« Le marxisme est une conception révolutionnaire du monde qui doit toujours lutter pour des connaissances nouvelles". Rosa.Luxemburg. "Le principal héritier du fascisme est l'antifascisme". BORDIGA
Marx (L'idéologie allemande)
«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »
Thucydide
vendredi 26 septembre 2008
A NICOLAS SARKOZY
(La catastrophe qui vient et les moyens
de ne pas la conjurer)
De Chicago à Stettin (Pologne) et à Saint Etienne (France), un immense éclat de rire a secoué les prolétaires à l’écoute des discours de Bush puis de celui de Sarkozy pour leur dithyrambe en faveur d’une moralisation du capitalisme. Pas besoin d’être grand clerc en économie – d’ailleurs les grands clercs n’y comprennent plus rien non plus – pour comprendre que l’Etat US s’est proposé de prendre dans la poche des millions de prolétaires pour indemniser les financiers véreux, mais qui sont tels parce que le système « de la main invisible » (pas pour la poche des contribuables) dit « capitalisme financier » et impérialiste le leur permet, et les indemnise en plus. L’éditorialiste servile du Figaro, avec les génuflexions habituelles pour leur Chef d’Etat écrit :
«Fidèle à son style et à son tempérament, le chef de l'État a également donné un coup de pied dans la fourmilière sur un sujet sensible. À ses yeux, les « responsables » du désastre doivent être recherchés et punis. Sans doute faut-il accueillir ces incantations avec la distance qu'il convient : il n'existe pas de coupables désignés à l'origine de la crise, ou, plutôt, ils sont si nombreux qu'on ne pourra pas tous les embastiller ! Du vendeur de crédit californien au trader de Wall Street, en passant par les patrons des grandes banques, chacun a participé à la décomposition du système. Mais tant qu'à traiter au fond les racines de la crise, autant se pencher aussi sur la moralité, qui a déserté en partie le capitalisme, au risque de jeter sur lui une immense suspicion. Ce n'est pas sombrer dans la démagogie que de s'indigner que le PDG d'une banque en faillite puisse se retirer avec un chèque de plus de 100 millions de dollars. Il ne s'agit naturellement pas d'ostraciser une profession ni d'interdire les bonus, fussent-ils très généreux. Simplement de rompre avec des pratiques pousse-au-crime, qui stimulent et récompensent la prise de risque au-delà de l'acceptable. Avec le résultat que l'on sait ».
Protégeons donc toujours les grands patrons et leurs banquiers véreux. Les Bush, Sarkozy, DSK et Merkel ont des revenus très confortables mais minables à côté de ceux de leurs commanditaires. Ils ne vont tout de même pas scier la planche sur laquelle ils sont assis. Donc ils ont fait des discours pour rire. Le cataclysme continue de plus belle parce que l’économie pourrie révèle plus encore la politique pourrie des dominants. Les actifs pourris ou « toxiques » ont bon dos. Tout serait la faute aux « manipulateurs d’argent », aux financiers aux mains sales. Or le système général de dérèglementation générale du capitalisme tout court aboutit en effet à un dérèglement général. Ce qui se passe sous nos yeux. La fin présumée du « tout Etat » (synonyme mode communiste selon le commentateur de France 2 à Washington), ne fût qu’une tentative d’adaptation du capital à la baisse inéluctable du taux de profit. Il fallait tricher massivement pour préserver et surtout décupler encore les profits d’une minorité d’accapareurs.
De gauche à droite, la bourgeoisie affolée veut nous faire croire que c’est la « faute aux riches », ces intouchables de la planète financière. Sanctionnons les banques s’est écrié Sarkozy, refondons le capitalisme c’est la fin du capitalisme financier ! Foutaises !
Sarkozy qui n’y connaît rien à l’économie, pas plus que Mac Cain et Obama, guère moins que DSK qui est lui aussi largué (et par son clan au PS), a des conseillers pour lui rédiger ses discours économiques bidons. Tout seul il ne serait rien. Et les discours concoctés par ses conseillers connus ou anonymes sont aussi ceux.
Lénine a dit quelque part, en substance, qu’à un moment donné, la bourgeoisie ne peut plus faire que des conneries. Hé bien on est en plein dedans. Plus aucun parti n’est crédible, il est urgent par contre de fonder celui du prolétariat ! Le système financier, mercantile, impérialiste du capitalisme va à sa perte. Veillons à ce qu’il ne nous y entraîne pas aussi. Les multiples grèves qui éclatent un peu partout sont la voie pour les centaines de milliers de prolétaires aux Etats-Unis et ailleurs qui ont être jetés à la rue.
La prétention des trois présidents US à appeler à l’union nationale a provoqué la colère de milliers de travailleurs américains. L’union nationale, passe encore en période de guerre, mais en période de crise économique… impossible mon cher Watson : les chômeurs ne trinquent jamais avec les milliardaires !
OBAMA LE FUTUR HOTE DE LA BARAQUE BLANCHE (*)
La voie blanche du pouvoir est royale pour Obama. L’impéritie capitaliste est mise sur le dos des seuls républicains (comme ce pauvre Giscard naguère) et la bourgeoisie a donc besoin de ce jeune président noir dehors (blanc à l’intérieur) face au nullissime milliardaire Mac Cain qui est vieux, possède 11 maisons et 15 voitures. En effet, une grosse partie du prolétariat américain est composée de travailleurs noirs particulièrement combatifs d’autant qu’ils sont au bas de l’échelle sociale. Un président de « couleur » pourra (un court moment) calmer le jeu. Mais les temps s’annoncent très dur pour la bourgeoisie régnante.
« The time they are changing”, chantait naguère un certain Bob Dylan. Mais c’est maintenant.!
PETIT RAPPEL HISTORIQUE:
Le Capital financier, est formé des avoirs sous forme d'actifs financiers, essentiellement des titres à long terme de propriété (actions et assimilés) ou de créance (obligations et assimilées).
Ceci est la définition courte de Wikipédia, mais pas celle du marxisme. Voyons la version réformiste de Jaurès puis celle de Lénine qui s’appuie sur le célèbre ouvrage de Hilferding, indépendamment de l’orientation bourgeoise ultérieure de celui-ci.
« ( ... ) Par-dessus les frontières des races et par-dessus les frontières des douanes travaillent les grandes coopérations du capitalisme industriel et financier (« Très bien! Très bien ! ») et les banques, les grandes banques s'installent derrière les entreprises, elles les commanditent, elles les subventionnent, et en les commanditant, en les subventionnant, elles les coordonnent ; et comme elles subventionnent en même temps les succursales lointaines dans tous les pays et par-delà les mers, voilà que la puissance des banques se dresse, coordonnant les capitaux, enchevêtrant les intérêts de telle sorte qu'une seule maille de crédit déchirée à Paris, le crédit est ébranlé à Hambourg, à New York, et qu'il se fait ainsi un commencement de solidarité capitaliste, redoutable quand elle est manœuvrée par des intérêts inférieurs, mais qui, sous l’inspiration de la volonté commune des peuples, peut devenir à certaines heures une garantie pour la paix. » (applaudissements à l’extrême gauche) (Jaurès au Parle-ment)
Lénine cite plusieurs fois le texte de Hilferding, le plus souvent d'ailleurs pour critiquer les thèses de Kautsky, assez semblables selon lui à celles de Hobson (et Jaurès…). sur le caractère pacifique du développement du capitalisme : « Ce raisonnement de Kautsky ( ... ) mérite un examen plus détaillé. Commençons par une citation de Hilferding ( ... ) : « Ce n'est pas l'affaire du prolétariat. écrit Hilferding, d'opposer à la politique capitaliste plus progressive la politique dépassée de l'époque du libre-échange et de l'hostilité envers l'Etat. La réponse du prolétariat à la politique économique du capital financier, à l'impérialisme, ne peut être le libre-échange, mais seulement le socialisme. Ce n'est pas le rétablissement de la libre concurrence, devenu maintenant un idéal réactionnaire, qui peut être aujourd'hui le but de la politique prolétarienne, mais uniquement l'abolition complète de la concurrence par la suppression du capitalisme. » Lénine utilise de nouveau Hilferding contre Kautsky par une citation d'une grande page ainsi introduite : « Hilferding note très justement la liaison entre l'impérialisme et le renforcement de l'oppression nationale ».
LE CAPITALISME FINANCIER STADE SUPREME DE LA CATASTROPHE !
(*)Futur titre du Canard, journal des barbouzes, ou des lamentables Charlie Hebdo (pro-Israël et USA) et Siné Hebdo (pro Hezbollah, voir le numéro 2 qui prend la défense de la religion musulmaniaque et espère sans doute ainsi être sponsorisé par le Hezbollah comme le pitre Meyssan…
lundi 22 septembre 2008

MILLE MILLIARDS DE SABORDS (*)
« Economie politique : science sans entraille » (Gustave Flaubert, Dico des idées reçues)
« Ouvrier : toujours honnête, quand il ne fait pas d'émeutes » (ibid)
Depuis la faillite, lundi dernier, de la banque d'affaires Lehman Brothers, les géants de Wall Street s'abattent comme un château de cartes. Morgan Stanley et Washington Mutual étaient sur la voie d'un rachat d'urgence, tout comme le britannique HBOS. Même Goldman Sachs, réputé le plus solide, a vu son action fondre provoquant un effet domino déstabilisant pour les bourses du monde entier, tant le système financier est interdépendant.
Alors qu'en France la bourgeoisie nous a distrait toute la semaine dernière, en croyant nous inquiéter sur l'augmentation du prix du gobelet de camping… et que Libération déclarait en fin de semaine qu'aucun des crânes d'œuf n'avait vu venir ce nouveau tsunami économique… c'est reparti pour un tour. Les soubresauts de la crise sont de plus en plus rapprochés, et tout prolétaire attentif savait depuis juin que cela allait rebondir en septembre et frapper non plus seulement la classe ouvrière mais de plus en plus les couches moyennes. C'est bon signe pour l'ensemble du prolétariat, nous sommes pour l'égalité des victimes de l'hémorragie financière capitaliste ! Le capitalisme danse sur un volcan et crie « tout va très bien madame la marquise » alors que depuis des mois et des années le citoyen lambda peut jouer les Cassandre sans être prix Nobel d'une économie en perdition!
S'expliquant pour la première fois depuis le début de la folle semaine commencée avec le dépôt de bilan de Lehman Brothers lundi, le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, a reconnu vendredi que le coût de l'opération de nettoyage des bilans des banques pourrait se « chiffrer en centaines de milliards de dollars ». Il s'est dit « convaincu que cette approche courageuse coûtera aux ménages beaucoup moins que l'autre option : une série ininterrompue de faillites d'institutions financières et des marchés du crédit gelés, incapables de financer l'expansion économique ». Des milliards sont partis en fumée, qu'importe (et qu'importe surtout les dizaines de milliers d'emplois supprimés) l'Etat repointe son nez en plongeant sa main (moins invisible que le marché) dans la poche du contribuable, c'est à dire des millions de prolétaires. Ou plutôt il recommence car il venait juste de piller les poches des citoyens salariés pour éponger déjà une banque et deux géants du refinancement hypothécaire, sans pouvoir empêcher la quatrième banque d'investissement US aller à la faillite.
Dépassée par l'enchaînement des événements, la banque centrale américaine (FED) arrive au bout de son carnet de chèques : elle a mis 185 milliards de dollars à disposition de cinq de ses homologues, dont la Banque centrale européenne (BCE). Le Trésor américain a annoncé qu'il allait lever 100 milliards de dollars pour la renflouer. «Nous naviguons dans des eaux inexplorées», s'est alarmé le sénateur républicain Richard Shelby. Les Etats-Unis deviennent ainsi la première banque du monde, du jamais vu mais en même temps une exposition extrême, une banque mondiale ne peut sauver le capitalisme.
L'ORIGINE DE LA CRISE : L'IMPOSSIBILITE D'ALLER A LA GUERRE MONDIALE
On a oublié apparemment que juste après le 11 septembre 2001, la Banque centrale américaine (FED) avait baissé ses taux de 6,5% à 1% afin de doper l'économie, rendant par là même le crédit moins cher. Les établissements de crédits et banques se sont alors lancés dans une activité immobilière frénétique, faisant exploser les prix. De surcroît, les prêts consentis étaient souvent très risqués par rapport à la solvabilité des emprunteurs (les fameux «subprimes»). Ce phénomène a pris une dimension financière quand ces emprunts ont été transformés en titres financiers et revendus à des investisseurs, attirés par leur rendement. Avec la hausse des taux de la FED, les couches moyennes, qui souscrivent majoritairement des prêts à taux variables, ont été pris à la gorge. Tandis que leurs mensualités augmentaient, les défauts de paiement ont bondi et ceux qui avaient acheté les produits financiers basés sur ces emprunts ont perdu leur argent, tout comme les employés de Lehman, viennent de perdre des milliards de dollars en actions volatilisées (le patron leur offrait des actions plutôt que des primes) en prenant leurs clics et leur clacs pour aller pointer au chômage.
Les banques de la planète sont interdépendantes parce qu'elles se prêtent de l'argent, investissent les unes chez les autres et dans les mêmes fonds. Les produits financiers basés sur les crédits immobiliers américains ont circulé dans les portefeuilles des banques et fonds d'investissements du monde entier sans que les risques ou même la nature réelle des produits soient vraiment connus. Les crânes d'œuf sont les rois de l'improvisation (tu vends et tu revends et tu empoches les bénéfs), ces petits génies de la finance huppée sont comme les garagistes qui vous vendent des voitures d'occasion trafiquées après accident, et non fiables ;
Depuis un an, la crise des «subprimes» leur a coûté des milliards d'euros. Mille milliards de sabords ! Après la déroute de Lehman Brothers, le ministère de la finance française a fait croire à des répercussions «limitées». Pourtant, la banque américaine doit à ses homologues français près de 4 milliards d'euros. Celles qui ont prêté le plus d'argent à leur consoeur, sans garantie et donc sans espoir de recouvrement, sont BNP Paribas (405 millions d'euros), la Société générale (479 millions d'euros), le Crédit agricole (270 millions d'euros) et Dexia (350 millions d'euros). C'est pas des petits gobelets en plastique !
Ce sont les banques d'affaires ou dites boursières qui ont été touchées de plein fouet, mais les banques pour les particuliers vont rechigner de plus en plus à prêter. Des milliers de PME sont au bord de la faillite. Pour faire face à la crise qui touche l'Europe les 30 milliards d'euros prévus par les ministres européens des Finances pour les aider sur quatre ans sont du pipi de chat. La patronne des patrons, Laurence Parisot, redoute « beaucoup, beaucoup de répercussions sur l'investissement » des entreprises.
Les floués de la bourse ne se jettent pas encore du haut des buildings newyorkais mais la morale capitaliste prêtant sévir ; des « gendarmes des marchés » s'interrogent sur la nécessité de réguler les produits financiers et les acteurs du secteur, comme les agences de notation, et les journalistes éructent contre les plus-value considérables des big boss, supposant – économistes nullards – que ces richesses de la poignée de la haute bourgeoisie, sont responsables de la crise à répétition (crescendo).
Un plan «massif» pour un «problème massif». C'est ainsi que le président en sursi George W. Bush a qualifié samedi matin le plan de soutien aux banques, mis en place suite à la crise financière. Il pourrait coûter 700 milliards de dollars (on avait supputé 1000 milliards de sabords !) et s'étaler sur deux ans, affirment des médias américains (les braves !), s'appuyant sur un document envoyé au Congrès.
Cela représente la plus vaste intervention jamais lancée par une administration pour venir en aide au secteur privé. Le Welfare state est-il donc de retour ? Le plan accorderait ainsi au gouvernement des pouvoirs élargis pour racheter les titres douteux, créances et crédits hypothécaires de n'importe quelle institution financière américaine au cours des deux prochaines années. Pauvre Obama, s'il est élu, comment va-t-il faire face aux émeutes et grèves de la classe ouvrière américaine ? En plaidant pour l'égalité des noirs face aux impôts ?
Pour l'heure, la seule promesse d'un nettoyage du secteur bancaire américain par l'intermédiaire d'un Etat wilsonien a soulagé les mafias financières. Pour autant, ce soulagement général ne saurait masquer le coût budgétaire énorme de la solution choisie, ni les dommages causés depuis deux semaines aux entreprises bancaires ainsi qu'à la crédibilité des autorités financières des États-Unis.
QUESTION : c'est bien d'éponger des milliards de sabords-dollars partis en fumée, mais qui va payer les dizaines ou centaines de milliers de chômeurs supplémentaires et où vont loger ceux qui ont été jetés à la rue ?
UN ENFONCEMENT DANS LA CRISE DE PLUS EN PLUS DRAMATIQUE ET IRREVERSIBLE
Je n'ai pas un mot à changer de ce que j'écrivais l'an passé à la même époque (et coup de chapeau au dessinateur Willem qui représente des lettres géantes « système financier », qui s'écroulent comme un château de cartes avec plein de bonshommes qui culbutent et le dernier de la file qui crie « vieux con » à Marx qui d'un geste las déclare dans sa bulle « c'est la lutte finale » !
« Ce qui est présenté comme crise financière n'est que la face cachée de la crise permanente de surproduction où le rythme inégal de développement des différentes parties du capital constitue la cause essentielle des crises périodiques de surproduction.
Cette crise se manifeste par la baisse tendancielle du taux de profit. Celle-ci est marquée par l'intensification de la concurrence entre grands pays capitalistes, le refoulement de capitaux vers des placements risqués, l'engorgement des marchés, etc. Le taux de profit diminue à cause du renchérissement continuel du capital constant et en particulier des matières premières. Même en agissant pour parer à la catastrophe, la bourgeoisie, pour combattre cette baisse, ordonne à ses banques centrales « d'injecter du liquide » dans la machine difficilement contrôlable, mais pour Marx il s'agit d'une dépréciation :
« La dépréciation périodique du capital existant, un des moyens spéciaux du mode de production capitaliste d'arrêter la baisse du taux de profit et d'accélérer l'accumulation de valeur-capital par la formation de capital nouveau, trouble les conditions données où s'accomplit le procès de circulation et de reproduction du capital, et s'accompagne donc d'arrêts brusques et de crises du procès de production » (Le Capital, tome X, p.186).
La crise peut commencer avec le déplacement des fonds de pension ou les investissements risqués de l'immobilier, mais elle débouche toujours sur une augmentation de la production, la paupérisation des masses et repose toujours plus la question de la guerre militaire.
Le krach bousier est causé en apparence par des changements du marché monétaire et du crédit, mais en vérité le bouleversement provient surtout des conditions de la production et des heurts dans la compétition marchande. La recherche difficile de débouchés pour les marchandises aboutit à une tension grandissante du crédit et à une hausse des taux d'intérêt. Marx a démontré que le développement du crédit ne constitue pas la cause des crises, il favorise leur répétition et extension, tandis que la spéculation renforce les tendances contradictoires à la hausse et à la baisse des prix. L'extension du crédit a toujours représenté un danger, pour les Etats comme pour les particuliers… Le système bancaire n'est plus un intermédiaire impartial qui redistribue mais un pourvoyeur de crise dans la mesure où il y a des limites aux engagements « liquides » des banquiers. L'arrêt du crédit provoque la chute des prix. Et les fonds d'épargne ne peuvent servir éternellement de réserve de sauvetage du système financier international… » (PU version papier du 29 août 2007, « De flamber la crise économique n'en finit pas).
Le capitalisme fait marcher la planche à billets dans son affolement. Mille milliards ne le sauveront pas du sabordage, capitaine Haddock ! Mais si le navire sombre, il va inévitablement provoquer l'insubordination massive des matelots. Gare !
(*) Insulte du personnage de Hergé, le capitaine Haddock, Le sabord est un terme d'architecture navale désignant une ouverture dans le flanc d'un navire, par laquelle passent les fûts de canons, les avirons ou simplement une prise d'air.
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dimanche 7 septembre 2008
L’ennui dans la classe ouvrière
La semaine dernière un sondage de 20 minutes nous apprenait que 5% des travailleurs sont satisfaits de leur travail. Pour dépolitiser un peu plus la place de la classe ouvrière, la mode est à la psychologie. Durant 30 ans on n’a cessé de nous bassiner avec une rentrée sociale perturbée en septembre, un « autonome chaud », un « nouveau 68 ». L’orchestration était menée dès juillet tambour battant par les félons syndicaux, et il ne se passait en général rigoureusement rien que de banales journées d’action soporifiques. Triste temps ! Le tristounet secrétaire général de
Le nouveau parti riquiqui de Besancenot, Rouillan, Clémentine Autain et Cie – qui ne brasse que du vide derrière sa vedette médiatisée – enfourche le cheval de la défense de
Vu un reportage sur la privatisation des prisons en Allemagne. Toute la quintessence des privatisations actuelles était exhibée – non pas que les « nationalisations » n’aient pas été une fumisterie pour niquer le prolétariat – mais parce que le profit n’a pas de limite et relègue le bourgeois Hitler au rang de simple abruti. Le nazisme ne pouvait pas durer longtemps avec ses camps de travail et de mort, ni se justifier aux yeux de l’humanité. Le capitalisme libéral fait mieux. Des patrons allemands s’associent avec des directeurs de prisons privées pour transformer les prisons en usine. Les matons troquent l’uniforme contre celui de chef d’atelier. La morale est sauve, les taulards « bénéficient » d’une formation, pour ceux qui n’ont pas une condamnation supérieure à 5 années. Les voilà cuistots, tourneurs, assembleurs… Un petit pécule fait la différence avec les camps d’Hitler. Les droits de l’homme sont sains et saufs !
Tiens, entendu sur une radio, un intello d’extrême-droite, revenu des hystéries gauchistes, rappeler une banderole très choquante à ses yeux : « Les droits de l’homme sont la vaseline inventée par la bourgeoisie pour baiser le prolétariat » (Nanterre, 1968). Tout à fait !
Allez, puisque les vacances sont finies, laissez-moi vous confier cette longue citation d’Erich Fromm, sur l’ennui (en attendant la colère) :
« L’ennui, dans la classe ouvrière, est beaucoup plus conscient que dans les classes moyennes et supérieures, comme le montrent amplement les revendications des ouvriers quand ils négocient leur contrat de travail. Ils sont privés de satisfactions authentiques que connaissent tant de personnes d’un niveau social plus élevé qui, dans leur travail, peuvent, du moins dans une certaine mesure, exercer leurs facultés imaginatives, intellectuelles et organisationnelles. Cet état de choses a été largement démontré au cours des récentes années par le fait que, de plus en plus, les travailleurs manuels se plaignent de l’ennui pénible qu’ils éprouvent pendant leurs heures de travail, en dehors des revendications plus traditionnelles relatives à l’insuffisance de leurs salaires. L’industrie essaie de remédier à cela, dans quelques cas, par ce qui est souvent appelé « l’enrichissement des tâches » qui consiste à confier à l’ouvrier plus d’une seule opération, à lui laisser organiser et réaliser comme il l’entend son travail, et, d’une façon générale, à lui donner davantage de responsabilités. Il semble que cette solution aille dans la bonne direction, mais elle est très limitée si on tient compte de la mentalité générale de notre culture. On a souvent suggéré, également que le problème n’est pas de faire un travail plus intéressant, mais de l’abréger dans une mesure telle que l’homme puisse développer ses facultés et ses centres d’intérêt pendant ses loisirs. Mais les protagonistes de cette idée oublient que les loisirs eux-mêmes sont manipulés par l’industrie de consommation et qu’ils sont, quoique d’une façon moins consciente, aussi ennuyeux que le travail. Le travail, c'est-à-dire l’échange de l’homme avec la nature, est une partie si essentielle de l’existence humaine que les périodes de loisirs ne pourront être créatives que du jour où il cessera d’être aliéné. Cela, toutefois, n’est pas seulement une question de changement de la nature du travail, mais d’un bouleversement politique et social orienté vers la subordination de l’économie aux besoins réels de l’homme. » (La passion de détruire, ed Laffont 1973)
Baudelot et Establet sont plus pessimistes, ils croient à un effondrement de la classe ouvrière alors qu’elle est obligée, dans un désarroi temporaire, de parcourir à grande vitesse à notre époque, à nouveau le chemin d’apprentissage qui avait été celui des générations mortes, dans un monde sans humanité où la sociabilité ouvrière est désormais la plus faible (alors qu’elle fût longtemps dominante face aux autres classes) et où solitudes et suicides sont la norme récurrente et dont on ne voit pas le terme :
« L’effondrement de la classe ouvrière en tant que groupe social dans un contexte économique de désindustrialisation, un affaiblissement de la résistance collective, une crise du militantisme syndical et la montée de tensions racistes sur fond de chômage de masse. Autant de mouvements qui accroissent la vulnérabilité (…) Ce sont aujourd’hui (seconde moitié du XXe et début du XXIe siècle) les catégories sociales situées au bas de l’échelle qui se suicident le plus » « C’est dans les fractions intellectuelles des classes supérieures que la sociabilité atteint ses plus hauts sommets (…) Quant aux ouvriers, ils se distinguent des autres groupes par une sociabilité plus faible : moins d’amis, moins de copains, moins de relations de travail, moins de contacts avec des commerçants ou des voisins. (…) Il en va de même de l’appartenance à des associations dont la même enquête montre que plus on s’élève dans la hiérarchie sociale et surtout dans celle des diplômes, et plus s’accroissent les chances d’entrer dans une association (…) le suicide frappe les populations dont l’espérance de vie est la plus courte. (…) (le suicide a) un portrait proche de celui de la dépression : chagrin, abandon, isolement, solitude, anxiété, terreur du futur » (Baudelot et Establet, Suicide l’envers du monde, Seuil 2006).
COURAGE FUYONS LE CAPITALISME EN L’AFFRONTANT !
vendredi 29 août 2008
UNE CRITIQUE PATHOLOGIQUE
TYPIQUE DE L’EXTREME-DROITE
(réponse à Thierry Meyssan)
Dans le champ politique réduit du régime présidentiel français et avec le vide politique laissé par la gauche décrédibilisée, il semblerait qu’il n’y ait plus place que pour la critique des personnes, avec une focalisation sur le blaireau Sarkozy. Cela n’est pas nouveau, la propagande dominante a toujours fait feu de tout bois de la querelle des personnes. Dans cette compétition organisée de faux-derches, il faut faire oublier encore et encore la lutte des classes et gommer que tous les partis en lice sont les représentants de la bourgeoisie. Aux campagnes de haine focalisée contre le diable Le Pen, il faut que toute la mystification de la classe dominante tourne désormais autour du nombril à Sarkozy. C'est-à-dire qu’on reste dans le domaine de l’apolitisme pendant que l’Etat s’occupe des choses politiques.
Lorsqu’il y a vide politique, mais toujours continuation des attaques contre les prolétaires, il faut tout de même distraire les masses présumées manipulables avec des sornettes. « On nous cache tout on nous dit rien », chantait naguère Dutronc avec une chanson de Lanzman qui se moquait du populisme dans les sixties. Le complot permanent des dominants serait l’explication de la politique. Il suffirait que « ceux qui savent », par exemple les journalistes ou les fouille-merde comme Thierry Meyssan (méchant ?) nous révèlent les dessous des cartes pour que nous, pauvres spectateurs atterrés, soyons instruits dans notre humble condition. La théorie du complot c’est pour les crétins. La domination du capitalisme ne peut être réduite aux caprices des gouvernants ni à leurs manœuvres souterraines. Plus encore la théorie du complot sert à masquer le machiavélisme effectif de la classe bourgeoise, mais pour comprendre ce dernier encore faut-il rester sur le plan politique et non dans les petites cuisines d’arrière-salle des partis politiques bourgeois et de leurs sponsors. Il faut aussi se démarquer des descriptions romancées des bouffons comme Meyssan qui s’affiche sans complexe avec tous les refoulés des médias acoquinés au FN, les Alain Soral, Dieudonné, Fabrice Robert et leurs amis des partis nationalistes arabes.
Le Web est un marigot où règne la plus grande confusion et sans conséquence politique que d’être un déversoir des simplismes et des haines de chacun seul derrière sa « console ». Au mois de juillet le marigot a été agité, après l’épisode concernant le dessinateur Siné et l’organe de propagande élyséen Charlie Hebdo, par un article du dénommé Meyssan, arriviste au passé louche depuis longtemps en quête de respectabilité avec son « réseau Voltaire », prétendu site anti-impérialiste mais creux comme une citrouille au point de vue social et politique. Un montage habile et frauduleux autour de l’ascension de Sarkozy constituait l’essentiel de cette nouvelle complainte anti-Sarkozy. Le succès reposait sur de soit disantes « révélations » depuis la guerre entre une partie de l’appareil politique français et
On eût pu remplacer CIA par KGB et la démonstration eût été la même, et en troquant la banque Rotschild par le célèbre milliardaire rouge du PCF. D’emblée, Meyssan mentait en disant ne pas vouloir s’attaquer à la personnalité de Sarkozy. Il ne fait que cela tout au long de sa diatribe : petit arriviste, coureur de jupons, félon vis-à-vis de ses premiers sponsors politiques.
Les « français » sont des cons commence par déclarer notre plumitif. Les premières frasques du parvenu – ses exhibitions pipole ridicules de « nouveau riche » - sont présentées comme une habile manœuvre pour faire « oublier son parcours politique ». On ne voit pas en quoi ses vacances chez des milliardaires ou ses aventures sentimentales pourraient faire oublier qu’il a été choisi par la classe bourgeoise française comme porte-flambeau de la dépouille du gaullisme. Le gaullisme n’avait pas besoin de Sarkozy pour être enterré ; depuis feu Pompidou puis Giscard et Mitterrand, et même l’artichaut Chirac, ce vieux brouet de la fiction de l’indépendance nationale avait été remisé au musée de la reconstruction. La bourgeoisie française n’a jamais été neutre ni indépendante depuis la fin de la guerre mondiale, et malgré le départ de l’OTAN sous l’égide du fier De Gaulle, elle était restée sous parapluie US, et elle le reste, comme l’Europe actuelle. Meyssan va s’ingénier en fait à donner une bien trop grande importance au pion Sarkozy dans son roman du contrôle US de l’Europe libérée du nazisme. Voici une progéniture des USA et d’Israël !
Morveux, Thierry Meyssan a lu tous les romans de John Le Carré et a été élevé au biberon des James Bond. Le public moderne a été gavé par les histoires de services secrets et reste friand en librairie pipole des « révélations » (dosées et superficielles) des ex-agents secrets. Cela n’empêche pas de cribler un texte simpliste de vérités historiques (méconnues mais réelles). L’armada américaine a en effet utilisé, après l’avoir relâché, les services du truand Lucky Luciano pour débarquer en Sicile. Un personnage nommé Franck Wisner Sr. apparaît comme l’homme clé de
Immédiatement on nous révèle par après que les attentats contre De Gaulle et le coup des généraux félons d’Alger était un coup de
Le maurrassien De Gaulle, en vérité, ne tenait pas initialement à lâcher les colonies. Pourquoi Meyssan ne nous parle-t-il pas de la visite de Kennedy à Paris où, lors des tractations il n’y eût pas besoin des sous-fifres de
Meyssan accumule les contradictions. Après les « secrets de famille » corses et siciliens où il y aurait eu complicité pour une vendetta contre De Gaulle, il nous sort Pasqua créateur du SAC pour… protéger De Gaulle ! Le SAC fût surtout un organisme de flicage intérieur de la société française, nullement anti-CIA, mais spécialisé dans l’organisation des complots de décrédibilisation des rivaux politiques parlementaires et dans l’organisation de la disparition des opposants peu dociles des colonies. Pasqua ne dirigeait pas la société Ricard – ou alors le pastis aurait été nommé Pasqua anisette – mais avait une sinécure de représentant pour assurer ses fins de mois d’homme de l’ombre du régime. Le mélo tourne à la confusion quand Meyssan nous conte que le trust Ricard couvre des truands américains et que la bande sicilienne de Luciano (présumée avoir comploté contre De Gaulle quand le SAC était sensé le protéger) fait ami-ami avec Pasqua pour lui fournir des troupes pour le SAC (composé surtout de flics français). Défilent les Léandri, Peretti, etc. qui connaitront une honorable carrière d’édiles du gaullisme. Ensuite il rend hommage à la politique d’indépendance nationale gaullienne et aux rebuffades du général face à l’Oncle Sam, en saluant le fait qu’il dote
Avant-guerre, cette banque était la cible de toutes les interprétations de l’extrême droite. Pensez une banque juive ! Depuis cette banque est devenue un consortium très secondaire, mais notre plumitif veut séduire le quidam imbécile avec ce poncif - contradictoire d’ailleurs parce dans sa petite tête Rothschild ce serait plutôt copains avec les USA – donc : « De Gaulle s’allie avec la famille Rothschild » ne pouvant défier seul les anglo-saxons ! Après avoir éloigné (pourquoi ?) les « encombrants corses » chargés pourtant jusque là de le protéger des tentatives de meurtre de
Comme décor pour annoncer l’ère Sarkozy, c’est un peu capharnaum, n’est-ce pas ?
Le petit Sarkozy décrit par le menu joue au milieu des mafiosos corses. Sa maman est secrétaire de Peretti. Il n’a que dix sept ans quand éclate le scandale de l’Union corse,
Meyssan ne nous explique pas comment il se fait que Sarkozy grille la politesse à Pasqua qui convoitait la mairie de Neuilly !?
Puis un passage enfonce le coureur de jupon, présumé responsable du suicide du mari de la fille Chirac ; ce mec pique les femmes des autres, après celle de Jacques Martin, etc.
Episode peu clair ensuite sur l’alliance hypocrite Chirac-Balladur. Rien sur les quadra avec Michel Noir qui seront promptement éliminés. Pasqua est décrit comme un super truand international qui pilote le petit Sarkozy encore dans l’ombre de l’auguste Balladur. Prétendant nous éclairer sur la bagarre de chiffonniers qui va suivre, Meyssan ressort Franck Wisner Jr, toujours un peu beau-père de Sarkozy… : « Alors reprend au sein du parti gaulliste… (la bagarre) entre les gaullistes historiques et la droite financière incarnée par Balladur ». Cette dernière remarque n’est pas dénuée de fondement, mais elle pèche par simplisme en laissant entendre que cette « droite financière » ce serait seulement « le courant Rothschild ». Il est vrai que Balladur et son petit adopté trahissent Chirac, mais non « suivant les instructions de Londres et Washington » mais au nom de l’aile libérale (néo-giscardienne) de la bourgeoisie française. Bagarre de chiffonniers où tous les coups sont permis, Meyssan a certainement eu des infos crédibles sur la tentative de main basse échouée sur la caisse noire du parti chez Elf… Mais il laisse sous-entendre une manipulation de Franck Machin Jr et du « courant Rothschild ». Fin de l’épisode.
SARKOZY FOSSOYEUR DU GAULLISME OU ENIEME NOUVEAU PION US
Pauvre Judas Sarkozy qui traverse le désert en dînant avec des milliardaires. Le roman policier reprend ses droits pourtant. Le prince Chirac est la victime annoncée du complot mené de main de maître par Franck Machin et ses collègues de
Chirac essaie en effet Sarkozy en le nommant ministre de l’Intérieur au lieu de Premier ministre : Meyssan en déduit l’erreur : « à ce poste il contrôle les Préfets et l’Intérieur qu’il utilise pour noyauter les grandes administrations ». On croirait là aussi le KGB ! L’erreur par contre de Chirac est que, malgré tout (premier flic de France n’était pas un poste à succès) même sinistre de l’Intérieur, Sarkozy n’a pas vu sa côte de popularité baisser, mais au contraire la planche sécuritaire l’a fait glisser vers le sommet électoral, pas les manœuvres présumées de Frank Machin Jr !
Un roman-fiction doit toujours évoquer les faits saillants des dernières années pour faire vrai. Meyssan nous apprend que Erignac a été assassiné par un tueur à gages, immédiatement « exfiltré ». Plus sensationnel, Colonna Yvan est un vieil ami personnel de Sarkozy ! (possible après tout en Corse, avocats, politicards et nationalistes se fréquentent forcément) On croyait pourtant qu’il n’avait pour ami que des milliardaires !
Allusion à
Les faux listings de Clearstream auraient été mis en circulation par une fondation dont Frank Machin est administrateur. Possible là encore que des amitiés américaines aient jeté de l’huile sur le feu de la bagarre de chiffonniers français, en tout cas cela a permis l’élimination de Villepin. Sarkozy représentait plus une carte pro-américaine que le fade Villepin, mais la question n’est pas : est-ce Machin Jr qui a œuvré mais qui et quoi correspondait aux besoins de la bourgeoisie française tout entière ?
Sarkozy n’est pas simplement un pion de la bourgeoisie américaine, il correspond au besoin de renouvellement de l’appareil politique usé et décati du gaullisme, il correspond aux besoins géo-stratégiques de la vieille bourgeoisie hexagonale effrayée par l’ampleur de la crise économique et de la montée des puissances « émergées » de resserrer les rangs avec l’ancienne tête de bloc ; ce à quoi ni le gentil Villepin ni la gourde Royal ne correspondaient.
OU MEYSSAN SE RIDICULISE
Pour l’extrême droite, la classe ouvrière n’existe pas, ce n’est qu’une plèbe manipulée qu’on bride avec le racisme bon teint du « produisons et chions français ». Oubliant toujours la catastrophe de quinze ans de gauche caviar, la chute du PCF et des syndicats, donc la grande trouille d’une abstention massive à la veille des élections malgré le forcing courageux et culotté de Sarkozy, Meyssan vient nous conter la fable de la neutralisation des candidatures d’opposition de gauche. Les extrêmes s’accusent en général de tous les maux. Prenons donc l’aile la plus pourrie et la plus opaque du trotskisme, pensa ce plumitif vaseux, pour boucler le scénario : les lambertistes. Cette secte a en effet un passé louche. Meyssan fait un raccourci opératoire pour sa fable à suspense en la reliant à
Il est incontestable (toujours une vérité au milieu d’affabulations) que les lambertistes ont tout fait pour promouvoir DSK cet amateur des clubs échangistes, mais pas pour éliminer Fabius qui n’avait aucune chance, malgré son come-back raté anti-européen. DSK devient dans ce conte le principal agent de
Ah la soirée à la brasserie des Champs Elysées, objet de tous les fantasmes ! Meyssan la remplit d’une centaine des plus grosses fortunes, alors qu’on ne nous a donné en pâture que le pauvre Johnny moitié bourré. Hep, c’était le lieu de rencontre de « l’union corse ». le scénario est presque ficelé, même si l’union corse avait d’autres lieux moins voyants. Pire, il y a Bolloré « milliardaire formé à la banque Rothschild ». Tout s’explique, encore le « courant Rotschild » ! Les juifs mènent le monde dans un yacht ! Sans oublier l’ancien entraineur de rugby propriétaire de casinos avec Nicolas (c’est vrai). Toute la famille corse, non juive est là pourtant. Guéant, un ancien bras droit de Pasqua, mais aussi Pérol sous-fifre de la banque déjà nommée, JD Lévitte, fils d’un ancien directeur de l’agence juive, le franc-mac Bauer (ouf on les retrouve aussi). Frank Machin Jr serait à l’origine de la nomination de Kouchner, juif lui aussi, mais surtout ex-chef gauchiste, principal conseiller de Mitterrand pour la question sociale ! Sarkozy a-t-il eu vraiment besoin de Machin Jr pour reprendre ceux qui avaient fait leurs preuves de bons commis d’Etat français ? C’est bien des amis à Le Pen que d’ajouter cet autre mensonge d’un Kouchner nommé aussi pour « liquider la politique arabe de
Comme pour Luciano Pasqua, Al Kouchner est plus ou moins soupçonné de favoriser la culture du pavot en Afghanistan au bénéfice… de
On continue à accrocher au mur les pions US. Christine Lagarde n’est pas juive mais elle a fait du lobbying aux USA avec les grands chefs de guerre. Les vacances à Wolfenboroo ont été payées par le sioniste Agostinelli qui écrit dans la revue Juive Commentary. Le frère de Sarkozy est nommé par un ex de
Enfin, toujours avec ce mépris ridicule de la classe ouvrière, typique de la plupart des journalistes, l’annonce du divorce de Sarkozy, conseillé par Séguéla (le publicitaire de Mitterrand) « couvre les slogans des manifestants un jour de grève générale ». Sarkozy n’a sans doute pas eu une telle idée, ou au contraire espéré que le bruit des manifestants couvrirait son fiasco marital, car les syndicats se chargeaient d’étouffer eux-mêmes la colère des travailleurs.
Pour finir par un beau mariage, Meyssan nous précise que les deux témoins du mariage avec le top model Carla sont du « courant Rothschild » : l’épouse du sioniste Agostinelli, et Bazire associé-gérant chez Rothschild » !
On a tout compris : les juifs mènent le monde et se couchent même dans notre lit. Voilà comment Sarkozy est devenu l’ami américain. Tout le reste n’est que politique et bagarre des multitudes prolétaires aveugles. Et consentantes.
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mardi 26 août 2008
UN IMPERIALISME PEUT EN CACHER UN AUTRE (ou la fable de l’humiliation US)
Alors que Le Figaro titrait « Les JO tournent à la confrontation sportive entre
L’ensemble des titres de la presse bourgeoise a porté initialement sur la peur de la guerre et une soit disante humiliation des Etats-Unis. Le journal du dimanche titra : « l’Europe redoute l’escalade », d’autres « Risques d’embrasement dans le Caucase », « La communauté internationale impuissante ».
Le 8 août l’armée géorgienne lance une attaque de nuit contre la capitale de l’Ossétie du Sud, Tskhinvali, pour affirmer la prééminence de l’Etat géorgien sur une zone qui désire être rattachée à
L’avancée impérialiste des chars russes a été renforcée dans son interventionnisme brutal non simplement par l’envolée du prix du pétrole, comme le serinent certains journalistes, mais pour répondre à une provocation forcément téléguidée par Washington, toujours en position dominante depuis le projet d’installation des boucliers anti-missiles en Pologne[2], et surtout, talonné par
Guerre inégale localement où l’avancée pachydermique russe a eu vite raison de l’agneau géorgien avec la comédie du cessez-le-feu, et l’apparent immobilisme US. On nous a laissé conjecturer que l’impérialisme russe avait voulu profiter de la relative faiblesse de la bourgeoisie américaine : fin de l’ère Bush, incertitude des élections, piétinement en Irak et Afghanistan, impossibilité d’aller à la guerre avec l’Iran. Foutaises occidentales : ce n’est plus l’ogre russe brejnévien, et malgré l’arsenal nucléaire, l’armada russe est composée de vieux tacots (alors que l’impérialisme chinois – comme l’américain - dispose de moyens plus sophistiqués). L’incursion en Géorgie peut coûter plus cher diplomatiquement et au niveau du G8 ou permettre en sous-main une avancée géostratégique américaine. Question : les confrères de cette confrérie des puissants, qui ont refusés de poursuivre de communes parades navales avec
SARKOZY GRIME EN DALADIER
L’anti-américanisme nationaliste du PCF :
Comme dans les années 1930, comme pendant la guerre mondiale et celle des décolonisations, le PCF participe à l’effort de guerre, à l’effort pour conditionner à une future guerre… inévitable.
MASSACRES DES DEUX COTES :
Aucune fraction bourgeoise, ni organisme humanitaire n’a exigé immédiatement de savoir ou compter le nombre de morts, de blessés dans la population civile. Personne ne dira le désarroi des populations spoliées, refoulées et expulsées.
La classe ouvrière, elle, se tait. Elle reste spectatrice des jeux olympiques, sommet du crétinisme de la compétition mercantile musculaire et militaire (Coubertin était l’ami d’Hitler, et Samaranch ancien ministre de Franco parade sur un banc olympique avec la reine d’Espagne). On ne peut lui en vouloir tellement elle reste encore assommée par l’idéologie du chacun chez soi, par une politique mondiale qui n’est affaire que de « spécialistes », et batailles de ping-pong diplomatique entre Grands et petits impérialismes qui nous remisent au rang de millions de fourmis et de tubes digestifs.
On le répète depuis si longtemps au point que c’est devenu une banalité, la crise économique s’aggrave de plus en plus, on prévoit une grave récession incessamment. A force de crier au loup… Poussée par cette crise la bourgeoisie doit apporter une réponse. La plus naturelle serait la guerre puisqu’il n’y a aucune solution dans le cadre du système de compétition mercantile. La guerre doit-elle précéder la crise ? La crise la guerre ? Et si la bourgeoisie attend trop, qui empêchera l’explosion sociale ?
Et si les bourgeoisies engagent tôt ou tard la guerre qui peut croire qu’elle passera sans casse politico-sociale majeure dans les principaux pays occidentaux et les grandes puissances ?
La bourgeoisie parvient à contrôler encore les secousses économiques qui ébranlent la prétendue longévité du capitalisme et à naviguer dans le puzzle d’un monde en compétition violente qui tend à générer une nouvelle formation de blocs impérialistes. Comme pour toutes les autres infos cruciales (avancées stratégiques US sous la provocation géorgienne, assassinats des soldats français indirectement par Poutine), il faut lire entre les lignes ou dans les passages apparemment secondaires dans le langage ésotérique ou franc-mac de la presse bourgeoise ; ainsi dans le Figaro qui laisse balancer au secrétaire général de la défense nationale un certain JM Balencie : « S’il s’avérait que de nouveaux accrochages meurtriers devaient se produire dans les prochains mois, ce qui est vraisemblable, on peut envisager qu’une partie (sic) de l’opinion publique, déjà réticente, face à l’engagement français, devienne de plus en plus critique ».
Or, cette « partie de l’opinion publique », au fond c’est le prolétariat (car même volontaires, les trouffions tués sont toujours des enfants des couches les plus pauvres et illettrées de la classe ouvrière)[3], et par défaut si cela reste bénin les pleureuses patentées du PS, des Verts et les gauchistes.
En filigrane, la crise géorgienne confirme que les grands impérialismes font toujours la loi, que
1) parce qu’elle sait la casse que cela représente, et qu’elle ne s’en fout pas pour ses fractions les moins débiles,
2) parce qu’une guerre mondiale n’équivaut pas et plus à une guerre locale, et que la classe ouvrière des pays industrialisés (y compris les masses chinoises ou russes) réagirait tôt ou tard « à l’intérieur » et violemment.
Dix soldats tués en Afghanistan :
Même si Poutine via le Pakistan et les taliban a « puni » le donneur de leçon de paix franco-européenne, on peut considérer que Sarkozy et son gouvernement sont responsables de la mort des dix soldats français. Secondaires comparées aux tueries quotidiennes de civils en Afghanistan, les circonstances de la mort des dix jeunes gens obéissent aux « lois » stupides de la guerre moderne : on ne sait plus qui tire sur qui. Les « gamins » militarisés, peu entraînés, peu encadrés, et livrés à eux-mêmes dans le bordel afghan (et dans la multiplicité des commandements « alliés ») ont probablement été plus décimés par les renforts US habitués à tirer dans le tas que par les seuls mitraillages taliban. « L’hommage de la nation » a été certes émouvant, comme peut l’être tout enterrement de jeunes êtres trop tôt fauchés par la mort, et avec l’exhibition des familles éplorées, mais sous une scandaleuse récupération nationaliste bourgeoise – les chefs bourgeois ne vont pas au casse-pipe – le blaireau président a été particulièrement odieux et ridicule : « donner sa vie avec honneur, c’est réussir sa vie » (éloge funèbre aux Invalides). Le même discours sacrificiel que les « barbares » bigots d’en face, qu’on n’oubliera pas tôt ou tard de lui jeter à la face ![4] Mourir pour la bourgeoisie, mais de mort lente, disait Brassens !
Le soit disant combat contre le terrorisme s’avère de plus en plus être une préparation à une nouvelle guerre planétaire. Dixit le député Guy Tessier : « Le terrorisme est partout. On se bat en Afghanistan pour que nous soyons en paix ici » !
Or, si les enjeux géostratégiques et pétroliers maintiennent encore la plupart des attentats éloignés de l’Europe – mais pas tant que cela avec
Sarkozy s’est démasqué en Afghanistan. Il a prétendu jouer au faiseur de paix en Géorgie mais en envoyant à la mort les petits soldats à Kaboul.
OU EN EST
Avec cette nouvelle rubrique, qu’on tiendra ici régulièrement, nous commençons une étude sur l’état de la classe ouvrière qui sera à la fois sociologique, sociale et politique, et qui aura pour but de dégager les lignes de force de cette classe des « sans-réserve » dont le rôle historique au niveau internationale reste plus que jamais crucial.
Etudions le bilan de l’emploi et des salaires de l’Acoss, organisme qui chapeaute les Urssaf (bilan de 2002 à 2007 publié dans le Fig du 20 août).
Le secteur tertiaire reste dominant avec 13 millions de salariés (+ 7,4% en cinq ans = 900 000 emplois créés). Il représente 72% des emplois. Les plumitifs manient curieusement les chiffres pour rendre opaque la proportion des activités sans que la proportion en réfère à la quantité pour une catégorie donnée ; cela donne ceci : « les services à la personne sont particulièrement dynamiques (en paye ?) + 58% de salariés dans l’aide à domicile, + 30% dans l’accueil des personnes âgées, + 29% dans l’accueil de personnes handicapées » ! A croire que 58% des 13 millions du tertiaire torchent le cul des grabataires !
Soulagement du plumitif communisateur du servile figsarko : « A l’inverse, l’industrie poursuit son déclin : 410 000 emplois en moins (-10%) pour arriver à 3,6 millions de salariés ». Ne s’agit-il pas plutôt du déclin du capitalisme industriel ? Mais passons, une contradiction peut en révéler une autre : « Une nuance toutefois : ces évolutions s’expliquent en partie par un phénomène de vases communicants : « Le mouvement d’externalisation de certaines activités par les entreprises industrielles se poursuit, notamment pour l’ingénierie, le conseil, le nettoyage, la sécurité, l’intérim et le transport », observe l’Acoss. Ce galimatias d’activités de merde auquel le journaleux bourgeois du Fig O.Auguste, ne pige rien lui inspire une rectification hors de propos : « Il n’empêche, l’habillement-cuir a perdu 35 % de ses effectifs au cours des cinq dernières années, le textile 32%, l’industrie des équipements du foyer 21%, l’automobile a perdu « seulement » 7,5% de ses effectifs ».
Après les 13 millions du tertiaire (sous entendu secteur où les prolétaires sont si dispersés qu’ils ne représentent aucun danger) le Fig enfonce le clou avec un article complémentaire : « Le poids des services continue à s’accroître dans l’économie française ». Où l’on apprend que les entreprises de service emploient 4,8 millions de salariés et « pèsent plus du tiers de la valeur ajoutée en France » (pas de la classe ouvrière…). Le plumitif sarkozien se félicite de la forte prédominance de la myriade de structures de petite taille : « 90% des entreprises comptent moins de dix salariés ». Ouf ! on revient au Moyen âge comme dirait Sarko : entreprise à échelle « humaine », pas de syndicats ni de grèves sauvages, bien bien… Quoique plus que 94% concerne l’immobilier et les services au particulier.
Le bâtiment va quand bien même tout va mal. Le plus grand nombre d’embauches a eu lieu dans ce secteur, lequel est en crise pourtant…
On nous apprend au surplus que le salaire moyen « dans le privé » s’élèverait à 2140 euros ! Faut le faire ! Trucage éhonté ou réalité provisoire ? Le mensonge est incontestable lorsque l’on sait la pauvreté des salaires dans les services ou dudit tertiaire (avec les tricheries horaires), mais les ouvriers pauvres ne lisent pas les journaux élitaires et savent que ceux qui écrivent dedans font profession de mentir en permanence. Il est incontestable qu’il existe de fortes couches de petits bourgeois (cadres, maîtrises, garde-chiourmes des vigiles et femmes de ménage) qui sont engraissés vers les 2140 euros. Contrairement donc aux mensonges chiffrés de l’Acoss et du Figaro, dans le privé et le public la majorité des salaires sont misérables et le privé (avec le culte du petit entrepreneur) n’est pas plus dynamique que le public, dessous de table, corruption, vilenie hiérarchique et humiliation des prolétaires y prédominent.
(à suivre)
ELOGE ET CRITIQUE DE LIVRE
« Les débuts révolutionnaires du mouvement prolétarien en France : le Babouvisme » par Robert Camoin (auto-édité à 90 exemplaires, juin 2008) 399 pages, 20 euros. Pour toute commande PU transmettra sur ce blog, ou sur mon adresse e-mail.
« Lorsque l’on veut empêcher les horreurs d’une révolution, il faut la vouloir et la faire soi-même ; elle était trop nécessaire en France pour ne pas être inévitable… »
Rivarol (royaliste)
L’introduction de Jean-Pierre Caro dit l’essentiel en soulignant l’absence de neutralité de l’auteur. Il s’agit bien ici d’un historien partisan, et ce n’est point péjoratif d’autant que Caro laisse le lecteur libre de juger quelle interprétation pourra être la sienne en soulignant que l’auteur souhaite stimuler la réflexion à partir de données brutes, au plus près des « bras nus » de l’époque. Libre aux esthètes de se situer au-dessus de l’histoire des hommes ou de demeurer dans la lune.
Bien qu’il comporte des manques majeurs et des esquives, ce livre est d’importance donc, non seulement par sa méthode discursive rigoureuse, mais parce qu’il y avait carence jusque là depuis 1968 d’une étude approfondie de la révolution de 1789. La plupart des militants révolutionnaires de cette époque se sont contentés des idées préconçues les plus banales sur cette lointaine révolution. Malgré quelques trop rapides questionnements sur la nature de cette paradoxale « révolution bourgeoise » en 1968, la plupart sont restés ignorants ou connaisseurs superficiels des causes de la mise à bas des privilèges nobliaux. Camoin vient combler là une énorme lacune. Le livre très riche en documents, apprendra beaucoup aux jeunes générations, si on le sort un jour du trou à rat de l’auto-édition. Même si vous n’êtes pas d’accord avec ce « parti pris », même si vous trouvez quelques approximations, vous ne pouvez qu’être séduit par la fraîcheur de cette contribution, qui stimule plus qu’elle ne renouvelle la réflexion sur la révolution française ; et c’est bien là le mérite d’un tel livre de ne pas générer l’indifférence.
Robert Camoin fait acte de modestie d’entrée et prévient qu’il ne veut pas tout embrasser de la carrière de Babeuf. En fait il embrasse beaucoup et nous apprend autant, même à moi qui me croyais fin connaisseur. Robert aime les biographies, égrener les noms, polémiquer avec celui-ci ou celui-là en cours de route, remettre à sa place un cabotin. Le texte qui accompagne les citations au début est un peu scolastique au début, avec deux fois le même verbe dans la phrase, mais il devient plus fluide et plus riche à mesure que l’on avance dans la lecture. Camoin finit par nous accrocher par la cravate et ne nous lâche plus. On est pour ou contre mais il faut avancer. La révolution se déroule et n’a que faire du simple spectateur trouillard.
Camoin trace son chemin et il n’est jamais seul. Il suffit qu’il polémique avec un bourgeois d’hier ou un misérable trotskien d’aujourd’hui comme le vulgaire Schiappa pour qu’on se sente dans la carrosse, qu’on n’oublie point que le cocher fouette les chevaux régulièrement. Des pas qui résonnent sur le pavé parisien à la dramatique exécution de Babeuf (dont Walter a mieux souligné le profond dégoût dans la solitude des derniers instants), on est « dedans ». C’est la première fois qu’on approche d’aussi près la préparation d’une insurrection. De même, personne n’avait aussi scrupuleusement étudié le programme des « égaux ».
Camoin n’a pas détaillé toute l’historiographie bourgeoise (ou même marxiste) car elle est immense mais il a travaillé sur des livres rares du mouvement ouvrier que lui seul a su accumuler depuis tant d’années (j’ai fait le vœu d’aller piller en douce sa bibliothèque quand il se rend à Marseille…). La dernière partie, à partir de la page 307 est une mine d’or sur les approximations du mouvement socialiste et communiste quant à cette intempestive et disputée révolution.
Exagérés et exagérations :
Examinons d’abord la thèse de ce talentueux « historien-partisan » centrée sur le personnage de Babeuf : « … j’ai rendu évident que Babeuf n’était ni un proto-anarchiste, ni un jacobin attardé (…) ressort d’un parti politique centralisé, agissant pour donner à la société une forme libre, heureuse et paisible. A
Engels, défenseur de cette révolution bourgeoise effectuée par des plébéiens (non encore vraiment prolétaires), plus spéculateur que RC déplora que « Babeuf soit arrivé trop tard », résolvait le problème en estimant que « les bourgeois ont toujours été trop lâches » et ne craignait pas de dénoncer les excès primaires des sans-culottes comme des suppôts d’intolérance (cf. mon livre sur
Robert décrit souvent, sans livrer ses sentiments, les têtes promenées au bout des piques. Etait-ce un acte révolutionnaire, autant que celui d’une tribu de cannibales ? Ou l’action parallèle et non essentielle dans cette révolution dite inachevée mais bourrée de complots et destinées à mal finir, d’une couche de lumpen mal embouchés, tout juste issus des campagnes primaires ? Actions terribles, parfois vraiment odieuses, qui terrorisaient les leaders petits bourgeois de la révolution au point qu’ils tombaient dans la surenchère pour préserver leur peau.
A-t-on vu le prolétariat moderne, en 1830, en 1848, en 1871, en 1905, manifester derrière des piques avec dessus des têtes dégoulinantes de sang? Robert manque une occasion là de tirer à vue sur l’historiographie, l’iconographie et la conographie bourgeoises, avec pour but de réduire la tragédie révolutionnaire à ses épisodes sanglants, voire en en exagérant la popularité alors qu’ils signifiaient l’expansion de la terreur opaque et aveuglante.
On eût aimé que Camoin traite de l’épineuse question de la « surenchère » petite bourgeoise - typique dans cette révolution - parfois simplement opportuniste, souvent criminelle, en période révolutionnaire, dans cette course à la mort où chacun peut être accusé du pire et la tête déposée sous le billot, où demain je ne suis pas sûr de ne pas être traité comme le pire contre-révolutionnaire, où tout responsable politique est prié de se mettre à genoux devant les désidératas de n’importe quel émeutier… Où dans mon propre parti je peux être accusé de corruption, de double jeu, où le plus intempérant peut me clouer au pilori sans preuves, etc.
La répression inconsidérée contre des populations civiles, même arriérées, comme la terreur contre les civils urbains peuvent être les prémisses de l’agonie d’une révolution. Premier théoricien du prolétariat moderne, Babeuf proteste énergiquement contre les massacres en Vendée, et (se démarque) des thermidoriens en indiquant que le mouvement de « résistance à l’oppression » (spéculativement) sera formé par des « Vendées plébéiennes ». Le livre de Philippe Riviale, « L’impatience du bonheur , apologie de Gracchus Babeuf », est un bonheur à lui tout seul, il montre à plusieurs reprises comment chez le communiste précurseur Babeuf il n’y a pas d’illusion sur le terrorisme et le militarisme, contrairement à certains de ses compagnons encore imprégnés de la tradition bourgeoise jacobine comme Darthé.
Jean-Paul Bertaud formule l’imbroglio de la méprise parisienne : « A Paris, les Jacobins et les sans-culottes, mal informés par la bourgeoisie locale, assimilent très vite les Vendéens révoltés à des « brigands » contre lesquels ils demandent la plus extrême des répressions. Les Jacobins vivent depuis longtemps dans la hantise du complot aristocratique » (cf. La révolution française, p.198).
Le fait de plaquer le schéma du parti léniniste sur le parti babouviste est bien évidemment réducteur, et même aboutit à faire du tort à la révolution russe comme « complot néo-babouviste » (plus que de reconnaître la syphilis de Lénine, qui n’était qu’une maladie terminale – laquelle a détruit d’autres grands hommes sans entacher leurs œuvres - controuvée depuis contre les supputations sur un soit disant empoisonnement de Wladimir Ilitch, que RC me reproche p.311). Les masses de 1793 n’ont pas la conscience des masses ouvrières de 1905 et 1917. Le groupement de Babeuf a un aspect comploteur incontestable (Robert le décrit pourtant très bien[6]) qui n’est pas le cas du parti bolchevik, ou alors c’est donner raison aux anarchistes staliniens à
Camoin oublie de nous dire que les babouvistes, à géométrie politique variable (pas du tout cohérents comme les bolcheviks), se plantent finalement complètement en misant sur « l’armée révolutionnaire » puis peu après les dénoncent comme prétoriens (Le Tribun du peuple n’°41, p. 122 de mon livre). Il oublie de rappeler aussi que le développement de la terreur est lié à la menace de guerre, puis à la guerre… ce que contestent les historiens bourgeois qui font tout reposer sur les épaules des « terroristes » jacobins comme ils procèdent pour crucifier aussi les bolcheviks. La guerre n’est pas une question nationale, française, jacobine, et bien que propice initialement au développement économique du capitalisme, elle n’a jamais favorisé les révolutions plébéiennes ni prolétariennes à la fin du XIXe siècle, même si elle a contribué au déclenchement des deux révolutions russes au début du XXe. La guerre des classes est toujours interne. La guerre révolutionnaire externe, même si elle sert à menacer les princes, n’élimine pas la responsabilité interne des masses exploitées face à leurs exploiteurs directs. La guerre révolutionnaire que Robert imagine seulement comme expansion miraculeuse de l’idée révolutionnaire, concrétise un résultat imprévu en 1795, comme je l’ai souligné, les fabrications de guerre rassemblent des masses d’ouvriers qui donnent forme à l’inquiétante lutte pour les salaires, qui effraye jusqu’à Marat, Hébert et Robespierre, et non pas engouement pour aller en masse au front.
ABSENCE D’AVENIR POLITIQUE DE
Il ne s'agit pas d'une activité passive faite sous la direction des anciens serviteurs du capital et par l'instauration du « socialisme » par eux à la manière de celles des trusts, mais une construction volontaire du socialisme par les ouvriers avec le concours technique de l’intelligentsia et un combat du prolétariat pour le socialisme contre les ennemis extérieurs et intérieurs (parfois défensif parfois offensif – ça dépendra de la situation) – tel est notre point de vue ».
Avec les Communistes de gauche, on ne sait pas toujours très bien si la petite bourgeoisie est seulement la paysannerie, les intellectuels déclassés, ou aussi les membres du parti dans l’appareil d’Etat ; il faut en permanence combattre une influence délétère :
« …la détresse est si grande que toute heure de retard, toute indécision freine le travail créatif futur. En dernier lieu, la construction intérieure (si elle est menée dans le bon sens) assurera le terrain pour le prolétariat et réduira le chômage, la désagrégation de classe et l’influence des éléments petits bourgeois sur le prolétariat ». (Ossinsky)
Nous sommes opposés à ceux qui « pillent » et sèment le désordre. Mais nous devons souligner le plus clairement possible qu’éliminer les courants petits bourgeois et restaurer la discipline de travail au moyen de l’introduction du salaire aux pièces et de primes, veut dire lutter contre le diable à l’aide de Belzébuth. Or, cela résume à prononcer de belles paroles creuses sur la lutte contre les appétits petits bourgeois, tout en développant en réalité dans le milieu ouvrier la débauche petite-bourgeoise, la poursuite aux kopecks, les méthodes de négociation qui détournent les ouvriers des tâches politiques et réduisent leur combativité et leur conscience de classe.
Pour éliminer les tendances petites bourgeoises, et les intérêts égoïstes, il ne suffit pas de la dictature des organisations ouvrières. Les conditions extérieures et objectives doivent liquider les bases de la « foire d’empoigne ». Ici, il faut ajouter que, d’un côté, l’introduction des primes et du salaire aux pièces crée les conditions objectives les plus favorables à la spéculation petite-bourgeoise. De l’autre côté, l’enlisement de l’organisation de la production, même dans la clarté programmatique, transforme toutes les discussions sur la lutte contre l’ennemi petit-bourgeois en causeries agréables, mais inutiles. (Ossinsky, Réponses claires).
JLR
[1] Les voies des complicités inter-impérialistes ne sont pas vraiment impénétrables. Il est désormais avéré, en particulier, qu’il existe des liens (financiers) entre
[2] Curieusement la presse bourgeoise occidentale fera savoir discrètement le 18 août, que le 16 aura eu lieu un accord entre Washington et Varsovie sur l’installation en Pologne de ce controversé bouclier antimissiles US, qui équivaut à paralyser la puissance nucléaire russe ! Et l’Ukraine le 18 de monter en ligne pour proposer aussi ses radars antimissiles. Preuves que l’invasion de