"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 9 juillet 2008

EN AVANT VERS LA GAUCHE anticapitaliste à 200% !

(la pénible gestation du NPA par la LCR)

Ont été consultés et analysés pour cet article les ouvrages et article suivant :

- La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981) Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ? par Jean-Paul Salles (ed Presses universitaires de Rennes, 2005)

- Qu’est-ce qui fait courir les militants ? d’Yvon Bourdet (ed Stock, 1976)

- Hebdomadaire Rouge n°2254 (résolution des chefs LCR pour le Nouveau parti anticapitaliste) 29 mai 2008).

Hourrah, masses hexagonales ! La blogosphère a vu se lever un vent nouveau, de multiples courants d’air virtuels vont donner naissance à une tornade guévaristo-libertaire : le « site national du NPA ». C’est quoi ce sigle à la connotation inquiétante (NSDAP ?), négative (nosocomaniaque ?)… Ne tergiversons pas car les masses télévisuelles sont déjà au courant ce soir, Besancenot l’a déclaré lors d’un après-midi chez Michel Drucker : c’est le nouveau parti anticapitaliste cuisiné par la LCR. Nos trotskistes néo-tiers-mondistes, post-bréjnéviens, ex-soutiens électoraux de la bande à Mitterrand, ex-cavalier seul 100% à gauche, peuvent-ils apporter quelque chose de nouveau, ou au moins de vraiment anticapitaliste avec cette volonté sentimentale de « rassembler la gauche » ?

En page centrale de l’hebdomadaire Rouge (n° 2254, organe du vieux groupe), pleins feux sur la résolution du bureau politique, pardon de la « direction nationale de la LCR » : « Pour un anticapitalisme et un socialisme du XXIe siècle » ! Remarquons d’abord qu’au niveau de la sémantique les grands chefs du petit parti LRC ne sont pas fortiches, pourquoi accoler ainsi cette curieuse et vague notion d’anticapitalisme (anti-quoi et antique…) à celle d’un socialisme du XXIe siècle en laissant de côté donc celui présumé carbonisé des XIXe et XXe siècles ?

La résolution du futur feu bureau politique – gageons que ce caméléon restera dans la besace du fier facteur Besancenot – ne brille ni par son génie ni par ses nouveautés. On verra plus loin que la principale mystification réside dans la « mise en orbite du facteur prolétarien » par une organisation néo-stalinienne dirigée par des « docteurs » et des membres des professions libérales peu crédibles comme tels, non seulement par leur programme politique bidon, mais par leur situation sociale d’hommes aspirant au pouvoir, que leur profession intermédiaire ou marginale fruste. Le contenu de la « résolution » est aussi pauvre, médiocre et désespérant que tout ce que la LCR a pu produire depuis des lustres. Qui miserait un kopek ou un euro sur un tel vieux cheval sans tête qui court dans tous les sens? Les médias bourgeois ont bien fait monter la mayonnaise. Pas un éditorial d’hebdo ou de quotidien qui n’ait soupesé les chances du nouveau parti de « rassembler à gauche », de « doubler » un PS déconfit et déségolénisé, de faire oublier le lamentable survivor stalinien. Il ne s’agit pas d’une manœuvre ou d’un simple amusement médiatique pourtant, il existe la crainte d’un remake de 2002, bien que face à la droite pas grand-chose et à la gauche plus rien, le FN ait pu jouer les trouble-fêtes alors qu’à présent il est inexistant. Sarko n’est pas Badinguet et Besancenot n’est pas Victor Hugo.

La bourgeoisie est bien inquiète en catimini, avec les attaques incessantes portées par l’Etat du blaireau Sarkozy contre les conditions de vie des millions de prolétaires, de ne pas pouvoir compter sur un véritable parti d’opposition crédible. Et puis les sondages sont là, et reflètent malgré leur arrière-cuisine peu appétissane le rejet des vieux caciques politicards. Comment la masse anonyme ne serait-elle pas séduite par le petit Besancenot qui est le seul jeune, au milieu des vieux requins, et qu’il a une gouaille et un sens de la répartie qui en laissent plus d’un sur le cul ? Même s’il radote lui aussi des mots creux bovéïstes et boboïstes...

Le PS et le PCF sont les partis bourgeois qui ont le plus contribués à atomiser la classe ouvrière, ils ne voudraient tout de même pas que celle-ci leur dise merci ! Il ne faut pas oublier par contre que la LCR comme LO et les pétés lambertologues, eux, ont contribué à semer des illusions sur ces partis, et que nombre d’anciens de la LCR se sont retrouvés ministrés, ministrables et membres du club des dirigeants bourgeois du PS. Gageons que c’est là le seul avenir au facteur du 16ème, à la suite des ex Weber, Dray, Cambadéchu et Mélandéçu et compagnie.

FLASH-BACK : un peu d’histoire dans le magma de l’édition en faillite. L’édition est en faillite non pas parce que les gens achètent d’abord pour bouffer, ou parce qu’il y a trop d’éditeurs mais parce que la plupart des petits éditeurs comme les dominants ne publient que de la merde pipole et que les discours des râclures d’Etat valent qu’on reste illettré. Prenons tout de même mieux que « histoire d’une nuit à l’Elysée avec Nicolas », l’ouvrage d’un membre d’une école historienne trotskienne, « les amis de Dissidence » : « La Ligue communiste révolutionnaire : (1968-1981) instrument du grand soir ou lieu d’apprentissage ? » par Jean-Paul Salles (aux Presses universitaires de Rennes, comme le book de Vigna). Sans lien avec l’histoire révolutionnaire du XXe siècle (que ces thésards d’obédience trotskienne connaissent peu ou ignorent) ni une appréciation quelconque pour savoir en quoi cette ligue est révolutionnaire ou pas – l’auteur ne se demande même pas ce que peut être la révolution – on va nous entraîner dans la sociologie électorale et les petites cuisines des cénacles trotskiens de l’après-guerre, dont on a été saturé en 2002 (vous vous souvenez ? non, ah oui c’était surtout la hideuse peur lepéniesque qui avait ravi la vedette à nos « trotskysmes » hexagonaux lesquels avaient servi brièvement à animer la campagne électorale catastrophique pour le PS et son Jospin pour s’aplatir dans un « vote utile » pour « gangster Chirac ».

Pour l’heure, l’objectif est le même qu’en 2002 : se servir du trotskysme relooké en façade pour mesurer la possible consistance d’un parti de gauche se réclamant des masses exploitées et non pas des « multitudes électorales », ou aider le PS à se repositionner. La LCR par sa nature éclectique, par son salmigondis de prétentions du clientélisme bobo n’a aucune chance de devenir un parti de l’envergure du PS ni d’illusionner sur la nouveauté de son « ouverture large » guévariste, libertaire et écologique.

L’étude précise et bien informée de la trajectoire de la LCR ne peut pas être méprisée, elle est une indication, une réflexion approfondie de ce qui caractérise ou effraie face à toute organisation alternative, révolutionnaire ou pas, pleine de promesses et férue de machiavélisme au XXIème siècle. Pour cela elle nous intéresse et elle ne nous est pas étrangère. Ses militants ne sont pas des martiens ni des grands bourgeois, ils ont cru longtemps à la révolution, pas la nôtre certes, mais tromper perpétuellement sur la vraie nature de la bourgeoisie n’est pas un certificat de bonne conduite ni un brevet de révolutionnaire authentique. En outre ces post-léninistes ont mis de l’eau dans leur pastaga : ils prétendent ne pas souhaiter parvenir seuls au pouvoir sinon on sera encore obligé de dire que si ces « libérateurs » du capitalisme y parvenaient on dirait ensuite : comment se libérer de nos libérateurs ?

La présentation de la thèse de JP Salles montre quand même l’intérêt d’une étude sociologique des organisations. Le militant pur et dur antiparlementaire et antisyndicaliste vous daubera en martelant qu’on ne juge une orga que sur son programme ! Et s'ils n'ont pas ou plus de programme? Et quand les orgas ne sont composées que de bourgeois et de petits bourgeois qui prétendent parler au nom de… ? On verra plus tard, mais le hic n’échappe pas au présentateur qui lâche : « Toute nouvelle est la façon dont est traité le problème de l’origine sociale des dirigeants et militants de la Ligue, moins bourgeois dans l’ensemble qu’on ne l’a dit ; souvent d’origine juive, ses dirigeants rejettent l’antisémitisme comme le sionisme. L’auteur montre très bien comment pour toute une génération, la Ligue a été une formidable école de formation politique et professionnelle et pas seulement dans le journalisme ».

On laissera à d’autres le soin de s’interroger pourquoi dans la même phrase on nous parle de bourgeois et de gens d’origine juive. Au moins les dirigeants de la LCR ne soutenaient pas l’Etat d’Israël contrairement à ceux du PS en plus pro-américains. Mais il est malséant de parler de la composition communautaire des partis ; Henri Nallet s’est fait virer du gouvernement Jospin pour avoir estimé qu’il comportait trop de juifs et de protestants. Sarko en a tiré la leçon qui a su si bien doser la représentation gouvernementale des origines diverses.

Post 68 on savait que la ligue comptait nombre de juifs dans ses rangs et on s’en foutait ; Marchais n’a jamais dit que Cohn-Bendit était un « juif allemand », bien que sa diatribe ait instillé le soupçon, car la contre-révolution voit des juifs partout surtout dès qu’il est question d’ébranler l’Etat bourgeois apostolique et romain. Mais je jubilais moi aussi en chantant avec la foule « nous sommes tous des juifs allemands ».

On se disputait dans les lycées au contact du lilliputien milieu révolutionnaire renaissant, non sur l’origine communautaire des uns ou des autres, mais sur l’hystérique soutien à la Chine, aux « libérations nationales » donc sur les divers terrorismes tiers-mondistes (estafettes pour créer de nouveaux Etats) que tous les anciens récipiendaires « pablistes » nient avoir exalté et encouragé. La ligue fût certainement le groupe gauchiste le plus visible, le plus dynamique dans ses cordes, le plus remuant avec ses versatilités. Etait-ce un groupe vraiment révolutionnaire, un avorton opportuniste, un nouveau parti de type stalinien, une bande d’étudiants excités destinés à se calmer dans leur future vie active de cadres ? Les appréciations s’entrechoquaient. On avait du mal à crucifier cette ligue agitée face au paisible PSU et aux imbéciles maoïstes. De jeunes militants d’origine juive, en avance sur nous par leur esprit « apatride » avaient gagné notre estime sans que nous lions cette origine à une malfaisance quelconque (j’admirais le futur dessinateur de la LCR Piotr, compatriote du lycée Buffon, qui fût arrêté rue Gay-Lussac et en photo assis par terre en une de la presse le lendemain de l’émeute). Tous « juifs allemands » ? non : « D’autres militants connus – R.Prager ou P.Barsony (Piotr) - , sont nés de pères juifs hongrois, mais de mère allemande pour le premier et corse pour le second. Quant à écrire comme le fait A.Kriegel que les « jeunes aschkenazim se retrouvent plus volontiers trotskystes, les jeunes sephardim plus volontiers » maoïstes », nous lui laissons la responsabilité de cette affirmation » (p.308).

IMPOSSIBLE D’ESTOMPER LE PASSE DE LA BRANCHE TROTSKYSTE LA PLUS CAMELEON

Excepté l’organe du PS, le Nouvel Obs comme on va le voir, les journaleux en général n’ont pas de mal à répandre le mensonge d’une ligue pacifiée en 2008 puisque un grand nombre d’ex-militants trotskiens sont dans les bonnes places de journalistes à mouliner la fredaine de ce bon gauchisme rangé des voitures qui va (peut-être) blanchir à nouveau les vieux drapeaux de la gauche caviar qui ont servi de nappes aux conseils ministériels. Reconnaissez que la ligue en voie de NPA cultive l’ambiguïté avec son retour à un anarchisme bon teint couplé avec la gloire posthume du « terroriste » Guevara !

L’auteur de la thèse manifeste une complaisance intéressée à excuser la LCR de sa responsabilité dans la propagation de l’idéologie terroriste (p.263 et suiv.) à la traîne de la théorie fumeuse de « l’Etat ouvrier dégénéré », pourvoyeur lui aussi de gangs terroristes. Il présumait que, sous forme de livre, sa thèse n’avait de chances de succès de librairie qu’en flattant la nouvelle ligne électoraliste avec son Besancenot trop lisse pour être révolutionnaire, en amenuisant le fond de leur ancien discours pro-terroriste à distance. Or on ne peut pas oublier les affiches avec mitraillettes et discours vantant les divers guérilleros d’Afrique en Amérique du sud. Avec son salmigondis guévariste-libertaire, le prétendu nouveau parti anticapitaliste s’est de toute manière tiré une balle dans le pied avec le fameux déjeuner Besancenot-Rouillan (de l’ex Action directe). La presse bourgeoise de gauche a sauté sur l’occasion. L’organe théorique du PS, le Nouvel Obs, ne se gêna point pour indiquer qu’il ne voyait pas ce qui différencie un militant trotskiste, même relooké, d’un réactionnaire du FN, d’autant qu’ils se copient les uns les autres pour mieux se combattre… dans la façon de coller leurs affiches (je sais de source sûre qu’il y eût souvent des conciliabules entre chefs trotskystes et chefs du FN pour éviter de faire se rencontrer les colleurs d’affiches). Début juillet, avec son article « Besancenot, un Le Pen à l’envers », le lâche Claude Askolovitch fait dire à un autre qu’on devrait interdire l’extrême-gauche anti-capitaliste au même titre que l’extrême-droite. Le populisme louche de Besancenot ne se vérifie-t-il pas dans le fait que celui-ci a soupé avec l’assassin non repenti du PDG de Renault et du général Audran ? (non il était amiral, le Nouvel Obs a l’habitude des à peu près) : « de là à monter un parallèle avec les ex-tueurs passés de l’Algérie française au FN… ». L’hypocrite Askolovitch fait parler l’ex-LCR Weber, parvenu sénateur PS, pour relativiser sur cette « demi-secte » et mieux pourfendre un rival épisodique du parti gauche caviar mal en point. De la merde de journaliste corrompu…

Sans patauger dans les comparaisons glauques et déplacées de ce con d’Askolovitch, il faut voir l’invitation à déjeuner non comme une bêtise mais comme le souhait du comité central de la LCR en transition vers un espoir œcuménique de repriser la vieille union de la gauche mitée, une volonté de faire radical à bon marché sur le gentil plateau électoral. Peine perdue : Rouillan a largement payé d’années de réclusion mais n’est ni un exemple de révolutionnaire ni un « bon plan » pour rassurer les durs anti-élections sur une conservation en catimini de l’insurrectionnalisme de naguère!

Nul mieux qu’Yvon Bourdet, ex-membre de S ou B et cofondateur d’ICO (et moi plus modestement avec mes « trotskiens ») n’a aussi bien décrypté l’image agitée de la LCR première manière, concédons que la plupart n’étaient pas encore à l’âge où on vous octroie le droit de vote :

« On se forme en faisceau dans les rues, têtes uniformisées par des casques de moto, on chante, on crie, on hurle, éventuellement on frappe. L’ « idée » qui résonne sous les casques moutonnants est simple : montrer la puissance du groupe (auquel, souvent, on aura adhéré par hasard, et en tout cas rarement par connaissance de la théorie des autres groupes et du sien propre). (…) L’insignifiance de fait du but prétendument visé se manifeste par la versatilité : on pourrait évoquer, en caricaturant, ces « militants » et « militantes » qui ont successivement épousé la cause des Vietnamiens, des Algériens, des Palestiniens. Ensuite est venue l’heure des Chiliens expulsés ou émigrés ; enfin, il a fallu voler vers le Portugal. Cette inconstance et cette jubilation pour la cause « nouvelle » sont du même type que Don Juan : on n’aime personne, on s’aime aimant. L’arrivée de Pinochet au pouvoir ne rend aucunement périmée la cause des Palestiniens, et la révolution au Portugal ne résout pas la question chilienne, mais ces « militants » quelques jours, n’ont plus d’yeux que pour Lisbonne… Je le dis sans précaution : les militants libidinaux de ce type ne sont pas des militants, même s’ils constituent la majorité flattée par les « dirigeants » ; leur activisme excité par la nouveauté immédiate n’a rien de spécifique et ne se distingue guère – sauf par le goût de la violence au moins verbale – de celui des amateurs de jazz, des fanatiques du sport, voire des collectionneurs de timbres (…) l’expérience d’un demi-siècle n’a que trop prouvé que les militants de type léniniste (en tant que corps) constituent une nouvelle classe dominante »

(« Qu’est-ce qui fait courir les militants ? ed Stock 1976).

UNE RIVALE DU PARTI STALINIEN ?

Ce n’est pas pour rien que l’entrisme trotskiste dans le parti stalinien a produit son meilleur fleuron en la personne d’Alain Krivine. Le jeune Krivine, tarabusté par le vieux Pierre Frank, qui lui demande d’agrafer des brochures lors de leur première rencontre alors que l’autre se sentait gonflé par son aura de leader étudiant vu à la télé, signifie bien qu’il n’y a pas retour à la case départ (le trotskisme d’avant-guerre, réel courant prolétarien en lutte contre le stalinisme). Les « jeunes » passé à l’école du parti stalinien (avec l’excité Goldman et tutti quanti) veulent régner sur les brisées du parti stalinien, modèle et école. Singerie lamentable. JP Salles le note : « De la même manière que la Ligue, incarnation du vrai communisme, dispute au PC la direction de la classe ouvrière, elle tente de s’imposer dans ce lieu sacré de la mémoire ouvrière qu’est le mur des Fédérés. » Les lambertistes ont porté souvent leurs chrysanthèmes dans les mêmes lieux, eux aussi avec leurs amis francs-macs et Bergeron. La ligue n’a jamais démenti non plus son soutien au régime totalitaire de Cuba, incarnation de la lutte « anti-impérialiste » des sixities au deuxmillies : « les révolutionnaires n’en défendent pas moins Cuba socialiste (sic) contre ses ennemis » (p.70). C’est ce que le trotkysme nommait « soutien critique », comme aujourd’hui leur soutien à la gauche en « état critique ».

Dans la « saga de classe » oubliée des bougistes LCR, on peut se souvenir que la ligue ne désespérait pas de s’incruster en milieu ouvrier en dépit de ses références tiers-mondistes rédhibitoires pour les prolétaires européens sevrés par l’orgie « armée » de 39-45: « Les militants essentiellement étudiants de l’ancienne JCR se donnent pour objectif « d’aller aux masses », ouvrières surtout, et de renouer par-delà quarante années de « trahisons staliniennes » avec la tradition de Lénine et Trotsky » (p.71).

La tâche était rude pour ne pas dire insurmontable : « La place centrale donnée à la « classe ouvrière » est une idée unanimement partagée à l’extrême gauche. Avant mai 68, les militants maoïstes de l‘UJCml avaient déserté les facultés pour les usines, et les trotskystes de Voix ouvrière sont organisés autour des « feuilles de boites » qui leur permettent de stabiliser leurs contacts, procédant à une patiente « accumulation primitive » de militants » (p.74).

Les références politiques ne sont pas différentes des maoïstes, la position chinoise est jugée positive car « elle attribue une importance primordiale au mouvement des masses » (p.91).

Quelle différence entre maoïstes et trotskystes ? « Chez ces derniers (les maoïstes) il (l’établissement en usine) doit permettre d’extraire les idées justes des « masses », alors que les trotskystes se perçoivent comme les « éclaireurs » des « masses » (p.127).

Avec son insertion électoraliste dans la vie politique française, la ligue connaît un début de prolétarisation à la fin des années 1970, mais très « fonctionnaire » : « Bien sûr, beaucoup sont des enseignants, et les employés (agents des PTT et de l’EDF) sont plus nombreux que les véritables ouvriers de l’industrie » (p.153).

La ligue est la championne de la prise en compte de toutes les révoltes, de la facétie autogestionnaire des LIP au bucolique Larzac, de la jeunesse scolarisée au « travail armée », et du « travail femme » à celui des « enfants » et à la libération « homosexuelle », sans oublier la lutte foucaldienne pour les « malades, fous, handicapés ».

J’ai eu l’occasion de décrire par le menu dans mes « trotskiens » la versatilité de la LCR et ses modes successives sans éprouver le besoin de m’appesantir encore en détails sur ce caméléon politique moderne de la bourgeoisie libertaire assez unique dans l’histoire pour refléter tout de même notre époque de confusion des genres, de mixture de toutes les théories fumeuses d’une société décadente. L’intérêt du bouquin de Salles, bien qu’il ignore apparemment la critique incisive faite à ce courant aussi bien par le milieu révolutionnaire glorieusement méconnu, que par les anarcho-situationnistes et les lambertistes, est de révéler que la LCR est bien une organisation bourgeoise, non pas seulement par son programme caméléon stalino-libéral, mais par la direction sociologique de ses dirigeants. A pisser de rire. Bravo d’aborder les questions qui fâchent la plupart des orgas politiques qui se proclament radicales. Page 294 est évoquée « une lutte de classes à l’intérieur de la Ligue ? ». Ebouriffant ! Fuyez, fuyez prolétaires et ne votez surtout pas pour un tel organisme dirigé par… des bourgeois ! Sous l’inter-titre « Origine sociale des dirigeant(e)s de la LCR » on lit :

« Dans l’immédiat après-mai 68, les communistes rouennais sont excédés par l’activisme des militants de la Ligue. Ils s’emploient à les discréditer en rappelant que l’un de leurs dirigeants, JM Canu, « terriblement rrrrévolutionnaire » (sic) est un « enfant de bourgeois »(p.294). Plus loin : « Mais un certain nombre de militants parisiens en vue, les frères Krivine, P.Rousset, M.Recanati ou les frères Cyroulnik appartiennent à la petite bourgeoisie cultivée. Le père des frères Krivine était Stomatologue (…) Nous n’avons pas rencontré de très grands bourgeois parmi les ascendants des dirigeants de la ligue mais un certain nombre d’entre eux appartiennent à la catégorie cultivée de la population. Par les métiers qu’ils exercent – médecin ou dentiste – sans atteindre l’extrême richesse, ils sont à l’abri du besoin » (p.296).

Une dirigeante du comité central, dans sa lettre de démission fait état de « l’écoeurement des militants de province lorsqu’ils vont à Paris et dorment chez des copains dans des appartements très chics avec des chaînes à 1 et 2 millions » (p.297).

« En septembre 1975, la cellule de la LCR d’Avignon est composée à sa naissance de 4 professeurs, 3 internes en psychiatrie ou médecine, un ingénieur de l’Equipement et un jeune chômeur. Un des rares ouvriers locaux, sympathisant, est laissé en groupe taupe rouge du fait de ses « nombreux problèmes individuels » (p.297). Toujours le pauvre con de service.

Une organisation de la petite bourgeoisie et des couches flagada : « Les listes de souscription pour Rouge quotidien confirment cette image d’une organisation qui puise une partie importante de ses ressources dans son milieu originel, chez les étudiants et les enseignants » (p.298). « La présence à la LCR de médecins et surtout de leur implication dans la vie politique locale sont moins apparentes. En comptant les militants qui se consacrent à la direction nationale de l’organisation, comme le docteur Antoine Grimaldi, nous en avons dénombré une dizaine. A Paris, le chirurgien JM Krivine, le professeur de médecine MF Kahn ou le psychanalyste M.Hassoun sont très actifs dans les années soixante-dix ». Voici donc qu’un groupe longtemps extra-parlementaire se composait donc, à son commandement, de bourgeois docteurs, chirurgiens… comme le personnel des partis officiels du Parlement !

Puis, on apprend que la classe ouvrière (objet désiré et fantasmé de la révolution) est inexistante dans l’appareil qui se reproduit surtout dans le milieu interlope de l’Eduque naze : « Au cœur de la Ligue : enseignants et étudiants » : « Ainsi, après 1968, ce sont les étudiants toulousains devenus enseignants qui créent de nouvelles sections dans les villes du Sud-Ouest » (p.303).

L’étude de Salles est honnête concernant les « drop out », les échoués du système qui vont peupler nombre d’organisations contre le système mais pas forcément pour un autre monde débarrassé de l’arrivisme : « nombreux sont ceux qui interrompent leurs études avant leur terme, sans obtenir de diplôme professionnel. Ils se reclassent ensuite dans la fonction publique, les PTT, l’Inspection du travail ou l’enseignement » (p.305).

Ces échoués du système, de milieux défavorisés, sont souvent aussi lucides que les opposants dits ultra-gauches sur les tares de l’orga : « De nombreux textes dénoncent l’absence de fraternité entre militants : « les rapports cadre-militants n’ont souvent rien à envier aux rapports hiérarchiques bourgeois, écrit ce militant marseillais. La prise de parole est moyen d’affirmation, de domination sur les autres camarades » (…) « Il existe dans l’organisation une catégorie de militants – une race de Seigneurs (sic) - qui peuvent continuer à échanger en dehors des périodes de congrès, ce sont les membres du CC . Confirmant le constat du Montpelliérain, dans un texte public, Verla dénonce un « climat de suffisance » instauré par certains. Nous n’avons pas tous eu, poursuit-elle, « les mêmes conditions de départ, la même formation, les mêmes tâches familiales», aussi tant qu’on n’aura pas pris conscience des problèmes posés par ces inégalités, « les rapports de domination, d’oppression » existeront aussi dans l’organisation » (p.324).

Remise en cause du schéma léniniste d’organisation : « On trouve un écho de ce malaise dans le compte-rendu d’un débat de la cellule enfance inadaptée de Rouen qui pointe le doigt sur le fait que « pour beaucoup, l’organisation est devenue un but d’existence, réinstaurant par la même des phénomènes substitutifs de ce qui se passait à l’extérieur (hiérarchie, volonté de puissance) » (p.334).(…) « Y sont relevé plusieurs défauts couramment répandus, héritage de « nos déformations estudiantines après Mai 1968 » : langage codé, arrogance, verbiage, terrorisme verbal… ». Il demande que « les femmes et les ouvriers soient promus dans les directions ; cela passe par la création de crèches et un fonctionnement moins activiste » (pp. 334 et 335).

Puisque les ouvriers ne venaient pas au parti trotskien, il fallut engager les militants petits bourgeois à se transformer en ouvriers. Le « tournant ouvrier » eu rapidement du plomb dans l’aile pour les plus lucides : « Quant à Laurence Rossignol, elle explique que cette décision du congrès l’a amenée à quitter la ligue. Elle ne se voyait pas annoncer à ses parents modestes qu’après six ans d’études, elle allait s’embaucher chez Renault : « Pour aller s’établir, il fallait vraiment être des fils de bourgeois (…) C’est un truc d’aristocrates et de petits bourgeois » (p.336).

La LCR est bien décidément un lieu d’apprentissage pour passer corps et âme au service d’un parti bourgeois : « Beaucoup d’autres partent en groupe, Julien Dray et ses amis de Questions socialistes en 1982, Paul Alliès et ses camarades de Montpellier en 1986. Le passage au PS permet à ces militants de réinvestir le capital politique acquis à la LCR. Comme l’explique PH. Juherm, ils y ont appris à s’exprimer en public, y ont contracté de l’assurance et manient parfaitement les « thématiques politiques. A défaut d’avoir acquis un cursus scolaire prestigieux ou d’avoir conquis une position élective locale, ils sont devenus tout au long de ces années d’activisme des militants efficaces » (p.337).

JP Salles reste neutre, il ne tire pas vraiment les leçons de « l’école LCR ». Il laisse le soin à JF Sirinelli de considérer que : « la victoire de la gauche en 1981 a permis « le recyclage politique » des militants de la génération baby-boom : « l’extrême gauche rentre à gauche » (p.338). Mais il a une intuition géniale tout de même, les Pierre Frank et Cie malgré leurs confusions étaient quand même les héritiers d’une tradition révolutionnaire bafouée par la prégnance du stalinisme (et érodée par leur suivisme) ; le post-stalinisme, les Krivine et Cie s’y sont conformés en réintégrant le cirque électoral et en râclant les fonds de tiroir du stalinisme municipal: « Par contre, du fait d’une pyramide des âges non-conforme à celle du pays, la ligue n’a pu être le terrain de rencontre entre les diverses générations. Les anciens, ou très anciens, très minoritaires, ont été submergés par les baby-boomers, qui les ont parfois regardés avec condescendance » (p. 346).

Le vétéran et dynamique Michel Lequenne (80 ans), dans l’interview qu’il m’avait accordée en 2002, n’avait pas été explicite à ce sujet, mais j’avais bien eu l’impression qu’il était marginalisé lui aussi comme « vieux de la vieille ».

RIDICULISER LA CONSCIENCE DE CLASSE OU LES MILITANTS AGITES DU BONNET?

Les cocus de l’histoire restent des cocus. A défaut d’être reconnus par leurs dirigeants bourgeois (médecins ou ingénieurs) les militants « de base » ne sont plus que de petits arrivistes déçus ou qui compensent leur infériorité sociale : « A défaut de réussir dans la société, certains ont tendance à se satisfaire de leur « réussite » dans l’organisation. N’est-il pas plus valorisant d’être distingué par ses pairs plutôt que par une société dont on refuse les règles ? (…) La LCR ne peut-elle également apparaître comme une structure d’accueil pour « intellectuels déclassés » ? (…) Déjà, en 1895, Kautsky fustigeait les « prolétaires intellectuels » nombreux dans le mouvement social-démocrate, qui avaient tendance « à se servir du mouvement ouvrier pour y trouver un pouvoir politique ou idéologique que la grande bourgeoisie refuse dans ses institutions légitimes ». Comme quoi les « docteurs » et « maîtres de conférence » de la direction ont la base qu’ils méritent.

Yvon Bourdet, s’appuyant sur son expérience à Socialisme ou Barbarie estimait que tous les groupes vivent des mêmes mystifications :

« Au moment de se dissoudre, au printemps 1967, le groupe « Socialisme ou Barbarie », fort d’une expérience militante de près de vingt années (il exagère le groupe s’était effiloché depuis la fin des années 1950, ndt), dressait, sans indulgence, un bilan de son activité (au moins dans les derniers temps) : « Notre expérience a été que ceux qui sont venus chez nous – essentiellement des jeunes (il ne précise pas « étudiants ») – l’ont fait à partir , sinon d’un malentendu, du moins de motivations qui tenaient beaucoup plus d’une révolte affective et du besoin de rompre l’isolement auquel la société condamne aujourd’hui les individus, que de l’adhésion lucide et ferme à un projet révolutionnaire ». Dans ces conditions – et compte-tenu des circonstances économiques et politiques générales – le groupe (et c’était pourquoi il se dispersait) ne pouvait « au mieux (que) tenir un discours théorique abstrait ; au pire, produire ces étranges mélanges d’obsessionnalité sectaire, d’hystérie pseudo-activiste et de délire d’interprétation dont par dizaines, les groupes « d’extrême-gauche » offrent encore aujourd’hui tous les spécimens concevables ».

Bourdet était envahi par le doute sur l’intégrité des militants en général, s’appuyant sur le célèbre passage de Rousseau contre la prétention élitaire et Max Weber pour qui tout homme qui fait de la politique « aspire au pouvoir ». Il tentait tout de même de séparer le bon grain de l’ivraie par rapport aux « excités libidinaux » : « le militant est celui qui combat avec persévérance pour atteindre un but, général et généreux (qui dépasse en tout cas la sphère de ses intérêts propres et n’est pas l’effet d’un défoulement, même s’il éprouve « félicité » d’accompagnement, souvent d’ailleurs absente). Mais si se trouvent ainsi éliminés ceux pour qui « le mouvement est tout » il reste encore à faire un tri parmi ceux qui visent un but. Quel but ? ». Bourdet définira ce but « le premier stade du militantisme révolutionnaire comme une adhésion active et subordonnée à la cause de l’auto-émancipation du prolétariat ». Tout ce à quoi tournait le dos la bientôt ex-LCR et bien entendu sa nouvelle parure NPA comme on va le découvrir maintenant.

UN PROGRAMME ELECTORALISTE ATTRAPE-TOUT

La résolution du CC pour un anticapitalisme du XXIe siècle n’a aucune envergure et est très mal écrite. Comme tout le monde il est facile d’annoncer la catastrophe avec la crise bancaire, d’égrener les misères du monde, les émeutes de la faim, la crise énergétique qui fait frémir les conducteurs de 4X4, les obscurités de la lutte anti-terroriste, en notant au passage l’inévitable « crise globale et profonde du mouvement ouvrier » (en se gardant de révéler que c’est surtout de la crise de représentation de la gauche bourgeoise qu’il s’agit plus qu’une perte d’espoir en un avenir radieusement socialiste qui n’a jamais été très précis).

Où est la classe ouvrière dans cette ouverture théâtrale ?

« Notre anticapitalisme, notre volonté (sic) d’une transformation révolutionnaire de la société qui soit portée par l’immense majorité des travailleurs des villes et des campagnes ne tombent pas du ciel ». Non mais du comité central !

Qui va s’occuper de ce nouveau « socialisme réellement émancipateur » ?

« Le plus grand nombre dans une logique de satisfaction des besoins de la population ». Nos vieux trotskars seraient-ils devenus « communisateurs » ?

On retrouve ensuite pêle-mêle le même galimatias sociétal habituel : la lutte pour légalité des droits des sans-papiers, le droit des femmes, etc. On apprend que « la social-démocratie est en train d’achever sa mutation » et que celle-ci « transforme encore davantage le PS en gestionnaire fidèle du système » qui se social-libéralise « rompant les derniers liens historiques avec le mouvement ouvrier ». Et alors ? Vous vous apercevez seulement maintenant que le PS s’éloignerait du bout des ongles de Ségolène de ce bon vieux socialisme metterrandisé ! La « crise du mouvement ouvrier » se réduit à nouveau à la crise de la « direction révolutionnaire », pardon au déclin des PS et PC que vous soutenez toujours électoralement !

En s’adressant aux masses électorales, nos trotskiens pas très filous veulent les couper de « leurs directions » vieille rengaine usée jusqu’à la corde par le pater noster PCF dans les années 1950. Les enfants du néo-stalinisme radote le discours du père : « Nous voulons changer de gauche, pas changer la gauche ; reconstruire du neuf à gauche en rupture avec l’orientation prônée par les directions du PS et du PCF ».

On pourrait dire de la même manière « nous voulons changer de droite » ou « changer de gouvernement » que ce serait aussi ridicule. Le prolétariat est toujours absent de ce projet à facettes multiples où tout est mêlé de façon invraisemblable et incohérent : qu’est-ce que les prolétaires ont à foutre de « régler la crise climatique », « la crise alimentaire » et de « combattre les multinationales » ? En quoi le prolétariat devrait-il se mêler de « la lutte écologique, antiraciste et anti-impérialiste »? Est-ce sur ces plans idéologiques politicards qu’il va trouver sa force pour renverser le capitalisme ? Ou dans ses grèves économiques et politiques ?

Qui va s’occuper de coordonner « ces (tartignoles) luttes de résistance à l’échelle mondiale » ? Qu’est-ce qu’on se fiche d’une « Europe des travailleurs », vieux brouet trotskiste dont Lénine s’était moqué d’ailleurs !

Ils nous ont déjà fait le coup du parti qui ne prend pas le pouvoir, rebelote : « Nous ne souhaitons pas le pouvoir pour nous-mêmes, mais comme instrument pour un mouvement d’en bas ». Que les choses sont dites de manière raffarinesque ! On devine qu’ils sont prêts à nous refaire le coup de « l’Etat prolétarien » au service de la population d’en bas !

Le nouveau membre Rouillan sera-t-il le prochain Antonov-Ovsenko de la prise du Palais de l’Elysée ? Non car toute idée de violence est esquivée, oubliée l’exaltation de la mitraillette vietnamienne. Est supposé une sorte de nouveau mai 68 « qui commencerait à contrôler la marche de l’économie ». Et ce disant on fait l’impasse sur tout affrontement de type guerre civile puisqu’on sous-entend que la victoire sera électorale. Mal fagoté le raisonnement du CC se mord la queue. S’il parle d’un parti de rupture, non pour unir la gauche mais en rêvant se passer de ses « directions » sociales libérales, et hop « la question du pouvoir sera posée » !

Oui et alors ? Et quoi ? Il se passe quoi avec cette question ? Rien. Réponse immédiate, lamentable, courtelinesque et marchaisienne : «Un parti, c’est, pour nous, une force collective et démocratique. Un rassemblement de militantes et de militants (tu parles d’un rassemblement !) unis autour d’un programme commun » (hips !). Puis blabla sur « l’indépendance des équipes syndicales », « construire une force qui vote » (lamentable !). Mais qui vote les gens ou le parti ? ce parti, cette « force qui combine activités nationales et déclinaisons locales » !? Les mannes du NPA ne sont-ce pas des syndicalistes, des associatifs, des altermondialistes, des militants antiracistes et de la diversité ( ?). Le CC veut nous faire le coup de la pyramide à l’envers avec tous ces bœufs ficelés à l’avant de son char NPA, auréolé du même charivari trentenaire trotskien éclectique, marmelade de la somme des revendications des néantissimes et divers courants d’agités petits bourgeois et de bobos avec résidences secondaires chauffées avec panneaux solaires.

C’était la LCR. C'est le NPA sans programme et amnésique.

Continuité dans la simili rupture, le NPA hérite des mêmes tares de la LCR, qui n'illusionne pourtant personne avec son ravalement de façade. Laissons la conclusion au fin Yvon Bourdet: "Les gauchistes consolident objectivement le statu quo; leur critique du possible-imparfait contribue à rendre impossible tout changement".

Hors du remue-ménage de ces clowns officiels, hors des radotages des minuscules sectes paranoïaques de révolutionnaires petits bourgeois engoncés dans un raisonnement circulaire, il faut miser sur un nouveau véritable parti révolutionnaire, avec un PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE qui laisse respirer le prolétariat et qui ne se substitue pas à lui dans ses tâches de réorganisation de la société future, qu'il est le seul à pouvoir mettre en oeuvre par sa place même dans la société bourgeoise d'aujourd'hui.

Vive Rosa Luxemburg!

Vive le prolétariat universel!

"Bien dit, vieille taupe, eh eh! tu creuses vite! Fameux pionnier! "

Hamlet (I, 5)

mardi 8 juillet 2008

DESORMAIS QUAND IL Y A DU CHOMAGE PERSONNE NE S’EN APERCOIT

(Réponse à M. Nicolas Sarkozy, Président de la République bourgeoise chinoise en exercice)

M. Le président de la République,

En tant que citoyen de seconde classe (la classe ouvrière), voire même de non-classe si l’on suit à la lettre votre dernière provocation (« Désormais quand il y a une grève personne ne s’en aperçoit » lors d’un colloque de votre cour de politiciens) je me permets cette modeste contribution que votre espion-WAP aura, je l’espère à cœur de vous soumettre pour le sérieux de son indignation et ses arguments imparables.

A première vue, comme je vous comprends. Vous rappelez vos syndicats à leur insignifiance. Ces thermomètres d’Etat ont essuyé tout récemment une belle déconvenue avec l’indifférence des travailleurs pour leurs manifestations weight&wachter présumées défendre les retraites et le gadget jospinien des 35 heures. Vous leur donnez le coup de pied de l’âne : « faites mieux la prochaine fois et je célèbrerai votre sens du dialogue, avec les mêmes compensations financières que pour les syndicats-maison de la RATP » (cf. Marianne n°582, « comment la RATP achète ses syndicats »).

A mon échelle dérisoire, je me suis mis dans votre peau de chef d’Etat dans l’alcôve élyséen, bercé par les ritournelles de la belle et intelligente Carla. Délaissant du regard la belle, je me suis tourné vers la bête :

- Qu’est-ce qui coûte le plus cher à l’Etat bourgeois?

- les retraités ou les chômeurs ?

Comme vous je n’y comprends pas grand-chose à l’économie, (mais j’ai des amis qui m’aident), et après maintes discussions comme vous avec vos conseillers, j’ai vite saisi que s’il y a de moins en moins de gens qui travaillent, bien que ce soit dans la logique de la baisse tendancielle du taux de profit si bien mise en valeur par Karl Marx, et de plus en plus d’assistés et de pensionnés, c’est que le système ne tourne plus rond. Il devenait impossible, j’en conviens, de prétendre faire avancer les profits capitalistes (en langue soft sciences-Po « équilibrer le régime général ») avec des retraités de plus en plus nombreux, plus nombreux que les chômeurs surtout ! Vous avez donc pesé pour inverser la tendance. Miracle : il y aura peut-être de moins en moins de retraités et de plus en plus de chômeurs ; et d’étudiants longue durée inutile et de difficultés pour les travailleurs non-nationaux pour obtenir des papiers « régularisatoires ».

Les chômeurs coûtent moins cher que les retraités à l’Etat bourgeois et ne votent pas. Les retraités votent mais ils votent BIEN en général car ils ne se sentent pas diminués comme citoyens. Et les retraités pauvres, car il y en a de plus en plus, votent bien aussi, surtout gauche caviar en coulisses. En tant que chef de l’Etat vous avez la vertu pour vous. Vous avez exigé que les entreprises embauchent désormais les quinquagénaires. Impeccable du point de vue propagande vertueuse, même si on sait que les entreprises n’embaucheront pas plus qu’avant les « vieux » après 45 ans !

Enfin vous avez été en totale conformité avec votre discours de candidat en faisant avaliser la principale réforme : la retraite à 65 ans. Les énarques et la bourgeoisie chinoise vont en sont infiniment reconnaissant. La patronne des patrons, Laurence Parisot, vous l’avez ridiculisée alors qu’elle s’en tenait à un ridicule minima «Est-ce si catastrophique que ça de partir à la retraite à 63 ans et demi ? Si « on » décide de partir à 63 ans et demi, on pourra équilibrer le régime général.»

Pourtant, vous savez bien qu’il n’y a pas que les retraités qui soient « à la charge » de la société (en langue sciences-Po : les anciens cotisants sont des feignants): c’est l’ensemble des non-actifs ou considérés comme tels (enfants, étudiants, personnes âgées, femmes au foyer, chômeurs) qu’il faut prendre en compte et rapporter aux actifs. Dès lors le rapport est beaucoup moins défavorable : 16,3 inactifs pour 10 actifs en 1995, 14,7 pour 10 en 2005, 15,2 en 2020 et 17,3 en 2040. Comme on le voit, c’est d’abord une baisse de ce rapport qui va se produire, et une légère remontée d’un point en 2040 par rapport à 1995. Rien d’insurmontable donc… Chacun peut l’observer autour de soi : du fait de temps d’études et de formation allongés, des périodes de chômage et petits boulots, l’âge d’entrée dans la vie active recule sans cesse. Alors qu’il y a trente ans il était courant d’être « actif » à dix-huit ans, aujourd’hui c’est 25 ans, parfois plus. Retenons pour voir l’objectif du gouvernement d’aligner tous les salariés sur une durée de cotisation de 40 années et faisons le compte : 40 années à partir de 25 ans, c’est la retraite à 65 ans. L’objectif du MEDEF est en vérité de 45 annuités, 70 ans. Le travail c’est pour la vie, la retraite au flambeau ! On nous explique en effet que, du fait de l’évolution démographique (dixit sciences-Po), il y aura 7 retraités pour 10 actifs en 2040, contre 4 pour 10 aujourd’hui. Sachant la grande inertie des mouvements démographiques, ces prévisions sont plausibles. Mais la façon de calculer est vicieuse et il ‘y a que les zombies d’ATTAC pour prétendre refuser d’opposer secteur public et privé. A-t-on jamais vu un Etat bourgeois qui voulait cesser de diviser la classe ouvrière ?

Selon une étude de l'INSEE publiée en 2006, les régimes spéciaux, qui bénéficient à moins de 25 % des Français (dont de généreuses retraites pour les anciens garde-chiourmes cadres), généreront à l'horizon de quelques décennies plus de la moitié des déficits. Ces arguments n'ont pas laissé le très poujadiste syndicat SUD insensible, qui propose une solution de choc : « yaka faire payer les patrons et les actionnaires ! ». La démonstration est éclatante. Mais elle repose sur un postulat fort contestable : celui que l'accroissement des prélèvements n'a aucun effet sur l'activité économique.

Que dit SUD ? « Le Produit Intérieur Brut » (le PIB), c'est-à-dire la richesse que nous produisons collectivement dans le pays, continuera d'augmenter ; il y a 40 ans, les retraites coûtaient 6% du PIB, 12 % aujourd'hui et 18 % dans 40 ans ». Jusque là rien à redire. Poursuivons la démonstration : « le coût des retraites représentera 540 milliards d'euros dans 40 ans sur un PIB de 3000 milliards, c'est plus qu'aujourd'hui mais laisse 2500 milliards à d'autres dépenses ». La solution est donc simple : « ramener les profits que patrons et actionnaires se font sur le dos des salariés à ce qu'ils étaient il y a 20 ans (et c'est déjà beaucoup trop) dégagerait chaque année une somme 40 fois supérieure à ce qui est présenté comme nécessaire pour sauver les retraites ».

Les années 70 – 80 auraient elles donc constitué l'âge d'or du salariat dit « embourgeoisé »? Les données chiffrées semblent donner raison a priori à cette thèse. Au début des années 80, les salaires, (c'est à dire ce qui est versé aux salariés et l'ensemble des charges sociales payées), représentent presque les 2/3 du PIB, contre un peu plus de la moitié en 2006. Il serait pourtant très rapide d'affirmer que les salariés ont été gagnants. Jusqu'au milieu des années 85, la politique française est largement d'inspiration keynésienne – que ce soit avec Valéry Giscard d'Estaing ou François Mitterrand - : il faut soutenir la demande, ce qui veut dire « soutenir les salaires » et « faire payer les patrons ». Avec 2 conséquences : les salaires réellement payés (c'est-à-dire incluant les charges dites patronales, qui ne sont que du salaire prélevé) tendent à dépasser la productivité du travail, ce qui signifie que certains salariés vont coûter plus chers qu'ils ne produisent et que les marges bénéficiaires des entreprises s'érodent. Laissons Patrick Arthus (économiste appartenant au Conseil d'Analyse Economique et au Cercle des Economistes) commenter la situation cette époque : « Le résultat ne se fait pas attendre : chute de la profitabilité des entreprises, arrêt de l'investissement productif (croissance zéro en 1983), envolée de l'inflation, hausse des taux d'intérêt ... A la fin de 1981, le chômage, la mévente des produits français, l'arrêt des investissements ... condamnent l'expérience ». De plus, le coût élevé du travail a incité les entreprises à privilégier les technologies les moins créatrices d'emploi. Les entreprises travaillent pour dégager un bénéfice. Que celui soit absent, et les entreprises réduisent leurs investissements. Au détriment de l'emploi et du niveau de vie de la collectivité. L'analyse de SUD comporte un second point faible. Ce qui n'est pas versé aux salariés irait selon l'analyse de ce syndicat dans la poche des « patrons et des actionnaires ». Mettons que seules les entreprises du secteur marchand ont « des patrons et des actionnaires ». Quelle est la part réelle du PIB que ces derniers « s'approprient »? 7 % avant impôt !!! C'est que la notion de valeur ajoutée brute affectée au capital est un fourre tout. Elle rassemble par exemple le loyer perçu par un particulier propriétaire d'un bien immobilier ou les intérêts des livrets d'épargne détenus par les ménages. Il en va de même pour ceux propriétaires de leur résidence principale : ils reçoivent un loyer fictif représentant le loyer qu'il devrait se payer. Il en est de même pour les administrations qui perçoivent des revenus du capital (loyers, interêts, dividendes ...) dont une éventuelle diminution devrait être compensée par des impôts supplémentaires.

La valeur ajoutée brute, de plus, n'est pas la mesure de la richesse conservée. Pour les entreprises, elle va servir à payer les intérêts des emprunts. Il faut également déduire les amortissements, qui représentent l'usure des biens de production (matériels, bâtiments, incorporel ...), qui sont des charges importantes. Bref, la confiscation intégrale des « profits » ne permettrait pas de financer la hausse attendue du poids des retraites !

Il y a surtout un élément effrayant. C'est la facilité avec laquelle SUD envisage de prélever des richesses produite par d'autres pour financer une « non création de richesse » au profit de quelques uns. Comme sous l'ancien régime, le citoyen redevient « taillable et corvéable à merci ». Au détriment de l'emploi et du pouvoir d'achat.

L'inconvénient majeur du régime par répartition est son aisance à cacher l’enflure du parasitisme des couches successivement ajoutées à ce régime bien plus responsables des déficits que la masse des pue-la-sueur : cadres, militaires, paysans, petits commerçants. En effet, si la classe ouvrière des générations actuelles de retraités avait imposé des garanties de retraites honorables nécessaires à la paix sociale dans les trente glorieuses de la « reconstruction », les présidents qui vous ont précédé n’avaient rien trouvé à redire à en faire profiter progressivement les couches petites bourgeoises. La misère des vieux prolétaires avait toujours été avant-guerre un ferment de révolution sociale. Les régimes spéciaux (retraite à 50 ou 55 ans) furent créés car l’espérance de vie des cheminots était de 50, 52 ans et qu’il fallait, pour la police et l’armée, avoir une politique attractive ; sans oublier que les militaires retraités fournirent longtemps de bons garde-chiourmes d’entreprise pour leur deuxième vie sociale. Idem pour les dits services publics, leur faible rémunération et espoir de carrière n’auraient pu attirer des impétrants sans « avantages en nature » et retraites précoces.

QUEL ELOGE DU TRAVAIL ?

M. Le Président, vous avez parfaitement réussi votre campagne électorale avec votre éloge du travail. Il fallait redresser la barre ou continuer à se couvrir de ridicule face au monde entier. La diminution du temps de travail et le combat pour les vacances avait toujours été jusque là dans le mouvement ouvrier une exigence normale et même révolutionnaire. Parvenus aux 40 heures et à six semaines de congés payés, nous les prolétaires avions des raisons de satisfaction, même si le temps passé dans les transports en commun rapprochait un grand nombre d’entre nous des dix heures par jour de nos ancêtres du XIXème. Le gadget des 35 heures de M. Jospin et Me Aubry n’avait passionné que les couches supérieures du salariat, vous le savez. Les garde-chiourmes pouvaient aller plus souvent dans leur résidence de campagne, au ski ou aux Baléares. Après un véritable casse-tête lors de leur mise en place par le management suiviste des services publics, cette mesure avait parfaitement réussi à renforcer la division de la classe ouvrière entre secteur public et privé où, dans ce cas, la mesure était suicidaire économiquement, sans compter que la tricherie a continué car « un cadre n’a pas d’heure » ou alors il n’est plus un cadre ! Je me suis franchement marré lorsque j’ai lu la déclaration hier du président du syndicat des cadres qui déplore que ces cuistres écopent de 17 jours de travail en plus avec votre réforme ; si nombre de prolétaires subalternes n’étaient pas aussi concernés je rirais encore plus fort.

A la différence de l’élection de Mitterrand en 1981, ce gadget du gouvernement Jospin n’était pas accidentel, mais une mesure de compensation provisoire pour l’électorat bobo. Chirac et Villepin n’eussent pas dû dissoudre, alors il fallut composer. Le PS garantissant la continuité du gouvernement bourgeois, avec la même constance dans les attaques anti-ouvrières, il lui fallait aux yeux de l’opinion (cette pute sans morale) se différencier apparemment de la droite au pouvoir. La mesure fût au bout du compte aussi funeste que les actions du premier gouvernement Mauroy pour temporiser avant les rééquilibrages des bourgeois Fabius et Rocard, puis le retour des « méchants » de la droite. A chaque fois, comme sous votre jeune règne, les syndicats ont accompagné les modes gouvernementales. Il faut le reconnaître, ils vous ont totalement épaulé pour vos réformes. Vous nierez évidemment les avoir acheté comme vous niez l’achat de la libération de madame Bettencourt. Il n’en demeure pas moins qu’ils révèlent leur degré de corruption et de compromission à chaque fois qu’ils crient au feu, comme pour l’heure ils s’égosillent concernant le statut de la poste. Quand les syndicats dénoncent une attaque frontale de votre Etat c’est pour mieux la faire passer.

« Travailler plus pour gagner plus ». Personne n’a vraiment compris le sens de votre courageux radotage. En vérité, tout en agitant un billet aux yeux des classes pauvres, vous vous adressiez au patronat et à tout les petits capitalistes en herbe, qui répondirent « bien reçu » à votre « travailler plus » pour faire gagner toujours plus aux patrons et au patronat d’Etat. Vous aviez parfaitement compris, malgré vos limites en économie, que la valeur du travail réside dans sa durée et non dans son raccourcissement, que le travail ne profite que si l’on s’en sert, que le travail n’est digne d’éloge que s’il rapporte aux possédants et aux privilégiés.

LE TRAVAIL : UNE VALEUR RENAISSANTE ?

Les sociologues sont rigolos. Ils raisonnent toujours après les politiques, ou après les décisions de politiques. Ils constatent, voire déplorent, mais s’ingénient à apparaître comme des philosophes qui avaient tout compris avant les changements de direction « sociétale ». Ils sont surtout hors de toute compréhension du mode de fonctionnement du capitalisme, et surtout des contrainte de l’accélération de la compétition internationale, au point que vous apparaissez, vous et vos ministres, souvent comme de très bons VRP des entreprises françaises en voyage à l’étranger, et que parfois on s’étonne de l’absence de remerciements de vos syndicats lorsque vous avez « ouvert des marchés » à « nos » produits militaires ou nucléaires, qui créent, il faut le concéder, des emplois. Des intellectuels, souvent au passé gauchiste, avaient théorisé, sur la foi des discours des remplaçants du banc de touche « socialiste », une « fin du travail ». Je me permets de vous conseiller, d’ailleurs, la lecture de mon « Précis de communisation », pour rire avec moi de la déconvenue de ces théoriciens suivistes de pacotille.

Mais venons-en à des analystes plus sérieux et plus crédibles. Ce jour, dans la presse officielle que vous détestez (Libération) l’honorable Robert Castel, gentil observateur de la condition ouvrière au-dessus des siècles, vous interroge à sa manière, avec cette gentillesse empreinte d’aménité qui lui ouvre les portes des conférences pour bons samaritains et bourgeoises qui s’ennuient : « Travailler plus pour gagner quoi ? ». Cet homme rembobine depuis le début 1990 où la mode chantait le travail comme « valeur en voie de disparition », voire « une fin du travail ». Il découvre désormais, grâce à vous, qui êtes avant tout le porte parole des magnats de l’industrie et de la finance, une « survalorisation du travail », en rendant hommage au précurseur votre ami Raffarin qui en 2003 s’interrogeait avec inquiétude : « la France va-t-elle devenir un parc de loisirs ? ». A la même époque, moi et mes semblables révolutionnaires, disions à peu près la même chose : avec les délocalisations la France est en train de devenir une république bananière pour servir à l’écoulement des produits chinois et US. Castel a raison de souligner que, contre l’inconsistante Royal, vous avez gagné votre élection non sur le sécuritaire (car l’insécurité n’a pas diminué et vous y avez ajouté l’insécurité face aux exactions de vos forces de police) mais sur ‘apologie du travail. On se souvient, et je l’ai relevé à l’époque en me moquant de vous, des questions accrocheuses et révélatrices de nombre de chômeuses et chômeurs lors de vos tours télévisés. Castel a aussi raison de noter que votre apologie était fielleuse et stigmatisait les dits « assistés » et les « fainéants », alors que cela caractérise au plus haut point les magnats parasites qui vous ont financés royalement. Pire, sous cette apologie du travail rétribué à sa juste ( ?) valeur, votre installation à la tête de l’Etat et vos attaques-réformes ont opéré un retour inouï de l’insécurité sociale, avec en pôle position l’exemple dégradant et ignominieux de la bourgeoisie chinoise que vous allez adouber dans le concert olympique. Ce Castel est minable enfin en s’agenouillant devant votre altesse : « il ne suffit pas de réhabiliter le travail mais de respecter la dignité des travailleurs ». Vous ne réhabilitez que l’exploitation sans fard, et la dignité des travailleurs vous vous en fichez comme de votre première montre Cartier.

Vos opposants versatiles comme Besancenot et SUD vous servent de faire-valoir conséquent avec leurs propositions ridicules de « faire payer les riches », comme si la richesse de la société était ce que possèdent les riches et non pas le « travail humain cristallisé » (Marx), comme si le prolétariat pouvait faire l’économie de sa révolution en attendant le sprochaines échéances électorales truquées et conditionnées.

La personnalisation, pipolisation de la politique, à laquelle vous officiez, ne vous permettra pas de continuer sans que « cela finisse mal », comme vous le reproche un ex-prétendant au poste de calife suprême, avec le retour des « classes dangereuses », car vous n’êtes que le sous-fifre d’un système à la dérive qui mène à la réhabilitation de la guerre des classes. Pour la dignité d’une société enfin humaine.

Je ne vous salue pas.

JLR

mercredi 2 juillet 2008

LES CHINOISERIES INOUBLIABLES

DU CRETIN NEGRI

Les « machines désirantes » foucaldiennes, deleuziennes, néo-althussériennes, les Cusset et autres Boutang-train et autres « multitudes » d’intellectuels tarés de la mouvance communisatrice, effarés devant le « grouillement des pauvres », se pâment devant le nouveau prophète du nihilisme Antonio Negri – ce vieux pape du gauchisme de la caste estudiantine des sixties et roi des vieux cons communisants. La matrice délirante de toute la variété des communisateurs tient le même langage que le contre-révolutionnaire français du début du XIXe siècle, Bonald, qui n’avait déjà que mépris pour les viles « multitudes » et niait déjà le prolétariat bien qu’en lui reconnaissant des capacités émeutières « décadentes » :

« Les manufactures entassent dans les villes une population immense d’ouvriers, dépourvus des vertus qu’inspirent le goût et la culture des propriétés champêtres, livrés à tous les vices qu’enfante la corruption des cités qui offrent des jouissances à la débauche et des ressources à la fainéantise. La moindre diminution dans leur travail, la moindre variation dans le goût des objets qu’il produit, livrent à la faim et au désespoir cette multitude imprévoyante, qui travaille peu pour consommer beaucoup ; et ces alternatives fréquentes d’aisance et de misère, ce passage subit de l’intempérance à la faim, le rend, suivant que l’Etat est tranquille ou agité, cause de désordre ou instrument de révolution. Nos villes fabricantes et manufacturières ont donné aux campagnes le signal de la révolte ».

Plus tard Maurras était déjà negriste communisateur :

« La grande nouveauté de l’usine moderne, ce vaste rouage inhumain, comportait un ouvrier sans attaches, véritable nomade égaré dans un désert d’hommes, avec un salaire qui, même élevé, variait trop, ne lui assurait aucune défense économique sérieuse (…) sa faculté de débattre la condition du travail, limitée par les conditions de sa vie, le refus du travail, qu’il vînt de lui ou de l’employeur, pouvait le réduire à la mort sans phrases ».

Dans mon Précis de communisation, j’insiste sur l’importance du passé maoïste de Negri et ses bandes successives, comme pour ses relais français. Potere Operaïo n’était pas un groupe original, contrairement aux fables de nos ésotériques et imbitables communisateurs français mais une merde néo-staliniste maoïste dont aucun morceau de théorisation n’est récupérable et pour tout dire fût le socle formateur du futur langage pour initiés des divers communisateurs, snobisme littéraire typiquement bourgeois. Voici la position du sieur Negri sur la Chine en 1972, qui, comme toutes les modes qu’il a épousées ou initiées, nage dans le plus complet ridicule avec une plume déjà jargonneuse et abstraite, et qui provoquait le fou-rire parmi les minorités révolutionnaires réelles de la glorieuse « Gauche italienne » des Bordiga et Damen:

La Chine et le front antiimpérialiste

A l’heure actuelle les forces qui s’opposent à l’objectif d’élargissement de la cassure de classe et de la limitation de l’autonomie sont formées par la lutte endémique aux USA, par l’Europe des grèves sauvages et des luttes ouvrières et prolétariennes contre le travail et l’Etat fondé sur le travail, par le passage de la passivité de masse à la lutte ouverte (jusqu’à l’insurrection communiste) dans les pays du « socialisme réalisé », par le front armé dans le Sud-Est asiatique et par les forces qui, en Afrique comme en Amérique latine, luttent contre l’initiative capitaliste. Contre le centre de commandement unifié de l’impérialisme, le front anti-impérialiste développe aujourd’hui un mouvement général d’attaque sur la base d’objectifs qui deviennent toujours plus homogènes et qui exigent par conséquent un niveau plus élevé de coordination et d’organisation, particulièrement en ce qui concerne la définition des échéances de l’affrontement.

Seule l’initiative révolutionnaire en Chine est parvenue à s’opposer à la longue et profonde interpénétration du marché du travail de l’ « Occident » et du « socialisme réalisé », à la reconstruction du marché mondial. Seule la Chine est parvenue pendant une durée appréciable à soustraire du marché mondial ce qui du point de vue capitaliste n’en reste pas moins le plus important des « marchés » ; seule la Chine est parvenue à garder ses distances par rapport au commandement capitaliste intégré au niveau international, à élever une frontière au-delà de laquelle le capital n’est pas parvenu à mettre en œuvre ses plans d’intervention. Pour cela et pendant longtemps l’initiative chinoise a représenté l’espérance révolutionnaire de nombreuses avant-gardes européennes et américaines. Dans la mesure où l’on assista pendant les années 60 à un déplacement radical des rapports de force entre classe ouvrière et capital dans les métropoles occidentales, dans la mesure où ce déplacement marque la fin de la longue période de domination capitaliste sur la force de travail, au moment où commence à chanceler toute l’organisation du travail mise au point après 1929 et avec elle tout l’appareil de contrôle et de pouvoir sur le développement, la Chine ne représente malheureusement en Europe qu’une donnée objective (la réalité formidable de la rupture du commandement impérialiste au niveau mondial) ou seulement un phare idéal. L’incarnation de la lutte contre le révisionnisme dans un seul pays, l’internationalisme centré sur le terrain compliqué des mouvements de libération (où la logique des grandes puissances tend à étouffer toute autre manière de comprendre le développement armé de la révolte) sont des éléments qui laissent les grandes métropoles entièrement à l’écart d’une présence « réelle » de la Chine, si ce n’est dans les termes du reflet d’une rupture du commandement mondial du capital. Jusqu’à maintenant la lutte ouvrière et prolétarienne n’est parvenue que très difficilement et souvent seulement de manière idéologique à établir un fil rouge avec l’initiative des camarades chinois. Nous devons d’autre part reconnaître les difficultés objectives qui ont empêché les camarades chinois d’engager un rapport effectif avec les avant-gardes des luttent qui se développent au cœur des métropoles européennes. Nous sommes même persuadés que l’irréductibilité du mouvement révolutionnaire chinois au commandement capitaliste peut donner une impulsion énorme à l’unification ouvrière et prolétarienne au niveau international.

L’autre élément qu’il nous paraît indispensable de mettre au premier plan est la signification de la Révolution Culturelle Chinoise. Son importance est énorme en ce qui concerne la plus grande partie des problèmes que nous nous posons : le problème de la transition au communisme (sic !), la définition du programme de pouvoir de la dictature ouvrière, la question de la gestion du pouvoir politique dans une phase où la non extension mondiale de la révolution, la présence du marché capitaliste mondial, la non destruction de la loi de la valeur (resic !) et des règles de l’économie politique, du travail posent au parti de classe le problème de faire fonctionner le pouvoir politique dans le sens de la mise en route et de l’accélération du projet communiste de suppression du travail (comme en Chine ? ndt) et non dans le sens d’une gestion du développement capitaliste par la classe ouvrière. Par rapport à toutes ces questions dont l’actualité est plus que brûlante, la révolution culturelle chinoise a construit un type de solution (sur combien de massacres ?ndt) qui, s’il ne doit pas être repris mécaniquement comme « modèle » (sic), doit en tout cas être exalté pour l’exemple de lucidité avec laquelle il pose le problème de la lutte permanente de la part des communistes contre l’ambiguïté de la solution « socialiste » (du Roland Simon craché, ndt !).

Ceci dit, il faut de toute manière préciser que l’intérêt ouvrier et prolétarien exige en ce moment un comportement hégémonique sur le développement révolutionnaire dans la mesure où cet intérêt démontre aujourd’hui par la lutte qu’il est déjà la force motrice de l’instabilité capitaliste au niveau mondial ».(cf. POTERE OPERAIO, aux avants-gardes, pour le parti, 1972, archives personnelles).

Bravo lecteur d’être parvenu jusque là. Vous avez cru lire des borborygmes d’un Badiou ou du Finkielkraut amélioré, ce n’était que l’encre originelle des vieux gauchistes de Temps Crispés et autres nuisances encyclopédiques des couches inférieures et marginales de l’intelligentsia.

En parallèle au parti stalinien d'Italie, Potere Operaio et sa soeur Lotta Continua contribuèrent à dénaturer et ridiculiser le projet communiste historique. PO se dissout en 1973 par vacuité, et LC idem, peu après mais après pas avant d'avoir appelé à voter pour le PCI. Comme Marchais en France en 1976 déclarant la dictature du prolétariat caduque, Berlinguer assurait la même année: "on ne peut plus miser sur un effondrement de l'Etat capitaliste comme en 1917". La boucle était bouclée oecuméniquement, juste avant la terrible année répressive de 1977, par les parents staliniens et leurs enfants terribles gauchistes. Tout le reste ne fût que complot, pardon machiavélisme étatique.

mardi 10 juin 2008

Brochure contre l’anti-travail et l'anti-consommation

(la voici complète, alors qu'elle n'allait pas au-delà du chapitre 1 dans le message-blog précédent)

réalisée en 1975, elle n'a pas pris une ride contre nos imposteurs modernes vieillis.

NOTA BENE: PARUTION DU PRECIS DE DECOMPOSITION DE L'ULTRA-GAUCHE FRANCAISE LA SEMAINE PROCHAINE

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CONTRIBUTION A

LA CRITIQUE DU

ROMANTISME DE

L’ANTI-TRAVAIL, DE

L’ANTI-CONSOMMATION

ET AUTRE

Ou

La maladie infantile du nouveau

mouvement révolutionnaire, considérée

sous ses aspects idéologiques et

pratique, non violent et violent

et comment y remédier

BROCHURE ANONYME DE 1975

(correspondance : A.Trillaud poste restante

Paris 17)

AVERTISSEMENT

« Le vieil Hegel avait coutume de dire : immédiatement avant que surgisse quelque chose de qualitativement nouveau, l’ancien état qualitatif se ressaisit dans son essence originaire purement générale, dans sa totalité simple, dépassant et reprenant en lui-même toutes les différences et particularités marquées qu’il avait déposées tant qu’il était viable ». Marx





Avant sa disparition, le capitalisme donne en spectacle son histoire passée dans un ultime tour de piste. La « vie culturelle » ressemble exactement à la parade finale d’un spectacle de cirque : après les années 20 puis 30 revoici les années 50 et les années 60.

Pourtant le problème se pose de savoir si le capitalisme en s’écroulant n’entraînera pas dans sa chute tout le reste, dans un réflexe de désespoir. La contamination mentale industrielle n’est-elle pas trop avancée ?

Voici en tout cas quelques aspects de cette contamination et quelques remèdes pour en sortir.

Tout ce que nous avons voulu montrer dans cette brochure, c’est que le terrorisme actuel – surtout dans les pays « industriellement développés » - n’est que la 2e forme (par ordre chronologique après le mouvement « hippie ») du romantisme de l’anti-travail, et donc aussi peu subversif.

Le capitaliste, comme le prolétaire est aliéné. Mais le capitaliste, comme le terroriste, est à l’aise dans son aliénation. Alors que le prolo, comme le guerillero (dans le sens où nous l’entendons) y est mal à l’aise et tend à la dépasser, à se nier en tant que tel et à nier toutes les conditions actuelles d’inexistence. En termes plus banals, le terroriste, c'est-à-dire le capitaliste inversé, aime poser des bombes, mettre le feu, voler, etc. au point qu’il ne vise pas du tout , malgré ce qu’il dit et ce qu’on dit de lui, à renverser ce monde de la marchandise mais à le conserver ; car détruire ce monde est devenu une fin en soi. D’où l’ambiguïté de propositions encore très répandues dans ce genre : «çà ma fait jouir donc c’est révolutionnaire ». S’il est vrai que ce qui est emmerdant est rarement tel, la jouissance doit être non moins sûrement reliée au but final et ne pas être considérée isolément. Cela peut paraître une nuance sans importance ; pourtant en la négligeant on risque fort de s eretrouver à l’opposé de ce qu’on croyait.

Eté 75

« Il faut se débarrasser aussi bien

du crétinisme du travail que du

romantisme de l’anti-travail ».

Si on ne parle bien que de ce que l’on connaît, alors cette brochure risque de présenter un certain intérêt ; nous avons en effet plus ou moins pataugé un certain temps dans ce que nous avons appelé « le romantisme de l’anti-travail » et de l’anti-consommation », et il est difficile d’affirmer qu’on en est définitivement sorti, pratiquement sinon théoriquement.

Ce romantisme est nettement une maladie du nouveau mouvement révolutionnaire, une réaction contre le travail à tout prix. Ce romantisme doit être surmonté et l’est sûrement par tout mouvement parvenu à sa maturité.

Les considérations tactiques, le « détachement intérieur » dont parme Lukacs n’entraînent pas un amoindrissement de la haine des formes capitalistes, de la volonté de les détruire. Car la véritable supériorité (en pensée, en actes) telle qu’elle peut s’exercer dès maintenant ne consiste pas plus dans une constante agressivité maniaque qu’en une obéissance aveugle vis-à-vis des valeurs bourgeoises, mais en une attitude dialectique, délivrée – autant que faire se peut – de la contagion idéologique du capitalisme.

Le romantisme de l’anti-travail et de l’anti-consommation va souvent de pair avec le romantisme de l’illégalité[1] déjà décrit par Lukacs dès 1920 et avec bien d’autres idéologies.

La même personne doit être capable d’employer le travail et de lutter contre le travail simultanément et alternativement (pas de travailleurs ou d’anti-travailleurs professionnels). On ne doit pas plus hésiter à se couper les tifs qu’à bosser ou à se procurer un gadget si la tactique/plaisir l’exige. C’est la meilleure façon, en dépit des apparences, d’affirmer tout de suite son indépendance d’esprit et autre vis-à-vis de l’idéologie bourgeoise.

Le guérillero professionnel, version moderne du « révolutionnaire professionnel » à la Lénine (mais avec un moins bel avenir) s’enferme dans la clandestinité comme un malade dans ses médicaments. C’est une des nombreuses façons actuelles de se suicider – en beauté. Le terroriste de métier est un gladiateur volontaire des nouveaux jeux du cirque, à l’échelle mondiale que sont la plupart des prises d’otages, des affrontements armés avec les flics, des procès, etc. JUST A SHOW THE LAST BUT NOT THE LEAST. Nous ne sommes pas pour la guerrilla à temps partiel mais pour l’emploi dialectique de tous les moyens, légaux et illégaux, armés et non armés en vue du but final: la révolution et la vie (non la mort).

CHAPITRE I

« America says : Don’t.

Yippies say : do it » Rubin

Les yippies n’ont pas plus dépassé les hippies que les weathermen les yippies: tous sont restés sur le terrain de la bourgeoisie dont la plupart sinon tous étaient d’ailleurs issus.

C’est dans le bouquin de Rubin : We are every Where (Nous sommes partout) que s’exprime le plus naïvement le romantisme de l’anti-travail, de l’anti-conaosmmation, de l’illégalité et autre. Rubin écrit sans rire qu’il est fou de joie en apprenant qu’il vient d’être inculpé et ainsi de suite. Rubin a consciencieusement inversé toutes les valeurs bourgeoises :

« Aimez vos parents » devient « Tuez vos parents »

« Mariez-vous » ……….. « Ne vous mariez jamais »

« Respectez la loi » ………… « Violez la loi »

« Achetez » ……….. « Volez »

« Travaillez » ………. « Ne travaillez jamais ».

Ce qu’on peut lui reprocher, c’est non seulement d’en rester aux paroles sans passer aux actes – ce que feront les Weathermen – mais aussi de substituer à l’idéologie dominante une autre idéologie exactement inverse, donc à éterniser le capitalisme.

Un humoriste disait déjà : « Je suis pour tout ce qui est contre, contre tout ce qui est pour ». Les yipppies ne vont pas plus loin : puisque le FLN, L.Oswald, Cuba sont opposés aux USA, ils sont révolutionnaires : inversement tout ce qui est prôné par le système devient tabou.

Quant à l’utilisation des media et l’apologie de la jeunesse (en âge), on voit que c’est Giscard d’Estaing qui en est, en France, le meilleur adepte. « Don’t beleive anybody above 30 » est aussi la devise en informatique : « La moyenne d’âge de nos ingénieurs est et restera de 32 ans ; avant ils sont un peu verts, après c’est le déclin » (cité dans Les ordinateurs, col. Idées).

Le coup de guitare qu’a reçu Hoffman à Woodstock, évidemment gommé par le film du même nom, n’a pas réussi à le tirer de sa fausse conscience.

Le romantisme de l’anti-consommation, ou art d’utiliser les restes, est le bienvenu en ces temps où l’économie, dans tous les sens du terme, est à la une (qu’elle n’a en fait jamais quittée).

Cela va des joies de l’autostop aux charmes de « l’architecture spontanée ». On lit dans un guide que « l’autostop est un sport complet, source d’économie, apprend à être patient, à vaincre sa timidité, à quitter son confort douillet »[2]. Ah ! faire soi-même sa nourriture (non souillée), ses vêtements (non standardisés), et même sa maison et ses meubles : « Aux USA on construit de plus en plus sa maison de ses propres mains avec des matériaux de récupération » (Elle).

Si les hippies ignorent ostensiblement le supermarché, le supermarché ne les ignore pas, s’en sert. Indispensables dans les conseils municipaux en Hollande, ils vont devenir nécessaires pour renouveler le « milieu » (politique).

La France semble spécialisée dans l’idéologie anti-étudiant, qui va souvent de pair avec l’idéologie anti-militant. La fameuse brochure « De la misère en milieu étudiant » en est directement responsable, bien que son auteur ait toujours voulu garder le point de vue de la totalité, il s’est quand même placé sur le terrain de la pensée dominante en en décrivant une partie[3] à la différence des autres écrivains situationnistes.

A l’idéologie anti-mec, anti-militariste, anti-pollution, anti-mites, anti-normes (folie, drogue, délinquance, etc.) correspondent autant de boutiques spécialisées pourvues de stands ambulants juxtaposés en particulier lors de fêtes organisées de temps en temps[4]. Quant à l’idéologie anti-groupe, anti-couple, elle semble être soit le fait de néo-stirnériens, soit de lecteurs ayant mal assimilé certains écrits sur les groupes.

Encart de presse :

DES « MANUELS DU PARFAIT TERRORISTE » EN VENTE LIBRE EN Grande-Bretagne

Londres – Deux manuels « secrets » publiés par l’état-major de l’armée américaine et consacrés aux aspects techniques de la fabrication de bombes, d’engins incendiaires et de colis piégés de toutes sortes, sont actuellement en vente libre en Grande-Bretagne » révèle le « Guardian ».

Dans un article publié sur quatre colonnes à la « Une », le journal londonien indique qu’une enquête vient d’être ouverte par Scotland Yard pour découvrir comment ces « manuels du parfait terroriste », dont la vente est interdite aux Etats-Unis, sont parvenus à la vitrine d’une librairie londonienne. Intitulés « Engins piégés » et « Dispositifs et techniques de guerre non classique », ces ouvrages permettent – au lecteur, grâce à de nombreux plans et schémas de montage extrêmement détaillés, de fabriquer plus de 150 types de bombes et de colis ou lettres piégés extrêmement détaillés, de fabriquer plus de 150 types de bombes et de colis ou lettres piégés en n’utilisant que des objets et produits chimiques qui sont en vente libre.

C’est ainsi qu’un lecteur désirant se perfectionner dans la fabrique de bombes improvisées peut apprendre à utiliser de simples épingles à linge pour constituer une « minuterie » pour un colis piégé.

Sous chaque série d’instructions, précise le « Guardian », figure le commentaire suivant : « ce matériel a été mis à l’épreuve. Il est efficace…. ».

CHAPITRE 2

A l’idéologie du travail, de la productivité, s’est opposée l’idéologie de l’anti-travail, de l’anti-consommation. Après 68 – en gros – au fétichisme de la non-violence ont succédé le fétichisme de la violence (verbale puis réelle) et le romantisme de l’illégalité.

Aux purs théoriciens ont succédé les activistes forcenés. Mais cela ne vaut guère mieux : les rapports dialectiques[5] entre théorie et pratique (historiques), l’aspect tactique de la légalité et de l’illégalité, du travail et de l’anti-travail, etc. ne sont pas mieux saisis.

Les hippies représentent (sous sa forme non violente) l’idéologie en actes de l’anti-travil et de l’anti-consommation, auxquels ont succédé en Amérique et en Europe l’idéologie et la pratique activistes.

Dans une analogie (Front de libération totale n°4) on a déjà comparé les partis et les syndicats à un « symptôme névrotique », compromis entre deux tendances en conflit (pouvoir/prolétariat = moi/libido). Les hippies représentent exactement ce que Freud nomme le « retour de la libido à des phases antérieures de son développement » (petit artisanat, petit commerce, petite entreprise ou exploitation).

Quant aux terroristes, ils sont les représentants de la « contrainte de répétition », obstacle au principe de plaisir.

Il se produit actuellement une course de vitesse entre le système et ses pseudos-opposants réellement contaminés (difficile d’échapper à la pollution mentale et autre) POUR FAIRE TOUT SAUTER, d’où la communication publique de recettes :

- pour fabriquer une bombe atomique (Express 75)

- pour faire des explosifs, etc. (voir encart du Guardian).

Celui qui exerce la terreur vis-à-vis de l’extérieur vit aussi bien dans la terreur (comme la bureaucratie stalinienne selon Debord). Hallucinations continuelles, obsessions du mouchard, du flic, du lynchage, cauchemars terribles[6]. Pour une « réussite » combien d’échecs, d’accidents (on se bousille la gueule ou on se trompe de cible ou les deux à la fois), combien de bavures ?

Le rapport du terroriste à l’Organisation est identique à celui du chrétien à Dieu. Il n’est question, dans la lettre de Sasonov[7], que de la « grandeur » de l’Organisation ou de sa « volonté ». Il lui demande « pardon » de ses « péchés ». Terrorisme et religion vont généralement ensemble. Même obsession du sacrifice, du martyre, de la mort (même chez le terroriste individuel).

Les grèves, manifs, etc. de 1904-1905 en Russie apparaissent de façon significative plutôt comme une gêne (et non comme une aide) pour les zigouilleurs du Grand Duc Serge, dans la mesure où cela les oblige à changer de plan.

Le terrorisme (« étranger », français ou international, en culotte courte ou non) remet en valeur la notion de sûreté :

« La sûreté est le plus haut concept social de la société bourgeoise ; le concept de Police, c’est l’idée que la société tout entière n’existe que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne, de ses droits, de sa propriété » (Marx).

Outre des poubelles, mettre au moins un flic au m2 (ou, à défaut, une caméra de télé sinon un micro) dans les aéroports, les stades, les bals, les magasins, les banques, les rues, le métro, etc. voilà l’exigence actuelle de l’« opinion publique ». La logique de la propriété privée, de l’égoïsme bourgeois atteint ici[8] un point difficilement dépassable et que le système peut non moins difficilement satisfaire. Ce dernier du reste ne se prive pas d’entrer plus ou moins en contradiction avec la sûreté privée (mise en fiche sur ordinateur entre autres). Sûreté de l’Etat oblige.

Le terrorisme, tout comme l’auto-gestion par exemple, loin d’être les grands ennemis du système en sont plutôt ses principaux alliés (objectifs). S’ils n’existaient pas d’eux-mêmes, il faudrait que le capitalisme les invente, et c’est bien ce qui se passe : « propriété sociale » au Pérou (on sait les résultats), en France, énorme publicité faite aux terroristes, etc.

CHAPITRE 3

Prenons le mensonge : il est bien évident qu’il est tout aussi con de mentir à un pote ou à une amie que de ne pas mentir à un flic qui vous interroge.

Prenons maintenant le slogan fameux : Ne travaillez jamais[9] ; il est en un sens aussi absurde que la formule : Ne mentez jamais. Car si, comme beaucoup de jeunes et autres, on le prend au pied de la lettre, il risque de conduire à une attitude butée : au refus absolu de travailler, à un complexe de culpabilité en cas de travail, au gangstérisme simple, au marginalisme satisfait, à la manie de destruction.

Il est incontestable que le travail, la consommation peuvent offrir une utilité tactique momentanée (ou du moins certains travaux, certaines marchandises à certains moments). Obtenir par son boulot des renseignements précieux impossibles à avoir autrement, piquer ou détourner du fric ou des objets, rencontrer des gens chouettes, bloquer, détraquer (toujours en bossant), voilà ce qui s’appelle quasiment « passer du règne de la nécessité au règne de la liberté ».

Combien de fois ai-je regretté de ne pouvoir m’engager quelques temps au service informatique, dans une banque par exemple, pour frauder ou détraquer la machine. Un copain craignait d’avouer que c’est en travaillant qu’il « en avait fait le plus » ; un autre n’arrête pas de parler des quelques jours où il a bossé dans son existence.

IL ne faut pas confondre « intransigeance » avec attitude maniaque, et inversement « souplesse tactique » avec opportunisme.

Fidèles de « Pariscope » et ascètes, fétichistes et incendiaires systématiques, établis et zonards, voilà autant d’attitudes figées vis-à-vis du travail, de la consommation.

Ce qui doit déterminer l’attitude théorique et pratique envers le travail, etc., c’est le(s) meilleur(s) moyen(s) de le détruire à jamais. Mais il est faux de croire que pour détruire à jamais le travail, il ne faille jamais travailler.

Ce n’est pas non plus en détruisant un maximum de marchandises qu’on la détruira (la marchandise, ndt) pour toujours (usines à produire, à vendre, à rêver, etc.) ; au contraire, dans la mesure où cela force à renouveler les stocks, où cela fait de la publicité (la propagande par l’exemple est souvent le propre de l’utopie).

Ces considérations élémentaires de tactique sont tout à fait évidentes dans le cas des cheveux longs, fringues sales, etc. Une apparence hippie en général est encore la meilleure façon de se faire remarquer et donc de se faire pincer si on fait un truc dangereux. Il convient de faire preuve d’au moins autant de tactique que les flics qui – à l’inverse – bien qu’ils soient opposés aux cheveux longs, n’hésitent pas à employer des chevelus pour pouvoir mieux s’infiltrer dans certains milieux.

S’il est quand même inquiétant, lorsqu’on se proclame révolutionnaire de ne pas être traité en ennemi par le pouvoir, l’être n’est pas une preuve suffisante. Ainsi Baader et Cie semblent avoir cru que l’acharnement mis à les traquer est directement proportionnel à leur danger réel. En fait, ils semblent plutôt avoir servi au système à défouler un peu l’agressivité sadique qu’il impose à ses esclaves.

Faut-il alors se mettre à porter la tenue du « Français moyen » pour être « comme un poisson dans l’eau » (polluée) ? Faut-il négliger l’influence bénéfique que peut avoir le mépris des sapes, du peigne, etc. ?La destruction d’une usine ou d’un magasin n’est-elle pas un acte purificateur ?

O.K. vieux compagnons glandeurs, je vous entends de ma cambrousse parler de trahison des « principes ». Pourtant qui d’entre vous n’a pas envié le mec – en costard et cheveux courts – qui s’est pointé chez Rotschild et lui a bénévolement déménagé tous ses coffres (été 74) ?

Inversement c’est la manie, le goût du « jeu » qui perd souvent « l’escroc » ou le « saboteur ». Si vous n’éliminez pas le système en vous, c’est lui qui vous élimine.[10]

Si je prends des exemples personnels (ces exemples qu’on évite en général – et ce n’est pas dans la plupart des cas par refus du narcissisme ou par une élémentaire prudence – je constate que c’est grâce à des emplois occasionnels ou à des contacts avec des gens qui bossaient ou même grâce à des gadgets que j’ai connu parmi les meilleurs moments (voir A bas les groupes 74, etc.).

Il est difficile de « se décontaminer », tant que la bourgeoisie est au pouvoir (et même sans doute après). Même si à un moment donné on se sent décontaminé (d’où un certain « orgueil »), l’instant d’après on risque de se retrouver prisonnier des tares engendrées par le système. La décontamination théorique et pratique n’est jamais acquise une fois pour toutes.

L’attitude, ne disons pas « juste » mais dialectique vis-à-vis du travail doit être adoptée vis-à-vis du reste, en particulier des media. On trouve évidemment plus de trucs intéressants dans un seul numéro de Paris-Match ou France-Soir que dans la collection complète de tous les journaux gauchistes. Pourtant le danger est d’inverser de nouveau le mépris des média officiels en une idolâtrie qui n’a rien à envier à celle du consommateur ordinaire, selon la formule : plus c’est con, plus c’est beau.

Il ne faudrait quand même pas croire qu’on est abonné à toutes les merdes quotidiennes ou hebdomadaires, régionale, nationales ou internationales. C’est la plupart du temps par hasard que je suis tombé sur un truc intéressant (Regardez bien le papier qui enveloppe la viande du boucher ou les navets de l’épicier). De même pour le boulot : il faut savoir ne pas refuser certains boulots et en tirer parti au maximum – si c’est possible – mais avec un minimum de risque.

Ou bien, si je fais du stop, c’est vraiment par nécessité ; si je rencontre des gens chouettes, tant mieux. Mais faire du stop pour rencontrer des gens, non. Laissons cela aux bourgeoises oisives. Je me souviens d’un après-midi sur l’autoroute entre Los Angelès et San Francisco, un mec qui nous avait pris et nous avoua : « J’ai pris ma bagnole pour faire 200 ou 300 bornes, puis je rentre chez moi, et tous les gens c’est pareil ici ».

Ni passivité ni volontarisme . La passivité sinon la bêtise consiste à attendre qu’il vous tombe du ciel un trésor, à refuser de bosser, de parler à un travailleur, etc. Le volontarisme, à l’inverse consiste à faire par exemple tous les boulots où on peut foutre la merde.

Au contraire, l’attitude anti-dialectique qui éternise par fausse conscience un état historique donc passager, fait dégénérer la théorie en idéologie, l’action en manie, l’anti-groupe en groupe permanent, se perpétuant à lui-même – le VEREIN en GESELLSCHAFT[11]. Elle a conduit les deux tendances de l’ex-Internationale situationniste à des erreurs inverses mais semblables : à la réification du passé chez Debord et Cie, à la réification de l’avenir chez Vaneigem et Cie.

La contradiction de toute organisation est jusqu’à présent le dédoublement quasi schizophrénique entre ses vies « intérieure » et « extérieure », entre son mode d’organisation et son mode d’action. L’anti-groupe réalise l’unité de l’organisation et de la tactique ; on ne peut sans doute ainsi tomber dans les pièges symétriques du « roman de groupe » et des actions « immédiates ».

Religieux , les membres d’un groupe le sont par le dualisme entre la vie individuelle et la vie groupale, dans la mesure où ils considèrent leur vie groupale située en dehors de leur individualité, comme leur vraie vie. En dehors des réunions, cations, ses « membres » se retrouvent homme ou femme, comme le « citoyen » le soir des élections.

La peur (de se retrouver seul, de perdre son boulot, d’être mis en taule, d’être torturé, etc.) est rarement évoquée, toujours condamnée, mais la plupart du temps abstraitement. Dans la pratique c’est bien par peur (parce qu’ils n’arrivent pas à surmonter cette peur) que certains ne font pas tel ou tel truc, d’où un dégoût de soi, l’obsession du suicide, l’attente mystique d’une force extérieure qui viendra les délivrer.

On trouvera peut-être trop abondantes les citations de Lukacs , ce dialecticien qui a pourtant fait l’éloge du parti, de Lénine, ce tacticien qui n’a pas arrêté de se renier. Pourtant beaucoup des essais qui forment « Histoire et conscience de classe » restent très instructifs.

CHAPITRE 4

« Le fait indéniable de la modification

Se reflète pour les formes de conscience

De l’immédiateté, comme une catastrophe,

Changement brutal, soudain, venu de l’extérieur

Et excluant toute médiation ». Lukacs

Ce que nous voudrions montrer, dans cette dernière partie, c’est que l’attitude (« pensée »/ « action ») anti-dialectique signifie non seulement fausseté, impuissance[12], mais déplaisir ou plaisir illusoire, à l’inverse de l’attitude dialectique ; que finalement la tactique correcte n’est que la loi du plaisir réel.

Dans l’attitude anti-dialectique (ou schizophrénique) tout instant est vécu en dehors du temps et non comme un moment d’un processus, d’une totalité, non comme une médiation entre passé et avenir (historiques).

Qui n’a pas senti un malaise physique en tenant une réunion séparée, en parlant de trucs abstraits, surtout en présence de gens qui se foutaient de votre gueule ? J’ai eu trop souvent la même sale impression, en sortant de certaines réunions anars, que lorsque je sortais du lycée : d’avoir été coupé de la réalité et d’y être brutalement ramené.

Est-ce un hasard si la plupart des écrits conseilleux ou anti ressemblent à des dissertations sans engagement précis pour l’avenir et permettant toutes les interprétations (en particulier sur le problème de l’organisation) ? Le pouvoir lui-même raffole de plus en plus de ces réunions « informelles » où on ne décide jamais rien.

Il ne s’agit pourtant pas de nier qu’une séparation, abstraction soient provisoirement nécessaires[13]. En pensée d’une part, car on ne peut parler de tout à la fois et cela évite les répétitions. Mais cette séparation, abstraction doivent rester un moyen vers la connaissance du tout et non une fin en soi. En actes d’autre part.

Inversement le passage à l’action concrète n’est pas un critère suffisant de vérité. L’activisme et le réformisme sont les deux manifestations symétriques de cette idéologie de la pratique : « faire quelque chose à tout prix » voilà la devise. Bref les activistes qui rejettent (concrètement) la pratique sont également bornés (cf. le « parti politique pratique » et le « parti politique théorique » (Marx).

La dialectique c’est la fluidité retrouvée et l’interaction continuelle[14]. L’anti-groupe est précisément basé sur ces 2 notions qu’il ne faut jamais séparer (la dialectique du devenir n’est rien sans la dialectique de la totalité, et réciproquement). Plus de tabous (la théorie pour l’activiste, la politique pour le syndicaliste, l’organisation pour le spontanéiste, etc.). Plus d’idées « fixes », mortes (vive ceci ou cela, à bas tel ou tel truc).

Si on prend l’exemple du coupe (a fortiori du groupe), il y a sans doute 2 choses « tabous » : parler de la fin du couple (« il y a eu de l’histoire mais il n’y en a plus »), de l’autre parler des relations extra-conjugales, en particulier sexuelles. Au couple s’oppose la relation vivante entre (par exemple) 2 personnes qui conçoivent leur liaison comme étant transitoire et totale à la fois. La rupture n’apparaît comme une catastrophe que si le couple est conçu comme éternel. Les relations en dehors du couple ne paraissent inconcevables que si le couple est vécu sur le mode de l’isolement.

Le fait de « vivre dans le présent », de « s’intéresser à l’actualité », de disserter sur la « vie quotidienne » plutôt que sur le passé n’est pas une preuve, au contraire en un sens[15]. Car tout dépend de la façon dont le présent est vécu, conçu : soit à la manière du journaliste englué dans l’immédiat, qui ne parle certes que du présent mais sans le comprendre, de façon purement contemplative ; soit de façon dialectique.

L’immédiateté est également le défaut congénital du « maniaque » (en particulier activiste). Le maniaque n’a pas une autre conception du temps que le journaliste[16]. Le maniaque activiste a tout un arsenal de slogans et de recettes éternels – l’idéal – (sabotage des élections, des entreprises, appel à la grève générale par exemple) à appliquer à tout moment sous peine de trahir les « principes ». Les maniaques de l’insurrection, en particulier, sont généralement sanctionnés par l’échec, sinon par la prison et même par la mort.

Le maniaque refait toujours la même action sans tenir compte des enseignements pratiques, de la situation présente. Son temps est une succession d’instants juxtaposés comme dans le rêve[17]. Il se peut toutefois que par hasard son action déclenche la révolution ou y contribue.

L’impatience, si elle accorde la préférence systématique à l’offensive, risque de tout compromettre (cf. Clausewitz).

APPENDICE

A propos de quelques slogans « révolutionnaires » :

La fin de l’école, de l’université et même des prisons est très sérieusement envisagée par le pouvoir lui-même qui va désormais chanter les vertus de l’autonomie, de l’autogestion, etc.

En dehors du fait qu’il est très économique de se passer de bâtiments scolaires et pénitentiaires, l’adaptation à l’économie actuelle risque d’être ainsi plus efficace. Les « étudiants » iront prendre des cours dans les entreprises[18], les « détenus » iront y travailler. Les possibilités de réaction collective, de « contagion » ne seront sans doute réduites (à moins que cela ne donne le résultat inverse).

Quant à l’autonomie et même l’autogestion, c’est, comme le souligne Töffler, un moyen d’économiser à la fois du temps et du personnel. En effet, en cas d’incident, si l’ouvrier ne prend pas de décisions, il faut :

a) qu’il demande au contremaître ce qu’il faut faire, le contremaître à son supérieur jusqu’en haut de l’échelle,

b) que l’information redescende du haut vers le bas. Au contraire, si l’ouvrier est autonome, il y a un gain de temps et le personnel bureaucratique devient superflu.

Ainsi donc l’entreprise seule restera, mais éclatée pour mieux passer inaperçue. Ne vous occupez pas d’occupation !

En concevant l’Entreprise comme objet du combat et non comme adversaire dans la lutte, beaucoup – tous ceux en particulier qui définissent mai 68 comme « mouvement des occupations » - se sont déjà placés, en esprit sinon en actes, sur le terrain de la bourgeoisie : ils ont ainsi perdu la bataille avant même de l’avoir commencée.

On n’est pas loin chez certains d’une attitude délirante où « on s’assimile l’objet de la perception au lieu d’accommoder la perception à sa manière d’être réelle » (Gabel). Aussi comment ne pas voir la répulsion croissante qu’inspire l’Entreprise, sous les diverses formes du sabotage, de l’incendie, de l’absentéisme ou des hold-up, cambriolages, escroqueries, etc., et comment ne pas en tirer les conclusions nécessaires ?

Il est aussi ridicule de cacher certains faits qui ne cadrent pas avec la « théorie » que, par exemple, de créer des Instituts de sondage, pour connaître la fausse conscience des individus. Pourquoi entreprendre d’éterniser l’entreprise ? Le repli sur l’usine et l’occupation (comme en Pologne fin 70) ne peut être que la conséquence de la défaite et non la cause de la victoire.

VIVE LA DICTATURE ANTI-USINE DU PROLETARIAT !

ANNEXE

Extraits de « Ce qui ne fut pas » de B.Savinkov (Payot 1921) disponible à la bibliothèque nationale, ou : sur la difficulté d’être clandestin et surtout cesser de l’être.

« … Bolotov[19] comprit alors qu’un nouvel état de choses remplaçait l’ancien désormais impossible en Russie. Pour la première fois il éprouva le sentiment heureux de la délivrance (…) Il semblait que la voie de la Terre promise était ouverte à l’organisation juste et libre de la Russie. Mais ce sentiment pur et noble ne parut pas seul. Une anxiété l’empoisonnait : comment s’adapter à la vie ? Comment vivre hors du souterrain ? En dehors du comité, de la conspiration ? (…) Il regrettait que tout fût fini si vite, que la révolution fût déjà victorieuse, le laissant seul et sans asile, comme un journalier qui a reçu son compte.

Le troisième sentiment qu’il éprouvait, le plus compliqué, qui faisait naître en lui à la fois l’espoir et la colère était une méfiance, dont il ne pouvait se défendre, envers cette liberté annoncée par le manifeste[20]… Il voyait tout d’un coup comment, indépendamment de son désir et de sa volonté, la grande grève avait éclaté, s’était élargie…. ».

(POUR COMPRENDRE SON EPOQUE : 2 F / Collection dialectique, tactique, tics, tics et tics).



[1] Tout ce qui tend à dégonfler la mythologie du clandestin est salutaire ; par exemple les livres de recettes montrant que désormais tout est à la portée de tous, les confessions non truquées d’anciens terroristes, etc. D’autre part, la légalité est relative, variable d’un pays à l’autre, d’une année à l’autre.

[2] A quand un brevet de 1000 heures d’autostop pour entrer à l’ENA ?

[3] C’était déjà le problème des derniers écrits « économiques » de Marx.

[4] Est-ce un hasard si Bakounine, dans ses lettres plus ou moins codées (à A.Richard, 1870) utilise le terme de « système commercial » pour désigner les organisations révolutionnaires ? (sectes blanquistes)

[5] Il ne s’agit pas « d’ajouter » la pratique à la théorie (ou vice-versa) ou encore d’établir un « juste milieu » entre l’une et l’autre, mais de saisir l’interaction continue entre les deux. C’est la même différence qu’entre baiser chacun pour soi (comme 2 choses juxtaposées) et d’autre part faire l’amour ensemble, entre déplaisir et plaisir (cf. chapitre 4).

[6] « Rêves d’angoisse qui mettent à la place de la réalisation inadmissible de désirs défendus… la réaction… de la conscience de culpabilité contre le penchant réprouvé » (Freud).

[7] Mémoires de Savinkov (Payot, 1931) chapitre I, 2.

[8] Particulièrement « révoltant » pour les humanistes du Figaro et Cie quand il prend la forme de l’indifférence aux blessés, malades qui crèvent sur les trottoirs des grandes villes ou les routes des campagnes. On s’insurge ici contre les conséquences tout en louant les présuppositions ; on veut éliminer le « mauvais côté » en gardant le bon.

[9] Voir en appendice (A propos de quelques slogans révolutionnaires). Voir aussi Sociologie d’une révolution de Fanon : le dévoilement puis le port du voile sont dictés par la tactique ; c’est tour à tour la meilleure façon de s’infiltrer.

[10] Ainsi cet informaticien au chômage (« l’escroc à la carte bleue ») qui s’est fait pincer parce qu’il est revenu 12 fois au même endroit.

[11] Voir pour position anti-groupe : Invariance N°2, série II ; Anarchy n°77 ; A bas les groupes (Anthologie 74). Il y a toutefois des différences entre le « réseau », l’organisation « ad hoc » et l’ « anti-groupe ». A ce qu’il nous semble, le réseau (les 2 trucs sont liés) d’une part exclut les relations immédiates avec des inconnus, et privilégie trop la théorie aux dépens de la pratique (« Refus de toute reconstitution de groupe même informel ; maintien d’un réseau de contacts personnels avec les éléments ayant réalisés – ou en voie de le faire – le degré le plus élevé de connaissance théorique : anti-suivisme et anti-pédagogie »). Quant à l’organisation ad hoc, elle paraît trop attachée à la notion de besoin et non de désir, et peut donc être facilement confonue avec ce que les cybernéticiens comme Töffler appelent « groupes de projet ou d’intervention » (task-force) : « The ad hoc group which springs up some particular NEED is usually a regrouping/people from existing networks with an increment drawn from people attracted by the particular function of ad hoc group (cf. Spies of peace) ; (trad : Le groupe ad hoc naît d’un besoin précis et rassemble d’ordinaire des personnes venant de réseaux déjà existants et d’autres qui sont attirées par la fonction précise du groupe ad hoc).

[12] Le pouvoir et ses idéologues salariés n’arrivent pas à comprendre l’époque actuelle donc à agir sur elle ; pour la saisir, il faudrait se suicider mentalement sinon physiquement. D’où le succès de tout ce qui est « incompréhensible » (du fantastique à la religion en passant par la magie) et « catastrophique ». Pour un dialecticien, les « faits » actuels n’ont rien de tel. De « L’exorciste » à « Tremblement de terre », en passant par « Dracula » (venus évidemment des USA ou du Japon) c’est toujours l’échec de la pensée non dialectique qui est mis en images et en sons, c’est l’annonce inconsciente de la chute imminente de ce monde et des forces « extérieures, transcendantes, irrationelles , etc. » (d’autant plus appelées en renfort que le capitalisme est en crise ouverte). Le mysticisme est inséparable de la non pensée (voir reproches de Marx à Proudhon dans « Misère de la philosophie »).

[13] « Quand nous parlons de production, c’est toujours à un stade déterminé du développement social. Mais toutes les époques ont certains caractères communs, certaines déterminations communes. La production en général est une abstraction, mais une abstraction rationnelle dans la mesure où, soulignant et précisant bien les traits communs, elle évite la répétition » (Marx).

[14] La nostalgie du « généraliste » en médecine, le « globalisme » ou « mondialisme » du Club de Rome et Cie, ne sont que des parodies de dialectique. L’enseignement précoce des mathématiques « modernes », mieux que le catéchisme, vise à accréditer une conception statique . Ici, tout n’est que juxtaposition (et non interaction) de choses immuables (et non transitoires). Des maths à la société, il n’y a qu’un pas qu’on franchit allègrement : « L’entreprise est un sous-ensemble » (rapport Sudreau). On ne nie d’ailleurs pas tout à fait l’évolution, mais dans certaines limites : « Une entreprise n’est pas une nature morte et figée mais un être ( !) vivant en mutation permanente ». Enfin, dans le même rapport, notons deux aveux plus ou moins conscients de passivité : « Les sociétés industrielles modernes subissent de grandes mutations (…) Plutôt que d’assister passivement…. ».

[15] Cf. Enquêtes de France-Soir sur la vie quotidienne des Français (début 75). C’est lorsque l’on croit être le plus près du concret que le système en est le plus éloigné : le concret est ici envisagé de façon abstraite, les « faits » ne sont pas conçus comme des « moments ». De même c’est lorsqu’il croit s’approcher de la fête, de la libération sexuelle, du dialogue, qu’il s’en éloigne le plus.

[16] Ce n’est pas tout à fait un hasard si les principaux membres de la « bande à Baader » sont d’anciens journalistes.

[17] Voir table des matières du livre de Savinkov, chapitre I : affaire Plheve ; chapitre 2 : affaire du Grand duc ; chapitre 3 : affaire Doubassov, etc.

[18] A Philadelphie (USA) un établissement public du 2e degré fonctionne sans locaux. Les élèves se déplacent dans la journée par leurs propres moyens pour se rendre dans les différents endroits où sont donnés les « cours ». Ce sont des professionnels qui, sur leur lieu de travail, en ont la charge : comptabilité des banques, etc.

[19] Bolotov, dans le roman, représente Savinkov lui-même, selon toute vraisemblance. Ceci se passe en 1905 avant et pendant l’insurrection de Moscou. Savinkov est l’organisateur (mais non l’exécutant) de plusieurs liquidations, avant et après 1905 de dirigeants tsariste ; il est le chef adjoint de l’Organisation de combat, liée au parti « socialiste-révolutionnaire » (le chef Azev, tout comme Gapone, était un flic).

[20] Il s’agit du manifeste tsariste du 17 octobre, publié pour arrêter la grève générale en créant en particulier la Douma.