"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 14 novembre 2007

NEWS FROM France

Pour les lecteurs internationaux de ce blog je vais fournir les éléments de compréhension de l’actuelle agitation sociale très médiatisée et trop bien orchestrée pour être honnête. Ne rêvez pas, y a pas un nouveau mai 68 à l’horizon. Vous lirez ci-dessous le tract distribué le 14 novembre à 16 heures à la manifestation parisienne de Montparnasse à la Gare d’Austerlitz.

La fumée des fumigènes des cheminots ne cachait pas très longtemps une manifestation très clairsemée. Le personnel d’encadrement syndical SNCF-RATP-EDF de la CGT en constituait le gros de la troupe.

La grève, dans la façon dont elle a été torpillée par les médias (sans oublier l’absence de transports en commun) a eu l’effet escompté de faire baisser le nombre des grévistes et donc de priver la manif à Paris de manifestants « suivistes », ce qui ne semble pas avoir été autant le cas en province, mais la province compte toujours pour du beurre en France.

Morne très morne manifestation. J’ai diffusé ce tract aux ouvriers qui ne se promenaient pas bière en main, aux chefs syndicaux des services publics qui me connaissent et même à Arlette Laguiller. Des quelques discussions que j’ai pu mener il ressortait une relative lucidité et un grand désarroi, même de la part des chefs syndicaux CGT qui piquaient du nez lorsque j’évoquais la piteuse reculade de leur secrétaire général. J’ai expliqué à un groupe de jeunes apprentis journalistes que l’échec du dernier carré des « régimes spéciaux » ne sera pas grave en soi mais contribuera à renchérir les enjeux lors des prochaines attaques. Ils acquiescèrent à mon raisonnement.

Aucun tract ne valait le moindre intérêt, excepté celui que vous allez lire bien sûr. Tracts indigents du PCF et de la CGT. Tract débile du CCI (lambertiste). Tract stupide du nouveau parti de Besancenot, et oui le voilou le nouveau cafard trotskien que je vous livre en primeur: « Résistance sociale », ils ne pouvaient pas trouver un titre plus navrant, plus pleutre, à moins que ce soit leur clin d’œil à Guy Môquet ? A la queue des syndicats menteurs, l’ex-LCR titrait : « Toutes et tous ensemble, c’est le moment ! » Ouaf ouaf! Pas un groupe révolutionnaire n’était présent.

En queue de manif… les petits cons, nos anars étudiants emmenés par les louches abrutis de la CNT refusaient le moindre tract – le temps étant à l’action décervelée – tronches butées, avançant vers une quelconque bagarre de rue avec les CRS ; là n’est pas l’avant-garde de l’avenir mais un des viviers des petits bourges mécontents que leurs études ne débouchent pas à coup sûr sur des fonctions d’encadrement.

Au soir du premier jour de la grève tant annoncée et tant essorée avant accouchement, les médias vomissent leur lot d’usagers mécontents et radotent les mêmes trois arguments dénoncés dans notre tract. Le scénario de sabotage décrit dans le tract est immédiatement confirmé au 20 heures : la CFDT de la RATP lâche les grévistes et appelle à la reprise du travail pour le lendemain. Le pourri en embuscade du spectacle surgit sur FR3. F.Chérèque, grand manitou du principal syndicat français, bafouillant, aggrave son cas en précisant que la CFDT appelle aussi à la reprise à EDF comme à la RATP, mais pas à la SNCF parce que « les gars ont pas encore eu toutes les informations du ministre ». Chérèque s’est mué en effet en petit télégraphiste du ministre Bertrand. Lorsque la journaliste lui demande si la grève des fonctionnaires rejoindra celle des cheminots, indignation du bonze : « on veut pas mélanger tout, les fonctionnaires ont leurs problèmes et on veut pas d’un mouvement général qui serait forcément politique ! ». Eteignez la télé.

Gouvernement et syndicats veulent en faire bouffer de la vache enragée aux prolétaires qui veulent en découdre. Le problème n’est pas là pour l’essentiel. Les maîtres de l’Etat sont des salauds, aucun prolétaire ne l’ignore. L’heure, triste et exaspérante, est à la compréhension qu’il va falloir rentrer dedans ceux qui ont prétendu parler au nom des travailleurs en les humiliant entreprise par entreprise. La leçon ne sera pas de simplement déchirer les cartes syndicales, mais de passer par-dessus le syndicalisme et d’imposer la décision de véritables assemblées délibératives de travailleurs en lutte ?

UNE GREVE TRES SPECIALE

« Le gouvernement nous demande de faire grève »

Chérèque (bonze CFDT, début novembre en aparté aux journalistes)

Rarement la propagandastaffel se sera autant moqué de la classe ouvrière. Sur les 200 chaînes de télé multicolores et multimusicales, le même discours a été rabâché depuis des mois : la remise en cause des régimes de retraite est inévitable, il faut désendetter l’Etat, faire cesser les privilèges de quelques gros bonnets du service public. Etait-il question de revoir à la baisse l’honorable indemnité récemment attribuée à tout député non réélu : 5177,66 euros par mois pendant 5 ans sans avoir à justifier d’une recherche d’emploi auprès d’une quelconque ANPE ? Ou du salaire de milliardaire du blaireau président ? Etait-il question d’araser les lourdes retraites des cadres supérieurs et moyens, des magistrats et des flics qui creusent le déficit ?

Que nenni, dans le collimateur des ministres et des journalistes, ces salopards de conducteurs de train, de métro et de singes des poteaux électriques qui partent en retraite à 55 ans. On va leur coller 5 années supplémentaires de travail de merde, et encore ce n’est qu’un début, après on leur en collera 7 de plus comme en Allemagne…

Le feuilleton de la propagandastaffel s’est basé sur le scénario électoral incluant au premier plan les acteurs syndicaux membres du staff gouvernemental. Un premier épisode fût mis en scène le 18 octobre. L’épisode devait conditionner la suite du feuilleton. Comme les figurants travailleurs étaient très enthousiastes, le simulacre de grève faillit ne pas en être un. Tout fût réalisé de façon à doucher l’enthousiasme : divisions syndicales savamment mises dans les décors, menaces contre les ouvriers qui voulaient prolonger, et suspense-suspension promis par la perspective d’un nouveau simulacre un mois plus tard.

Si l’on veut comprendre pourquoi le nouveau simulacre emmène les travailleurs grévistes dans le mur il faut bien mesurer que la dynamique du 18 octobre est cassée. Elle est cassée à la fois chez les grévistes d’alors et les usagers qui n’ont pas compris que, après avoir majoritairement repris le travail, les syndicats flics de la RATP aient continué à bloquer des rames, comme ils avaient obligé par des menaces de voyous les ouvriers rétifs à leurs caprices de laquais de l’Etat en milieu ouvrier.

On se rappelle du fameux sondage qui révélait que plus de 70% des français considèrent les médias comme vendus au pouvoir, mais personne n’a réalisé un sondage sur la confiance des ouvriers dans les syndicats, et pour cause, elle est nulle, pas besoin de sondage pour le mesurer.

Voyons maintenant l’épisode suivant. Le 13 au soir, les deux principaux vecteurs de la propagandastaffel, TF1 et France 2 (la 2e au cas où vous échapperiez à la 1ère, ou tous les autres mégaphones comme i-télé, BFM, etc.) allument le feu d’artifices projeté :

- PPDA alléchant: « …à quelques heures du début des grèves… »

- Pujadas suave : « une grève qui va durer… »

Quasiment en temps réel toutes les autres chaînes de l’aliénation politique organisée exhibent des débats autour des icônes « durcissement ou pourrissement ». Que vous zappiez sur l’une ou sur l’autre, trois arguments sont martelés par les protagonistes, caniches de Sarkozy ou caniches de la gauche caviar :

- les « français », majoritairement, ne veulent pas que le gouvernement cède !

- le gouvernement n’a pas peur mais ne veut pas du pourrissement et négocie nuit et jour dans les bureaux gouvernementaux et dans les chiottes avec les partenaires syndicaux !

- un thème est « unificateur » selon la valetaille d’Etat, le pouvoir d’achat, le vrai problème n’est pas l’ajustement des retraites mais la « souffrance » du pouvoir d’achat… (ou pouvoir d’achat en souffrance ?).

LES SONDAGES : MOYEN DE CONDITIONNER L’OPINION CETTE CONNE ET METHODE DE GOUVERNEMENT SANS VERGOGNE

Sur le premier argument répété jusqu’à plus soif, remarquons d’abord que c’est une première dans l’histoire des Etats bourgeois où on apprend que l’opinion publique dicte sa loi au gouvernement. La trouvaille vaut son pesant de cacahuètes si l’on suit les serviles et ridicules sondages divers :

- le 13 au matin, 55% des français « soutiennent l’Elysée et Matignon » mais 44% sont pour la grève (les chiffres peuvent paraître honorables), et le folklore étudiant « anti-privatisation » vient compléter le décor pour faire mouvement à risque « subversif » alors qu’il n’est que supputatif ! On se fiche que l’université soit privatisée ou nationalisée, de toute manière elle exclut systématiquement les enfants d’ouvriers. Les anars étudiants se voient pour l’heure brièvement sponsorisés d’un 49% pour et 38% contre (on remarque le subtil 49% qui évite de peu un chiffre majoritaire et le parallèle des deux sondages où le second est plus sympa pour les potaches qui ne vont pas tarder à être criminalisés à leur tour).

- Dans la journée, cela s’accélère, un vrai tourbillon de sondages, ce n’est plus « gagner la bataille de l’opinion » mais écraser l’opinion des désirs du gouvernement bourgeois ! Libé commença modeste : 59% contre la grève. En Une de « 20 minutes » le 14, on trouve encore un 58% contre (Fournisseur : l’Express, financé par la CIA) mais avec un petit supplément ces 58% « ne veulent pas que le gouvernement cède ». Les sondeurs savent fabriquer les questions mieux que leurs collègues des RG ! La surenchère du Figaro (financé par l’industrie d’armement) porte le sondage à 71% contre, mais se ridiculise aussitôt en précisant que 69% trouvent la grève justifiée : 71+39=110, preuve que les sondages sont truqués et que ces imbéciles de journalistes ne savent même pas le maquiller !


LA GREVE RIDICULISEE AU NIVEAU D’UN MATCH DE FOOTBALL AMICAL

Innovation informative jamais vue: l’homme-tronc du 20 heures ou les caniches des sous-télé de la TNT débattent sur la grève virtuelle alors qu’elle n’a même pas encore eu lieu ni affiché le niveau du rapport des forces entre figurants ouvriers cornaqués par les flics syndicalistes et leurs maîtres ministériels. Le sous-fifre Fillon s’était invité chez PPDA pour assurer qu’avec les syndicats il pensait déjà à comment faire cesser une grève qui n’avait pas commencée (« nous ne sommes qu’à la 9ème minute du match »). Jamais une grève n’a fait l’objet d’autant de supputations et de débats d’anticipation. Tous ces plumitifs et phraseurs de plateau télé qui ne se déplacent qu’en taxi sont angoissés pour les millions d’ « otages » du métro, même Flanby Hollande prie que les ouvriers arrêtent la grève qu’ils n’ont pas commencé pour « négocier entreprises par entreprises ».

Ces clowns qui rivalisent de servilité sur le courage du gouvernement bombardé « exécutant de l’opinion publique » sont si minables qu’on éteint le poste.

Autre innovation jamais vue: réception fissa des pontes des entreprises publiques par le président soi-même. La réunion d’état-major de guerre contre une armée aux munitions déjà mouillées, débouche au matin par la voix d’AM Idrac, pontifette de la SNCF : « Pas d’autre issue que la négociation à l’intérieur de l’entreprise (…) la CGT accepte enfin de négocier pour répondre aux questions des cheminots qui ne sont pas les mêmes que celles de la RATP ». Voici un langage responsable, touchant et doux aux oreilles des « partenaires sociaux ». Personne ne songera à reprocher aux grands patrons et aux grands syndicats de militer pour l’union de la classe travailleuse ! L’art est dans la manière : les syndicats ont soigneusement éloignée la journée d’action des fonctionnaires au 20 novembre, sans doute pour éviter l’effet boule de neige avec le refroidissement précoce de l’hiver pour que les travailleurs espèrent plus dans le père Noël que dans une lutte mort-née car trop semée d’embûches.

Après « le football aux footballeurs » surgit par Thibault interposé, la fable des négociations tripartites dont les travailleurs sont les dindons de la farce. La grève annoncée, planifiée, corsetée, dénigrée n’est pas rythmée par le poumon des assemblées générales et les rencontres inter-entreprises, mais dépendante des conciliabules secrets des appareils gouvernementaux des « partenaires sociaux » étrangers au prolétariat. Autant dire qu’elle est ficelée comme une momie égyptienne.

LA SOUFFRANCE DU POUVOIR D’ACHAT OU LE POUVOIR DE NUIRE

Troisième argument gouvernemental donc, répercuté par les médias, ce nouveau concept à pisser de rire est la traduction journalistique du blabla du candidat Sarkozy « travailler plus pour gagner plus » (sur i-télé). Nul doute que le « pouvoir d’achat » a diminué dans la crise économique continue, mais le pouvoir de qui, de quoi ? Il n’y a pas de « pouvoir » d’achat pour les travailleurs mais une simple « possibilité » d’achat. Et surtout il n’est pas question de ce truc vague pour la grève ! Faire allusion au pouvoir d’achat comme principal problème non pas des ouvriers mais des « français » est la manière misérable du gouvernement et ses sous-fifres plumitifs pour tenter de détourner l’attention : en criminalisant les travailleurs qui ont encore un statut particulier, dont on ne rappelle jamais en quoi il était et reste mérité, en faisant passer leur cas pour privilégié, on divise l’ensemble du monde ouvrier, et on obscurcit que l’attaque contre « tous » n’en est qu’à ses débuts, et que la réussite de cette attaque conditionne les suivantes…. En 2008 TOUT LE MONDE PASSERA A 41 ANNUITES !

L’attaque vicieuse du gouvernement Sarkozy et de ses officines syndicales accréditées n’est pourtant pas assurée de gagner haut la main durcie ou pourrie. L’Etat bourgeois, dans la longue bataille pour défaire paquet par paquet le prolétariat, ne progresse que par palier que tous les dix ans : en 1993 le maître de Sarko Balladur fait passer le privé de 37,5 annuités à 40, en 1995 Juppé se plante, en 2003 Raffarin fait passer à son tour les fonctionnaires à 40, baisant aussi ces pauvres flics et militaires, mais sans les « régimes spéciaux » trop dangereux.

C’est d’ailleurs pour cette dernière raison que l’attaque contre le dernier carré épargné en 2003 a été si minutieusement préparée entre « partenaires sociaux », tout comme est déjà ultra sabotée une possibilité pour les travailleurs les plus déterminés à ruer dans les brancards dans une éventuelle prolongation non sportive. Les vigiles syndicales sont placées à tous les degrés de réactions d’insubordination : la présence du principal syndicat collaborateur dans l’outre intersyndicale garantit que la CFDT ne jouera pas la grève reconductible, paralysera les excités de Sud-rail et évitera à la CGT d’être débordée. Dans la répartition des rôles du simulacre de grève nationale, la CGT, qui manifeste depuis le début du scénario un souci pointilleux de ne pas jeter d’huile sur le feu, n’a jamais demandé le retrait du plan Sarkozy contrairement à celui de Juppé en 1995 ! Cela devrait favoriser aussi le départ d’un nombre important de cotisants rejoignant ceux qui ont déchirés leur carte le 18 octobre.

Inutile de croire que l’Etat mafieux et ses syndicats voudront d’une façon ou d’une autre prendre en considération l’avis et la vie des exploités, lui qui se flatte tant de si bien les diviser, il n’est qu’une manière de lui rendre la pareille, c’est de le renverser, certainement pas aujourd’hui après autant de violences et d’ignominies contre la dignité de classe, ni demain, parce qu’il faudra panser les plaies, mais après-demain sûrement !

(SUPPLEMENT AU PROLETARIAT UNIVERSEL N°163)

lundi 12 novembre 2007

AGITATION SECOURISTE POUR LES SANS-PAPIERS

ET CRIMINALISATION DU PROLETARIAT

La perspective d’une autre société succédant au capitalisme ne se réalisera pas par des appels à la raison, ni par la propagation d’une doctrine morale, ni par la seule proclamation d’un régime social nouveau. Pour se concrétiser cette perspective dépend d’une catastrophe planétaire relayée par le combat victorieux des opprimés contre leurs oppresseurs.

La catastrophe, au long terme, nous la vivons déjà, non du seul fait des guerres, des attentats, de la famine, mais par l’éjection de la production de millions de « bouches inutiles » : chômage massif dans les pays industrialisés plus ou moins déguisé sous des politiques hypocrites d’assistance, présentées comme telles pour gérer la misère au seuil de l’émeute, mais surtout phénomène migratoire généralisé à un niveau inconnu jusque là par l’humanité ? et que le capitalisme est incapable de résoudre, d’assimiler, d’intégrer, de réguler, d’ordonner, en un mot de digérer. Ce ne sont pas des pauvres hères qui frappent à la porte de l’Occident richissime, c’est le prolétariat comme un tout qui est devenu inflationniste et qui demande des comptes et qui tend à faire éclater la bien pensance. Ce prolétariat si nié comme tel, si méprisé par les hiérarques politiques de la bourgeoisie, tant enterré sous les décombres de mille mystifications, voilà qu’il ressurgit en haillons, sans chaussures et qu’il se faufile partout pour réclamer sa place au soleil même s’il ne peut toujours pas, pas encore, faire imploser le régime planétaire d’exploitation et de coercition. Voici que la Chine détergente fait reposer une partie de ses énormes bénéfices sur l'exploitation des enfants de prolétaires en bas âge. Voici que le néo-colonialisme humanitaire, ces nouveaux moines du capitalisme décadent, prétend "adopter" les enfants du prolétariat d'Afrique comme l'ont démystifié par devers eux les membres de la secte Arche de Zoé dans un rapt illégal plus ou moins patronné par le gouvernement et leur inspirateur le french doctor Kouchner. Le capitalisme décadent se caractérise décidément de plus en plus comme au temps de sa jeunesse industrielle au XIXe siècle par une horreur industrielle et le règne de l'inhumanité. Ni nouvelle jeunesse pourtant ni ouverture d'une ère séculaire de prospérité, le capitalisme ne court pas en arrière mais dans tous les sens vers la catastrophe planétaire.

Un ouvrage réalisé par une mouvance anarchiste – « Politiques migratoires, grandes et petites manœuvres » (édité en 2005) – nous a fortement intéressé, plus par les questions qu’il pose, mais interrogé sur son irréalisme de fond et l’absence de claire perspective politique qui le caractérise :

« A la croisée de logiques économiques et de l’affinement du « contrôle social », les politiques migratoires contemporaines nous concernent donc autrement que d’un point de vue altruiste : elles méritent une réponse politique sur ces deux terrains. L’exigence de liberté de circulation et d’installation (en n’entendant pas « liberté » comme un « droit » à négocier) nécessite une remise en cause claire de l’ordre libéral et de l’Etat-nation, qui, rappelons-le, ne sont pas des fatalités » (introduction).

Posées d’emblée, les libertés de circulation et d’installation font figure de revendications d’une virtuelle et invraisemblable liberté de sortir de la prison du capitalisme sans passer par sa destruction. On commence par affirmer quelque chose qui n’est pas tangible pour en démontrer la validité. On pose donc à l’envers le problème.

Grave carence, on ne trouve aucune explication préliminaire du rôle de la nation dans le développement de l’industrie capitaliste. De plus on plaque les pratiques actuelles du capitalisme décadent dès le milieu de XIXe siècle en tant que « restriction des mouvements de personnes ». Or cela est faux historiquement. L’Etat-nation ne restreint pas en soi le mouvement des populations au moment de son développement, il vise surtout à sédentariser les nouveaux esclaves salariés, quelle que soit leur origine nationale ou ethnique, à les fixer dans des unités de production. Par exemple, pour la mine, les patrons des charbonnages président à la constitution de cités avec jardinets ouvriers pour garder les exploités près du lieu de travail. Il n’est jamais dit que le capitalisme a encore besoin de sédentariser une grande partie des prolétaires à condition de rendre intenable et aléatoire la situation d’autres prolétaires. Opposer le prolétaire sédentaire au prolétaire postulant au droit de vivre, telle est bien le mode de vie sordide imposé par la bourgeoisie.

C’est seulement au début du XXe siècle, peu après la guerre de 1914, que des nations montantes comme les Etats-Unis ralentissent, mais ne suppriment jamais les mouvements d’immigration. Le mouvement de migration interne et externe est le propre de la classe ouvrière. Dès le XIXe siècle, socialistes et anarchistes pouvaient constater que le prolétariat n’a pas de patrie. Aucun pays capitaliste ne peut mettre fin à ce flux mondial, sous peine de péricliter. C’est un peu comme si on prenait pour argent comptant l’ânerie du Trotsky des années 1930 selon lequel les forces productives avaient cessé de croître. L’immigration massive ne cesse jamais. Parallèlement, le vieux capitalisme moderne n’a pas l’exclusivité de la barbarie de milliers de morts noyés au large des côtes européennes. La livraison des noirs d’Afrique au Nouveau monde et le massacre des Indiens avait déjà révélé la monstruosité de la conquête du monde capitaliste.

En raisonnant sur le passé à partir du présent, on peut enfoncer la porte ouverte que nous venons de signaler : « les Etats-nations (qui) privilégient leurs citoyens et leurs populations sédentaires au détriment des migrants, à qui sont réservés discriminations et exclusions » (p.15).

Outre que le qualificatif de citoyen passe à la trappe les classes sociales antagonistes, cela revient à dire que les peuples de travailleurs des pays riches seraient plus favorisés et non concernés par discriminations et exclusions. Il y a là un paradoxe avec l’affirmation centrale de l’ouvrage, et de ses rédacteurs divers, qui assure que « l’immigration est le laboratoire de mesures qui nous frappent tous et toutes dans notre quotidien » (texte de La mouette enragée, p.139), ou encore : « le sans-papiers figure aujourd’hui et pour les périodes à venir des conditions générales du salariat » (p.145). Pas vraiment, heureusement ! Ou alors il faudrait croire que la révolution possible serait issue d’une misère absolue, ce qui n’est jamais le cas car il n’y a jamais paupérisation absolue de toutes les classes opprimées, le système entretient systématiquement les divisions de tout ordre.

De deux choses l’une : ou on peut considérer que la précarité et l’incertitude du lendemain sont la propre de tous les prolétaires, « de souche » et immigrants, ou on aboutit à culpabiliser les autochtones en les rangeant dans une situation improbable de « privilégiés ».

Le phénomène de transhumance du monde du travail n’est pas simplement international, il est aussi national. Il existe aussi des immigrés autochtones de l’intérieur : tant de prolétaires ont dû, dans chaque pays, à chaque époque, abandonner région et famille pour trouver du travail dans les grandes agglomérations industrielles. Le capitalisme arrache le prolétaire à sa campagne, à sa région, à sa communauté originelle. Cette tendance initiale dans chaque nation a bien sûr pris une envergure internationale face au cadavre ambulant de la nation depuis la césure de 1914. Il n’est pas négatif en soi mais ferment d’évolution, et de sortie de l’aliénation agricole et villageoise. Le prolétariat mondial n’a jamais été constitué de prolétaires de souche mais de toutes les nationalités dans leur diversité culturelle et humaine.

Parallèlement, la bourgeoisie a constamment joué des rivalités entre prolétaires sédentarisés de force depuis le Moyen âge et nouveaux arrivants. Au début du XXe siècle, des grèves et des bagarres étaient courantes en milieu ouvrier, non par la théorie raciste intemporelle de la gauche caviar et de ses succédanés œufs de lump gauchiste, mais pour s’opposer à des concurrents qui faisaient baisser les salaires. L’hostilité et le long mépris persistant pour les femmes tenues à l’écart de la vie politique étaient du même ordre. Les femmes furent prolétarisées par devers les prolétaires masculins, enrégimentées en usine massivement dans les conditions de la guerre mondiale pour suppléer au fort taux de massacres masculins.

La fin des colonies n’a signifié ni développement de l’industrie dans les pays périphériques ni volonté d’éradiquer la pauvreté des zones féodales maintenues. Le maintien de la pauvreté dans les anciennes colonies, avec une jeune bourgeoisie qui s’arrogea par endroit à son tour le pillage des réserves naturelles, constitue depuis lors une réserve inépuisable de main d’œuvre, qui, devint cependant inflationniste. L’immense armée de réserve moderne est caractérisée implicitement comme « bouches inutiles ». Cette idée reçue qui exempte de toute responsabilité le capitalisme dans son maintien « involontaire » du « fléau » des inégalités et de la misère absolue, trouve son pendant et son appui dans la théorie gauchiste radotée depuis un demi-siècle, les minorités opprimées considérées comme avant-garde:

« Par le passé comme aujourd’hui, les migrants et les minorités ont souvent été à l’avant-garde des luttes contre les injustices. Au cœur de l’expérience migratoire, il y a la question sociale et les migrants représentent dans une certaine mesure un prolétariat mondial en mouvement. Dans ce sens, les migrations peuvent être interprétées comme une forme de « mouvement social pour la justice sociale mondiale » (Jordan & Düvell, 2003) (p.18).

La « justice sociale mondiale », voilà bien une baudruche typique des sociologues hermétiques à la lutte des classes, et sur lesquels s’appuient nos rédacteurs anarchistes, à défaut d’une vision claire de l’être du prolétariat mondial. Qu’entend-on par « luttes contre les injustices » ? S’il s’agit de grèves contre les abus du patronat ou la répression de l’Etat, on compte nombreux d’immigrés italiens, espagnols, etc., en tête des combats de la classe ouvrière, non plus comme « migrants » mais comme « résidents » dans la région ou l’usine où ils subissaient l’exploitation comme les autochtones nationaux. Les injustices sont nombreuses, diverses et ne relèvent pas toute du social, de la politique ou de l’exigence de « papiers en règle ». Il existe des injustices dans toutes les classes. Il est des injustices qui ne nous concernent pas, dans la compétition entre hiérarques bourgeois par exemple ou de la part d’un mauvais arbitre de match de football. Le mot injustice n’explique rien et ne peut pas être un mot d’ordre de ralliement pour une classe en lutte. Injustice par rapport à quoi ?

L’injustice ne commence-t-elle pas par le fait d’être obligé de travailler pour vivre avec un salaire misérable ?

Combattre « l’injustice » indifférenciée n’est-ce pas encore masquer ou illusionner sur la marche même du capitalisme ? Avec une utopique « complète libéralisation des flux de personnes » (p.21), si chaque migrant obtenait une carte d’identité nationale, cela résoudrait-il le problème du chômage, de l’exploitation au rabais ?

UNE CRITIQUE PARTIELLE QUI FINIT PAR ETRE COMPLICE

La libéralisation des flux de personnes apparaît ici comme une raillerie. La prison mondiale capitaliste crée au contraire chaque jour de nouvelles cellules, de nouveaux micro-Etats extrêmement policés, avec éventuellement le concept d’Euro-régions, pour masquer encore la continuité de l’Etat-nation sous un grand ensemble. Le « monde sans frontières » n’est pas du tout au programme du capitalisme, concède l’ouvrage (p.21) :

« Les économies de marché ont tout intérêt à entretenir des divisions sociales et géographiques à travers des différenciations genrées, raciales et territoriales de l’humanité. Les frontières, réelles ou imaginaires, sont essentielles à l’ordre économique mondial (…) La libre circulation n’existe que pour les élites mondiales » (p.22). Et aussi : « …seuls quelques migrants pourront bénéficier de mesures d’intégration, quand la plupart subiront des mesures d’éloignement » (p.26).

Malgré une longue description des diverses et contradictoires politiques migratoires des Etats les plus puissants depuis la guerre, l’ouvrage ne nous démontre pas en quoi la situation de l’immigré pourrait être le fer de lance de la « révolution sociale ».

Dans « l’effort de déterritorialisation de la production que représente la mondialisation », la prison capitaliste est vue simplement au niveau du cadre national et la classe ouvrière employée considérée comme principale prisonnière : « … les Etats-nations, les usines et les bureaux sont devenus des prisons sociales à l’intérieur desquelles des luttes ont été constamment menées pour les salaires, le temps de travail et les droits des travailleurs ».

Le reproche est implicite, mais il stigmatise tout de même un enfermement… corporatiste, d’où toute problématique de société mondiale semble absent, et aussi, c’est clair, que des luttes salariales autochtones n’est jamais sortie pas une révolution.

Autre conception floue, et aussi idée reçue : « le capital s’est déplacé vers les aires productives du Tiers-monde ». Le capital reste pourtant, avec son savoir-faire, essentiellement dans les grandes et anciennes métropoles de son apogée. S’il délocalise, c’est tout à fait partiellement. Les principales unités productives restent en son sein (ingénierie, matière grise, etc. cf. l’échec de l’implantation des informaticiens indous). Le flux de main d’œuvre reste de la périphérie vers le centre, comme les profits additionnels. Il n’y a pas délocalisation des centres du vieux capitalisme.

Pour conforter la théorie gauchiste de l’avant-garde immigrée, on va nous chercher dans les élucubrations du management (où et lesquelles ?) que « les migrations sont devenues synonymes d’une forme spécifique de lutte de classes en amont ». En amont les immigrés, en aval la classe ouvrière sédentaire ? Cette dernière est-elle vouée à plonger en arrière vers ceux qui sont en amont, et ceux en aval se déplaceraient donc pour rien, dans un mirifique espoir d’échapper à la pauvreté ?

La partie des prolétaires immigrés est certainement à l’amont de la misère, mais cette condition ne leur permet pas de rattraper le chemin parcouru pourtant avec ceux qui sont en aval. Pour la simple raison que ce combat pour se faire adopter, assimiler ou intégrer est par nature conservateur. Dans la lutte frénétique des places, en queue de Préfecture, il n’y a pas pire division des prolétaires apatrides face aux arrogants fonctionnaires d’Etat-nation, que la concurrence entre races ou nationalités différentes, et avec les assistantes sociales gauchistes qui gigotent autour quand cela les démangent.

Le capitalisme a un besoin frénétique de travailleurs sans papiers. Son rêve absolu ne peut pas déboucher sur tous les travailleurs transformés en esclaves sans papiers apeurés, au risque de s’effondrer immédiatement. Le capitalisme a besoin des économies parallèles ; Berlusconi avait affirmé l’utilité du « travail au noir ». Il en a besoin pour les activités non délocalisées au service du corps des maîtres : travail domestique, sexuel, travaux du bâtiment, des soins gériatriques. Le travail de proximité de type domestique n’est pas une spécialité importée du tiers-monde. Ces tâches, même exécutées par des autochtones ou des immigrés européens, ont toujours été peu ou prou maintenues en lisière des droits sociaux. Des intellectuels de gauche tiers-mondistes ou des vedettes au cœur altruiste emploient des femmes de ménage hors de toute réglementation ; elles sont taillables et corvéables à merci et le syndicat des concierges n’y peut rien.

L’utilisation du terme « déportation » appliqué aux expulsions d’immigrés, révèle un fond de gauche antifasciste certes, mais inopérant parce que ce concept appartenait à une pratique en temps de guerre mondiale (aussi stupide que le fameux CRS = SS). C’est un déni historique stupide que de mettre sur le même plan la déportation des juifs et l’expulsion d’immigrés, et cela ne peut que servir à alimenter l’idéologie néo-fasciste des intégristes musulmaniaques, accessoires dans la tragédie mondiale de la misère. Les puissances démocratiques sont odieuses mais ne sont pas fascistes ; elles sont en tout cas plus intelligentes et plus perverses que le fascisme disparu.

Après toute cette série d’idées reçues sur les migrations, sans analyse méthodique du phénomène de prolétarisation constant, les nouveaux « nomades » sont haussés au rang de quasi révolutionnaires anti-capitalistes : « Les (travailleurs) nomades transgressent constamment les frontières géographiques, culturelles et philosophiques, mettant à rude épreuve toute tentative de définition d’un ordre stable. Le capital se trouve dans un cercle vicieux qui le contraint à affronter les stratégies tantôt de la protestation (voice), tantôt celle de la migration (exit), et souvent les deux à la fois » (p.39). Qu’en termes pédants les choses sont dites ! Plus navrant, cette mouvance en appelle entre les lignes à un vrai capitalisme libéral, tolérant pour les prolétaires en transit. Ils agitent le chiffon de papier d’un capitalisme à visage humain, ce qui est bien la meilleure manière de faire croire à « l’étranger » qu’il y a encore des partisans du droit d’asile dans la nation excluante ou des bonnes pommes prêts à servir de porteurs d’eau aux passeurs.

ET ON DEBOUCHE DANS QUELLE PRATIQUE ?

Les anarchistes italiens, convoqués à la barre du tribunal révolutionnaire improvisé, se trompent eux aussi d’époque, et combattent à leur façon l’hitlérisme que signifieraient les expulsions. Il n’est question que de nouveaux « collabos » qui s’enrichissent des « rafles », de la « captivité » et des « déportations ». On égratigne au passage, fort justement, des organismes, dont la plupart du temps, les quelques cercles anarchistes de soutien aux sans-papiers ne sont que la queue ou l’aile contestataire ponctuelle : « Aux côtés des militaires et de la police travaillent des centaines d’organisations non-gouvernementales qui se gardent bien de dénoncer les causes des désastres dans lesquels elles interviennent. Il suffit de penser que l’ensemble des ONG représentent la septième puissance économique mondiale ».

On se félicite qu’il y ait « mille pratiques qui peuvent être réalisées contre les expulsions », avec comme point d’orgue à l’été 2005, le « camping antiraciste en Sicile » !

Il ne s’agit plus dès lors d’une « forme spécifique de lutte de classes » contrairement à ce que nous affirmait l’intro, mais de la protestation d’une petite bourgeoisie intellectuelle, flouée des agapes républicaines, contre le racisme présumé du capitalisme. Celui-ci n’est pas du tout raciste (au sens excluant) quand il s’agit de faire venir une main d’œuvre indifférenciée. Le principal scandale demeure en premier lieu l’exploitation sous toutes ses formes. Rejoignant le discours vertueux des Etats dits démocratiques, la palabre antiraciste vient là pour culpabiliser la classe ouvrière sédentaire présumée xénophobe pour son inquiétude face à l’arrivée d’autres prolétaires qui font baisser les salaires à leur tour involontairement, et surtout qui viennent au bout du compte gonfler les chiffres du chômage et des aides sociales.

Le capital ne pourra jamais précariser totalement l’ensemble de la classe ouvrière, il a besoin de travailleurs fixés, comme le disait d’ailleurs à un moment l’intro : « la mobilité du capital ne fonctionne que dans la mesure où les travailleurs sont contraints à l’immobilité ». Il y a une sous-estimation de cette tendance du capital à fixer les travailleurs exportés ou importés. En 1974, cette tendance s’est affirmée avec Giscard d’Estaing et la politique de regroupement familial. Jusque là, par exemple, les travailleurs algériens venaient seuls travailler deux ou trois ans pour amasser un pécule et retourner au pays en échange du remplacement par un cousin. Cela n’était pas suffisant pour les besoins gloutons du Capital. Il fût plus opérant, sans considérations humanitaires de faire venir femmes et enfants, pour s’assurer de l’immobilité territoriale de ces travailleurs et profiter de leur reproduction sexuelle, qui généra par contre l’effet pervers du chômage et de la révolte pour les deuxième et troisième générations. C’est pour cela que le système a, peu à peu, de manière opaque, patronné totalement le système de la non-régularisation pour rendre absolument dépendants et fragiles des travailleurs destinés à être jetés après usage et qu’avec l’actuel président de la République il n’est plus question que de faire venir des immigrés « célibataires ». Parallèlement, la confrérie musulmane manifeste un appui inconditionnel aux principaux Etats démocratiques en ce qu’elle conforte « communautairement » cette fragilité et cette précarité juridique face à une classe ouvrière multi-ethnique fixée, majoritairement athée et dont les enfants ont « les pieds dans la précarité économique et la tête dans l’univers culturel des classes moyennes » (Robert Castel, p.37)

A la même époque, les Etats-Unis, après la simili défaite au Vietnam, se sont fait les champions de l’aide à ceux qu’on nommait à l’époque « réfugiés ». La guerre avait non seulement donné un coup de fouet positif à l’économie US pour sortir du krach de 1974-75, mais aussi lui permit de tirer tout le parti économique et politique des migrants fuyant la dictature stalinienne appuyée par les gauchistes antiracistes du monde entier. L’exode vietnamien des boat-people, avec peut-être plus de gens qu’au large des côtes d’Afrique de nos jours, qui périrent en mer, concerna 1,5 millions de personnes sur une période de quinze années, dont 55% furent reçus aux Etats-Unis, 18% au Canada, 12% au Royaume-Uni et 1,5% en France.

Un bateau qui coulait avec femmes et enfants, cela faisait appel à la solidarité humaine bien consentie bien que tout bénéfice politiquement pour le bloc US contre le bloc « communiste » !

Il reste encore des millions de réfugiés parqués dans des camps dans le monde entier dont l’industrie capitaliste n’a pas besoin et dont même une révolution communiste dans plusieurs pays ne pourrait pas accueillir la misère.

Le capitalisme a généré une misère gigantesque du fait de son impéritie, du fait de sa nature destructrice, c’est pour cela qu’il est comique de voir des anarchistes se battre au souvenir et au nom de ce que fût, au beau temps du libre-échangisme, le droit d’asile. La bourgeoisie a beau jeu, dans chaque aire nationale, de stipendier les « envahisseurs », c’est un moyen, non raciste en soi, d’écluser la responsabilité de l’ensemble de son système et son incapacité en effet à « absorber toute la misère du monde », autrement dit à supprimer la misère du monde, pour déchirer le mensonge du politicard véreux Rocard.

L’irréalisme de nos bons samaritains anarchistes atteint son comble avec la question des Roms, qui sont certes maltraités mais craints en Europe de l’Est. Des communautés pauvres, non intégrées, sont propices à des actions hors la loi (larçins, banditisme, prostitution, mendicité) que les oboles sociales ne peuvent limiter. Au lieu de reconnaître ce fait comme inévitable (et même naturel pour quiconque est maintenu en lisière de la société), on le dénie en affirmant que ce n’est pas de leur faute ou que ce n’est pas vrai. Or, c’est un fait qui est même plutôt louable, les Roms représentent une tradition de vie antérieure au capitalisme où le travail n’était pas la valeur première et sacrée. Au XXe siècle personne n’a réussi à les intégrer. Hitler les a fait gazer, Staline les internait dans ses camps et France et Roumanie jouent une partie de ping-pong avec eux. Leur structure familiale et communautaire les empêche de se fondre non seulement dans la société civile mais aussi dans la classe ouvrière. Ils ne sont pas étranges ni asociaux par nature, on trouve cette tendance à maintenir les croyances traditionnelles dans les communautés juives, arméniennes, portugaises ou turques. On ne pourra jamais nier la spécificité culturelle de chaque peuple à moins d’exterminer l’humanité.

Historiquement les couches successives de migrants de l’Est et du Sud ne se solidarisent pas. Les premiers venus déjà assimilés restent plus hostiles que la moyenne de la population à l’arrivée des suivants supposés nuire à leur ancienne intégration. Les regroupements d’immigrés sont hélas des paniers de crabes où chacun en est réduit à essayer d’attraper le pompon de la « naturalisation » et où la démerde individuelle reprend le pas face aux bureaucrates de l’Etat.

Sans entrer dans les récriminations et les peurs des ouvriers roumains à l’encontre des tziganes, ni pour étayer les idées reçues nationales françaises, il faudrait que nos altruistes anarchistes se rendent compte que l’intégration (« citoyenne ») comme ils l’imaginent est désormais au-dessus des forces du capitalisme. Il faut noter au passage que les activistes de ce milieu de défense des sans-papiers n’ont aucune pénétration dans le milieu Rom, contrairement à celui des divers immigrés en général, tout au moins pour ces derniers pour aussi brèves et aléatoires que restent les campagnes de soutien…

Ils le reconnaissent eux-mêmes et n’ont à leur actif que quinze familles roms régularisées et relogées (pour combien de temps ?) à Fontenay sous Bois quand leur immense majorité reste et restera dans une situation désastreuse.

Il faut avoir le courage de reconnaître la spécificité particulière des tziganes, non pour les montrer du doigt, mais pour comprendre qu’ils sont à leur manière le témoignage d’un autre mode de vie ludique et non industrialiste qui préfigure, une fois éradiquée la misère économique, un vrai mode de vie libre et itinérant une fois le capitalisme supprimé. Sans véritable solution immédiate à leur errance dans un monde froid et hargneux.

FACE A LA CRIMINALISATION DE LA SOLIDARITE : UNE INTERVENTION POLITIQUE AMBIGUË

Si vous hébergez chez vous un sans-papier c’est comme si c’était un terroriste, la police peut à toute heure de la nuit fracturer votre porte sous prétexte qu’on vous soupçonne de pédophilie. Il y a de quoi avoir les crocs et envie de constituer un groupe armé ! Deux jeunes françaises, qui risquaient quatre années de prison en Angleterre, pour avoir passé (sans le savoir) deux prolétaires chinois dans le coffre de leur voiture, viennent d’être relaxées. Notre questionnement porte aussitôt sur cette Chine émergente, devant laquelle se prosternent tous nos bourgeois occidentaux, mais dont les prolétaires souhaitent s’enfuir au plus vite !

Dans la noria des organismes qui prétendent canaliser cette indignation ou qui croient lutter contre la misère du monde il est difficile de s’y retrouver. Jadis, on pouvait étiqueter telle ou telle chapelle gauchiste, incriminer un parti au profit d’une autre organisation. Le marais total gouverne un amas d’assocs gouvernementales et de petits groupes d’anarchistes plus ou moins fédérés au gré des appels de sites sur le web ou dans le carrefour de liaisons obscures et multiples où règne l’impuissance. Ce marais, produit de la décomposition du militantisme petit bourgeois et composé d’intellectuels déclassés garde pourtant une matrice : la vieille idéologie de gauche réformiste, antifasciste de salon et antiraciste pour la galerie. Cette mouvance n’est pas un parti structuré comme l’ancienne gauche caviar mais est régi par les mêmes auto-mystifications. Dans leurs réseaux, téléphoniques, amicaux ou internet, ils se tiennent tous par les couilles, prêts à se culpabiliser les uns les autres si untel ne fait pas montre d’un antiracisme franc du collier, ni d’un antifascisme éructant, ni n’est capable de chiffrer son activisme. Les flics font du chiffre et les activistes secouristes aussi ; c’est plus grave pour les seconds car cela rend opaque une vision politique lamentable en faveur d’un capitalisme propre ou plus humain.

Pour illustrer l’intervention dans le milieu des sans papiers du Nord de la France, on trouve par après dans ce livre la contribution de la Mouette enragée, liée à l’OCL (organisation communiste libertaire qui existe depuis le milieu des 70), concernant le scandale du centre de rétention de Sangatte.

Même s’ils succombent à l’activisme de la mouvance néo-gauchiste et à ses critères politiques confus jusqu’au fond de localisme régional, il faut savoir gré à ces quelques militants de nous informer très honnêtement au plus près du déroulement de quelques protestations et de formes de soutien aux travailleurs itinérants vers le soit disant « british dream ». On apprend que des officines de l’Etat se mêlaient déjà de l’affaire, Secours catholique, Croix-Rouge, et un certain Gérard d’Andréa, ancien membre des RG, bombardé responsable d’une Association de prévention pour une meilleure citoyenneté des jeunes (tout un programme de réinsertion !). Dans l’humanitaire, on se trouve toujours avec dans les pieds des groupes louches comme le DAL ou l’APEIS.

Dans toute cette affaire de Sangatte, le gouvernement français fût ridicule. La Mouette enragée fît cependant des critiques fort pertinentes sur la façon dont les « envoyés spéciaux » de l’Etat s’efforcèrent de couler le mouvement de protestation ; il y avait une tendance naturelle (répréhensible par la loi Sarkozy) dans des familles ouvrières de Calais et Boulogne à accueillir de jeunes réfugiés grelotant de froid dans les rues. Se situant aux côtés des prolétaires solidaires, donc hors-la-loi, la Mouette indignée écrivait dignement :

« Pour nous, les comités de soutien (ou quel que soit le nom qu’on leur donne) se substituant aux principaux acteurs de la lutte, relayant les mots d’ordre des partis politiques, se cantonnant à la spécificité des situations ne peuvent qu’étouffer les combats au lieu de les renforcer, de les gagner.(…) Il faut mettre en avant les points communs entre la situation des exploités de toutes sortes (chômeurs, précaires, salariés), faire la liaison entre les luttes et favoriser l’émergence de perspectives anticapitalistes ».

La « Mouette enragée » fait état d’une lutte commune avec d’autres groupes anglais anarchistes et trotskistes pour la fermeture de camps de rétention des deux côtés de la Manche. Ce cercle en appelait à la solidarité, à la liberté de circulation et d’installation et dénonçait en pleine période électorale la droite et la social-démocratie. La « gauche associative » diabolisa aussitôt une « initiative qui fait le jeu de Le Pen tout en mettant en danger les « réfugiés ». Dans le compte-rendu de leurs diverses actions, la Mouette nous informe sur une action complémentaire à celle des CRS, celle de la municipalité PCF de Calais, soutenue par toute la gauche caviar : les blockhaus où les migrants trouvaient refuge furent murés, ce qui rappelle en effet leurs basses œuvres à Vitry en 1980… La protestation est étouffée sous le bulldozer de la gauche étatique. En une journée, les Danièle Mitterrand, Bové et Cie accourent pour parader devant les caméras.

Les manifestations ou fête de la lutte sont systématiquement dévitalisées ou bridées par les apôtres de la gauche gouvernementale. Pour la Mouette enragée, qui n’en démord pas, « le sans-papiers » figure la condition générale qui sera faite désormais au prolétariat. Le constat est juste et percutant, mais partiel. Les enfants des prolétaires fixes ne doivent s’attendre à aucun cadeau et devront passer effectivement leur temps à une réflexion collective et à envisager une implication politique plus subversive que de brûler des voitures.

La Mouette échaudée tire un bilan d’ échec courageux :

« Par un refus délibéré d’intervenir en « soutien aux réfugiés », nous avons investi l’espace qui nous permettait, à nous qui avons des papiers, de lutter aux côtés des « réfugiés » et non pas en leur nom. (…) au final, c’est bien l’absence d’un mouvement porté par les sans-papiers sur le littoral et ailleurs qui nous renvoie les uns et les autres à notre impuissance commune face à l’Etat » (p.156). Est joint une note lucide sur les sans-papiers acculés à la misère dans les bois : « Leurs conditions d’existence matérielles et sanitaires les enferment dans des logiques de survie qui sont un frein réel à leur organisation ».

L’avant-dernier texte de l’ouvrage est lui-même dépité et conclut à l’impossibilité d’une véritable « intégration républicaine ».

QUE FAIRE ?

Ils y a les professionnels de l’observation aux côtés de la police. Sous le titre « au cœur de la machine à expulser », le journal de la gauche bobo, le Nouvel Obs y va de sa petite larme au mois d’octobre et nous peint sa vision des « clandestins » (avant, on disait « étrangers »). La « machine à expulser » est impersonnelle… les journalistes ne vont pas accuser leurs commanditaires.

Voyons… Tout le monde est dans la merde :

« Les policiers, eux, en ont assez d’entendre ce mot ignoble (« rafles »). Non, ils ne sont pas des fachos, simplement des fonctionnaires qui font leur boulot. Ils pensent aux petites chinoises, qu’ils ont vues, enchaînées à des machines à coudre, à Belleville, ils pensent aux milliers d’étrangers qui rêvent aux lumières de la France et se retrouvent à dormir à 10 dans 10 mètres carrés pour 500 euros par mois (…) Les policiers disposent d’une centaine de contacts, joignables jour et nuit, traducteurs, étudiants parlant kurde, chinois, soneke, tamoul… ». « Plus d’un quart des sans-papiers placés en rétention sont libérés pour vice de procédure », « en ce moment, à Paris, l’Algérie, la Chine, l’Egypte coopèrent bien. Mais certains pays comme l’Inde, la Tunisie, le Mali refusent quasi systématiquement de reconnaître leurs ressortissants. Rien ne sert d’ordonner un placement en rétention pour les migrants de ces pays-là. La police se demande même pourquoi continuer à les interpeller. » (…) Pour éviter l’expulsion, certains avalent des couteaux ou des clous… ».

Cela dégénère entre « primo-arrivants » : « Le 12 juillet, un touriste portugais a ouvert le feu et blessé un afghan. Des batailles rangées ont opposé routiers et clandestins à coups de crics et de boulons ». A Cherbourg, des réfugiés de longue date se muent en petits trafiquants… Ils vont les (nouveaux arrivants) les chercher au train, gèrent les flux dans le squat, prélèvent leur dîme en échange d’une place sous une tente. Ils organisent des petits groupes armés de cutters pour découper les bâches et les lancent à l’assaut en différents points du port ».

On peut faire confiance aux journalistes chargés de cette enquête, qui, au moins, ne tiennent pas un discours lyrique face à ce problème sans solution. Braves journalistes, amis des policiers. Ces mêmes policiers au cœur tendre qui tabassent sans vergogne une fois les caméras éteintes (c’est pourquoi Zetkine la photographe de leurs exactions vient d’être jugée au tribunal de Lille) et lâchent en rase campagne à 20km de Boulogne les migrants, sans leurs chaussures. On peut faire confiance à ces intellectuels de plume accrédités par des fonds du patronat (comme les syndicats « ouvriers »), en répercutant le cloaque des réfugiés sous le seul angle des petits trafics, ils criminalisent encore plus la situation des migrants et les font passer pour des étrangers… à la classe ouvrière. Salauds !

L’Etat ne peut que se réjouir de la description partielle et partiale des atrocités de cette cour des miracles qu’il favorise. C’est pour cela qu’il ne craint aucunement la réprobation universelle avec l’ignoble test ADN, qui vise surtout l’Afrique, auquel il est vrai Hitler n’avait pas eu le temps de penser. Il va dans le sens non de Le Pen mais de « l’opinion » puisqu’il la fabrique lui-même cette opinion.

Il y a ceux qui veulent agir. Mais pour agir il n’y a que deux moyens dérisoires: soit faire un travail d’assistante sociale et s’en donner les moyens au même niveau que les associations caritatives, et ce n’est plus une action politique ; soit parader devant les médias avec deux ou trois actions d’éclat, et une fois les lampions éteints, les migrants peuvent dans leur immense majorité rester dans leur misère itinérante, rejoindre les clochards, mourir de froid ou être étranglés par un policier dans un avion de renvoi. Les actions spontanées de solidarité de la population, si elles durent, sont immédiatement happées par les assocs pilotées par l’Etat, et chargées de gommer les problèmes politiques.

Sur tous les plans, le capitalisme rend les conditions de vie intolérables. Attentats quotidiens particulièrement sanglant en Irak, au Pakistan contre la population civile, cadavres de migrants régulièrement pêchés au large des côtes espagnoles, mais aussi suicides dans des entreprises ultra-modernes (on en compte au moins un par jour sur le lieu de travail en France…). Je ne vais pas ici étaler lyriquement la longue liste des atrocités ni des mesures anti-sociales. Les altermondialistes et leurs amis anarchistes excellent dans ce genre de chapelets. La question fondamentale de comment mettre fin au capitalisme et à la principale injustice, l’exploitation salariée, n’a pas non plus de réponse immédiate. Les donneurs de leçons militantes, marxistes ou anarchistes, sont empaillés, à la remorque des grèves syndicales et noyés dans le spectacle de la contestation savamment programmée.

La responsabilité d’un autre futur réside pourtant toujours dans le prolétariat. Les plus traditionnels des militants attendent vaguement une grève générale insurrectionnelle. On compte parmi eux nombre de syndicalistes ou de révoltés d’en bas. Les luttes salariales existent toujours mais ne font jamais des miracles. Il existe assez d’organismes financés par l’Etat bourgeois, pour les enfermer dans les corporations ou planifier des grèves de merde sans lendemain.

Il n’empêche que c’est dans ce cadre de communauté d’exploitation et non dans une conscience altruiste écologique et universelle que se trouvent encore les ferments d’une alternative à la domination capitaliste. La réflexion anticapitaliste ne peut trouver son assise qu’à partir de la défense du rôle révolutionnaire du prolétariat qui conditionne une action politique qui ne peut se situer au niveau parcellaire ou en glorifiant les plus fragiles et les plus paupérisés.

Ce n’est pas directement, ni par extension d’une somme de revendications que pourra jaillir une explosion révolutionnaire, pas plus que par la distribution de tracts d’indignation à tout va. Le temps au travail rythme une conscience commune des prolétaires sous le chantage au chômage, et tous souhaitent mettre fin à l’aliénation. Point de messie à l’horizon, ni de facilités pour ébranler les Etats.

La diversité des attaques de l’Etat contre la classe ouvrière, elle-même divisée en catégories, criminalisées à outrance avec les révoltes sporadiques émeutières, le krach boursier toujours latent, l’impossibilité d’aller à une nouvelle guerre mondiale, créent des conditions où « ils » ne perdent rien pour attendre.

Le prolétariat, des jeunes aux vieux et aux migrants est au cœur de la situation. Situation inadmissible avec des millions de migrants inintégrables, et une crise invraisemblable et insoluble des retraites posent un problème sous-évalué de fin de société qui dépasse les petits cerveaux gestionnaires du profit capitaliste. L’espèce humaine est en jeu.

Il n’est plus possible d’en rester au ras des petits problèmes quotidiens et mensuels, ni de courir après tout ce qui bouge dans l’espoir de sauver son âme. Il faut savoir attendre.

On trouve toujours un moment pour rire au plus profond du désarroi néanmoins. Apprendre que les 2700 membres d’une des principales institutions de l’hypocrisie régulatrice du capitalisme international, le FMI, risquent d’être licenciés, nous secoue franchement les côtes.

L’attitude « volontaire » de ceux qui sont convaincus de la faillite du système ne dépend pas d’une implication envers tout ce qui bouge ou souffre, mais d’une réflexion théorique sur les besoins radicaux des masses opprimées et sur quoi mettre à la place du capitalisme. Les masses attendent des minorités conscientes non pas qu’elles leur expliquent l’ignominie de leurs conditions de vie mais qu’elles leur proposent un programme de transformation crédible de la société mourante et qu’elles cessent de donner des coups de clairons alarmistes et impuissants. L’histoire tranchera sans tambour ni trompettes.

vendredi 9 novembre 2007

L’ARGENT DES RICHES

ET LE CREPUSCULE

DE LA PETITE BOURGEOISIE

« La bourgeoisie n’est autre que l’intérêt parvenu à satisfaction »

Victor Hugo

« Les riches et les filous sont les deux faces d’une même médaille ; ce sont les deux catégories principales de parasites nourris par le capitalisme ; ce sont les principaux ennemis du socialisme, des ennemis qu’il faut placer sous la surveillance particulière de toute la population… »

Lénine (Comment organiser l’émulation ? 27 décembre 1917)

19331 euros par mois. La nouvelle paye du Président a affolé brièvement les gazettistes et flanqué des boutons aux petits bourgeois. Rien de bien extraordinaire pourtant. Comme avec le coup du Fouquet’s au soir de son élection ou le séjour en Méditerranée avec Madame Ex à bord du rafiot d’une star patronale. Sarkozy montre encore une fois que l’exemple de la richesse sociale qui commence par soi-même. Il peut toujours arguer qu’il s’agit d’un réajustement plus clair que les rémunérations obscures de bouche ou de cul de son prédécesseur. Croyez-vous que Chirac se laissait rétribuer trois fois moins que ses premiers ministres ?

Chirac touchait bien les officiels 6700 euros brut pour l’Elysée, mais on lui ajoutait 13 000 euros de pensions diverses, ce qui lui rapportait 20 000 euros au total, sans payer non plus de loyer ni les banquets et avions républicains ; mais le parasite en chef de la nation puise en vérité ce qu’il veut dans les caisses noires de l’Elysée ; çà déborde même des armoires et menace de s’envoler comme dans l’ultime razzia de Kubrick. Le seul problème qui devrait intéresser les journaux people (mais ils n'ont pas osé) est de savoir si la pension alimentaire de Cécilia-Antoinette sera calculée sur l'ancien ou le nouveau salaire du blaireau.

LA DEMOCRATIE DES MILLIARDAIRES RIEURS

Les députés, qui ont votés pour le passage du budget de l’Elysée à 100 millions d’euros, sont eux-mêmes épaulés par des pensions diverses dont la plus scandaleuse est la retraite cumulable : une mandature = 1500 euros, deux = 3000 euros, cinq = 1500 X 5, etc. Les députés sont eux-mêmes membres des conseils d’administration ou des mêmes « loges » que les patrons, et ils se tiennent tous par la barbichette. Les élections sont les clés de la tirelire luxueuse.

Le gagnant-gagnant dans les payes princières reste Strauss-Kahn ; ce bourgeois recevra comme directeur du FMI, 295 000 euros net d’impôts, et une allocation forfaitaire de 75 000 dollars. Le blaireau Sarko fait perdant avec ses 231 972 euros par an, même s’il ne paye pas de loyer non plus.

Pour les bouffons Zemmour et Domenach qui se pavanent sur i-télé, c’est normal que « Nicolas » soit devenu fou du fric. Regardez, dirent-ils, lors de la soirée au Fouquet’s la liste des invités ne comportait que des membres du CAC 40… il y avait de quoi avoir des complexes face à des stars patronales qui émargent à plus de 3 millions d’euros par an !

L’un des pitres confia comprendre les réajustements en cours :

- les salaires patronaux ont explosé, avant il y avait parité entre revenus des politiques et des entrepreneurs, il est normal qu’il y ait un certain rattrapage, même si les disparités sont sans commune mesure avec ce que gagnent les animateurs de télé, les patrons du CAC 40 et les grands journalistes…

La gauche caviar et ses syndicalistes payés deux fois le SMIC poussent des cris d’orfraie. Le SMIC était à 1280 euros en juillet dernier et s’il avait dû bénéficier de la même hausse de 140% pour le blaireau, il serait de 3010 euros/mois, c'est-à-dire un salaire de cadre inférieur.

Ils nous font rire tous ces jaloux car ils défendent au fond la même hiérarchie sociale et politique et se battent pour les mêmes places à chaque élection !

Sus aux patrons ! Or la plupart des patrons de PME ne dépassent pas les 3973 euros/mois, c’est-à-dire la moyenne des salaires des cadres supérieurs planqués dans les grandes entreprises publiques et des chefs des partis de gauche. Certains petits patrons privés ne gagnent longtemps que le SMIC, certains sont moins rémunérés que leurs employés.

Donc un patron du CAC 40 gagne 100 fois plus qu’un patron de PME, tant mieux pour lui. Les « retraites chapeau », les « parachutes dorés », les « primes de performance » n’ont plus de limites bien qu’un cabinet, Proxinvest, ait fixé à 240 fois le SMIC « la limite socialement acceptable des revenus de dirigeants ». Les disparités sont encore pires au Royaume Uni et aux Etats-Unis….

Evidemment les grands patrons réinvestissent mais le plus souvent, de plus en plus, dans la mafia financière des banques, pas pour créer des emplois…

Evidemment nous les prolétaires on n’en a que foutre de ces salaires faramineux, on n’a pas besoin d’avoir quinze voitures au lieu d’une, quatre bifteck au lieu d’un, etc. Cette minorité de richards n’est pas un problème : les 50 dirigeants du CAC 40 + Sarkozy + les généraux et syndicalistes les mieux payés, pourront tous tenir dans les murs de la prison de la Santé.

Le problème politique principal n’est pas constitué par cette poignée de magnats et de radars de la finance gangstériste officielle, mais par les centaines de milliers de petits profiteurs des PME à 3973 euros/mois, leurs collègues cadres supérieurs des TGE (très grandes entreprises), les milliers de syndicalistes rétribués en sous-main, et les flics et magistrats parrainés, etc.

Il n’y a pas que les revenus des big stars patronales qui ont explosés. Il suffit de voir sur les routes l’explosion du nombre de big 4X4 et dans la campagne ou à la neige des résidences secondaires… Des milliers et des milliers de petits bourgeois profiteurs dans la banque, dans le commerce, dans les corps armés et humanitaires (ce néo-colonialisme impérialiste si bien éventé par l’Arche de Zoé) sont avides d’accumuler, prêts à toute prostitution pour s’enrichir toujours plus, avec comme exemple, certes lointain, la poignée de magnats qui les méprisent.

Ma mère disait toujours « il y a ceux qui en ont trop et d’autres pas assez ». Mais, on ne peut pas partir de là pour remettre en cause l’ordre capitaliste. A ses électeurs gauchistes et aux imbéciles de la secte LO, le politicien véreux Rocard répondait justement il y a des lustres : « il n’y aurait de toute façon pas de solution en répartissant l’argent mieux, car ce que gagnent au total la minorité des magnats, ne représente qu’une infime partie de la valeur du travail ».

Le mode de vie des couches moyennes friquées tend hélas à modeler la consommation de ceux d’en bas, et bien sûr la classe ouvrière qui reste pourtant la seule classe à montrer qu’il est plus important d’être que d’avoir et dont les éléments les plus conscients savent bien qu’il ne s’agit pas de réformer la hiérarchie extrême des salaires ni de mieux distribuer l’argent mais de l’abolir avec le salariat et l’Etat.

LA PETITE BOURGEOISIE NE VEUT PLUS TOMBER DANS LE PROLETARIAT

La petite bourgeoisie est une classe anxieuse par nature, qui est stressée dès qu’elle se rapproche des 1850 euros médians. Il est loin le temps où les enfants des couches moyennes s’imaginèrent « jouir sans entraves ». Mai 68, personne ne l’a dit clairement, avait vu les enfants de la petite bourgeoisie tomber (fugacement) dans le prolétariat, mais en s’imaginant à la tête des prolétaires, pas à leur traîne. Cette chute dans le bassin prolétarien n’avait pas entrainé une purification des corps et des âmes, ni un adoubement par les damnés de la terre industrialisée. Les progénitures petites bourgeoises gardèrent leurs tics d’éducation extérieure. Ils se devaient de conserver leur rang social comme leurs pères et ne se conçurent que comme donneurs de leçons aux bases salariales. Leur culture politique limitée à un survol de Bakounine, Staline, Lénine et Trotskine conféra à leurs discours d’AG estudiantines un efficace training à leur future carrière de managers du PS, de professeurs d’Université et de cadres de services publics. La plupart entrent désormais dans la catégorie des retraités salariés les plus aisés, grands bénéficiaires de la révolution mitterrandienne et jospiniste. En Angleterre et en France on trouve en général les hôtels pleins de ces têtes chenues de rentiers de la révolution qui s’étendit du boul Mich’ aux résidences en Méditerranée et qui végètent dans l’espoir d’un loisir rentier infini. La petite bourgeoisie s’affole face à la crise des caisses de retraite et y voit une remise en cause de son confort en fin de carrière. Peu de caisses de retraite sont nées d’initiatives ouvrières. Aux beaux jours du syndicalisme révolutionnaire, les militants ouvriers étaient hostiles à l’idéologie de prévoyance sociale, très vite récupérée par le patronat, car détournant les travailleurs du projet révolutionnaire en favorisant le repli sur la vie familiale.

Je partage avec N.Sarkozy ce dégoût pour cette population bobo (pas pour les mêmes raisons certes), qui, occupant les deux tiers des grandes cités, empêche la droite caviar de rafler la mise. Les pires ne sont pas souvent ceux qui occupent le haut de la galerie mais cette couche moyenne inférieure composée des intellectuels ratés des cryptes trotskiennes et de l’ultra-gauche qui, piteusement, se revendiquent encore d’une vague révolution. Ils restent mécontents, non pas que la révolution n’ait pas eu lieu, mais d’être remisés au rang des couches inférieures de la société, sans pouvoir prétendre dicter leurs conditions aux ouvriers et à leurs progénitures émeutières.

Ce milieu hétéroclite d’échoués intermédiaires du système a cru brièvement en un changement radical et rapide à leur profit en supposant prendre la tête de la classe ouvrière (aux deux sens du terme). Face à l’apathie méfiante de la classe ouvrière, le rêve de pouvoir a viré au cauchemar mitterrandien : ils s’affirmèrent encore comme un tampon amortisseur entre bourgeoisie et prolétariat, sous couleur verte et bio. Le syndicalisme, sponsorisé ou gratuit, leur sert à marginaliser les ouvriers dans leurs luttes et à prétendre disparue l’identité prolétarienne au profit d’une citoyenneté de pacotille.

Cette petite bourgeoisie politique intellectuelle sent désormais le rance aux côtés de la petite bourgeoisie artisanale archaïque et raciste. Elle est assez représentative de l’aspiration vers le haut de la hiérarchie sociale d’une masse importante de la population autochtone qui a entrainé un appel d’air pour une immigration peu qualifiée, permettant même à une mince couche de la classe ouvrière de se prendre pour une « aristocratie ouvrière » syndicaliste et enseignante, soluble dans les couches moyennes inférieures.

Les jeunes des couches moyennes ont cessé d’être des acteurs politiques de premier plan des sixties, puisqu’ils ont vieilli. Dès les années 1980, l’âge moyen du représentant syndical et politique était de 45 ans, puis de 59 ans en 2000. Malgré quelques leaders des mouvements étudiants petits bourgeois successifs jusqu’au CPE, voués à un avenir de caciques du parti bourgeois PS, et excepté le pâle Besancenot, la vie politique reste rythmée par des « vieux » politicards. Les jeunes prolétaires ou étudiants ne retrouvent leur voix subversive qu’en temps d’émeutes et de révolutions.

Le déclassement social qui frappe à la fois les enfants de la classe ouvrière et ceux des couches petites bourgeoises ne les montre pas encore prêts à remettre en cause l’ordre politique et social bourgeois. Le suicide ou la prostitution restent l’horizon partagé.

Depuis le XIXe siècle, la petite bourgeoisie, malgré son hétérogénéité et son opportunisme politique, avait toujours prétendu incarner l’idée de progrès. Historiquement la petite bourgeoisie n’est plus qu’une figurante dans la dérisoire révolution sociétale. Elle ne peut plus prétendre être une élite de rechange dans la mesure même où elle ne peut se défaire de l’idéologie de la hiérarchie. Elle veut bien commander mais ne plus être commandée. Elle regarde le prolétariat comme une classe en dessous qui oublie son histoire, qui vote mal, qui a une hygiène de vie déplorable, qui est raciste et homophobe, qui se contente de son pouvoir d’achat dans les supermarchés.

Dans la crise économique qui avance inéluctablement en aggravant le chômage de masse et en paupérisant des couches de plus en plus larges des intermédiaires, la petite bourgeoisie politique intellectuelle rêve de reprendre son rôle d’élite de rechange et réoccuper ce terrain perdu de la contestation politique des sixties. Hélas leur immaturité politique, ce mépris hiérarchique pour la classe ouvrière inférieure, et leur impuissance à proposer un avenir réellement révolutionnaire, les rendent inaptes à prétendre redevenir la tête du prolétariat. Le savoir qui était la prérogative principale de la petite bourgeoisie en milieu ouvrier est caduque. Plus personne n’a besoin de leur savoir aliéné. La crise morale et politique qui marque le quarantième anniversaire de mai 68 confirme, non le déclin de la classe ouvrière, mais le déclassement politique de la petite bourgeoisie, érodée entre gauchismes et PS. Les discours incantatoires et très conservatoires de l’idéologie démocratique bourgeoise ne sont que les chrysanthèmes du cimetière de la petite bourgeoisie comme classe poreuse et évanescente.

JLR

1917’s Old Birthday :

LES COMMERES HYSTERIQUES

CONTRE LA REVOLUTION

Qui eût cru que le 90ème anniversaire de la révolution d’Octobre 1917 entraînerait autant de cris et de fureurs contre toute exemplarité de son souvenir ?

Il est vrai que ce 90ème anniversaire coïncide pratiquement avec le 40ème de cet autre événement dérangeant pour l’ordre dominant, Mai 68 (que les mêmes hystériques intellectuels de gouvernement tentent de rabaisser à une simple révolution sexuelle…).

Les médias bourgeois mettent le paquet. Surtout les médias financés par l’industrie de l’armement comme la chaîne Arte et Le Monde, sans oublier les maisons d’édition contrôlées toutes par les magnats corrompus de l’industrie et du pouvoir. On va vérifier ici que la hargne anti-bolchevik est de type perverse narcissique bourgeoise…

La presse bourgeoise est en crise et le livre aussi, c'est-à-dire qu’elle ne vit plus à partir des sous des lecteurs, lesquels n’y voient plus que mensonges. La presse bourgeoise est tenue à bout de bras par la finance capitaliste (cf. débat sur i-télé le 8 novembre), du Figaro à l’Huma et aux Echos.

Commençons par l’édition moins people et qui instille son venin dans la durée. Un épais livre est balancé aux meilleures places des étals de libraires depuis trois mois : « La révolution russe 1891-1924, la tragédie d’un peuple » d’Orlando Figes, universitaire britannique, au penchant sociologue et ignorantin volontaire de l’histoire et des débats des révolutionnaires, persécutés par le stalinisme, roulés dans la boue par les actuels laquais intellectuels de la bourgeoisie arrogante. On ne mord pas la main qui vous nourrit.

VERSION GUTENBERG

L’introduction de Marc Ferro résume tout à fait le néant structuraliste et anarchiste de l’épais livre. On ne pouvait souhaiter pire pour commémorer les 90 ans de l’inquiétante révolution d’Octobre 1917. Le propos central de Figes est de dénier tout rôle aux bolcheviks. Ce brave universitaire cite à plusieurs reprises l’assertion de Lénine : « pour que s’accomplisse une révolution, il n’est pas besoin de révolutionnaires, il suffit de laisser agir les dirigeants ». A partir de cette assertion naturellement évidente pour nous aussi, l’universitaire et son sponsor de France 3, peuvent valider une énième version anarchiste de la révolution russe.

On nous assure que le vrai révolutionnaire est le petit paysan indigné par la longue humiliation subie sous le régime tsariste. Foin des « textes sacrés de la tradition socialiste, marxiste ou non », pour comprendre « l’accomplissement des événements de 1917 » ! Ce qui est déjà de la pure bêtise de la part de l’auteur et de son présentateur. Car prétendre « irriter tous ceux » qui y ont vu « l’effet de l’action des révolutionnaires » avec du vent et une description à la petite semaine ne risque pas d’ébranler les solides piliers qui ont fait qu’Octobre 1917 demeure une révolution prolétarienne dérangeante, même 90 ans après. Se passer de l’histoire du mouvement ouvrier et de ses débats théoriques est comme boire à la bouteille avec un contenu vide. A la trappe le « monde ouvrier » qui, selon Figes « n’occupe pas le devant de la scène » ! A la fosse les Rosa Luxemburg, Trotski, Pannekoek, Bordiga, etc. ! Place aux paysans et aux soldats mais pour dénoncer leur violence primaire !

Orlando Figes est bombardé par le chevrotant Ferro « metteur en scène de talent » pour sa description de la lente décomposition du régime jusqu’à sa chute qui « n’est pas un putsch accompli par une minorité de gardes rouges », mais… (dans la même phrase pour mieux couler l’histoire du mouvement ouvrier) « mais une épreuve de force entre un gouvernement qui a perdu toute autorité et un réseau d’organisations dont le parti a su prendre la tête ».

L’appel à la paix fait le succès des bolcheviks, comme n’importe quel bédouin est obligé de le reconnaître, mais le petit paysan n’attend pas le décret sur la terre pour s’en emparer tout comme il lui apparaitra naturel d’affamer les villes…

Ferro prend le parti des anarchistes après Figes en estimant que la décision de construire le socialisme dans un seul pays débute avec la concession de la paix de Brest-Litovsk, ce qui est une imbécillité dénoncée depuis lors par tous les éléments conscients de la Gauche communiste, et non par la « tradition trotskiste et maoïste ».

Ferro se gausse que « les pouvoirs des nouveaux tyrans n’avaient pas de prise sur la société », ce qui est vrai (aux ministères des affaires étrangères tout le monde se rit du nouveau ministre Trotsky) ; au début en tout cas, dans le chaos…

Au lieu de prendre du recul et d’examiner ce qui était possible ou pas, et surtout de placer en parallèle les immenses massacres de la guerre mondiale, Ferro et son compère Figes nous entraînent dans les méandres de la Tcheka sans expliquer les raisons de son apparition et de la participation en son sein des anarchistes ou d’autres socialistes non membres du parti de Lénine. C’est de l’histoire sélective et people, avec photos, descriptions de bains de sangs et tortures garanties. Oubliées les tortures dans les tranchées, les yeux crevés au front, les corps décapités par les rafales. Dans la guerre civile voulue par la bourgeoisie, la « fureur populaire », comme en 1793, dépasse les politiques qui sont obligés (Lénine comme Robespierre) de surenchérir pour maîtriser la situation. Et, contrairement à ce qu’affirme Ferro, Figes ne se tient pas à équidistance des adulateurs et des pourfendeurs, il se joint totalement à ces derniers pour affirmer que les « leaders les plus déterminés » de Lénine à Staline « ont assumé tous les excès et même y ont contribué ». Qu’ils aillent dire cela à leurs maîtres anti-terroristes Blair et Cie dans leur façon d’assumer tous les excès de l’armée US en Irak !

Le mensonge anarchiste si répandu qui assure que le parti a absorbé toutes les institutions sociales et ouvrières fait mine d’oublier que l’aspirateur principal fût l’Etat, Etat remis en état pour la survie d’une nation enclavée, et donc n’explique en rien pourquoi au final la plupart des leaders bolcheviks furent exterminés.

On se répand sur les atrocités dont sont victimes les paysans, sans rappeler celles dont sont aussi victimes certains commissaires politiques envoyés à la campagne.

Ferro cite les avis de Staline et du prince Lvov mais cela ne parvient qu’à conforter l’osmose entre la population exploitée et le nouveau régime fragile, heureux d’être débarrassés du tsarisme responsable cynique d’une immense misère et de millions de massacres sans nom.

Les remarques de Ferro sont enfin d’une nullité crasse, du niveau de l’odieuxvisuel et si canichement rassurantes pour ceux qui le rétribue ; le monde n’est qu’un bout de poumon qui pourrit sur place : « la société apparaît ainsi comme une fourmilière désordonnée et le déroulement de l’histoire perd toute signification » (ouf !). La « description » du nommé Figes « prend le pas sur celle des doctrines et des débats théoriques sur le socialisme ». Et ta sœur, elle prend le pas sur ton père ?

En tout cas pas par votre porte-monnaie : inutile de claquer près de 40 euros pour cette étude au ras des foins de la fourmilière des pauvres. Il vaut mieux encore relire Anna Karénine ou le dernier Harry Potter.

VERSION PRESSE CORROMPUE

Incontestablement, c’est autour le la commémoration audiovisuelle par Arte que des intellectuels de second ordre sont lancés en meute pour non seulement ridiculiser mais aussi diaboliser les bolcheviks pire que les nazis, pour jeter l’effroi sur toute perspective (« rêverie » disent ces cuistres) de mise à bas du régime capitaliste.

L’hebdo bobo des cadres supérieurs de gôche, Le Nouvel Obs, dans son supplément TV avait déjà envoyé au front des poubelles à papier, son préposé Burguière. Ce premier plumitif brode et puise au même stock de structuralisme anarchiste que tous ses compères contractuels poussiéreux de la presse dépendante des magnats de l’industrie et de l’armement. Tous, on le verra, tentent de minimiser que la révolution communiste a été enfantée par la guerre capitaliste. Le petit obligé du Nouvel Obs écrit : « La Russie tsariste ne s’est pas effondrée sous le poids de sa misère et de son arriération, comme l’a prétendu longtemps l’historiographie soviétique, mais sous l’effet d’une brutale modernisation économique et culturelle qui contrastait avec l’immobilisme politique ». Puis le rôle des ouvriers est dénié, à l’unisson du patchwork d’Arte, ce sont les comités de soldats qui se sont mutinés ! Imbécile, les soldats n’étaient tous que des paysans et des ouvriers sous l’uniforme ! Lénine, dit le contractuel larbin du trust Perdriel « ne faisait confiance qu’à l’action putschiste de révolutionnaires à plein temps », alors que comme les compères au prurit anti-bolchevik de la version Gutenberg en librairie il a reconnu qu’il n’y avait pas besoin de ces soit disant professionnels pour pousser les masses à renverser le régime de misère et de guerre !

Autre commérage commun à toutes ces commères de l’ordre dominant, il faut à tout prix faire apparaître masses et parti bolcheviks comme différents. Il salue le « remarquable film » d’Arte pour sa palette d’historiens (tous aussi réacs et superficiels les uns et les autres, du vieux Ferro à l’historien militaire russe) et son « métissage obscur des habitudes » fondu dans la Russie éternelle!?

L’agression de concierge de l’ordre dominant est plus hargneuse, violente et perverse avec un certain Jan Krauze qui est chargé par un journal douteux, probablement le plus complaisant pour la bourgeoisie actuelle, et fort implanté en milieu intellectuel petit-bourgeois. Puisqu’il s’agit de Le Monde, il faut convenir qu’il justifie par cette éructation totalitaire toutes les répressions depuis bientôt un siècle contre les prolétaires opprimés.

Au nom de qui et en vertu de quoi ce monsieur Krauze s’autorise-t-il une telle morgue face à une expérience historique fondamentale ? Une commande obligée d’un des financiers de ce journal imbitable ? Pourquoi Le Monde n’a-t-il pas laissé la plume à des historiens d’envergure, pas si impartiaux ni hystériques ? Il suffit de lire sur le net les réactions indignées pour voir que ce journal bourgeois n’a pas fini de perdre des lecteurs depuis la révélation (incomplète) de sa face cachée. Vivement la faillite complète de ce torchon de larbins qui écrivent sur commande pour détruire l’histoire qui gêne !

Comme les organes de propagande les plus simplistes et racoleurs de la vieille bourgeoisie, tel « Je suis partout » de l’an 40, tel « Le parisien » de l’an 70, la série des trois articles – « Un étrange coup d’Etat », « La griffe de Lénine » et « Tout est permis » - évite de rappeler les conditions historiques, la lutte des classes et l’espoir formidable soulevé pour les centaines de millions de travailleurs du monde entier. Il suffit d’emblée d’instiller le doute et par des descriptions grotesques et dévalorisantes en criminalisant la trajectoire des militants socialistes. Les termes utilisés proviennent d’une haine pathologique de la révolution… sale. Le flic qui sommeille sous Jan Krauze déplore que les poils rasés de Lénine fassent mentir sa carte d’identité, sans compter des allures d’ivrogne d’un homme de l’ombre, qui se faufile pour entrer à Smolny sans laisser-passer.

Troubles sont aussi ces soldats déserteurs qui « craignent d’être envoyés au front ». Trouble les Trotski et Dzejinski qui organisent l’insurrection en faisant baisser les ponts qui permettent de s’emparer du centre de Pétrograd. Salaud de Lénine qui menace de faire fusiller ceux qui n’obéissent pas ! Et les généraux au front ils offraient un thé aux soldats qui refusaient de se jeter au-devant des balles ?

La révolution pue : « à l’institut Smolny… les délégués s’entassent… dans une puissante odeur de tabac et d’urine… ». Le décret « Tout le pouvoir aux soviets » est « purement tactique »… bien sûr, bien sûr avec un maraudeur comme Lénine il faut s’attendre à tout !

Comme Le Figaro de 1967 lors du 50ème anniversaire : « Lénine a fait faillite ».

Deuxième série : Lénine a des griffes. Le diable aussi. Le caniche Krauze se rue à nouveau pour minimiser l’impact de la guerre. Jamais il ne dénonce la guerre capitaliste. Ce n’est qu’une « terrible saignée » qui « a miné le tsarisme et révélé l’incapacité des élites » ! L’incapacité des élites à mobiliser pour la saignée ? Et qui remettent une couche d’offensive en juin 1917 alors que les milliers de soldats désertent. Les bolcheviks, pouah… « ils se sont contentés de prendre le train en marche » ; oubliés Zimmerwald et Kienthal !

Krauze montre qu’il regrette que les Romanov n’aient pas eu plus de poigne et Kerenski plus de capacité de répression contre les bolcheviks. Un caniche choisit toujours le camp qui le nourrit. Ce type doit être petit-fils de russe blanc. Les descriptions qui suivent révèlent une verve célinienne, avec ces bolcheviks assoiffés de sang et cet « illuminé » de Lénine à la « nuque grasse d’un bourgeois » mais aussi « l’air d’un notaire de province du Second Empire ».

Dans la diatribe haineuse il y a une large place pour le mensonge et la déformation malhonnête. Le petit Krauze point du doigt avec rage un texte de décembre 1917 « joliment intitulé » : « Comment organiser l’émulation ? ». Il distille l’interprétation avec une suavité toute d’hypocrisie : « on peut lire un appel « à débarrasser la terre russe de tous les insectes nuisibles », on mettra en prison riches et filous et « on les munira d’une carte jaune… pour pouvoir mieux les surveiller »… Krauze toujours !

Vous ne voyez pas là une allusion à une certaine extermination qui sert de credo à tous les magnats capitalistes et à la gauche caviar ? Malin le petit Krauze, mérite de l’avancement à Noël ou une invitation dans un yacht de Lagardère !

Le texte de Lénine, misérablement caviardé et faussé, est tout simplement génial et encore subversif (vous pouvez le lire intégral sur Internet). Dans l’improvisation du moment et face au chaos, Lénine fait confiance encore à la classe ouvrière pour gérer la société et croit à la possibilité d’un Etat prolétarien : « Il faut détruire à tout prix ce vieux préjugé absurde, barbare, infâme et odieux, selon lequel seules les prétendues « classes supérieures », seuls les riches ou ceux qui sont passés par l’école des classes riches, peuvent administrer l’Etat, organiser l’édification de la société capitaliste ». Et contre ce pauvre petit Krauze, Lénine ajoutait par avant : « C’est là un préjugé. Il est entretenu par une routine pourrie, par l’encroûtement, par l’habitude de l’esclave, et plus encore par la cupidité sordide des capitalistes, qui ont intérêt à administrer en pillant et à piller en administrant ». En résumé Lénine ne parle jamais d’exterminer quiconque mais d’envoyer les riches nettoyer les chiottes. Je suis, moi, encore tout à fait d’accord avec lui, mais à condition d’y adjoindre Krauze.

Enfin, en troisième lieu, le petit Krauze se lance au pas de charge contre la répression des ouvriers par le parti bolchevik, il évite soigneusement de parler d’Etat, car tout Etat (y compris celui, sarkozyste, dont il se réclame) aurait fait pire.

Les bolcheviks, « à peine parvenus aux commandes », se retournent avec une brutalité « inouïe » contre toutes les catégories sociales. Voilà bien la définition communément admise depuis le maccarthysme de « l’Etat totalitaire », parodie grossière de l’Etat démocratique bourgeois ! Alors que les ouvriers se fichent de la dissolution de l’Assemblée potiche et postiche, Krauze déplore une manif de protestation en janvier 1918 où les gardes rouges auraient fait une dizaine de morts (on n’en sait trop rien, l’anarchiste Berthier prétend dans son pamphlet libéral anti-bolchevik qu’il y en eût une centaine). Hélas. Hélas, mais chiffrage des morts ou bavures regrettables sont des épiphénomènes par rapport à la grandiose révolution.

Il est facile d’extraire les cas successifs de répression contre les ouvriers puis les paysans et de les égrener mais cela ne constitue pas une analyse objective de la révolution, tout au plus une pleurnicherie de propagandiste comme le triste sire Melgounov. La critique des erreurs ou des fautes de la révolution russe, on n’a jamais eu besoin des journalistes caniches pour la mener. Nous disposons d’un trésor de contributions théoriques de Pannekoek à Bordiga, et incluant aussi Lénine et Trotsky pour mesurer sereinement apports et erreurs.

Les journalistes accrédités à l’époque ne se soucièrent pas plus des ouvriers des usines de Poutilov que le sieur Krauze ne se soucie des chômeurs aujourd’hui ! Entre 1917 et 1921 il se passe d’autres événements qui interfèrent ou justifient mesures de terreur et répression : attentats terroristes anarchistes, incursions des armées blanches, refus des paysans d’alimenter les villes… Il est trop simpliste de présenter les bolcheviks comme des buveurs de sang, mais c’est bien au creuset des Dénikine (qu’il cite aimablement), Hitler et la bourgeoisie bc bg que puise notre petit Krauze. Les mots qui caractérisent la coercition nazie sont insidieusement glissés partout : pendaison d’otages, camp de concentration, villages gazés, lyrisme sadique, de la revanche sociale au pur banditisme, criminels pervers de la Tcheka, immenses bordels, tueries de masse…

Sur Internet l’article a rallié nombre de bourgeois outrecuidants comme celui-ci : « les bolcheviks sont indéfendables, ne les défendez pas, ces gens-là étaient des voyous, c’est tout ». A information de caniche réaction de caniche. Nous les prolétaires insurgés, quand on se lève pour renverser l’oppression capitaliste, on trouve toujours des laquais, pour nous traiter comme des voyous, pour nous traîner dans la boue, comme vous le fîtes, tas de lâches, devant les colonnes de Communards enchaînés à Satory !

Je tiens cependant à répondre ici à deux accusations infâmantes concernant le massacre des ouvriers à Astrakhan et sur le train de vie des dirigeants de l’Etat prolétarien. Nous qui sommes encore fiers de la révolution en Russie, nous ne la défendons pas cyniquement à la manière de la réaction stalinienne ou trotskienne, nous n’avons jamais accepté de fermer les yeux face à la réalité des révélations successives d’atrocités, même si cette vérité devait être dure et amère pour nous. Beaucoup de jeunes gauchistes, devenus léninistes, et aussi la plupart des militants radicaux ultra-gauches, n’ont eu qu’une connaissance tardive en Occident du massacre inouï de la grève de mars 1919 à Astrakhan ; deux à quatre mille ouvriers auraient été fusillés et noyés ! Deux ans avant Kronstadt, le nouvel Etat avait donc déjà massacré en masse les ouvriers. Cela ne détruit pourtant pas à nos yeux la révolution russe. Chaque révolution peut avoir sa Vendée, ses victimes innocentes, dans un cycle pas toujours clair des deux côtés de provocation-répression ; si cela est regrettable, encore faut-il le placer en comparaison des grandes « Vendées » du capitalisme : le massacre des Juifs en 39-45 et Hiroshima par exemple.

Il y a toujours, en 1919 comme en 1793, une certaine paranoïa révolutionnaire. Comme à Kronstadt plus tard, il semble bien, comme le déduit Nicolas Werth, que la violence de « l’Etat prolétarien » ait résulté de l’affolement dû à la situation géostratégique d’Astrakhan. Près de l’embouchure de la Volga, cette ville était le dernier verrou empêchant la jonction des troupes de l’amiral Koltchak et celles de Dénikine. La grève eût une telle ampleur qu’elle avait même entrainée l’insubordination d’un régiment entier et des soldats tuèrent une quarantaine de responsables bolcheviks. Situation dangereuse du point de vue du nouvel Etat près d’une frontière de la guerre civile. Kirov, futur enfant chéri de Staline, y joua le même sinistre rôle d’organisateur des représailles que Carrier lors de la révolution française.

Concernant le train de vie des dirigeants bolcheviks, le petit Krauze véhicule n’importe quoi, et mélange les privilèges que s’accordèrent les successeurs staliniens avec la relative simplicité du mode de vie des « vieux bolcheviks » plus dévoués jour et nuit à la cause de la révolution qu’à l’accumulation personnelle. Le concierge Krauze peut jeter ses commérages comme il sort les poubelles de ses maîtres. Il y aurait eu ceux qui s’étaient réservés les anciennes datchas des nobles (Trotsky celle de Ioussoupov) et un Zinoviev qui « traîne partout une ribambelles de prostituées ». Or, les datchas accaparées par l’Etat au début de la révolution, furent plus souvent louées ou attribuées provisoirement aux nouveaux responsables et aux employés justifiant d’ancienneté comme centre de vacances pour déstresser.

Cette chute du dernier papier graisseux du journaliste correspond à son titre « tout est permis » qui n’est qu’un détournement d’un commentaire dans le film d’Arte concernant la liberté de création artistique. « Tout est permis » signifie dans la bouche du petit Krauze illustré que les révolutionnaires étaient des pourris qui n’avaient accrochés leur ceinture au bar de la révolution que pour leur jouissance personnelle.

Pour ce concierge de la presse corrompue toutes les insultes contre les révolutionnaires sont douces aux oreilles de ses maîtres, et comme il y ajoute beaucoup d’hémoglobine – les bolcheviks ayant fait couler plus de sang que les généraux tzaristes selon lui – il sera beaucoup récompensé.

Je suggère qu’il remplace, à l’Académie française, Mme Hélène Carrère d’Encausse, lorsque celle-ci ira retrouver son dieu orthodoxe, car la dame qui a si bien analysé l’irruption de la canaille bolchevik du point de vue tzariste, est elle aussi petite fille d’une noble famille ukrainienne fidèle aux idéaux de la Russie éternelle.

VERSION TELE POUBELLE DE MONSIEUR OFF

La chaîne Arte passe pour une chaîne cultivée mais en général elle est de ce niveau culturel et objectif qui était si bien caractérisé par Jean Yanne : « quand j’entends le mot culture, je sors mon transistor ». La chaîne franco-allemande est même d’un esprit plus étroit que ses consoeurs people et les débats y sont zoigneusement enkadrés. Ses journalistes sont recrutés pour leur absence d’humour et d’esprit. Les sujets historiques sont soigneusement aseptisés et les sujets de société parqués par des spécialistes qui ont toujours un manche à balai dans le cul. On espère toujours malgré cela que la chaîne idéologique rigide va nous distraire par des images moins sottes qu’ailleurs.

Hélas avec la révolution russe, les cadrages sont de travers et les personnes interviewées dans des positions intenables, en coin sur un banc, sur un fauteuil penché et on ne voit qu’un bras ou un bout du torse. Cela reflète bien le patchwork imbuvable qui sert à évacuer les questions de fond. L’émission précédente avait été conclue par un commentaire crétin : « Trotsky est mort victime d’un système qu’il avait mis en place ». Merci encore Staline !

Annoncé à grands renforts de commérages hystériques comme on l’a vu, la version franco-allemande de la révolution russe nous laissait présager le pire. Si le Nouvel Obs nous avait presque annoncé une merveilleuse synthèse, on découvrit un bazar hétéroclite où surnageait la volonté obstinée de nuire. On nous annonça qu’on allait traiter de la révolution la plus importante du XXe siècle, pour préciser aussitôt que c’était celle, démocratique et va-t-en guerre de février 1917 qui avait été toujours négligée. Le petit Krauze qui sommeille en nous pouvait être rassuré, on n’allait pas glorifier les sanglants bolcheviks, d’autant précisait Monsieur Off que le grand mythe d’Octobre relevait d’une réécriture de l’histoire. En effet, les bolcheviks à peine au pouvoir n’avaient-ils pas réécrit l’histoire ? Surtout avec leur petit coup d’Etat de minorité qu’ils ont fait passer pour une insurrection des masses qui n’y ont vu que pouic au jour dit, et que si elles avaient eu la télé, elles seraient restées devant l’écran numérique.

Bonne pomme, Monsieur Off, avec sa voix virile et grasse de vendeur de margarine, compatit avec les naïfs qui ont en tête un côté positif de la révolution, car, ou plutôt et pourtant. Et pourtant c’est dans la nature des révolutionnaires de promettre ce que les révolutions ne peuvent pas réaliser.

En tête des historiens d’aujourd’hui, car ceux d’hier sont morts, avance l’élégante fille de l’aristocratie tsariste, académicienne et spécialiste de la révolution mieux que des pues-la- sueur, Hélène Carrère d’Encausse. Nicolas II n’était pas un mauvais bougre et la révolte est venue de la société non des révolutionnaires. De Marc Ferro à d’Encausse cette insistance pour faire cas à part des révolutionnaires sent le mépris bourgeois. Comme le tsar ces commères d’histoire pensent que le peuple est un enfant sauvage qu’il ne faut pas laisser dévier par d’autres bergers. Ces derniers sont tous issus de la bourgeoisie précise aussitôt Monsieur Off. Papy Ferro revient à l’écran pour nous expliquer que Lénine était un jeune homme frustré… enrichissement historique au niveau d’un Max Gallo !

Comme dans la version Gutenberg et presse corrompue, la chaîne franco-prussienne passe rapidement sur la guerre et sur la signification de 1905, plus importante que février 1917. On apprend que de 1906 à 1909 il y a des milliers de condamnations à mort dont ont oublié de nous parler la tzarinette d’Encausse et le contractuel de FR3 Ferro. Monsieur Off reprend le dessus pour empêcher toute déduction insurrectionnaliste du spectateur et préciser que le militant bolchevik type avait cette caractéristique de l’intellectuel qui possède tout, de culpabiliser mais d’avoir toujours raison. On se sent pourtant diablement proche de l’intellectuel bolchevik lorsque défilent les images des paysans sous le servage et des ouvriers traités comme des chiens dans les mines de la Russie tzariste.

La tzarinette d’Encausse est l’invitée perpétuelle pour venir gerber sur les bolcheviks, au nom de la pluralité et diversité qui enchantent Burguière. L’amie de feu le tsar, nominée historienne officielle, ne tient visiblement pas à ce que ce salopard de Nicolas II, qui passe la plupart de son temps en loisirs, soit mis en cause pour l’envoi au casse-pipe de millions d’ouvriers et de paysans russes, aussi s’en prend-elle à Lénine qui en 1913 n’aurait pas eu une analyse différente de celles des … terroristes des années 1890 ! Or Lénine se fichait de tuer le tsar mais avait compris l’opportunité historique de liquider le capitalisme et de faire laver les latrines aux misses d’Encausse, ce qui est tout différent.

Si la rigide chaîne prusso-francophile lâche une ou deux vérités - par exemple début 1914 on compte déjà un million de grévistes et qu’en février 1917 pour la journée de la femme des milliers de compagnes d’ouvriers et de soldats lancent la lutte pour la paix et le pain - aussitôt apparaît à l’image une vieille raclure d’historien militaire (cette espèce existe) pour nous conter que les mutineries ou fraternisation au front ont été organisées par le contre-espionnage allemand pour affaiblir l’armée russe. C’est démocratique de donner la parole même aux menteurs les plus minables. La répression des manifs à Petrograd par le gouvernement de février coûte quand même 1500 morts et là, la vision de leur enterrement est saisissante et nous fait comprendre, malgré la marmelade d’Arte, que le peuple va violemment mettre fin au cauchemar.

Le fameux intermède de février que Monsieur Off disait regrettablement oublié réapparaît avec la dérisoire obstination du gouvernement Kérensky à continuer la guerre, lequel est ridiculisé non par les bolcheviks mais par le conseil central du soviet qui casse la hiérarchie militaire et donne tous les droits aux soldats. Monsieur Off en a la voix off d’ailleurs et a du mal à respirer face à cet affront à la hiérarchie séculaire bcbg. Il se reprend, la paix voulue allait être fatale au peuple qui se livrait ainsi aux ogres bolcheviks : « la paix allait être le principal instrument de recrutement des bolcheviks » omettant d’ajouter que la guerre avait été le principal instrument de recrutement obligatoire de l’autocratie capitaliste.

Flash-back sur le retour en wagon plombé de Lénine. Monsieur Off fait croire que Lénine était déjà connu comme un personnage important et que sa position défaitiste était de bon augure pour l’Etat-major prussien, d’où l’intérêt de le ramener en Russie. Or, si l’Etat allemand avait affrété ce wagon plombé, c’était pour toutes les fractions politiques radicales indistinctes, dans l’espoir d’affaiblir intérieurement un ennemi, pas pour favoriser une révolution bolcheviste ! Contredisant une nouvelle criminalisation de Lénine, Monsieur Off, qui n’en est pas à une contradiction près, nous apprend que le gouvernement Kérensky avait fait savoir secrètement aux autorités allemandes sa volonté de poursuivre la guerre, ce qui est autrement plus confondant que les éternelles supputations sur le wagon plombé.

On insiste toujours lourdement sur la permissivité qui règne au début de la révolution ; une personne peut être membre de plusieurs partis (monsieur Off le dit en passant pour encore désigner les bolcheviks comme une secte).

Lénine apparaît avec une casquette d’ouvrier, c’est le seul chef d’Etat à avoir adopté ce couvre-chef et à avoir abandonné le chapeau cloche. Trotsky est décrit comme le principal organisateur de la révolution et il apparaît même plus populaire que Lénine.

Le meilleur du venin de Monsieur Off est pour la fin. Les bourgeois balancent toujours la peau de banane en fin de discours. Le parti « ne va pas échapper à la guerre civile » (bien fait !). Lénine « a inventé le goulag avant Staline et inspiré Hitler et les dictateurs du XXe siècle ».
Tout est dit. La révolution ce fût pire que la guerre et le tsar ! Puisqu’on vous le dit en franco-prussien, par l’organe cultuel des deux principaux pays qui ont armés les troupes des blancs, c’est que c’est vrai !

Certains en tremblent encore. Vive la révolution bolchevik !