurs. Je me suis tapé la frappe puisque la saisie de la compil de Bilan est loin de son terme, et le site Smolny a donc mon autorisation pour repiquer cette frappe et combler la grave lacune dans son dictionnaire du mouvement révolutionnaire (*).
La plupart des biographies comportent des à peu près ou des mensonges (versions staliniennes et trotskiennes bien sûr). L’article de Pietro Tresso de La Lutte Ouvrière n°44 de mai 1937, lisible sur le web, indiquait que Gramsci était fils de paysans pauvres. Faux ! Grand père colonel et parents employés petits bourgeois.
Gramsci a, par sa démarche d’intellectuel hésitant, favorisé l’installation du stalinisme en Italie, comme en témoigne sa lettre au renégat Togliatti de mai 1923 où il se rallie à l’idée opportuniste du parti de masse contre la fraction Bordiga. Mais Gramsci n’est pas un pourri, il marche sur des œufs, et à chaque pas reconnaît telle erreur ou reste dubitatif. En novembre 1922 il avait refusé de voter contre Bordiga malgré les pressions de Zinoviev, Boukharine et Trotsky. Quand, dans son histoire de la gauche communiste, Bordiga fulmine contre ceux qui assimile les abstentionnistes aux tribunistes hollandais et aux conseillistes, il a d’abord fait un parallèle (sans les confondre) entre gramscisme et kaapédisme, mais pour vouer aux gémonies tous ceux qui seraient tenté de classer comme monolithique le courant abstentionniste. Dans la revue « Il Soviet » où des articles se moquent du conte de la « guerre révolutionnaire », Bordiga a fait publier des articles de Pannekoek et de Gorter ; et il ajoute même de Lukacs quand bien même il était précisé qu’on ne pouvait pas « reprendre à son compte toutes es affirmations qui y sont contenues ». En note il rappelle sa propre honnêteté, à travers Rosmer qui se fit fort de « rappeler comment Bordiga ayant exposé les positions de l’ordinovisme avec une parfaite « honnêteté » à la demande de Lénine, celui-ci fut encore plus convaincu qu’il fallait donner l’ « investiture » à Gramsci et ses camarades. La Gauche et les Bolcheviks étaient divisés par une question de tactique, alors que les ordinovistes restaient étrangers à la théorie, au programme et aux principes communistes ; mais pour les historiens et les fourriers de l’opportunisme, la différence est mince » (fin de cit.).
(*) Le cadenas, pourtant épais de ma cave,a été fracturé. J’ai soupçonné d’abord des voisins crypto-fachos. Curieux qu’on m’ait dérobé un carton plein de l’œuvre conjointe de Janover et Rosa. Ne serait-ce pas l’œuvre de trotskiens NPA ? Rosanover s’est bien vendu dans ce milieu réviso-anarchiste mais reste invendable ailleurs…
MALADIE CHRONIQUE D’UN BORDIGUIEUX
Dans mon Blog du 22 nov 2008 où je détaillais les raisons du marasme des milieux révolutionnaires et où je remettais à sa place les chienneries du sieur Michel Olivier, j’avais glissé des remarques sur Gramsci qui furent jugées trop élogieuses par Robert Camoin, prude gardien d’un temple qui ne lui appartient pourtant pas :
« En Russie, comme en Italie, au début du siècle dernier, dans deux pays où l’industrie n’était pas dominante mais fortement concentrée en deux ou trois grandes villes, la petite bourgeoisie fût appelée à suppléer à la faiblesse de la bourgeoisie, comme l’a génialement analysé Gramsci. Gramsci, plus que Bordiga et à l’inverse de Staline, garda le souci que les ouvriers soient formés et éduqués le plus vite possible au début de la révolution afin de ne pas laisser à la myriade des couches petites bourgeoises traditionnelles la direction de la société. Son message a été perdu sous la récupération stalinienne et par la rigidité bordiguiste ».
J’aurais pu reproduire une partie de l’introduction que j’ai réservée pour le n°3 de Tempus Fugit de F.Langlet (qui sera publié en 2050) pour une partie qui comporte des textes de Laugier et la traduction enfin en français du « Gramsci » de John Mac Cammett », et qui dit ceci :
« Gramsci dérange encore comme Bordiga de nos jours. Récemment un émissaire du Vatican assurait qu’il était mort en chrétien avec une croix dans sa chambre… Gramsci, par son œuvre intense, reste irrécupérable par les curés de la bourgeoisie. Gramsci ne fut pas un intellectuel cultivé mou, ni Bordiga un affreux politique inculte. Par delà la mort des deux plus grands théoriciens italiens, il reste le témoignage de la fraternité et de l’amitié dans le combat (leçon pour les malheureuses sectes autistes d’aujourd’hui) : En décembre 1926, Bordiga retrouva à l’île d’Ustica Antonio Gramsci, son adversaire politique. Bordiga, contrairement à toute légende, n’était pas un sectaire dans les rapports de parti, et faisait passer au premier plan les rapports humains. Malgré leurs divergences, Bordiga et Gramsci étaient liés par une vieille amitié, qu’ils conservèrent contre vents et marées, au point que Gramsci séjourna dans la maison de Bordiga en 1924. Bordiga dirigeait la section scientifique et Gramsci la section littéraire et historique. Préoccupé par la santé délabrée de Gramsci, Bordiga proposa au centre du parti de le faire évader de l’île. Mais cela n’eut pas de suite. Il est typique qu’en 1927, bien que Togliatti fut devenu le numéro un du parti, Gramsci écrivit non à Ercoli – « un certo Togliatti », comme il le disait avec mépris-, mais à Bordiga. En 1934-35, de brèves rencontres eurent lieu entre ce dernier et Gramsci, malade, en déjouant la surveillance de la police, qui l’accompagnait à la clinique de Formia. »
Dans le n° 73 de sa revue « Présence Marxiste », Robert, prévenu par mes soins des petits coups de poignards (amicaux) dans le dos de M.Olivier en profite pour régler ses comptes avec moi, en couvrant d’effusions légèrement baveuses « l’estimé camarade Michel » (et que je te rermercie par ci et par là) auquel il envoie ses comiques et habituelles « mes salutations communistes les meilleures» (faconde complètement anti-marxiste, jamais usitée par Marx en tout cas : existe-t-il un bonjour communiste, une « bonne nuit communiste » ?). Dans l’ensemble il passe complètement à côté du comportement sergent destructeur d’Olivier, et, sans aucune rigueur, « là et ici » il s’en prend au « camarade Jean-Louis Roche ». Dans l’ensemble, autant Olivier joue hypocritement au rassembleur auprès des quelques paumés qui lui demandent audience, autant le patelin Robert joue au type tolérant, ce que dément toute sa production pamphlétaire et son attitude hilarante de maître d’école dans ses rapports avec les autres. Il est libre de tout jugement de valeur, appréciations ou critiques à mon encontre, mais il y a un esquive permanente chez lui, on y reviendra.
Certes tout ce qu’il décrit comme flagorneries du BIPR et de son seul représentant de commerce en France est vrai, qui veut nous refiler l’embryon congelé du « parti de classe » à condition qu’on considère qu’il en est l’accoucheur… ou le « médiateur »… Il tend soudain une main moite au félon Olivier : « Oublieux de la lutte âpre que nous menâmes Marc, toi, moi et lui contre Galard, de l’espèce gramscienne, aujourd’hui il (JLR) vient nous seriner que Gramsci c’est plus intéressant que Bordiga ». Robert cite ensuite la partie du blog évoquée ci-dessus : quand je note « bordiguistes superficiels » il ajoute en italiques « ça n’existe pas mon cher », donc les bordiguiens sont forcément profonds ; qu’on se le dise. Je place entre guillemets « fatalisme religieux » et « sectaire stérile », caractéristiques fournies par l’historien John Mac Cammett, non par moi. Je ne dis pas que Gramsci était plus intéressant que Bordiga, je dis que Bordiga ne détenait pas toute la solution et que Gramsci a de beaux restes. C’est de la révision hurle notre petit maître en culottes courtes, mais sans faute d’orthographe ! C’est de la révision de dire que Bilan compta Gramsci au rang des « nôtres ».
Le lecteur qui aura lu le texte de Gatto Mammone ci-dessus peut se faire un avis clair. Ni Bordiga ni Bilan ne considérèrent Gramsci comme un chien crevé. Je réitère qu’il y a du Benito chez Camoin. Il sait pourtant qu’il a tort puisqu’il dit, à propos de mon appréciation : « que ce ne soit pas exact-exact, il suffira d’ouvrir à la page 1364 – il ignore l’article que je viens de retaper, mais même dans ce communiqué antérieur à l’article, on trouve un éloge troublant pour notre marxiste totalitaire, ou plutôt blanquiste récipiendaire : « Les vies de Gramsci et de Berneri appartiennent au prolétariat qui s’inspire de leur exemple pour continuer sa lutte » (c’est pourtant exact-exact). Bilan ne se contente pas d’affirmer sa solidarité mais affirme que tout n’est pas négatif dans l’œuvre de Gramsci. Dans les Quaderni del carcere, il est l’un des rares à oser poser, après Lénine, le rôle ambigu des intellectuels et des émules inconstants de la petite bourgeoisie. Il qualifie très tôt le personnage de Mussolini comme « blanquisme d’épileptique »
Robert qui joue les encyclopédistes est très ignorant pour des pans entiers de l’histoire révolutionnaire ; et ce n’est pas la première fois que je le fais mettre à genoux les mains sur la tête devant le tableau noir. Robert Camoin, tu me copieras 50 fois la phrase suivante :
- L’œuvre de Gramsci, en reconnaissant que sa partie négative ne peut ternir la partie vivante et durable, est devenue partie intégrante du patrimoine du prolétariat dans son ascension dans la voie révolutionnaire.
Tu réfléchiras ensuite à tes exagérations obséquieuses. La « lutte âpre » commune contre Galard « de l’espèce gramscienne » (à exterminer ?) des quatre mousquetaires évoqués, certes fondateurs du CCI en 1976, ne fut qu’un combat autour d’une tasse de thé, mon pauvre ami. D’abord pour une fois que tu as du bien de Marc Chirik, c’est bon à prendre. Mais il n’y eût pas de lutte pour défendre Bordiga contre Gramsci, et le CCI ne s’est jamais identifié au bordiguisme, ni focalisé contre l’ordinovisme – quoiqu’il contint de bons ordinovistes comme Taly et Raoul Victor - même s’il a fini par singer un bordiguisme faisandé. On parlait peu de Gramsci dans les réunions publiques naguère et Galard fût toujours un adversaire courtois qui, finalement, par son humour, sa faconde de bourgeois tranquille et sympathique, a eu raison des hystéries du PIC et du CCI. Lui peut continuer à se promener la tête haute dans la rue quand les autres rasent les murs de leurs illusions perdues ou rampent pour ne pas perdre leur place dans la hiérarchie de secte.
Robert n’a été qu’une comète dans la durée du CCI (5 ou 6 ans, moi 20 d’internement), puis s’était échappé pour tenter de former son propre parti. En cela il est respectable et courageux. Il a compris bien avant nous les tares politiques du CCI, et celles de MC. Mais au lieu de tirer un bilan de sa trajectoire (et de la nôtre) il s’est raidi. L’esquive la voilà : quel parti envisage-t-il ? Comment fonctionnera ce parti ?
Il se vante d’avoir fait le chemin inverse de Laugier. Or Laugier, en se détachant du bordiguisme, n’a pas vraiment rejoint le conseillisme, mais il a approfondi en véritable mémorialiste les erreurs du mouvement révolutionnaire des sixties, et en particulier il a déshabillé les théories invariantes et retrouvé l’esprit de « Il Soviet », l’esprit fraternel de Bordiga. Les écrits de Laugier laisseront des semences autrement plus fructueuses que les rabâchages ou la copie monastique de Robert. Laugier est un approfondisseur, Robert un équarisseur, et le pire est qu’on a besoin des deux dans le mouvement révolutionnaire.
Robert, en faisant le chemin inverse de l’anarchisme au bordiguisme n’est pas remonté complètement aux sources de Bordiga mais s’est coincé les pieds dans les bordiguieuseries ; ceci dit, contrairement à la démarche malhonnête du BIPR et de son ministre Olivier, Robert ne cache jamais les divergences, affirme une conviction révolutionnaire inébranlable, malgré des excès.
A chacun ses excès camarade Robert ! Tu trouves ma dénonciation des contrôles policiers « Manifestant votre trop du cul », « du dernier vulgaire ». Mais c’est par manque d’humour et surtout par indifférence des « affaires inséparables de l’ordure ». Je me coltine l’actualité comme pourrait le faire une presse quotidienne et cela implique parfois un manque de recul, mais j’assume, d’autant que je suis le seul à assumer ce travail et qu’apparemment plusieurs dizaines de personnes dans le monde se connectent pour me lire.
Je suis grossier quand on me cherche, mais jamais vulgaire ; je reste gentil avec les animaux et les enfants. Mon article en effet virulent non en soi par les termes choking mais parce que sa dénonciation de l’arbitraire policier a atteint son but, et certainement pas par « manque de doigté »… dans le cul comme dirait Robert. Je ne me suis jamais réclamé de Céline ni de son procédé artistique, car ce type et ses écrits me répugnent. J’ai depuis une éternité choisi de m’exprimer au plus près du langage parlé, ce n’est pas fait pour plaire à tout le monde mais c’est ainsi.
Quant à mes photos sur mon blog, dont je ne suis pas le seul réalisateur, elles n’ont pas été initialement de mon fait, mais elles y resteront. Je suis en effet contre l’anonymat. Je te rappelle que nous sommes les deux seuls à exposer au public notre identité véritable, qui pourrait tôt ou tard nous valoir peut-être des ennuis, mais laisse-moi rire de tous ces révolutionnaires anonymes qui signent de pseudos et que la police sait pourtant si exactement aller cueillir au petit matin quand elle le veut !
Si tu es jaloux qu’on me trouve « beau mec », laisse-toi pousser la barbe !
Le problème récurrent est que chacun, dans l’isolement, ne sait plus où il en est. Robert peut parler dans une page de « la décomposition politique de la classe ouvrière, pourrie jusqu’à la moelle par l’idéologie démocratique » mais quelques pages plus loin nous affirmer « seul le prolétariat est totalement sain ». Chacun des fondateurs défroqués du CCI peut bien dans son coin affirmer une chose, protester, geindre, insulter l’autre, rien n’est nouveau, ni dû à la décomposition du monde, pour un mouvement révolutionnaire en catatonie. Avant-guerre, les querelles entre militants dispersés, les Victor Serge, Monate, Rosmer, Naville furent terribles (lire la biographie de Naville par Alain Cuenot, ed Bénévent, les 300 premières pages, après l’histoire du PSU on s’en fout). Les groupes s’étaient tous fossilisés. Les vieux militants marginalisés n’y croyaient plus, puis à la fin des sixties… Il faut bien considérer que nous sommes tous des has been, y compris les vieillards des sectes qui se la pètent « squelette du parti futur » alors qu’il ne restera dans la poussière que leurs cannes. Cela n’empêchera pas le mouvement de renaître ni de se développer mais à partir des principes des plus grands, Rosa et Lénine, via nos pauvres écrits s’il en reste des traces.
Salutations hivernales !
samedi 20 décembre 2008
L’AVANT-GARDE CULTURELLE RUSSE AUX COTES DES BOLCHEVIKS
Le Musée Maillol à Paris expose jusqu'au 2 mars 2009 l'avant-garde russe du début du XXe siècle
On ne pouvait rêver meilleure coïncidence : une expo sur l’art au service de la révolution alors que celle-ci est ressorti de la naphtaline par la crise économique structurelle du capitalisme. Le Musée Maillol est probablement un des meilleurs et des plus empêcheurs de cultiver en rond en France pour ses expos étonnantes. Un de mes amis est le fondeur des principales statues de Maillol dans les jardins du Louvre (et de celles du musée) et je dois être un des derniers à pouvoir établir que Maillol a été assassiné en 1945 par les tueurs du PCF. Dina Vierny, le modèle de Maillol (qu’il a sauvé des griffes d’Hitler grâce à Arno Breker) toujours vivante avec ses quatre vingt et quelques printemps et qui est celle-là même qui pose nue pour le peintre et sculpteur il y a plus de soixante ans, refuse toute interview sur le meurtre de Maillol, y compris de ma part. Cela ne m’empêche pas d’aller régulièrement visiter les expos du musée de la dame ex-modèle d’un des plus grands sculpteurs du XXe siècle. Les œuvres que l’on peut voir en ce moment ont été collectionnées et préservées par un modeste chauffeur grec qui a réussi, après la guerre, à constituer une énorme collection d'art russe des années 1910-1920, alors à l'index à Moscou. Cet art divers et radicalement nouveau, ignoré à l'époque en Occident où on l'a découvert assez récemment, est abordé à travers une sélection de 200 oeuvres de la collection de Georges Costakis.
UN ART AU SERVICE DE LA REVOLUTION Après la révolution d’Octobre 1917, beaucoup d’artistes apportent leur soutien aux bolcheviks parce qu’ils aspirent au changement social. La révolution doit permettre la transformation radicale de l’art que Vassily Kandinsky appelle la « grande utopie ». Le constructivisme est un des principaux courants de ce bouleversement et le plus tardif. Le « cubo futurisme » avait précédé ce courant entre 1912 et 1916. L’art a tendance à l’époque à anticiper les bouleversements politiques et sociaux sous-jacents dans la société. Les artistes russes s’inspiraient de la tradition antique de l’icône byzantine et de l’imagerie populaire avec les Marc Chagall et Ivan Klioune, admirateurs de Cézanne et des cubistes français. Mais leur mouvement ne se limite pas à la fragmentation des formes mais reprend des éléments dynamiques du futurisme italien. Le mot constructivisme apparaît seulement au début des années 1920, mais l’idée de rompre avec la tradition du tableau en remplaçant la composition par une construction a déjà été formulée par Vladimir Tatline qui exposait des « contre-reliefs » dès 1915. La composante essentielle de ces œuvres d’art est le matériau industriel qui sert à les fabriquer et détermine leur aspect définitif. Les artistes revendiquent la dimension fonctionnelle de leurs créations. La pensée marxiste sous-tend leur démarche : ils rejettent l’idéalisme au profit du matérialisme, et mette leur art au service du peuple en créant un nouvel environnement esthétique qui concerne aussi les projets d’architecture, les décors et costumes de théâtre que les affiches de propagande, les films et les slogans politiques. Le constructivisme est un courant artistique né au début du XXe siècle en Russie dont le manifeste apparaît en 1922 avec l'exposition Constructivistes. Son fondateur et membre le plus célèbre fut Vladimir Tatline. En firent également partie les frères Gabo et Pevsner, Malevitch, Choukhov, Alexandre Rodtchenko, et Lazar Markovich Lissitzky. Le constructivisme proclame une conception géométrique de l'espace, que précède le Cubo futurisme, appliquée aussi bien à la sculpture qu'à l'architecture ou au design, la suppression du tableau de chevalet, la mort de l'art, la nécessité de fondre l'acte créateur dans la production dans tous les domaines. Une des ses constantes fut de révéler la beauté de la Machine, de l'objet industriel, le passage de la composition à la construction. Ce mouvement a notamment inspiré les théories architecturales enseignées à l'école du Bauhaus en Allemagne (1919-1933). Il donna lieu également à l'art cinétique. L'oeuvre emblématique du constructivisme est le projet pour un Monument à la Troisième Internationale, de Vladimir Tatline (tableau ci-dessus à droite).
Dans les premières années du XXe siècle, les liens entre artistes de Russie et du reste de l'Europe, notamment de Paris, sont nombreux. Les premiers sont marqués par les couleurs du fauvisme ou le primitivisme de Gauguin, tout en développant un art figuratif original, qui reprend les figures de l'imagerie populaire.A partir des années 1910 l'art abstrait se développe en Russie.Dès les débuts du cubisme, des artistes russes en reprennent la fragmentation des formes, en gardant des éléments et en introduisant de nouveaux ("Ouvrier-aviateur" d'Alexei Morgounov, 1913). Ils y ajoutent bientôt les effets dynamiques du futurisme italien, créant des formes géométriques colorées en mouvement (Ivan Koudriachov, Ivan Klioune, Gustave Kloutsis, Lioubov Popova...). En 1915, Kasimir Malevitch lance, avec l'exposition 0,10, à Saint-Petersbourg, le "suprématisme", lié à une quête d'absolu et basé sur la forme pure. Ses formes géométriques se veulent indépendantes de la réalité visible. Après 1917, de nombreux artistes russes se rallient aux bolchéviks, dont ils soutiennent l'idéal. Voulant mettre leur art au service de la révolution, ils inventent le "constructivisme": il s'agit de remplacer la composition par une construction. Ils magnifient la machine. La création prend une dimension fonctionnelle, l'art devient "matérialiste". Vladimir Tatline crée des "contre-reliefs", sculptures faites avec des matériaux industriels. Certains artistes abandonnent la peinture pour se consacrer au design ou a graphisme, créant des slogans, des affiches de propagande, des cartes postales des Spartakiades (Gustave Kloutsis, 1928). A partir des années 1920, les peintres sont obligés de se conformer aux exigences du réalisme socialiste. Faute de quoi ils risquent d'être accusés de "formalisme", c'est-à-dire de trahison. Ils reviennent à la figuration. Certains pourtant, comme Malevitch, ou Salomon Nikritine dont les figures ne sont pas forcément exemplaires (Femme buvant, 1928), arrivent à rester assez loin du réalisme socialiste. La collection Costakis n'avait jamais été montrée en France. Le Musée Maillol en présente une sélection de 200 oeuvres, essentiellement des peintures à l'huile, des gouaches, des aquarelles et des dessins, d'artistes connus ou moins connus ici: Malevitch, Popova, Klioune, Alexandre Rodtchenko, El Lissitzky, Vladimir Tatline ou Clément Redko, Mikhail Matiouchine, Xenia Ender, Pavel Filonov, Salomon Nikritine. Des oeuvres qui constituent un panorama de cette avant-garde russe entre le début du XXe siècle est les années 1920. Renseignements pratiques sur le site du Musée Maillol.
• Le musée, outre un étage réservé en permanence à un choix d’œuvre peintes et sculptées d’Aristide Maillol, offre au sous-sol une étonnante œuvre de Ilya Kabakov : La cuisine communautaire que j’avais eu l’occasion de visualiser à son inauguration il y a une dizaine d’années, et où il y a matière à réflexion sur un collectivisme de la promiscuité et de la pénurie... Lisons l’affiche à l’entrée : • LA CUISINE COMMUNAUTAIRE 1992-1995 « La cuisine est le cœur de l’appartement communautaire organisé pour pallier la pénurie de logement. De la révolution d’Octobre à la fin de la période soviétique, la quasi-totalité de la population urbaine de la Russie soviétique loge dans ce type d’habitat. Dès la révolution, pour différentes raisons telles que les déménagements de la campagne vers la ville, de la banlieue vers le centre, des sous-sols vers les étages supérieurs, de nouveaux habitants occupent les appartements de luxe. Ils sont ainsi transformés en appartements dits communs ou « communautaires » où vivent côte à côte cinq, six, voire dix familles. La « population » totale atteint parfois vingt-cinq ou trente personnes. Chaque famille selon la loi, a droit à une seule chambre. En fait dans les conditions d’une crise immobilière (sic ! //2008) permanente dans le pays, les nouvelles générations naissaient et mouraient dans la même pièce, n’ayant pas la possibilité d’obtenir un nouveau logement ni de l’échanger. Dans cet appartement communautaire surpeuplé, il y avait une seule salle de bains, un seul w-c et, bien sûr, une seule cuisine. La cuisine est une grande pièce contenant de nombreuses tables (selon le nombre de ménagères) serrées les uns contre les autres le long des murs, une ou deux cuisinières et un évier avec de l’eau froide. L’air est rempli d’odeur de graillon ; on lave et on fait sécher le linge ici même, au-dessus de têtes. Les disputes et les scandales éclatement dans cette pièce, rien d’étonnant puisque la vie de chacun se passe sous les yeux des autres ». « C’est pour cela que l’installation au sous-sol du musée Maillol est conçue comme une chapelle soviétique. Comme dans une chapelle, les voix des locataires résonnent sous le plafond, marmonnant d’éternelles plaintes. Sous d’étroites fenêtres sont accrochées trente deux peintures ; chacune accompagnée d’un dialogue entre locataires tels que :
Anna Petrovna Zoueva : « Qui n’a pas jeté ce bout de bois ? » Oleg Trofimovitch Karpov : « Je ne le sais pas ».
Plus bas, une multitude de casserolles et de poêles, telles des mouches noires, sont immobilisées sur les murs. Au-dessous, un paravent, sur lequel sont collées photos de l’appartement communautaires et répliques de ses locataires, couvre le pourtour de la « chapelle ». C’est une sorte d’encyclopédie, un concentré de tous les problèmes (psychologiques, familiaux, sociaux) dont était remplie la vie infernale de ces gens, étrangers les uns aux autres, condamnés à cohabiter éternellement. »
vendredi 19 décembre 2008
BAADER : UN FILM POUR LE PRIX DE DEUX
J’attendais que le film passe en banlieue pour aller me faire une opinion. Le cinéma à Paris est trop cher. La salle était vide. Je n’aime pas cela. Le cinéma, contrairement à la solitaire télé, est un lieu où l’on peut sentir les réactions des autres, vibrer, rire ou pleurer avec eux. Fâcheuse impression donc que les délires paranoïaques des Etats sur le terrorisme tous azimuts finissent par dégoûter les gens de réfléchir avec lucidité à la question. Peur d’une bombe ? Certainement bien que cela soit plus probable si un film prenait pour thème une fellation de Bernadette Soubirous ou Mohammed et ses amantes. Le film vaut le déplacement. Le cinéma allemand est capable de torcher du grand spectacle. Baader et son contexte a eu un grand succès outre Rhin, et pour cause. Le réalisateur Uli Edel a l’habitude de produire des films coups de poing. Le seul inconvénient est le siège inconfortable de la salle, pas la longue durée du film. Dans ses grandes lignes on assiste à la saga des desperados du gauchisme des années 1970. Eléments désespérés ? Vraiment ? Ou activistes forcenés ? Qui étaient les membres de la bande à Baader ? Des petits bourgeois frustrés d’une révolution immédiate impossible ? Des anarchistes sincères hantés par l’efficacité de la « propagande par le fait » ? On ne le saura pas vraiment. Le spectateur est entraîné comme un aveugle dans une série d’actions extrêmement violentes qui confinent au nihilisme. Du sang partout et des colères hystériques. Cependant le film, pour franchir la censure d’un sujet « sensible », prend le parti de s’adresser à deux catégories de spectateurs : la masse silencieuse et conservatrice, et cette autre partie de la masse, aussi silencieuse désormais, qui reste fascinée par cet anarchisme radical, furieux et irraisonnable. Pour la masse bien pensante qui pense que la police fait son devoir, les clichés abondent. Les étudiants du début des années soixante-dix sont présentés comme des énervés qui courent en tous sens. Baader est exhibé comme un macho impulsif, jouisseur et fort en gueule (qui sait ?). Les filles ont une attitude sectaire et ne sont pas moins adeptes de la gâchette que les mecs. Si la répression policière et le meurtre de l’étudiant Behno Ohnesorg sont mis en scène, ce ne sont que des bavures. Les premiers meurtres de représailles sont diligentés par des « terroristes » inhumains. La magistrature est bafouée grossièrement en public. Le chef de la police (Bruno Ganz) est un être raisonnable qui se refuse à céder à l’hystérie répressive. Les prisonniers « politiques » sont présentés dans un cadre confortable : bibliothèque dans la cellule, cigarettes, télévision et radio meublent l’univers carcéral ; on dirait presque le confort d’un loft d’étudiant. Les « desesperados » finissent par s’entredéchirer et se battre avec les gardiens. Ils finissent minablement par se suicider.
Pour ceux du balcon comme toujours, clin d’œil pour les fans de l’agitation des sixties. Ainsi le regard mouillé du gauchiste rangé des barricades oublie un peu le Baader caricatural pour apprécier une version baba cool du mode de vie des intellectuels marginaux. Le séjour en Jordanie, pays du port du voile pudique, des terroristes les plus recherchés d’Europe donne une interprétation séduisante. On se demandait en effet comment des enfants de la petite bourgeoisie européenne avaient pu s’accommoder des règles militaires strictes et de l’intégrisme religieux des commandos palestiniens. Effectivement cela ne colle pas. Les belles terroristes allemandes en mini-jupe descendant des jeeps laissent voir de bien belles gambettes qui émoustillent les petits chefs militaires arabes. Il faut dormir dans des chambres séparées et cacher ce sein que je ne saurais voir ; les belles bronzent à poil sur le toit de la caserne des fedayins. Choking ! Baader envoie chier les spécialistes de l’entrainement au terrorisme tiers-mondiste et pieux. Cela paraît tout à fait plausible, et les réflexions de Baader contre les « chameliers » réconcilient la majorité silencieuse allemande qui rêve d’un échangisme hippie avec ses enfants perdus. Les spectateurs de la deuxième catégorie affiliés à la théorie altermondialiste de la protestation contre le « monde de la marchandise » restent sympathisants du groupe « culte ». Les premières images n’ont-elles pas montré la brutalité de la répression policière, le cynisme du groupe de presse Springer, du Spiegel ? L’armada US n’est-elle pas odieuse au Vietnam ? La police ultra-blindée ne tire-t-elle pas sans vergogne ? Et le lâche attentat contre Rudi Dutschke (dont la gueule mal rasée ornait le mur de ma chambre d’adolescent) ? Les images accélérées ne laissent pourtant pas le temps de réfléchir au spectateur haineux contre toutes les forces d’autorité de l’Etat bourgeois. Les partisans de la « guérilla urbaine » ne sont que des amateurs et se font piéger rapidement. Le système de la clandestinité n’autorise pas la réflexion. Prédomine la surenchère. Celui qui ne lève pas le doigt avec les autres est un traître. Les deux catégories de spectateurs ne peuvent retenir un malaise. La colère des desesperados est compréhensible mais pourquoi tant de sang versé, impulsivement ? Au nom de quoi ? Au nom de qui ? Le film ne le dira pas.
Leurs motivations ? Comme toujours l’anarchisme de grand seigneur a toujours voulu éveiller les masses endormies par le consumérisme par des actions exemplaires. Et de ce fait il a toujours foiré car les « actions exemplaires » se résumèrent à des meurtres dans l’affolement. Le projet politique, s’il se moquait justement du mythe impuissant de la grève générale, croyait que « seule la lutte armée peut conduire à l’insurrection généralisée ». Produits d’une époque où les luttes de « libération nationale » post-coloniales faisaient la une de l’actualité, où le « black power » soulevait l’admiration des poitrines estudiantines, où le massacre était quotidien au Vietnam, les desesperados se rattachaient aux idéologies armées tiers-mondistes des Tupamaros. Mais pas simplement. L’interprétation sociologique officielle veut nous faire gober qu’il s’agissait d’un complexe de culpabilité d’enfants d’un pays qui avait vu éclore le nazisme. Lorsque Baader traite les juges de « fascistes », cela peut faire sourire si on se reporte à nos jours où cette qualification n’a plus aucun sens. Mais, à l’époque, nombre de juges et patrons qui dirigent encore le pays sous parapluie US sont en effet d’anciens nazis. Et alors ? La bourgeoisie libératrice a laissé en place nombre d’édiles de l’Etat hitlérien. Mais Baader lui-même, très limité politiquement, est habité par l’idéologie stalinienne anti-fasciste. L’anti-fascisme n’explique rien. Il est une pulsion apprise au biberon par toute une génération d’anarchistes et de gauchistes. L’anti-fascisme croit alors se ressourcer dans les pâteuses logorrhées « anti-impérialistes » des assemblées étudiantes. Comme les Guevara Tupamaros et Cie, Baader et sa bande n’ont pas vraiment compris le stalinisme qui demeure pour eux un bon « anti-fascisme », un moindre mal. Sous couvert de l’ânerie post-léniniste de la « guerre révolutionnaire » ils en restent à une conception militariste de la révolution dont ils s’autoproclamèrent l’avant-garde pour « construire l’armée rouge » (conception très stalinienne). L’ambiance de la contre révolution les habite encore. Les faits d’armes des guérilleros sud-américains et du FNL vietnamien sont leur socle politique. Un socle faisandé dans l’étau des deux blocs. Ils ne restent au fond que l’aile extrême (et logique rigide) du gauchisme tiers-mondiste, bâtard du stalinisme, qui après avoir collé partout des affiches avec un soldat vietnamien tenant une mitraillette, est bien content d’être loin des champs de tir, pour se replier lâchement dans la compétition électorale et syndicale, plus confortable et pas risquée. La théorie stalino-gauchiste veut bien invoquer la gloriole de la résistance pour les pauvres hères qu’on a envoyé au casse-pipe, mais de loin. Le gauchisme fait bien partie de l’idéologie bourgeoise radicale, fort en parole mais pleutre dans les faits. Les actuels partis gauchistes européens, à la manière du NPA de Besancenot, peuvent bien fétichiser le portrait du stalinien Guevara, ils n’ont pas ses couilles ni celles à Baader. Le groupe de Baader a eu ce courage d’aller jusqu’au sacrifice, mais sans échapper à l’humiliation. Le con de Sartre va voir Baader en prison pour lui faire la morale, celui-là même qui avait assuré que tout colonisé qui tue un homme blanc est un révolutionnaire. Tous les gauchistes lâchent Baader sauf pour les pétitions pour de meilleures conditions de détention « sensorielle ». Humiliation historique enfin car, il faut bien le dire, ce n’est pas avec le chlorate de soude et le sucre de l’anarchiste du XIXe siècle que le groupe perpètre ses attentats mais avec des armes sophistiquées qu’on ne trouvait pas non plus chez l’épicier du coin, et récolte la « perpète ». Il fallait qu’une puissance soit derrière. Et quelle puissance pouvait être intéressée à ce que la cible des attentats ne soit que des consulats ou des centres militaires US ? Le bloc russe. La « Raf » de Baader finit dans les bras de « l’armée rouge » stalinienne. L’avocat de la RAF, Klaus Croissant a confirmé qu’il était un agent de la Stasi. Les derniers survivants de la RAF vivent alors réfugiés en RDA ! Le film tait cette vérité dérangeante pour les groupies anarchistes Et les adresses des magistrats flingués ne pouvaient pas plus se trouver dans le bulletin des PTT qu’aujourd’hui, à moins que des complicités policières allemandes… Triste fin pour des anarchistes marqués par une pauvreté intellectuelle et politique que les PC décrépis leur avaient laissé en héritage. Le culte subsiste pourtant chez une partie des spectateurs gauchistes non repentis, alimentés par les admirateurs souterrains des branquignols d’Action Directe et par des ouvrages comme celui d’un certain Loïc Debray qui relie la saga héroïquement lamentable de la RAF aux bras coupés des intellectuels en chambre communisateurs, bâtards du gauchisme et de l’anarchisme impuissant, car la bande à Baader, après toutes ses conneries avait affirmé que « le prolétariat industriel n’est plus aujourd’hui l’avant-garde du combat révolutionnaire ». Les avant-gardes anarchistes et staliniennes n’ont pas été suivies heureusement dans leurs délires militaristes à la fin des années 1960 par le prolétariat qui avait déjà assez donné de sa personne dans la dernière boucherie mondiale et dans l’impôt du sang pour garder à tout prix les colonies. C’est le discours « armé » affiché veulement par les gauchistes et celui « concret » des Baader et Cie qui est venu conforter Marchais et le stalinisme en pleine décrue contre toute solution de classe « violente » hormis celle des pacifiques élections truquées. L’action violente, sans principes, coupée de toute direction et de tout respect des masses, renforce l’Etat bourgeois et, pire, permet de diaboliser le droit à l’insurrection (inscrit dans la constitution bourgeoise même). Le prolétariat n’a toujours pas besoin d’avant-garde de ce type, parce que la révolution n’est plus avant tout une question militaire, mais en second lieu encore une question militaire. Mais c’est une autre histoire qui ne fait que commencer. Le film sur la RAF n’est que le spectacle du sacrifice de quelques uns qui s’étaient trompés de révolution et qui n’ont servi qu’à renforcer un ordre qui ne pouvait pas être mis à bas en 1970. L’Histoire ne tranche pas avec des attentats à la bombe. Tous les terrorismes depuis lors ont été téléguidés directement par des Etats « voyous » ou bcbg. On n’avait pas besoin des errements de la bande à Baader pour diagnostiquer que la « propagande par le fait » était caduque depuis Ravachol.
dimanche 14 décembre 2008
COMMENT ATTALI A PRIS LA PORTE
Désarmant : il n’y a plus seulement crise de l’économie et de la politique, mais crise du journalisme. Ils continuent tous à mentir bien que susceptibles d’être internés et humiliés comme De Philippis. Ils continuent à se taire sur le scandaleux maintien en détention de Julien Coupat et de sa compagne; passeront-ils Noël en prison en vertu du pouvoir régalien et anti-terroriste du blaireau et de la parvenue Dati dont la psychologie primaire et dictatoriale est si bien déshabillée dans l’article de l’Express? Pendant que ces bourgeois vont faire bombance les nombreux innocents en prison vont rester reclus, au pain sec et à l'eau.
Les articles des clercs repus de gouvernement ne sont plus que survolés sur le Web car l’on s’attache à éplucher surtout les commentaires saignants des internautes, lesquels parlent de plus en plus de prendre à nouveau les bastilles étatiques et sans fard d’occuper les lieux du pouvoir pour mettre fin à la plus hideuse des démocraties financières. Ce qui importe est l’avis de la population des travailleurs qui va se faire entendre sous peu dans l’avalanche des licenciements. Ce ne sont pas les gentilles manifs lycéennes que le blaireau essaie de gonfler avec ses sous-fifres de la presse écrite et parlée qui « menacent l’Etat » (Hi Hi Boutonneux en tête de manif avec son pavé comme représentant de la conscience de classe !) : c’est bien la conscience du prolétariat qui avance par bond en ce moment même sans se focaliser sur la Grèce sous-développée et marginale, même sans grévettes syndicales, même sans défilés République-Bastille et vice-versa.
Ah oui… de quoi j’étais parti ? De la crise de crédibilité du journalisme. Et celle-ci se manifeste jusque dans les débats, pourtant hyper codés et fliqués sur les plateaux de télé. Tiens, hier dans « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier sur la 2. Jacques Attali, sherpa au gouvernement et prophète en opposition, la gueule enfarinée est entré sur le plateau comme s’il allait à l’abattoir. Et il allait en effet à l’abattoir. Pour être crédibles désormais et concurrencer les commentaires saignants des blogueurs, les émissions pipoles doivent faire du rentre dedans, sauf pour les amis du Blaireau en chef. Les Naulleau et Zemmour eussent pris plus de gants si l’invité avait été Alain Minc, hyper suce-boule sarkozien. Donc voilà le savant homme, sherpa de gauche mitterrandienne et forclose, sur le banc de la dérision. Il pontifie, explique au bon peuple et aux bouseux journalistes pipoles qui le questionnent. On sent combien ce haut fonctionnaire archi-diplômé veut étaler son intelligence de la « crise marxiste » (comme l’a dit l’âne Zemmour). L’ancien sherpa de Mitterrand veut en mettre plein la vue aux illettrés en économie. Ne rappelle-t-il pas la fameuse « crise des tulipes » en Hollande au 17e siècle, que tout utilisateur d’internet peut fort bien connaître sans les lumières de l’ancien PDG véreux de la BERD, éclaboussé par le scandale de l’Angolagate, familier des pouvoirs au point d’avoir été consulté par le Blaireau en janvier 2008. Ce curieux personnage qui a un carnet d’adresses imposant, qui est chez lui dans les pires officines du pouvoir bourgeois, hyper franc-mac, est membre de la fameuse Trilatérale. Etonnez-vous qu’il réaffirme comme solution à la crise cette vieillerie d’Hilferding et Orwell, un gouvernement mondial de la bourgeoisie ! Ah Ah, imaginez les bourgeoisies financières de tous les pays qui, se tirant dans les pattes comme jamais et à l’origine de leur propre marasme catastrophique, s’uniraient pour faire un pot commun de leurs dettes et réprimer ensemble le prolétariat universel ! Attali ne perd jamais une occasion de se situer aux côtés de la police, comme dans les premiers tirs groupés contre les innocents de Tarnac (comme l’ultra-gauche bc bg du CCI). Pauvre sherpa menteur, le voilà interrompu par ces vulgaires pipoles ignorantins. La commission Attali de janvier 2008 sur commande du Blaireau n’a servi à rien. Que nenni, j’avais prévu la crise financière, proteste le sherpa déboulonné. - pas vrai, osent les deux autres sales pitres titrisés par Ruquier.
Nulle part en effet le rapport Attali ne prévoit la gigantesque crise. On y trouve une série de propositions de facture benoitement libérale, et surtout une exaltation de l’accession à la propriété, celle-là même qui généra les premiers couacs de la crise, celle-là même qui ne suppose aucune concession des banques hideuses. Invoquer un droit à la propriété dans un monde qui sent la poudre, n’est-ce pas se ficher du monde ? Les deux pipoles n’oseront pas le lui rétorquer. Zemmour, plus bête que méchant, s’avère être un idéologue de la cuisse sarkozienne (il est sponsorisé par l’Elysée au Figaro et dans de multiples émissions TV et radio) des plus dangereux. Sous un air contestataire et de bon sens paysan, il balance les pires insanités dignes du FN. La crise, dit-il, c’est l’immigration : les immigrés sont l’armée de réserve qui fait baisser les salaires et à qui l’on a collé les subprimes ! Attali, qui a un peu lu Marx et rédigé une bluette biographique à l’eau de rose de celui-ci (adéquate à la pensée sarkozienne du nain Minc), couche d’abord le vilain canard : l’armée de réserve selon Marx ce sont les chômeurs, pas les immigrés (il oublie d’actualiser Marx lui aussi : les immigrés font aussi partie de l’armée de réserve !). Il le couche une deuxième fois en disant que l’immigration n’a rien à voir avec la crise. Très bien, on ne peut accuser les prolétaires expatriés des malversations des truands des banques et des Etats bourgeois. Malheureusement, Attali, qui est mal placé pour prétendre « moraliser » le capitalisme, vu son itinéraire personnel, sa collaboration permanente avec les officines gestionnaires et policières de l’Etat. Il n’est pas bête, simplement limité politiquement à force de côtoyer rois et empereurs de l’hideuse démocratie hors des réalités sociales. Proposer de laver plus blanc le capitalisme avec une démocratie plus démocrate et un libre échange plus échangiste encore, rappelle le regretté Coluche vantant une lessive qui lave plus blanc que blanc ! Et chapeautée par un gouvernement unique mondial (hyper transparent à la Trilatérale ?) c’est fortiche, non ? Nos deux pipoles vont alors faire mouche. - première partie du livre d’Attali, ça va, on apprend sur la crise des tulipes et d’autres crises lointaines, mais la deuxième partie c’est faiblard comme solutions : la démocratie + le libre-échange (Naulleau).
Le sherpa désarmé invoque alors l’absence de démocratie réelle en Angleterre car « c’est ce pays qui a développé mondialement l’ultra-libéralisme ! » (il ne digère pas que la bourgeoisie anglaise avec son premier commis d’époque Major l’ait décrédibilisé au moment des truandages de la BERD ?).
- absence de démocratie en Angleterre et en Allemagne…rigole Zemmour.
Nos deux pipoles vont porter l’estocade : - attendez, M’sieur Attali, à la veille de la crise vous faisiez l’apologie du libéralisme et après vous nous ressortez le besoin de plus d’Etat !!!
Attali (cramoisi et hautain) : bon… çà va… je commence à m’ennuyer ici. Je vais m’en aller… Je m’en vais….
Il part sous les huées du public et les rires carnassiers des pipoles à sens unique sarkozien. Pourtant, comme ce taré d’Alain Minc, comme DSK, comme tout le PS en chandelle et le PCF en goguette, ce pauvre PDG de Planet Finance (sic) ne prédisit en rien l’immonde catastrophe et joua avec brio du violon du libre échange hideux de la démocratie bourgeoise tout au long des années qui suivirent la chute de la maison stalinienne ! Triste époque pour les hâbleurs professionnels interchangeables du pouvoir ! Ils ne peuvent pas mentir plus de deux fois.
Table des matières du navet attalinesque (pour vous éviter de l’acheter) Introduction
Les leçons des crises passées I.
Comment tout a commencé II. Insuffisance de la demande – Création de la demande par la dette – La baisse des taux, l'effet de levier et l'effet de richesse – Recherche effrénée de l'épargne : titrisation et dérivés – Devant la difficulté d'attirer des capitaux, les assureurs créent CDS et monolines – Aveuglement des notateurs – Explosion de la dette globalisée – Ceux qui avaient prévu la crise – Pourquoi ne les a-t-on pas écoutés ? – Le retournement du marché des subprimes. Économie de la panique – Chronologie
Le jour où le capitalisme a failli disparaître III.
Les menaces encore à venir IV. Les nouveaux enjeux du système financier – La récession – La dépression – L'inflation – La faillite des grands pays et l'avenir du couple « Chimérique » – Crise des changes – La crise sociale, idéologique et politique
Le socle théorique des crises et des réponses : les contradictions entre les exigences de la démocratie et des marchés V. Marchés, démocratie et « initiés » – Déloyauté et primauté du financier – Disparition de l'état de droit – Le triomphe du capitalisme financier – Le déclenchement de la crise – La solution : le rééquilibrage du marché par un état de droit
Un programme d'urgence VI. Remettre de l'ordre dans chaque économie nationale – Renforcer la régulation européenne– Mettre en place un système réglementaire global – Une gouvernance internationale – Des grands travaux planétaires
Ultime avertissement, promesses d'avenir VII. Les crises financières à venir – Les autres dangers : l'avenir des systèmes complexes Glossaire Schémas 2001-2006 : Genèse de la crise 2006-2007 : La machine se grippe 2008-2010 : Extension de la crise Les divers instruments de crédits
Extrait : « Le temps de mesurer que nous disposons des moyens humains, financiers et technologiques pour faire en sorte que cette crise ne soit qu'un accident de parcours ; qu'on n'en sortira que si l'information économique et financière est équitablement répartie et disponible pour tous et en même temps ; que si les marchés financiers, mondiaux par nature, sont équilibrés par un état de droit planétaire ; que si cesse cette finance-casino ; que si le métier de banquier redevient modeste et ennuyeux, ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être ; que si sont mis en place un meilleur contrôle des risques, des exigences de liquidité, une révision des systèmes de rémunération, une séparation entre activités de marchés et activités bancaires, une obligation pour celui qui fait courir un risque à d'autres d'en prendre sa propre part ; que si on sait mettre en place, à l'échelle planétaire, de grands travaux écologiquement durables, comme on l'a fait jusqu'ici à l'échelle de certains pays. Il est hélas à craindre que presque rien de cela ne puisse être fait à temps. Et pourtant, comme la « crise des tulipes » a pu, en 1637, ouvrir la voie à cent cinquante ans d'une formidable croissance des Provinces-Unies, la crise des subprimes, première véritable crise de la mondialisation, pourrait accélérer considérablement la prise de conscience de la nécessité de mettre en place, un jour, un égal accès au savoir, une demande mondiale stable, un salaire mondial minimal, une socialisation de l'essentiel des fonctions monétaires, instruments de la souveraineté, un état de droit mondial, prélude, à terme, à un gouvernement mondial. Un siècle au plus nous sépare de cette évidence. Et, sans doute, encore nombre de crises et de guerres... » Et bla bla bla, et bla bla bla bla. (La crise et après, déjà 35.000 exemplaires vendus).
Du micro-crédit aux prophéties, Jacques Attali a tout faux ( site de l’IFRAP)
L’ancien conseiller de François Mitterrand reconverti dans le micro-crédit est aussi un prophète estimé par les médias. Pourtant, en regardant de plus près les comptes de sa "banque au service des pauvres" et ses prophéties faites dans le passé, une seule conclusion s’impose : tromperie sur marchandise. Ségolène Royal, c’est moi. Le téléphone et l’ordinateur portables, c’est moi. La microfinance, c’est moi. Action Contre la Faim, c’est moi. Le baladeur MP3, c’est moi. La bibliothèque numérique, c’est moi. Le décodage du génome humain, c’est moi. Après tout, pourquoi pas. Léonard de Vinci a bien peint la Joconde et dessiné l’hélicoptère. Et il est exact que Jacques Attali avait proposé que la France se dote d’une bibliothèque virtuelle au lieu de la Très Grande Bibliothèque, coûteuse à construire et ruineuse à gérer. Il n’est pas impossible non plus qu’il ait introduit Ségolène Royal à l’Elysée comme conseillère de François Mitterrand. Pour les autres domaines, sa contribution est très mineure. Si le programme de recherche EUREKA a bien accéléré la mise au point du codage MP3, il a complètement échoué dans son véritable objectif, celui de favoriser le développement d’une industrie européenne du baladeur numérique. Personne ne peut nier que Jacques Attali soit un intellectuel extraordinaire (la liste de ses diplômes devrait figurer au livre des records), un bourreau de travail (il ne dort que 4 heures par nuit), prolifique à l’écrit (38 livres) et prolixe à l’oral. Jacques Attali aime se présenter comme un visionnaire capable de voir bien au-delà de l’horizon. Sur le nombre de ses oracles, certains se sont réalisés, mais pas les avions commerciaux volant à 5000 km/h, ni le déclin des Etats-Unis dans les années 1990-2000. Sur ce qu’il a effectivement réalisé, la situation est moins claire. De son passage à la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) créée à Londres, on a surtout retenu les dépenses somptuaires qui l’ont forcé à démissionner. Les résultats de ses investissements personnels dans les start-up high tech à travers A&A ventures et Hyper Company ne sont pas publiés. Interrogé, il parle de "petits" investissements plus motivés par la curiosité intellectuelle que par la volonté de réussite. Toujours ce détachement apparent des basses contingences matérielles. Après une levée de fonds de 10 M€, le livre électronique Cytale s’est soldé par un fiasco complet. CarBoulevard aussi. Keeboo ou Citations du monde sont actives. Reste maintenant son champ d’action dans le microcrédit. Le micro-crédit à la sauce Attali : accorder un prêt coûte plus cher que le prêt Au Pakistan où est né ce concept, prêter 50 € à un petit commerçant ou à un agriculteur peut lui permettre de créer une activité utile et durable. C’est étonnant mais cela fonctionne sans subvention à terme, à condition que le prêt soit accordé par des personnes très proches du terrain, capables d’évaluer instantanément le projet et la personne. Facile de comprendre que si le projet devait être évalué, le prêt accordé et le remboursement suivi par le ministère, les frais de gestion seraient très supérieurs au montant du prêt. Transposer ce concept dans les pays développés n’est pas évident. Les sommes en question sont très différentes. Le contrôle social de proximité sur l’emprunteur, si important dans le projet initial, est quasi inexistant. Et les autres filets de protection sociale sont très développés. En France, des organismes de micro-crédit se sont créés mais vivent largement de subventions publiques et de contributions d’entreprises privées. L’association Planet Finance créée par Jacques Attali en 1999 visait initialement à mettre en relation des donateurs avec des organismes de micro-crédit à travers le monde. Surfant sur la vague des start-up technologiques, le concept était très orienté "relations virtuelles" et "technologie Internet". Planet Finance était censé évaluer la "qualité" des Institutions de Micro Finance (IMF) pour pouvoir les recommander à des donateurs, un service de "rating" comme il en existe pour noter la fiabilité des grandes entreprise et des pays. D’évaluateur à conseilleur, il n’y avait qu’un pas et, Planet Finance propose aussi ses conseils, “comment créer un organisme de micro-crédit” ou “comment améliorer le fonctionnement d’un organisme de micro-crédit par des formations à l’informatique ou à la collecte des dons”. Depuis la crise des banlieues, Planet Finance est subventionnée pour favoriser le développement du micro-crédit dans ces "Zones Urbaines Sensibles". A l’occasion du Tsunami, elle a lancé un appel aux dons pour la reconstruction des régions dévastées. Des rôles éloignés de ses objectifs mais sans doute une façon de ne pas rester à l’écart de ces vagues de financement. Encore plus récemment, Planet Finance s’est lancée dans la micro finance "rentable" à travers MicroCred. Soit en créant sur place des institutions commerciales de micro-finance, soit en s’associant avec ou en conseillant des institutions ou des banques locales qui souhaitent ouvrir des agences spécialisées dans le micro-crédit. Cette année, son activité de "rating" a été filialisée dans une Société indépendante. Planet Finance : 3% seulement du budget arrivent dans la poche des demandeurs En 2005, Planet Finance est devenue une nébuleuse complexe avec 120 membres permanents sur 4 continents. Elle intervient dans des domaines de plus en plus nombreux : Assistance technique aux organismes de micro-crédit et formation (Planet Finance) Evaluation de la qualité des organismes de micro-crédit (Planet Rating) Financement de jeunes organismes de micro-crédit (MicroFund) Création d’organismes de microcrédit commerciaux (MicroCred) Nicolas Lecaussin et Philippe François (lire la suite sur le site de l’IFRAP)