"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 4 décembre 2007

LA REVOLUTION DE 2008

En 2008, contrairement à toute attente, la fièvre révolutionnaire embrase deux continents occidentaux et le mouvement commence à se répandre en Corée du Sud au coin du continent asiatique. Des grèves massives éclatent en Afrique du Sud mais aussi en Argentine. En France, où la chute brutale de l’Euro, suivant de peu une crise des subprimes qu’on avait crue jugulée dans les pays anglo-saxons, a fait exploser le nombre de chômeurs particulièrement en région parisienne, où des émeutes avaient à nouveau mis en prises une population déjà fortement laissée pour compte, la révolution est avant tout politique. Elle confirme que si jusque là l’histoire sociale était à la remorque de l’histoire politique, c’était bien grâce au sale boulot des syndicats d’Etat. La première revendication est le refus des tractations secrètes entre délégués et représentants de l’Etat. La deuxième qu’il y ait caméras et micros dans les salles de négociation pour répercuter en direct les propos des uns et des autres.

Ces deux revendications éminemment politiques la révolution les avait adoptées en hommage à la lutte des ouvriers polonais en 1981. En Allemagne et en Espagne, les ouvriers, moins avancés, ne faisaient que commencer à contester les syndicats en leur opposant des syndicats du sud soit disant plus honnêtes. Aux Etats-Unis, la révolution était à la fois politique et sociale, politique parce que les ouvriers s’étaient pour une fois directement opposés à la guerre planifiée en Iran par le président Busch et avaient en même temps réquisitionné les réservoirs d’essence pour les livraisons de denrées par la route, étant donné l’épuisement des réserves pétrolières nord-américaines et le refus de livrer un supplément de la part du président Chavez. En Angleterre, les ouvriers s’étaient laissés provisoirement enfermer dans la polémique sur l’utilité de la royauté, après l’incendie de Buckingam Palace et la prise en otage de la Reine qui avait suscité une forte émotion parmi la petite bourgeoisie conservatrice.

Une répression sanglante s’était abattue sous les ordres de Poutine en Russie contre les grèves dans le bassin du Donetz et l’insurrection en Ukraine. Onze mille arrestations, cinq mille six cent déportations. Une répression d’autant plus dure que de nombreux cadres de l’appareil d’Etat et patrons avaient été tués lors des premières émeutes. Un pope qui tentait de s’interposer entre les combattants sur la perspective Nevsky, au coin de la rue Robespierre, fut abattu.

La crise révolutionnaire de 2008 marque un tournant dans l’histoire des classes sociales qu’on croyait enterrée. Bourgeoisie et prolétariat y apparaissent à nouveau clairement comme classes antagonistes. Entre ces deux classes, surtout mue par la haine, la petite bourgeoisie et la plupart des étudiants, avaient fini par se mobiliser derrière le prolétariat. La bourgeoisie voit le fossé se creuser de plus en plus profond entre elle et la majorité de la population travailleuse. C’est dans ce contexte historique que la doctrine de Marx fût réévaluée à sa juste valeur.

Les conséquences de ce réveil du marxisme sont doubles :

- d’un côté, la classe bourgeoise vit dès lors dans la peur des classes laborieuses. Aux yeux des plumes officiels de cette classe, tous les maux de la société provenaient des banlieues et de l’Islam, du déficit de la sécurité sociale et de la volonté absurde des ouvriers de conserver leurs trente cinq heures hebdomadaires. C’est à cet envahissement immigré que, dans les écrits de l’époque, on attribuait communément le maintien d’un fort taux de criminalité. Pour maintenir leurs profits, dans ce monde hostile, les bourgeois devaient souvent baisser les salaires et envoyer les flics contre les grévistes ou renvoyer les immigrés chez eux. L’immigration était d’autant plus envahissante qu’elle faisait suite à des siècles de transport d’une main d’œuvre terrorisée et ostracisée. Du jour au lendemain les ouvriers immigrés et leurs progénitures s’étaient coalisés contre les attaques de l’Etat bourgeois avec les ouvriers du cru, ouvrant la voie à un univers inconnu, angoissant pour les possédants et les fils à papa.

- La peur de la classe ouvrière est telle que partout la bourgeoisie tenta de remettre en place des polices de proximité, mais la police puait plus elle approchait. Le réflexe premier de la classe dominante de lancer ses chiens de garde allait lui coûter très cher et révéler son impuissance.

- La classe ouvrière, prenant conscience d’elle-même, émergeant comme force d’alternative politique qui se fait respecter voire honorer, le prolétariat cesse d’être une classe de racaille immigrée ou d’éthyliques assistés. En même temps, là où des places fortes capitalistes subsistaient, elles commençaient à s’écrouler, ouvrant la voie au communisme.

(à suivre)

dimanche 2 décembre 2007

Du mot d’ordre de solidarité

français et immigrés

Le dernier tract du petit PCI (Le Prolétaire), fort judicieux dans leur prise de position et analyse d’une grève piégée avant d’être commencée, se terminait par un vieux mot d’ordre des années 1970, la solidarité de classe français-immigrés. Au premier coup d’œil il faisait plaisir à voir ce vieux slogan que l’on n’entend plus depuis que la bourgeoisie a décrété que le diable est musulmaniaque. A la réflexion ce mot d’ordre, comme la défense des nationalisations ou d’un Etat impartial, est cependant obsolète.

Ce mot d’ordre a une histoire. Il n’a jamais été vraiment concrétisé comme la mythique grève générale, qui n’exista pas non plus en mai 1968.

La plupart des partis de gauche et d’extrême gauche l’ont conjugué à toutes les sauces de la culpabilisation de gauche antiraciste. D’une façon prédominante était revendiquée la solidarité français-immigrés sans spécifier la notion d’appartenance de classe, ce qui devenait franchement ridicule au niveau électoral puisque les immigrés, dans la conception nationale de la vie civile, ne sont pas conviés à voter, et ne sont pas prêts de l’être ; et, au demeurant le trucage civique ne sera jamais un moyen d’émancipation ni de la pauvreté ni de la couleur de peau. Sur le plan social, la solidarité français-immigrés ne concerna jamais vraiment les prolétaires des services publics, puisque les employés de ce secteur n’étaient recrutés que sur la base du sang national. Dans les petites boites du privé, malgré quelques grèves phares pour le maoïsme agité du bonnet ou des grèves exclusivement composées d’ouvriers étrangers des ex-colonies, la solidarité hexagonale resta virtuelle dans les envolées lyriques des militeux gauchistes et comme disque rayé pour manifestations.

Du paternalisme de gauche au paternalisme antiraciste :

Au pouvoir ou dans l’opposition, la gauche bourgeoise s’est longtemps présentée comme fier défenseur de la veuve ouvrière et de l’orphelin immigré, en laissant augmenter le chômage et en poursuivant les expulsions de la droite. Les bâtards de cette gauche, les divers gauchistes, exhibèrent un temps leurs immigrés de façade sans que ceux-ci donnent naissance à des héritiers politiques deux ou trois décennies plus tard. Les bordiguistes des années 1970, eux-mêmes habités par la culpabilité petite bourgeoise de la revendication de papiers pour les sans-papiers, engagèrent vainement une action ridiculement charitable, en direction de la population immigrée encore pacifique de Sarcelles et de Montreuil ; l’intellectuel petit bourgeois est persuadé que la révolution viendra un jour, mais des plus pauvres.

Depuis 40 ans rien n’a véritablement changé pour les immigrés. Pour le Capital, avec son alibi antiraciste, l’immigré doit rester prolétaire précaire, prédisposé à la bigoterie, taillable et corvéable à merci. Les militeux qui pensent être progressistes en revendiquant les droits de l’homme pour les plus paupérisés du sous-prolétariat moderne, sont des crétins parce que les droits de l’homme sont ceux des bourgeois.

Pourtant, mieux que la revendication d’égalité des droits entre nationaux et non nationaux, la population immigrée a obtenu sa revanche contre la bourgeoisie et contre ses opposants de pacotille : elle s’est intégrée au cadre national par ses enfants. Vertu du paradoxe, si les vieux parents ne sont toujours pas français, leurs enfants nés sur le sol national, le sont et n’entendent pas se faire marcher dessus comme la génération maudite et humiliée de la décolonisation.

Le capitalisme contient toujours, même à un degré mineur, des aspects qui révolutionnent la situation existante, et mène envers et contre lui à dépasser les clivages, bien qu’à la différence du XIXe siècle il en sabote immédiatement toutes les possibilités dynamiques. Les enfants de prolétaires immigrés, en majeure partie maghrébins et africains, sont embauchés enfin dans les services publics, dans les grandes sociétés et dans la gendarmerie.

Face à ce retournement de situation le capitalisme n’est pas resté inactif. Il ne pouvait pas laisser se fondre in vivo l’unité naturelle du prolétaire de souche et de son double anciennement immigré sans faire jouer le climat affectif du paternalisme antiraciste, supplétif de l’ancien curé colonialiste.

Il tend à faire prévaloir la fiction de l’égalité et de la réciprocité qui maintient la hiérarchie des inégalités entretenues entre prolétaires autochtones, femmes et ouvriers « d’origine française récente ». En même temps, il n’occulte pas les conflits latents dans une situation de possible assimilation comme pût l’être au début du XXe l’intégration des ouvriers italiens ou espagnols. Il les aggrave.

Le système du nouveau gouvernement n’est pas le programme du FN mais l’aboutissement du lent travail de bourrage de crâne d’années et d’années de paternalisme antiraciste par les gouvernements successifs de droite et de gauche. Cette politique très affûtée, qui déstabilise la petite bourgeoisie bien-pensante de gauche et d’extrême gauche, correspond à la stratégie de fuite du réel d’un prolétariat européen marqué par le vide de la théorie révolutionnaire et la nullité de tous les groupes politiques radicaux réduits à la misérable litanie syndicaliste. Cette politique trouve sa justification au centre de la violence qui régit les rapports sociaux.

La violence faite aux prolétaires quotidiennement est découpée en tranches et cuite séparément. La violence hiérarchique est traduite par un concept médical, le harcèlement. La violence policière est traduite par un concept juridique, la protection des biens. La violence des faits divers est traduite comme crime de marginaux (immigrés). Il y a violence et violence. Ni Sorel ni Lénine ne pouvaient imaginer le niveau de complexité que la violence atteindrait au XXe et XXIe siècles. Pourtant, la violence de « ceux qui se défendent » dans les aires de la population exploitée, reste le seul principe qui permette aux masses ouvrières de se faire entendre. Si l’Etat réussit encore à circonscrire cette violence, en la réduisant à l’action de gangs immigrés, et si cette violence finit toujours par être récupérée dans la même stratégie de fuite du réel par la promesse de quelques exceptions à la misère généralisée, cela ne saurait perdurer. La violence, même désordonnée dans la rue, pose des questions politiques de fond auxquelles aucun des tenants du pouvoir ou leurs compétiteurs n’a de réponses. La violence sociale reste l’accoucheuse des classes montantes.

La politique de l’Etat au centre de la violence est donc l’apogée du nouveau paternalisme : qui n’est pas avec moi est contre moi et n’a droit à aucune protection ! Le chantage est le même face aux quartiers déshérités du sous-prolétariat et en direction du prolétariat en dessous. Les masses sont d’autant plus passives que le gouvernement se prétend sécurisant. Le résultat en est immédiatement l’inhibition électorale et le suivisme syndical.

CONSOLIDATION HIERARCHIQUE ET PRESTIGE

L’éthologie a montré qu’il n’y a pas vraiment de différences entre le mode de vie hiérarchique et la lutte pour le pouvoir chez les animaux et chez les humains. Ni dans l’instinct animal archaïque ni sous le capitalisme moderne on ne déroge à la lutte pour le prestige et pour écraser son prochain. A la perspective déniaisée d’une société sans classes, le capitalisme prétend opposer un avenir écologique et convivial à l’humanité. Le capitalisme n’étant pas biologiquement éternel, il lui faut continuer à régner prosaïquement avec les bouts de chandelles des idéologies périmées.

La politique du pouvoir ou le pouvoir de la politique ne réside pas dans un échange de bons et loyaux service.

L’Etat bourgeois ne fait pas de concessions majeures mais se sert de la fuite du réel dans un rapport de forces inégalitaire. La protection policière des biens n’est que celle de la bourgeoisie et les corps armées servent à terroriser le prolétariat qui ne dispose d’aucune garantie de service rendu. Le pouvoir d’Etat demeure une puissance autonome qui exige la soumission par les élections républicaines. De plus, ce qui est totalement ignoré par les simplismes des groupes radicaux, est que le pouvoir politique ne passe pas essentiellement par la politique. Le pouvoir existe en préfiguré, voire en préliminaire, dans la structure fortement hiérarchisée de la société, et surtout dans l’occultation des strates des classes. Les inégalités intellectuelles et culturelles, entretenues par le système éducatif, priment largement sur les inégalités de secte, d’ethnie ou d’âge. Le pouvoir d’Etat ne se délimite pas à ses institutions parlementaires, juridiques et armées ; outre qu’il est partagé imaginairement par les prolétaires qui votent, il peut se permettre de n’associer qu’une infime minorité d’intermédiaires au nom de la délégation… de pouvoir. Le délégué syndical est une pute et le délégué politique son mac.

Le pouvoir d’Etat, en second lieu, légitime la combinaison de l’esprit ethnique archaïque et de la communauté religieuse pour dissoudre toute conscience de classe unique opprimée. Ce pouvoir est si diffus, sur le plan du quotidien et des modes de vie, qu’il induit des automatismes masochistes chez les prolétaires qui s’autodétruisent comme classe révoltée par soumission infantile et cécité historique. Le prolétaire autochtone croit être protégé de démons imaginaires par l’Etat paternel quand le prolétaire immigré de la deuxième génération se plie non seulement à cet Etat mais en même temps se laisse atomiser en permanence, de façon non consciente par le prétendu système de valeurs antagonistes de la religion. La coexistence de messianismes syndicaux et religieux favorise le maintien de la confusion par l’Etat, et surtout écarte toute conscience de classe commune. Cette action de brouillage idéologique ne peut perdurer que tant le capitalisme peut entretenir la course à la reconnaissance dans une apparente décomposition.

L’Etat-nation n’a plus de raison d’être à l’époque moderne dans un monde régi par le même capitalisme, aussi comme il ne peut pas passer de lui-même à sa suppression, il accomplit un pseudo retour en arrière de type féodaliste en restant agrippé à la fiction de l’indépendance nationale. Industriellement celle-ci ne signifie pourtant plus rien, ne développe plus la classe ouvrière mais l’éparpille en unités éloignées et disparates juridiquement. La bourgeoisie, qui maîtrise encore ses contradictions décadentes, ne souhaite pas cependant accorder une représentativité au régionalisme, au tribalisme et au communautarisme, quelques concessions formelles qu’elle semble accorder. Aucun complexe sur ce plan, les groupes d’intérêts ne peuvent pas eux non plus se formaliser ; on imagine mal les classes privilégiées s’organiser en « parti de classe » qui démontrerait d’une part qu’elles sont ultra-minoritaires et de l’autre ultra-cyniques !

La bourgeoisie est la classe de la confusion qui articule un concept vide de « démocratie » et la vieillerie du libéralisme pour la défense de l’exploitation et de la spoliation.

Le combat des opprimés semble avoir délaissé la recherche d’une meilleure compréhension des mécanismes économiques qui régissent le capitalisme et semble prendre pour éternelle les hiérarchies instituées qui fondent la domination bourgeoise. L’Etat paternaliste prétend assurer la reconnaissance donc comme récompense symbolique de la participation des tribus ou communautés à la nation étriquée. Le sous-prolétariat immigré se voit concéder une place tant qu’il reste fixé sur son milieu d’origine, présent à la Mosquée (même si la fréquentation de celle-ci est en réalité très minoritaire). On lui présente cette concession comme un dû à sa dignité d’homme car son identification à la classe ouvrière ne pourrait tenir que de l’animalité primitive. Il s’agit pourtant aussi d’une dépersonnalisation de l’être du prolétaire, quelle que soit son origine, au profit de son enchaînement à la superstition comme consolation de sa dépréciation sur un territoire qui lui reste hostile.

Le prolétaire de souche n’est plus qu’un assisté, et le prolétaire d’origine immigrée un brave croyant. Pourtant leur lutte est bien profondément commune et orientée vers le même but.

(à suivre)

Le tract du PCI:

SUITE

Le mot d’ordre français-immigrés même combat a été complètement happé par l’antiracisme paternaliste. Cela ne signifie pas que les ouvriers français et immigrés n’auraient plus à s’unir, car ils restent culpabilisés en temps normal sous les coups du bourrage de crâne de l’idéologie de l’assistanat – qui peut prétendre englober tant chômeurs autochtones qu’allocation familiales pour famille d’immigrés – mais que le slogan de la lutte ne peut se cacher sous l’oripeau antiraciste simpliste. Seule la spécificité de classe ouvrière internationaliste peut révéler le sens du combat et lui donner son potentiel.

La caricature des immigrés sous influence islamiste par la bourgeoisie fait penser à la description des paysans arriérés par La Bruyère :

« L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible : ils ont comme une voix articulée et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet, ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines… »

La violence est le langage des pauvres. La violence est le langage des exclus, fils d’ouvriers autochtones et immigrés mêlés, comme le révèlent à chaque fois les lourdes condamnations des lampistes. Cette violence est légitime et on lui oppose une possible « régularisation » des laissés pour compte, régularisation sociale et juridique ! Tu parles !

Il est à la mode désormais de parler de la lutte des sans-papiers, succédant à l’ancien mot d’ordre gauchiste. C’est encore pire ! Cela devient une lutte individuelle pour obtenir ces fichus papiers, alors que la bonne haute bourgeoisie des hôtels particuliers du XVIème aux hôpitaux et chantiers a besoin de sans-papiers hyper-exploitables !

La lutte générale mais dispersée et opaque contre l’exploitation, le chômage et les discriminations de classe par les prolétaires de toute origine nécessite une réflexion d’ensemble pour sortir des ghettos revendicatifs et des pleurnicheries humanitaires.

Au cœur de cette réflexion il n’y a pas de recettes, ni une surenchère revendicative mais la nécessité d’un défrichage politique, personne d’autre que les prolétaires révoltés ne peut mener à bien ce travail qui nécessite l’apparition de nouveaux groupes capables de dépasser les idéologies mortes pour sortir de l’impasse actuelle et définir un avenir révolutionnaire possible.



jeudi 29 novembre 2007

L’indigence des léninistes pour

une grève en impasse

"Il y a ceux qui s'agenouillent devant le derrière du prolétariat" Lénine

Nous critiquerons ici tous les groupes qui prétendent parler au nom du prolétariat en général, qui postulent à en prendre la tête lors d’un chambardement toujours rêvé mais jamais là, et qui en définitive ne sont que la mouche du coche de la gôche caviar, voire surtout des syndicats gouvernementaux. Ces groupes « contestataires » généralement impuissants et qui font de la figuration, quelle que soit l’étiquette qu’ils affichent peu ou prou, marxiste ou anarchiste, nous les rangeons dans le grand carnaval post-léniniste. Le léninisme est mort comme l’anarchisme et c’est là tout le sel de l’histoire, quand le marxisme reste la seule méthode d’analyse cohérente et le communisme l’unique perspective sérieuse pour l’humanité. Au fil de la critique, on verra que l’ensemble de ces groupes, des groupes bourgeois financés pour leur participation électorale studieuse (LO et LCR) à la petite mafia anti-communiste CNT et à la secte CCI, qui se prétendent révolutionnaires, n’ont jamais débordé idéologiquement le syndicalisme maison, exigeant juste le petit plus du vieillot « tous ensemble » ou de l’obscure « généralisation ». On ne parlera pas ici du particule des travailleurs, la secte de Gluckstein inexistante comme telle, bien que cachée sous les drapeaux de FO, et nous la laissons à sa débilité pétitionnaire trentenaire pour la construction d’une nouvelle poupée russe du mystérieux appareil lambertiste.

A mon avis, en France, seul le comité de lutte Tumulto de Toulouse a été à la hauteur du type d'intervention nécessaire dans une grève mal barrée et pour assurer du point de vue révolutionnaire; le tract original du cercle bordiguiste, que je viens de recevoir seulement) est aussi lucide du début à la fin de la grève sur une lutte piégée dès le départ par gouvernement et syndicats, et s'il se borne à des généralités, il affiche nettement la nécessité de lutter hors des syndicats.

Pour tout dire l’ensemble des groupes gauchistes et contestataires ont fait montre de la plus totale indigence théorique. Ils s’ignorèrent entre eux le temps de la grève dans la compétition pour gagner l’oreille des ouvriers. En outre, c’est très comique, aucun n’a disputé face aux autres la bonne interprétation de l’évènement gréviste, est-ce qu’il s’agissait d’une grève authentique (voulue par les ouvriers) ? que convenait-il de faire en pareille circonstance ?

Or, ce qui a été marquant, malgré de timides interventions qui toutes soufflaient dans le mégaphone syndical ambigu, c’est leur maintien à la marge ou fondu derrière les jusqu’auboutistes impulsifs.

La bêtise de l’argumentation contre les syndicats, qui ne sont forts que de la faiblesse des ouvriers, confine au radotage à chaque grève alors que plus personne ne pense que les syndicats ne sont pas pourris. La pauvreté créative des mots d’ordre des léninistes à retardement valait bien celle des crétins d’ouvriers avinés qui psalmodiaient « des sous … des sous… » à la manif enterrement du 20 novembre. La soumission au faux mot d’ordre « retour pour tous à 37,5 annuités » servit à conforter le corporatisme le plus étroit.

On analysera successivement l’argumentaire des as du double langage (LO), le suivisme pleutre de la CNT et l’interclassisme éponge du CCI (révolution internationale).

LES RADOTAGES DE LUTTE OUVRIERE ET OU L’ON VOIT

QUE TRAVAILLEUR = ELECTEUR POTENTIEL

Spécialisée dans le double langage, la secte LO produit le même raisonnement circulaire depuis sa mise en orbite après 1968 : « luttons avec les syndicats – les syndicats nous on trahi – empêchons-les de trahir la prochaine fois ! ». C’est le fond du chapelet débité par Arlette Laguiller pour l’édito invariant du journal qui sert de soupe éditoriale à leurs bulletins d’entreprises. Arlette qui a lu le premier tract de PU (je le lui ai remis en main propre), fait semblant de ne pas avoir compris que les dés étaient pipés depuis le coup de sifflet syndical. Elle reprend une idée que j’avais émise dans ce tract (le cycle de dix ans d’attaques successives) mais avec un raisonnement passoire, les yeux rivés sur les prochaines municipales. Elle plaint les grévistes, alors que sa secte n’a fait aucune mise en garde contre l’organisation des promenades syndicales. Elle nous ressert enfin l’antique sauce trotskienne des syndicalistes de base floués par les chefs syndicaux. L’insistance n’est pas portée sur le fait majeur de cette grève : les ouvriers ont tenu tête plus longtemps que prévu au gouvernement et ridiculisés les manœuvres syndicales. Et pour cause, LO comme la LCR veut racler dans le fond de commerce de la gauche avec son hochet « l’Etat impartial », les ouvriers ça vote et les étudiants, plus flattés que jamais par la secte ouvriériste, aussi… Et surtout, LO finit toujours par relayer les campagnes de l’Etat bourgeois, ils embouchent à leur tour après le PS la nébuleuse de la lutte pour le pouvoir d’achat (ce fameux combat contre les prix du candidat Sarkozy) ! Tous unis contre les prix !

Les militeux de LO qui prennent en général les ouvriers pour des cons, pensent que tous les travailleurs se sont sentis concernés par cette grève mise sur de mauvais rails; chez eux le terme travailleur = électeur car rien n'est plus obéissant qu'un électeur. Le petit cheval LO qui a pleuré pendant vingt ans sur une prétendue démoralisation de la classe ouvrière, vient de rallier l'écurie du PS pour les prochaines municipales en censurant son site face aux cris d'orfraie de quelques naïfs de base.

Dans leur navrante publication théorique, Lutte de classe n°108, il a cependant un effort qu’on ne trouve chez aucun autre groupe léniniste pour essayer de démêler la manœuvre qui a présidé à cette grève et une question très pertinente, qui rejoint celle posée par l’OCL (« cheminots il faut savoir commencer une grève » :

« Il ne suffit évidemment pas d’un appel syndical pour que se déclenche une lutte entraînant, après les travailleurs du public, ceux du privé. Mais comment la préparer ? Comment entraîner l’ensemble du monde du travail ai côté de ceux qui ont montré leur combativité ? »

Très bonne question dont on n’attend pas une réponse de classe de la part de ce groupe bourgeois intégré au paysage médiatique et qui intègre désormais pleinement les "travailleurs" comme dindons permanents de la farce démocratique ou gréviste. La réponse proposée est si léniniste et militaire, avec des syndicats honnêtes planifiant une série de mobilisations crescendo des soldats ouvriers, qu’il est tout naturel de tenter de nous faire avaler que la journée du 20 novembre allait signifier l’envol vers la généralisation. On est toujours emprunté dans la critique du principal syndicat collabo, la CGT, cette ordure corporative n’est pas l’ennemie de la lutte mais affecte simplement « une volonté de priver les grévistes du contrôle de leur propre grève ». Pire nos théoriciens cacahuètes de LO qui en appelaient trois paragraphes avant à l’unité syndicale, servent un menu invraisemblable à partir de leurs mesquineries sur l’unité syndicale : « bien souvent, dans le passé, la base, les travailleurs ont su déborder les appareils syndicaux et faire en sorte que le mouvement s’amplifie… malgré eux », donc jamais contre ni hors des syndicats ! Les commentaires de la tendance ad hoc sont en général plus nuls que ceux de la maison mère, conjuguant un constant jusqu’auboutisme à l’appel à la construction de « comités de mobilisation » ou « réseaux » contrôlés par les militeux trotskiens.


UN ANARCHISME A LA REMORQUE DE LA GAUCHE CAVIAR

Bien que jouant les gros bras avec force drapeaux noir et rouge au cul des fédérations syndicales, la CNT parisienne est un des principaux organismes bureaucratiques qui sévit dans les services publics, au point que les syndicats classiques peuvent apparaitre comme oasis pour syndiqués pas trop réfléchis. La CNT ignoble des Vignobles n’a pas démérité du discrédit dont elle est l’objet chez les connaisseurs. Ses tracts passèrent leur temps à essayer de démontrer que le retour aux 37,5 annuités était possible en imposant plus les patrons (hé hé) et en stigmatisant les non-salariés (qui grèvent c’est vrai plus que la SNCF le régime général), les 500 000 militaires qui sont partis en retraite après 15 ans de service (et en oubliant les cadres supérieurs technocratiques et syndicaux). Il ne faut pas défendre les travailleurs en général mais par exhiber les "acquis" du conseil national de la résistance (clin d’œil aux amis staliniens) et donc la revendication gauche caviar de la protection des services publics !

Ces léninistes noir et rouge accusent le gouvernement non pas d’avoir favorisé dès le départ un gouffre entre grévistes et non-grévistes et avec la population ouvrière, mais « une destruction pure et simple de la solidarité de ce qui reste des services publics… de piétiner les principes fondateurs de la protection sociale : unité et universalité ». Ces mêmes conneries auxquelles même un obscur délégué CGT ne croit plus, en reviennent à revaloriser le plus imbitable des conservatismes pour les pauvres nationalisations. Les trotskiens peuvent souffler, il existe plus tarés qu’eux ! La liste des revendications qui accompagnent les tracts n’est qu’une clownerie à la Marchais et ne coûte rien en bla-bla.

L’indigence théorique atteint son comble avec la mini CNT parisienne lorsqu’elle se porte au-devant de la fabrique de la revendication étudiante : « les étudiants font face à une loi scélérate qui veut faire entrer le capitalisme à l’université » !? Le capitalisme il y a belle lurette qu’il y est à l’Université , même déguisé en mandarin!

Pire que LO antisyndical à ressort, la CNT ordonne comme conclusion au cheminot :

« Cheminot, syndique-toi et combats ! ». Cette injonction a quelque chose de mussolinien !

Enfin, comble de la lâcheté, la CNT diffuse un tract intitulé :

« Grève, blocage, sabotage ! Action directe contre l’Etat et le patronat ! ». A aucun moment n’est expliqué ce soutien au « sabotage » (lequel, celui des voies ferrées ? alors assumez mes petits pères!) ni que le terme « action directe » renvoie au soutien des héros pitoyables de cette mouvance de rigolos, encore en prison. Tout l’argumentaire sur la défense des services publics peut se lire dans n’importe quel tract de la CGT.

LE CCI : UNE EPONGE SOCIAL-DEMOCRATE OU LA DECADENCE PSYCHOTIQUE ?

Un ancien groupe à vocation révolutionnaire nous a bien plus attristé dans ce concert de suivistes du syndicalisme de la gauche bourgeoise et membre de l’appareil d’aliénation, le CCI dit courant communiste international, que nous renommerons ici Cercle Circulaire Cosmopolite pour l’enflure de sa petitesse et de son inanité théorique par la création d’agences multilangues sur son site qui ne correspond à rien d’autre qu’une série d’individus isolés et le plus sérieusement du monde mondialistes pour une humanité heureuse sans temps morts et sans morpions capitalistes.

Je ne reviendrai pas sur les raisons de la dégénérescence léniniste de ce cercle – l’impatience petite bourgeoise et la quête de la pureté dans l’obéissance hiérarchique « de parti » virtuel – et puis vous vous en foutez lecteur amorphe !

Le Cercle Circulaire diffusa un supplément (les tracts lui coûtant des sous) : « C’est tous unis qu’il faut se battre ! » et reprit à son compte la mystification servile du retour pour tous aux 37,5 annuités. Rien ne pouvait choquer là les adeptes aveugles de la CGT et de la CNT. Dans la rue, on le sait bien, comme l’a montré la manif enterrement du 20 novembre, on est tous unis les uns derrière les autres : CGT+CFDT+SUD+Besancenot+Laguiller+FO+CNT+les étudiants+la poussette d’un syndicat policier. Tchouk tchouk, le petit train de la manif ferré devant et derrière par les policiers casqués et motorisés, était pourtant le symbole de cette unité de merde !

Pour notre cercle constrictor les CRS sont des « voyous » (ah… madame ils me font peur !) comme leurs copains de banlieue les « casseurs » (Raymond Marcellin si tu es là, frappe trois coups !) qui ont attaqués les étudiants pour « leur voler leur téléphone portable » (pauvre chéri d'étudiant qui n’a pas pu appeler maman !). Ces salauds de TF1 n’ont même pas répercuté l’information du siècle du CC (I) : « La répression sauvage contre les étudiants est une attaque inique contre l’ensemble de la classe ouvrière » ! Ni LO ni la CNT n’ont osé écrire une connerie pareille, j’ai honte d’avoir été membre de ce machin !

Gradation dans la connerie ubuesque d'Ubu CCI, l’étudiant comme instrument de mesure de « classe « : « La nature prolétarienne de la lutte des étudiants contre la loi Pécresse s’est clairement révélée par le fait que les grévistes ont été capables d’élargir leurs revendications… ». Nos étudiants petits bourgeois « élargissant les revendications » des autres, on aura tout vu ! Le milieu étudiant est pourtant dans une misère bien pire que ne l’avait brillamment décrite une brochure situationniste : les délégués sont souvent des faux nez d’orgas gauchistes, certains « tuent » le débat par des interventions fleuves… La lutte étudiante s’effiloche ensuite lamentablement en querelles entre syndicat collabo, l’UNEF, et excité de la CNT et LCR. Bel exemple du combat unitaire des « enfants de la classe ouvrière » par grand-mère CCI !

Tous les clichés gauchistes secouristes se succèdent ensuite. Ces braves étudiants n'ont-ils pasproposé le chauffage gratuit en amphi à des sans-papiers ! Songez que Sarkozy veut transformer les universités en « forteresses policières » ! Les flics vont-ils être moins demeurés en remplaçant les étudiants ? Plus épique encore, la minable lutte étudiante contre la désétatisation de l’Université « est un jalon sur le chemin qui mène vers le renversement futur du capitalisme ». Toutes ces âneries sont paraphées du nom de Sofiane, au cas où dans ce cercle de dingos se lèveraient des objections contre d’aussi ahurissantes analyses contre un texte qui eût été signé « orgasme central » !

Vous n’en avez pas fini avec la locomotive des crétins en bande. On demandera cependant à nos lecteurs de rire un peu moins fort pour ne pas gêner les voisins. Sur leur site à retardement ils viennent soudain se vanter d’être intervenus dans deux AG de travailleurs de la SNCF (c’est toujours ça !). Les croulants du CCI sont tellement vieux à présent et sur chaise roulante qu’il faut des aides-ménagères pour les transporter dans quelque assemblée générée de braves travailleurs en attente de leur bénédiction. Résumé du déplacement gériatrique : « Grâce à la solidarité des étudiants, les cheminots démasquent les syndicats ». Pour ceux qui croient que j’exagère ou me laisse emporter par une plume fielleuse et rancunière, je ne résiste pas à citer, devinant que c’est l’ancien curé défroqué qui a pondu ce nanard :

« Le lundi 19 novembre, dans une grande ville de province (hé hé, laquelle ?), un petit groupe d’étudiants venus à notre dernière réunion publique a amené une délégation de vieux travailleurs politisés (ou épuisés, ndt ?) membres du CCI, dans deux AG de cheminots ».

Après un tel transport sans encombre, le camion du Samu n’ayant pas crevé en route, les handicapés moteurs du CCI se rendent à l’évidence : ces conards de cheminots n’ont pas le souci de la lutte des étudiants ni de la grévicule des fonctionnaires ! Alors que les brancardiers étudiants ont fait l’effort de pousser les retraités du CCI avec leur « boite à idées » jusqu’à cette auguste réunion qui sent la graisse de rails, ces enculés de syndicats font voter avant toute prise en compte de la parole des handicapés à roulettes ! Heureusement un grabataire du CCI peut enfin déclamer la vérité divine : les étudiants sont de futurs ouvriers… grande solidarité des solidarités avec les étudiants ». Grande et applaudie est sa parole onctueuse! Plus génialement que la CNT, LO et LCR réunis, le grabataire propose ensuite d’aller défiler nombreux derrière la CGT, et surtout la création d’une banderole unique ! Et surtout, surtout... « que les cheminots aillent discuter avec les étudiants, avec les fonctionnaires… ». Avant son dernier souffle le vieil homme aura passé le goupillon de l'extension populeuse...

Revenons sur terre et ne rions plus. Ce genre de délire révisionniste n’a pas de nom. Vous pouvez chercher du côté du fou Posadas ou chez les maoïstes d'antan, on trouvait naguère des délires qui en restaient à l’écrit, au brûlot, mais ici, ces types vont sortir leurs analyses innommables au milieu des grévistes qui ont autre chose à faire, ou qui méritaient plus des mises en garde politiques, voire des remontrances pour leur corporatisme impénitent que la bénédiction social-démocrate et ubuesque de secte. La proposition d’une banderole unique, ni les syndicats collabos ni les contestataires suivistes ne pouvaient être contre. Enfin cette idée d’unité étudiant-ouvriers où les petits bourgeois apparaissent encore comme les donneurs de leçons, et non pas clairement en tant qu'agitateurs déterminés d’une organisation (qui se cache derrière la chaise roulante poussée par les enfants de ces mêmes militeux jehovahtesques, et qui l’avouent « c’est super d’avoir des parents comme vous »)) est ridiculiser la notion de parti et sa place indispensable d’orientation dans la lutte de classes et pas dans un mélange sociologiques des catégories.

Pour les besoins de l’historisation et de la béatification du CCI, l’article fait dans le conte biblique en immortalisant les grabataires (« vrais communistes dont certains ont connu les passages à tabac par les bonzes syndicaux du service d’ordre de la CGT dans les années 1970 et 1980 ») ce qui est faux; la plupart des dirigeants du Courant (surtout en fin de manif) de l’époque s’étant comportés en lâche quand moi seul j’ai été « passé à tabac » !

Plus navrant dans la dégénérescence croissante depuis des années est la dénonciation des jeunes présumés néo-fascistes de 1968 qui voulaient parquer les vieux « en camp de concentration » et qui veulent aujourd’hui « gazer » les étudiants…. Solide arrière-fond argumentaire anti-fasciste de bon aloi dans les salons bourgeois mais Où ces crétins ont-ils été chercher tout cela pour valoriser si imbitablement leur nouvelle orientation folle de l’étudiant « fils de la classe ouvrière » ? Dans leur culture interne nauséabonde de secte et dans leurs cerveaux malades de paranoïaques spectateurs d’un mouvement qui auquel ils ne comprennent plus rien. Pic de leur inanité, leurs étudiants militeux ont fait encore pire sur les campus. Exigeant à chaque fois que des délégations d'étudiants soient envoyés au AG de cheminots (vieux fantasme du Billancourt de 68?) ils gagnent la plupart des mains levées pour y expédier deux ou trois lampistes de la LCR ou de morveux infiltrés de la CNT. Les gauchistes manipulateurs ne les ont même pas pris au sérieux. Aucun délégué ne s'y rend et c'est tant mieux... quand on pense que les progénitures du CCI auraient cru au grand soir si ceux qui défendent n'importe quoi avaient pu aller dire bonjour aux ouvriers... pour leur raconter les mêmes sornettes qu'en milieu scolaire!

Je sais, je sais, la manifestation du 20 novembre passait non loin de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et de Saint-Anne, et certains travailleurs de ces organismes croyaient défiler sans les fous furieux. Ils défilaient aussi avec les fous gentils pourtant.

Pour un bilan sérieux, politique et révolutionnaire, je renvoie à mon article précédent, éditorial de la version papier n°163 : tirer lucidement les leçons d’une grève politique. Mais je suis triste face au néant politique de l’extrême-gauche à l’ultra-gauche. Je l’aimais bien la petite bourgeoisie intellectuelle quand elle mettait ses capacités au service du prolétariat. Sera-ce une simple crise d’épilepsie ?

dimanche 25 novembre 2007

Editorial de PU n°163 version papier :

Tirer lucidement les leçons d’une grève politique


Désolé d’une si longue absence pour mes lecteurs de la version papier, mais j’ai considéré qu’il valait mieux me consacrer à mon blog. Avec la série « News from France », j’ai tâché, au long de la grève de donner à l’international ce qui me semblait le plus significatif pour ôter toute illusion et débrouiller l’écheveau de la propagandastaffel française. Avec ce souci d’informer en prenant position presque quotidiennement, j’ai innové en montrant la possibilité de l’utilisation du web comme arme pour les prolétaires : lieu de suivi du mouvement, de combat des mensonges, de vérification des infos, et surtout d’orientation, telle devra être le site d’un parti crédible à l’avenir.

On a glosé sur le silence d’un des partis bourgeois le PS mais ce ne fut pas pire que celui de la plupart des particules gauchistes, cercles et sectes sur leurs sites. Le suivisme syndicaliste a dominé les groupes trotskistes avec la pensée indigente à la Besancenot ; LO et LCR publiaient des communiqués laconiques mais se gardaient bien d’utiliser leurs sites comme un tract ou un porte-voix des ouvriers. Un courant activiste dans la LCR a cru que ce groupe pourrait surfer sur l’addition de la grève des transports et la journée d’action flonflon des fonctionnaires en lançant à coups de trompettes l’idée d’un nouveau parti à partir d’une réunions deux jours plus tard à la Mutualité. Opération ratée, « résistance sociale » a été rangé dans les cartons de la LCR.

Côté ultra-gauche : le site du CCI resta inerte tout le long, ils publièrent un supplément qui dans les orientations n’était pas différent de celles des gauchistes (la même retraite pour tous !) et un désopilant plaidoyer pleurnichard pour les soit disant « enfants de la classe ouvrière » nos braves étudiants cornaqués encore par le syndicat gouvernemental UNEF (Marx est-il notre tonton ?). Sa fraction dite « interne » fût muette à tous points de vue. Les bordiguistes publient si petitement que personne n’en a entendu parler. Un sympathisant du BIPR a bricolé un tract du PCI pour le donner à trois ou quatre pékins à la manif du 20 ; ce papier annonçait la bien connnue préparation de la défaite par les syndicats, voyait la situation comme une « première attaque » alors que c’était la dernière pour « aligner » sur les 40 annuités, et se plaçait derrière les gauchistes avec la revendication nullement unitaire des 37 annuités pour tous ! (de fait elle revenait à ceci : quand Air France est en grève, le meilleur moyen d’obtenir la solidarité des autres ouvriers est de leur promettre un vol gratuit par an !)

Donc il n’y avait personne pour réellement défendre la lutte du point de vue de la classe ouvrière pour orienter les prolétaires en grève dans une dynamique qui n’obéit pas prioritairement aux méandres du sabotage syndical permanent de la veille de la grève, pendant et après. C’est paradoxalement l’OCL une organisation libertaire, qui en général, court après tout ce qui bouge, qui a résisté au piège monté depuis le début par l’Etat et ses syndicats (bien qu’ils se soient pris un temps les pieds dans le tapis), et qui avait mis en garde à l’idée de foncer tête baissée.

Sur leur site, on pouvait lire un article prémonitoire de fin octobre: "Cheminots, il faut savoir commencer une grève". bien qu’avec des illusions sur l’honnêteté de Sud et sur un nouveau « tout ensemble » aussi vague et gauche caviar qu’en 1995. Au moins cet article n’appelait pas à généraliser l’incendie comme la plupart des groupes évoqués ci-dessus, totalement suivistes et opportunistes sur le désir d’une minorité d’ouvriers déterminés à en découdre quitte à mordre la poussière, et par conséquent qu’il était possible d’envoyer dans le mur (même en sachant qu’il a eu de grosses concessions secrètes, les entreprises étant tenues par le gouvernement de la fermer sur les clauses du marchandage. On ne peut mépriser les ouvriers des transports, ils ont eu du mérite quand même, comme le dit si bien l’article de l’OCL ; ils ont été prêts à se battre, même en sachant la défaite assurée parce qu’il n’est pire défaite que celle acceptée sans combat :

« La CGT reproche à la FGAAC ses négociations en coulisse, mais elle a la même stratégie qu’elle après la mobilisation du 18 octobre : accepter la remise en cause du régime de retraite pour obtenir quelques aménagements sur la forme ; et présenter ces aménagements comme de grandes victoires, ou des concessions importantes obtenues grâce à la lutte impulsée par la CGT-cheminots contre les manœuvres de division des jusqu’au-boutistes tel Sud-rail. Pour illustration : “ Nous appelons l’ensemble des cheminots à rester vigilants face à certain battage médiatique qui diffuse des contrevérités autour de reconductions massives de la grève à la SNCF. Cette communication a pour objectifs l’isolement des cheminots, l’éclatement de la lutte interprofessionnelle qui se construit, et donc l’opposition entre salariés du privé et du public, en véhiculant l’image d’une lutte corporatiste ” (extrait du communiqué du secteur fédéral des cheminots CGT dans la région de Strasbourg). Autrement dit, ceux qui proposent de battre le fer quand il est chaud et sont pour que les secteurs très mobilisés entraînent les autres sont des alliés objectifs de Sarkozy – alors qu’une longue grève de cheminots modifierait le climat social du pays. Pour ne pas vous couper du secteur privé, gens du public, comportez-vous comme lui : ne faites pas grève. En somme, harmonisons par le bas : Tous ensemble, tous ensemble, ne faisons pas grève ! Si la lutte interprofessionnelle menée par la CGT se construit avec la même ardeur que celle de la fédération CGT-cheminots – quasiment aucune tournée et aucun tract dans les secteurs CGT sous contrôle –, ce chantier de construction risque de durer pas mal de décennies… Pour autant, ces manœuvres de certains appareils syndicaux pour empêcher la reconduction de la grève ne suffisent pas à expliquer que le mouvement soit retombé aussi fortement du jour au lendemain. D’autres éléments ont joué :
- Une majorité de cheminots, parmi laquelle près de la moitié des cadres SNCF, tenait à exprimer son mécontentement par une journée, “ mais seulement une journée ”.
- Compte tenu de la situation sociale et politique en France, seule une minorité d’entre eux pense que l’on peut gagner par une grève longue. La plupart ne sont pas dupes au point de croire qu’un arrêt de 24 heures, même renouvelé dans un mois, permettra de vaincre le gouvernement. Mais ce qui est perçu comme une absence de perspectives pousse à ne pas envisager de poursuivre la grève, la division syndicale renforçant cette position Consciemment ou non, une part importante des cheminots qui ont fait grève le 18 espèrent obtenir des aménagements de la “ réforme ” pour adoucir ses conséquences en matière de rémunération de la future pension. »
Et cette remarque si judicieuse : « La pire des éventualités, c’est la défaite, sans véritable combat : les seuls combats que l’on est sûr de perdre sont ceux que l’on refuse de mener. »

Le titre n’expliquait pas en fait comment savoir commencer une grève, surtout si elle est déjà piégée, et surtout si des AG de début ne discutent pas le contenu et la forme des revendications, l’organisation de la lutte et son ouverture à des assemblées publiques.

J’ai également écrit plusieurs autres textes trop longs pour trouver leur place dans cette modeste feuille. Un premier tract (« Une grève très spéciale ») a été distribué le 14 novembre à 16 heures à la manifestation parisienne de Montparnasse à la Gare d’Austerlitz. Le 2e tract diffusé à la promenade des fonctionnaires en manque de « pouvoir d’achat » peut être envoyé sur demande (« Vieillir au boulot ? Jamais ! ») ; ces tracts se trouvent sur le blog avec l’excellent tract de TUMULTO de Toulouse (le seul à notre connaissance en France à poser les objectifs politiques de classe contenu dans la grève et hors immédiatisme).

Voici des pistes de réflexions qui seront à creuser plus à fond dans la classe ouvrière avant de pouvoir prétendre relancer un mouvement d’envergure, en n’oubliant pas que de multiples grèves dures ont lieu en ce moment dans des boites privées en France et en Europe, qui confirment qu’on entre dans une période de combats où il ne sera pas question de se laisser dorloter par la perspective du nébuleux « pouvoir d’achat » ou de la bien obscure « lutte contre le chômage » :

- la contestation du travail et de sa durée : on se suicide beaucoup ces temps-ci au travail, or, justement, au premier plan des questions de fond de cette grève politique il y a eu le dégoût du travail aliéné où on est pris pour des cons jeunes et plus encore après 40 ans, où on nous fait comprendre qu’on est un poids, qu’on ne sait pas s’adapter parce qu’on ne veut et ne peut plus obéir aux ordres des chefs comme dans la jeunesse…. Depuis 30 ans, dès qu’il est question de pré-retraites, tout le monde fonce hors du monde du travail, et nous avons tous compris la hargne des cheminots et conducteurs de bus à l’idée de rempiler pour les beaux yeux de la princesse ;

- la revendication de l’équité ou d’un hypothétique retour à l’équité est toujours un leurre. L’égalité n’existe pas ni dans les besoins ni dans les capacités des diverses catégories de prolétaires (l’idée est même carrément anti-marxiste) (*). Le retour en arrière aux 37,5 annuités est impossible, et même sur le plan de cette imbécile revendication, le gouvernement est apparu plus intelligent en philosophant sur les différences liées à la pénibilité du travail, ce qui est une réalité qu’il ne réformera jamais de lui-même pourtant tout comme il laisse les « vieux » d’après 45 ans galérer au chômage. Allons plus loin, ce n’est pas une revendication salariale, fusse-t-elle équitable qui peut permettre une unité à un mouvement de remise en cause politique de la gabegie de la gestion bourgeoise. La revendication des syndicats et de tous les groupes dits radicaux se résuma en définitive à une exigence de meilleure gestion par l’Etat bourgeois !

- les raisons d’une grève peuvent être diverses, et, en général, de grandes grèves avancent tendanciellement souvent des revendications qui intéressent l’ensemble, qui intéressent mais qui ne concernent pas forcément directement, il importe donc que les grévistes sachent bien commencer leur grève en se posant la question de ce qui peut unifier la lutte, de la forme de solidarité qui peut être demandée aux autres catégories du prolétariat, en limitant les dégâts de la contrainte contre la population : dans le secteur des transports, très ambigu pour les principales victimes surtout salariées, des initiatives de lâcher un peu la vapeur, en faisant rouler des trains aux heures de points auraient été plus unificatrices et populaires que de s’arcbouter sur le prétendu possible retour au 37,5 !

- la réalisation d’assemblées ouvertes à la population ouvrière n’a pas été faite (hormis dans le cadre du charivari universitaire), les cheminots tenant des AG au fin fond des voies, sans se rendre en délégation à EDF et à la RATP, ou ailleurs pour réfléchir ensemble à ce qui est possible ou pas ;

- l’initiative de la bagarre ayant été lancée sur le terrain du gouvernement et de ses amis les syndicats avec cette traditionnelle et comique « ouverture des négociations », il était peu plausible d’envisager son élargissement ; cependant, pour la première fois depuis Longwy en 1979, et bien plus loin que le barnum de 1995, on a assisté à une véritable remise en cause des syndicats qui est assez éclatante et que les trotskistes n’ont pas réussi à capitaliser en nouvelles coordinations bien qu’ils aient tenté le coup avec le cartel « assemblée générale du nord » truffé de militeux de LO et LCR. L’analyse du sabotage syndical vient ici en dernier lieu parce que l’échec d’une grève ne s’explique pas simplement ni prioritairement par leur soit disant « trahison » (ils trahissent en permanence dans leurs conciliabules secrets avec ministres et patrons) ; la réussite ou l’extension d’une grève dépend de la capacité des travailleurs à en assumer la dynamique et l’organisation, sinon ils sont trimballés comme des veaux et n’ont plus que la déprime pour récompense, sans oublier des mois d’endettement (certainement la principale raison de l’arrêt chez les plus obstinés, plus que les saloperies des syndicats).

- Ce qui est périphérique à la lutte ouvrière peut être un moyen d’en noyer la particularité révolutionnaire (la lutte frontale contre l’Etat) en la transformant en un des chapelets pour programme électoral de parti caviar (PS) ou nullard (LCR). En ce sens, la révolte étudiante, basée sur une défense de l’Université « d’Etat », n’aura été qu’un épiphénomène à l’arrière des défilés et nullement une avant-garde quelconque. A force de singer les syndicats flics des ouvriers, les syndicats étudiants, UNEF en tête, se sont discrédités totalement, ; ce pauvre Julliard imitant le rôle du collabo fuyard à la Thibault ne pouvait que susciter l’ire des contestataires, eux-mêmes aveugles sur l’inutilité de l’université traditionnelle pour « égaliser » les chances pour les classes défavorisées. Au moins, la campagne pour inoculer le venin syndical dans la tête de nos jeunes futurs cadres ou livreurs de pizzas aura-t-elle en partie échoué dans ce milieu de la ouate intellectuelle.


(*) Sur le leurre de l’équité et sur la question des besoins radicaux, lire l’an prochain mon ouvrage « Dans quel ‘Etat‘ est la révolution ? » aux éditions de la nuit (du fondateur de Sulliver, Irénée Lastelle).

mercredi 21 novembre 2007

NEWS FROM France (3)

UN TORTILLARD FAINEANT


A Toulouse il y a eu un sabotage délibéré des “pouvoirs publics” pour empêcher les manifestants de se rendre en masse à l’Assemblée générale populaire, cela n’a pas empêché les manifestants de se retrouver deux fois plus nombreux. Partout en France, comme à Paris, les appareils syndicaux ont fait contre mauvaise fortune bon cœur, laissant se dérouler les manifs non comme « jonction » avec la dure grève des roulants SNCF et RATP, mais comme éteignoir soigneusement compartimenté et sans appel à des AG de rue communes à tous les secteurs en fin de manif. De la propagandastaffel aux partis de gauche et d’extrême gauche, on n’en tenait plus que pour la nébuleuse du pouvoir d’achat.

C’est curieux une manif de nos jours. Cet espèce de tortillard, précédé d’une locomotive de camions de CRS et clos par un wagon de véhicules de soudards harnachés comme des chevaliers de la guerre des étoiles (prestige de l’uniforme !), serpente pendant des heures sur un parcours qui ne gêne pas trop le maire de Paris : Montparnasse-Place d’Italie ou l’inverse, comme avant Bastille-République. Le chemin est plus étroit et permet de faire masse alors que nous avons dûment constaté une répartition par catégories aussi clairsemée que lors de la manif précédente. J’ai calculé mieux que les syndicats ou les services de police que, sur les 5 km qui séparent Place d’Italie à Montparnasse, entre les premiers rangs parvenus à 16H à Montparnasse et le démarrage de la queue à 17H depuis place d’Italie, on pouvait dénombrer environ 30.000 personnes. Ce qui est pas mal alors qu’il n’y a pratiquement pas de transports en commun.

L’ECLIPSE DE THIBAULT BERNARD

Alors que la manif vient à peine de démarrer, 14H30 passée, je suis témoin aux premières loges de la fuite à Varennes du pauvre Thibault. Sera-t-il le fusible Juppé de Sarko? On l’avait retiré depuis une semaine de la mise en scène du négoce amical, comment se faisait-il qu’il rôdait dans les parages ? La manif passait au coin du boulevard Port Royal et de la rue Berthollet lorsqu’une bousculade se produit. Une vingtaine d’individus à l’allure patibulaire (flics en civils ou gros bras staliniens) coupe les premiers rangs d’autorité. On voit distinctement au milieu des arsouilles le bonze aux longs cheveux, blanc comme un linge. Vient-il de se faire traiter de vendu ? Est-ce que cette escouade de l’entraîne pas dans une rue adjacente pour lui mettre une branlée ?

Les gens, apeurés, se poussent pour laisser passer les brutes et chacun de regarder vers où se dirige le groupe d’hommes. Jusqu’au milieu de la rue Berthollet pour faire monter dans un véhicule banalisé le principal fusible de Sarkozy. Parmi les manifestants je fais courir évidemment le scoop. Au soir, aux infaux, je comprendrai les dessous de la mise en scène. Thibault apparaît brièvement, cadré devant des manifestants qui l’ignorent. Il fait une déclaration à voix vindicative, du genre : « on va voir ce qu’on va voir, faudra négocier sérieusement ». Puis gros plan sur Chérèque et les huées dont il est l’objet. Mais Chérèque continuera à manifester jusqu’au bout sans encombre, lui on s’en fout, c’est un bon collabo et il ne compte que pour du beurre chez les roulants. Par contre, Thibault risquait gros. Caché par le gouvernement depuis une semaine, il fallait l’exhiber au moins quelques secondes au nez et à la barbe des manifestants et grévistes intraitables, puis le soustraire à d’éventuelles agressions (on suppute qu’il y en a eu certainement dans l’appareil néo-stalinien, lequel semble pourtant tout faire pour garder son icône si bien considéré à l’Elysée, Sarkozy ne s’est-il pas fait l’émule de Maurice Thorez en reprenant son fameux « faut savoir terminer une grève » et les non-grévistes « usagers » et « usés » votent aussi aux élections professionnelles de décembre…).

IMMERSION DANS LE TORTILLARD

Perché sur une borne de protection pour piétons je suis en permanence au milieu du tortillard qui se déroule, j’en perçois le pouls, les humeurs et les variations de refrain. Sur mon perchoir d’où je diffuse le tract de Tumulto (ci-après) et le mien, des gens viennent me tenir compagnie par moment. C’est jubilatoire. On échange nos avis. Deux jeunes étudiants concluent avoir été ravis de discuter avec moi. Avec deux autres je ne cache pas mon jem’enfoutisme pour la lutte anti-privatisation. Ni vraiment choqués ni hostiles, ils abondent dans mon sens quand je leur dis que toutes les révolutions de 1789 à Aujourd’hui, de Robespierre à Rosa Luxemburg ont été conduite par la petite bourgeoisie. Moi je précise que je n’ai rien contre l’adhésion de la petite bourgeoisie et à ses étudiants à la révolution future, mais derrière la classe ouvrière pas devant ni à sa place, et que les étudiants vraiment révolutionnaires trouveront bon accueil dans le parti. Ils ne lâchent pas prise. Dans tous les cas ils se considèrent comme les futurs cadres de demain. Ils ne sont pas anti-communistes comme les gens de la CNT, mais ils ont des capacités… Ouh la la, fais-je, attention élitisme !

- la classe ouvrière veut bien de vous, mais ne vous gonflez pas outre mesure, vous apportez des qualités mais aussi des défauts…

Puis on se laisse prendre par l’ambiance carnaval, les tam-tam et fumigènes des cheminots, et on se quitte bons amis. Un vieux croix de feu en manteau d’Astrakan vient m’agresser :

- savez où on les mettait les gens comme vous en Russie ?

Et je ne lui laisse pas le temps de répondre :

- des vieux cons comme toi nous on les met au goulag !

Il s’enfuit en courant main levé en faisant un doigt d’honneur. Les manifestants, qui m’entourent, rigolent.

Par les temps qui courent, et la chute du taux de lecteurs de journaux d’infaux, 100 tracts suffisent largement pour une manif de 30.000 personnes. Il ne faut jamais forcer la main. Les mains ne se tendent pas, quelques uns vous voient et viennent prendre le papier. A ceux-là il faut donner et attendre. Mauvais signe, les maigres troupes de la RATP et SNCF ne s’intéressent pas aux tracts. Ils passent l’air buté comme s’ils étaient seuls au monde. C’est bien dommage, ils ne savent pas ce qu’ils perdent. Mais ce sont les moins intelligents, les plus suivistes des syndicats. Les syndicalistes pensent pour eux. Ils sont aussi demeurés et suivistes que le personnel des communaux du 93 ou 92 qui marchent derrière les banderoles de leurs chefs de service. Ce sont ceux-là qui en voudront à la terre entière quand la grève s’effilochera dans l’isolement et les actions de sabotage impuissantes.

Libération fait de la LCR et de son facteur les vedettes du tortillard. Point du tout. Le ballon de la LCR n’est pas plus gros que celui de la CGT, du PCF ou de LO. De plus, la LCR n’est qu’une séquence de la manif au coin de la place des Gobelins vers 17H alors que le gros des manifestants se disperse déjà vers Montparnasse. Le marcheur suiviste dans une manif n’a jamais une idée d’ensemble du tortillard. Et celui qui reste stationnaire sur le trottoir a l’impression de voir défiler une série de spots télévisés publicitaires. Les manifs c’est comme les enterrements : tu passes et tu trépasses.

Les jeunes bouclent le tortillard, ça gigote, ça chante, c’est mignon, mais ils ne savent pas trop pourquoi ils sont là : contre des réformes de l’Etat qui les méprise ou derrière des partis politiques qui les méprisent encore plus ? Misère intellectuelle et politique de l’étudiant et du lycéen. La CNT qui gigote devant eux est assez représentative de leur gabegie politique avec un tract débile qui propose une « redistribution des richesses » !

C’est dans cet environnement que je retrouve des militants du CCI en train de vendre leur supplément sur les grèves. Retrouvailles cordiales, un passé de lutte commun ne peut s’effacer, mais je leur reproche de ne pas faire une critique des mots d’ordre dits unitaires qui sont les mêmes que ceux des gauchistes : retour aux 37,5 annuités pour tous qui ne peut générer la vraie solidarité, et aussi l’incompréhension que l’agitation étudiante n’est que la crise de la petite bourgeoisie.

La plupart des groupes affirment sur leurs tracts que « c’est le moment » ! Le moment de quoi quand la grève est à la croisée des chemins et qu’on n’a affaire qu’à des mots d’ordre vagues ou carrément issus de la gauche caviar : un Etat « impartial » ou un Etat « arbitre ».

Le soir les médias vomissent de plus en plus la grève et leur lièvre à l’arrêt aurait laissé entendre que le bâton n’était pas loin, vu que les pourcentages truqués et fallacieux du nombre de grévistes est calculé systématiquement à la baisse. Les travailleurs conscients de tous les secteurs que j’ai rencontré au cours de cette journée m’ont tous conforté dans l’idée que la lutte des classes n’est pas une question d’arithmétique mais de physique !

JLR (envoyé spécial de P.U.)

Le tract :

VIEILLIR AU BOULOT ? JAMAIS !

L’espérance de vie s’allonge, mais pas pour tout le monde et pas dans les mêmes conditions !

Allons-nous travailler de plus en plus âgés alors que les patrons ne veulent plus de « vieux » ?

Que vaut ce système qui prétend n’avoir plus les moyens de prendre en charge les anciens ni d’assurer des revenus décents à la masse des jeunes travailleurs lorsque leur tour viendra de quitter le travail définitivement ? La retraite c’est la question de l’AVENIR pas du « pouvoir d’achat » !

C’est la question qui a été posée d’emblée par la magnifique grève des cheminots contre tout esprit de corporatisme, contre tous les privilégiés au pouvoir. La grève, provoquée par un gouvernement trop sûr de lui, élu par moins d’un tiers des français mais soutenu par 99% des médias, a mis au pas de tortue le petit lapin Sarkozy. Le blaireau n’a pas été fichu d’assurer le service minimum requis par l’Etat bourgeois de mettre à genoux symboliquement la fraction la plus dangereuse et la plus combative de la classe ouvrière. Il devra prendre garde pour les futures attaques déjà planifiées !

Avec les célébrations nationales hypocrites d’un jeune martyre de la guerre mondiale et des poignées de main aux anciens combattants, le blaireau présidentiel croyait avoir cadré une « union nationale » sentimentale propice à faire se serrer la ceinture aux principales victimes de la guerre économique capitaliste, les prolétaires. Alors que le général en chef des attaques anti-ouvrières lançait l’appel au sacrifice du dernier carré des services publics, quelle ne fût pas sa surprise de voir que la troupe refusait de se jeter au devant des balles et qu’il ne s’agissait pas d’une insubordination momentanée !

Bien sûr ses officiers de droite et sous-officiers de gauche crièrent à hue et à dia que l’escouade était lâche et se comportait en privilégiée en refusant d’être couchée sur le terrain de bataille comme tout le monde. Ils dénoncèrent à l’arrière ces ennemis de l’unité et de l’égalité nationale devant la mort.

LA RETRAITE OU LA REVOLUTION ?

Les problèmes de gestion des déficits de l’Etat bourgeois ne sont pas ceux de la classe ouvrière comme il n’y a pas de problème démographique pour les exploiteurs qui jettent à la rue ceux qu’ils estiment en surplus. Deux mondes s’opposent. Il n’y a pas de problème de « niveau de vie » des masses pour tous ces patrons, maires, ministres et députés bourgeois qui s’engraissent sur la misère, mais il y a la peur au ventre pour l’avenir parmi les classes défavorisées.

La grève de simplement revendicative est devenue politique au sens noble du terme parce qu’elle pose désormais les questions de fond. La retraite n’est pas une fin en soi pour le mouvement ouvrier révolutionnaire. Au XIXème siècle les premiers syndicalistes révolutionnaires étaient contre cette prétendue garantie pour les travailleurs au terme de leur vie et considéraient cette mesure comme un remède bourgeois contre la révolution. Cette position contient à nouveau du vrai face à un capitalisme qui en revient à des méthodes dignes du XIXème siècle !

La polémique hystérique autour de la grève des cheminots est restée volontairement enfermée autour de l’inénarrable querelle usagers/grévistes couplée avec celle de otages/privilégiés. On assista à ce spectacle édifiant des riches qui prétendent parler à la place des pauvres et qui favorisent les clivages entre soldats victimes de la guerre économique capitaliste.

Parmi les victimes, on trouve des petits bourgeois floués. On trouve surtout de prétendus amis de la classe ouvrière. Les syndicats, mal en point, n’ont pas cessé de se dédire malgré leur soumission à la négociation-trahison permanente dans l’Etat bourgeois. Le clou de leur piteux spectacle a été l’élimination des chefs Thibault et Chérèque et leur remplacement par des bonzes secondaires dans les hiérarchies de la CGT et SUD qui radotent la même stupidité : le retour aux 37,5 annuités pour tous ! Cette revendication est typique de la petite bourgeoisie qui veut faire croire à l’égalité. L’égalité n’existe pas en régime capitaliste ! Ou alors qu’on commence à aligner les retraites des députés et des cadres supérieurs sur celles des ouvriers et des employés ! L’Etat bourgeois nous bassine avec les faibles pensions des cheminots mais ne dit jamais que les ouvriers payent la retraite des cadres et meurent plus tôt !

On ne retournera pas aux 37,5 annuités, cette revendication jusqu’auboutiste et faussement unitaire de Besancenot et de ses amis Sudistes. Autant demander à l’Etat de démanteler ses corps de flics. Les cheminots et agents de conduite de la RATP peuvent garder leurs prérogatives. Ils le doivent même, c’est une condition de leur effort, mais pas de la victoire de tous parce que le pouvoir d’Etat a réussi à instaurer une division secondaire. Des coulisses, il apparaît que des arrangements vont de toute façon dans ce sens. L’avenir doit être noyé dans la ribambelle des revendications corporatives !

Dans cette histoire de réunions tripartites réclamées aussi par les syndicalistes radicaux, suivis en effet par de plus en plus de travailleurs, l’insistance sur la présence des représentants de l’Etat entreprise par entreprise est une trahison des espoirs des grévistes. La grève est politique parce qu’elle exige que l’Etat ne se cache pas, et, même avec ses traditionnelles discussions secrètes, l’exigence d’une négociation centrale, sous la pression de la lutte, est gênante pour la bourgeoisie. Mais une négociation centrale avec des syndicats qui ne représentent pas toute la classe ouvrière ne peut mener qu’à une reconnaissance de la légitimité de l’Etat. Et l’Etat, pris dans un processus de désintégration opaque, ne peut se permettre de ridiculiser ses meilleurs défenseurs, les syndicats. Dans un cadre national dépassé, le capitalisme tend à piétiner ses anciens cadres institutionnels et à retrouver ses formes sauvages du XIXème siècle. Pourtant la France n’est pas encore la Belgique.

Le problème des prolétaires n’est pas de défendre un Etat capitaliste moderne contre l’ancien, ou la décrépitude de l’actuel dans l’illusion d’un retour piteux de la gauche caviar aux « affaires ».

TOUS ENSEMBLE MAIS COMMENT ?

Le slogan de 1995 « tous ensemble » a pris un coup de vieux, certains groupes crient « tous unis ». Tous unis pour quoi et comment ? Tous unis en mécontentements face à l’Etat ? cela ne veut rien dire. Toutes catégories confondues, des étudiants aux petits paysans floués ? cela ne mène nulle part qu’à un nouveau parti électoraliste. Le melting-pot des divers groupes de l’extrême gauche ne peut servir qu’à leurs visées électorales. Sur le terrain c’est d’une communauté de luttes par les échanges inter-catégories et des décisions communes que la classe travailleuse a besoin pour trouver sa force, pas d’une incongrue unité étudiants-travailleurs qui était déjà ridicule en mai 68.

Le refus des étudiants, ou plutôt des groupes anarchistes et trotskiens, d’une « privatisation » de l’université est aussi une réaction contre le « désengagement de l’Etat », mais elle n’est pas plus révolutionnaire que l’exigence syndicaliste d’un Etat paternel. Les étudiants ne sont pas les enfants de la classe ouvrière en général mais l’expression de la crise de la petite bourgeoisie, la plupart des fils d’ouvriers n’ont jamais eu leur place à l’Université bourgeoise. Nos étudiants inquiets peuvent venir aux manifestations, participer à d’éventuelles assemblées de rue mais ils n’ont plus un rôle aussi dynamique qu’en 1968. Ils sont conservateurs et ne pensent qu’à pleurer du CPE au LRU sur la fin de leur place d’intermédiaires et une confortable retraite de cadres qui leur était dévolue dans les trente glorieuses. Au lieu de représenter l’avenir en rupture avec la société hiérarchisée, les étudiants servent de mécontents additionnels à une idéologie de gauche en déshérence bien que sponsorisée par l’extrême gauche légaliste. Défense des « nationalisations » et d’un « Etat impartial », vieux mensonges de la gauche caviar silencieuse, sont les mamelles des Besancenot et Laguiller. Besancenot se garde de critiquer de front le PS et Laguiller a assuré que LO se désisterait pour le PS. Ces petits partis, qui aimeraient muer en un nouveau parti de gauche d’esbroufe, sont plus soucieux de la manne électorale des prochaines municipales que des questions de rupture révolutionnaire posées par la grève des cheminots.

Tout le tohu-bohu autour de la grève a fini par faire oublier ce qui hante l’esprit des prolétaires depuis des années : il n’y a pas d’avenir dans ce système. La proposition bourgeoise de faire durer l’exploitation au travail pour « sauver la retraite » est une fumisterie. Pour les jeunes prolétaires et chômeurs, travailler dans les conditions du Capital à 67 ou 75 ans est de la foutaise !

La retraite n’était pas déjà notre espoir en mai 68. Pour les jeunes intermittents du travail il y a la conscience qu’ils NE LA CONNAITRONT PAS ! Pour les plus âgés des travailleurs la retraite signifie paupérisation et paupérisation absolue. Pour tous les prolétaires conscients, contre tous ces petits partis et syndicats « négociateurs », le capitalisme veut éjecter sans vergogne une masse croissante de « précarisés », de « bouches en trop ». C’est pourquoi il faudra le renverser et cela ne se négocie pas !

20 novembre 2007.


Cheminots, fonctionnaires, chômeurs, salariés du privés ou étudiants :
Une seule classe ouvrière, un seul combat !


Prolétaires ! La classe dirigeante n'en finit plus de déverser sa haine et son mépris de la classe qu'elle exploite, de la classe qui la fait vivre ! Rarement le bourrage de mou étatique, n'aura été aussi intense. Il faut faire croire que les cheminots ou les fonctionnaires seraient des « privilégiés », qu'au nom de la sacro-sainte « équité » il faudrait accepter les « nécessaires sacrifices » qu'exige le salut de notre pauvre cher Capital National. De quelle « équité » peuvent-ils bien parler tous ces Sarkozy, Fillon, Darcos ou Bertrand, ces gestionnaires patentés de l'exploitation capitaliste et de la misère ? L'attaque actuelle contre les régimes spéciaux ne vise pas à réduire mais bien au contraire à sauvegarder les privilèges bien réels de la caste qui, possédant moyens de production et capital, ponctionne en permanence sa dîme sur le dos de la classe ouvrière. Cette classe, la bourgeoisie, la voilà la classe des privilégiés, les vrais ! Et pour cette bourgeoisie et son État, il est absolument insupportable que les ouvriers aient l'arrogance de ne pas se faire tondre en silence.

Prolétaires ! La clique actuellement au pouvoir a voulu en s'attaquant aussi brutalement aux régimes dits « spéciaux » briser la combativité ouvrière dans un de ses bastions les plus symboliques pour pouvoir déchaîner par la suite toute une kyrielle d'attaques contre l'ensemble de la classe ouvrière : régime général passant à 41 annuités en 2008 et bien plus ensuite pour en fait ne verser que des retraites de misère compte tenu du chômage massif des ouvriers de plus de 50 ans — non remplacement d'un emploi sur deux aboutissant d'ici 2012 à la suppression de 300 000 fonctionnaires — remise en cause du statut de la fonction publique et du Code du travail aggravant la généralisation de la précarité — coupes sur l'assurance maladie et les allocations de chômage — mesures répressives anti-immigrés, etc. Les questions économiques mises en avant (régimes dits « spéciaux », négociations sur les compensations salariales, pénibilité, etc.) ne sont en fait que de peu de poids par rapport à l'avantage moral qu'attend la bourgeoisie d'une éventuelle défaite du secteur historique des transports. Rappelons-nous comment en Grande-Bretagne, sous Thatcher, la longue grève des mineurs (mars 1984-début 1985), héroïque mais isolée, s'est conclue par une cuisante défaite pour toute la classe ouvrière anglaise. Aujourd'hui le coin de la division entre « grévistes » et « usagers », « privilégiés » et « otages », qu'on essaye à toute force d'enfoncer ne vise à rien d'autre que de créer cet isolement, à laminer notre conscience d'appartenir à une seule et même classe. Permettrons-nous cela ? Non ! Mille fois non ! Le prolétariat doit réaffirmer son identité de classe et opposer aux manoeuvres de division l'organisation de la solidarité de tous les prolétaires !

« Le mouvement qui vient de renaître parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l’Europe, tout en réveillant de nouvelles espérances, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dans les vieilles erreurs et de combiner le plus tôt possible les efforts encore isolés » (K. Marx, Association Internationale des Travailleurs - 1864)

Prolétaires ! Bercée par un sentiment d'impunité depuis le cirque électoral présidentiel de mai dernier, la bourgeoisie a cru s'en tirer en quelques jours de matraquage médiatique et par le jeu classique des dispersions et des divisions orchestrées par les centrales syndicales au sommet de l'État. Comme par exemple faire partir SNCF et RATP une semaine avant l'appel « unitaire » du 20 novembre. Ainsi, depuis le premier lâché de pression le 18 octobre, les directions syndicales se partagent-elles les masques de la comédie qu'elles nous jouent depuis des décennies, entre « combatives » et « traîtres ». Seule chose absolument inédite et qui en dit long sur la crainte très réelle d'extension : les suppliques pitoyables à négocier avant même le début de la grève par la CGT-Thibault, marqué à la culotte par la CFDT-Chérèque qui appelle à jeter le gant sans autre forme de procès. Tous veulent morceler la lutte en négociant au plus vite « branche par branche », « entreprise par entreprise ». Mais les cheminots en lutte, syndiqués ou pas, dans les AG, ont montré la semaine dernière leur volonté d'imposer un autre choix, celui du combat de classe. En se généralisant, le mouvement deviendrait irrésistible. Cela, Didier Le Reste, secrétaire de la CGT- cheminots n'en veut pas : il ne veut envoyer que des « délégations » aux manifs dites de « fonctionnaires » du 20 novembre, « dans le respect des positions des uns et des autres » et s'assurer d'un cloisonnement bien étanche sous contrôle syndical : « Nous n'avons aucun intérêt à brouiller leur message, ni à casser leur unité syndicale et cela doit se faire en parfait accord entre les syndicats de cheminots et de fonctionnaires » !

Prolétaires ! dans la lutte, il faut être le plus nombreux possible en choisissant ensemble des revendications unificatrices : créations d'emplois, retrait du plan Fillon, etc. Exigeons tout simplement un avenir digne de ce nom pour les générations de prolétaires qui viennent ! Cela veut dire en finir avec la logique de l'accumulation du Capital qui gangrène en permanence toutes les relations sociales. Bien sûr, il faut en finir avec la casse des systèmes de soin, d'éducation, la misère sociale. Mais l'« équité », il n'y en a pas, il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais dans le système capitaliste ! Restons lucides : même des « victoires » contre telle ou telle mesure ponctuelle comme celle du CPE en 2006 par exemple ne sont une quelconque remise en cause de l'ordre capitaliste. La seule réelle victoire pour la classe ouvrière est la lutte elle-même : la solidarité, la fierté, la confiance et les formes collectives du combat qu'elle développe. C'est cela qui prépare l'avenir.

Pour cela, plus que tout, il faut que la classe ouvrière affirme son autonomie. Souvenons-nous de nos luttes passées, organisons des AG souveraines, formons des comités de grève, avec des délégués élus et révocables, dès que possible rendons-nous massivement vers d'autres entreprises, d'autres secteurs proches géographiquement pour les appeler à partager le même combat… Et si jamais cette façon de lutter ne pouvait se développer, si jamais l'enfermement devait s'imposer, alors il ne servirait à rien de poursuivre un mouvement jusqu'au-boutiste et mieux vaudrait assumer collectivement de préserver nos forces pour les luttes futures en tirant toutes les leçons des combats menés.

Prolétaires ! Aujourd'hui, à l'échelle internationale, des prolétaires sont en lutte : les infirmières en Finlande, les cheminots en Allemagne, par ne citer que ces deux exemples. Tous, comme nous ici depuis 2003, par leur résistance aux attaques capitalistes, sont sur le difficile chemin de la réaffirmation de leur identité de classe. Le système capitaliste n'a pas d'avenir. En avant première de la barbarie généralisée qu'il prépare à plus ou moins longue échéance, il propose comme idéal de société une masse docile d'individus atomisés, corvéables ou jetables à volonté, qu'il laissera crever au travail ou dans la rue selon les besoins de rentabilité du Capital. Cela le prolétariat n'en veut pas, c'est aussi cela ce que dit ce mouvement de lutte, quels que soient les secteurs concernés. La classe ouvrière, au coeur de la production capitaliste, tient entre ses mains la société réelle, et non celle fantasmée par tous les intellectuels aux ordres. Si les cheminots ne travaillent plus, les trains ne roulent plus. Si les ouvriers d'EADS n'acceptaient plus d'être les dindons de la farce d'Airbus et rejoignaient le mouvement, plus un avion ne sortirait de l'usine. C'est simple, efficace et… totalement insupportable pour la bourgeoisie. Mais la classe ouvrière a aussi cette formidable capacité de hisser sa conscience à un niveau politique, pour l'affirmation de ses buts propres. C'est pour toutes ces raisons que seule la classe ouvrière est capable de lutter contre la dynamique du capitalisme et pour imposer une autre perspective.

« Il n’y a pas deux luttes différentes dans la classe ouvrière, une économique et une politique. Il n’y a qu’une seule lutte de classe, tendant à la fois à limiter l’exploitation capitaliste au sein de la société bourgeoise et à supprimer l’exploitation bourgeoise et en même temps la société bourgeoise. » (R. Luxemburg, Grève de masses, parti et syndicats — 1906)

Le système capitaliste n'a pas d'autre choix que cogner
encore et encore sur les conditions de vie prolétaires... Dans la lutte, ne comptons que sur nous mêmes ! Portons haut la fraternité et la solidarité ouvrières !

www.tumulto.org — e-mail : contact@tumulto.org — 20/11/2007

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