PAGES PROLETARIENNES

vendredi 22 décembre 2017

TROTSKISTE UN JOUR TROTSKISTE TOUJOURS (2)


Deus ex machina théâtre grec
SUITE DE LA REPONSE A LEQUENNE


« Le sang, même celui des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les révolutions ». Olympe de Gouges

LES BESOINS DU PARTI GOUVERNEMENTAL OU DE LA CLASSE ?

La grande faiblesse du trotskiste éternel est qu'il part des besoins du parti bolchevique mythifié, pas de ceux du prolétariat, qu'il crève de faim ou n'ait pas de combustible pour se chauffer ? peu importe. Ainsi traiter de Cronstadt ne relèverait que du complot des armées blanches, ainsi que le fit croire le gouvernement bolchevique aux abois. Pour le parti gouvernemental, l'insurrection de Cronstadt le 6 mars est un complot incité par l'armée blanche ; ce n'est que le 17 mars qu'ordre est donné aux soldats de l'Armée rouge de soumettre la garnison des marins. 8000 personnes auraient pu partir vivre en Finlande. Il y aurait eu 527 tués et 4127 blessés, chiffres bien inférieurs à ceux des blancs et des anarchistes. Selon Victor Serge 500 marins ont été exécutés.

Lequenne se targue d'une grande découverte prouvant le complot, celle de l'historien Paul Avrich qui, pourtant, en avait fourni une version critique de la répression du gouvernement bolchevique. La révélation pulvériserait « le mythe de la réaction et de l'ultra-gauche réunies ». N'est-ce pas Saint Pierre Frank qui avait publié les documents prouvant le complot dès 1976 ? Et puis, tragique fausse affirmation, les marins de Cronstadt en 1921 n'étaient plus ceux de 1917 ! Ce qui était l'argumentaire du ministre de la guerre Trotsky, réfugié ultérieurement au Mexique et gêné pour répondre aux journalistes quant à la « tragique nécessité » de la répression à Cronstadt ! Disparition du robuste marin de 17 et spontanément bolchevique qui n'est toujours pas prouvée. La politique du gouvernement bolchevique pendant le « communisme de guerre » avait mené à la désintégration administrative et à un recours généralisé au marché noir et à la corruption. Pourtant Lénine signait toujours des ordres de militarisation des industries en février 1921. L'Etat « ouvrier » ne se souciait donc pas en premier lieu des pénuries alimentaires, et en un sens, quant à sa fonction d'Etat, on ne saurait le lui reprocher car la classe ouvrière doit... pouvoir encore se défendre dans une période transitoire ; gardant son autonomie pour pouvoir combattre avec ses partis communistes cet Etat bâtard, s'il le faut, s'il dévie du but final. L'arrogance du parti/gouvernement atteignait son point culminant dans l'après-1917 au moment même où la menace militaire... s'estompait. L'Etat « ouvrier » qui avait succédé à l'Etat tsariste n'avait pas été confronté encore à une révolte majeure de la classe ouvrière comme ce fut le cas avec les grèves à Pétrograd et avec la mutinerie de Cronstadt.

Quand une série d'arguments assommants ne parvient pas à prouver le caractère petit bourgeois des insurgés de Cronstadt et des grévistes de Pétrograd, alors nos trotskiens modernes militarisés, ou survivants de cette idéologie moribonde, évoquent la situation militaire, car il faut avant tout protéger le territoire de la révolution n'est-ce pas ? Crontadt fait face à la Finlande dans la mer Baltique, vulnérable face à une possible incursion des armées alliées ? N'est-ce pas ?


Les exilés blancs ont essayé d'aider les mutins et le chef principal de la rébellion, Petrichenko, rejoignit les Blancs juste après que la révolte eut été liquidée. Lequenne croit faire triompher la théorie du complot en se référant à la lettre envoyée par Pétrichenko au général Wrangel le 31 mai , bien après la défaite de l'insurrection1. Bien, Petrichenko était un aventurier, et alors ? Le pope Gapone, qui avait préparé le dimanche rouge avec d'autres comparses policiers, n'avait-il pas été courtisé par Lénine parce qu'il entraîna des masses d'ouvriers dans la protestation contre le tsarisme ? Les milliers d'ouvriers qui défilèrent en 1905 n'étaient-ils eux aussi que des petits bourgeois comme les mutins de Cronstadt ?
Encore maintenant, il n'y a aucun argument convaincant que les mutins auraient eu des liens avec les Blancs pendant la rébellion elle-même, ni non plus qu'aucune puissance étrangère n'a même essayé de profiter militairement de la situation2. D'ailleurs Lénine lui-même avait reconnu ceci : " Ils ne veulent ni des gardes blancs ni de notre gouvernement". Les revendications des mutins n'étaient certes pas révolutionnaires, mais avec les grèves au même moment à Pétrograd, elles exprimaient des revendications politiques et sociales d'amélioration d'une situation de détresse économique. Le plus important, et ce qui n'est ni vu par les anarchistes ni par nos lénino-trotskiens, Cronstadt révéla que le premier Etat transitoire, moitié prolétarien (moitié on ne sait quoi), de l'histoire ne pouvait pas être vraiment prolétarien. Là est l'important de cette tragédie. Cette répression ne signifie pas que le parti bolchevique est devenu contre révolutionnaire et qu'il n'y aurait pas besoin d'attendre la proclamation du socialisme dans un seul pays en 1926 pour déterminer la fin de la révolution en Russie. Cronstadt peut être mis en parallèle avec les massacres de septembre 1792 en France, qui ont été certes honteux, mais n'ont pas signifié la fin de la révolution. Le jacobin attardé Lequenne place lui Cronstadt au même plan que la Vendée3. La répression sans véritable concertation, même de prolétaires emmenés par des petits bourgeois était une énorme connerie aux yeux du monde entier (et surtout de l'Allemagne comme on le verra par après) ; une révolution prolétarienne peut pas tirer sans vergogne même sur une masse de « petits bourgeois » (ou pas forcément) sans le payer chèrement pour sa réputation ? En fait le gouvernement bolchevique a été frappé de paranoïa (= peur au sens populaire) face « au péril extérieur » (comme en 1792), peut-être même a-t-il craint d'être doublé sur sa gauche pour l'influence sur la classe ouvrière (comme cela transparaît dans la « maladie infantile ») ? Dans la réalité il n'y avait aucun risque d'invasion militaire, ni la Finlande ni la Pologne n'étaient en situation de rompre la paix avec la Russie. Le résultat de la honteuse répression fût que le gouvernement bolchevique appliqua la NEP qu'il aurait pu appliquer sans tirer sur ceux de Cronstadt, puisque ce sont ces concessions libérales économiques que réclamaient finalement les rebelles, quoique en proposant exagérément de virer tous les bolcheviques.
La politique du gouvernement bolchevique pendant le « communisme de guerre » avait mené à la désintégration administrative et à un recours généralisé au marché noir et à la corruption. L'introduction de la Nouvelle politique économique (NEP) ne put empêcher non plus, par après, une masse de grèves à l'été mais elle bloqua leur extension. De cette façon ce furent les mécanismes du marché, plutôt que le gouvernement, qui pouvaient être rendus responsables de la situation difficile des ouvriers. La famine épouvantable de 1921-22 tua de 3 à 6 millions de personnes et n'aurait pas été empêchée par une application d'une démocratie formelle ou en virant tous les bolcheviques. Néanmoins, la dictature du gouvernement bolchevique avait aggravé les pertes humaines en ne stoppant pas à temps les réquisitions de céréales et en retardant l'appel à l'aide internationale.
Le ministre commissaire Trotsky a argué du fait que le parti bolchevik « a été obligé de maintenir sa dictature... indépendamment des vacillations provisoires même dans la classe ouvrière » ; il y a des vacillations... qui se perdent. Lénine ne promettait pas la lune : "Nous ne promettons aucune liberté, ou aucune démocratie ». Il avait rejeté les recommandations d'un rapport de la Tchéka appelant à la légalisation d'une partie de l'opposition socialiste, et son gouvernement répondit à la réapparition dans tout le pays des mencheviks, des SR et des anarchistes en les arrêtant par milliers, y compris les députés des soviets et d'anciens bolcheviks. L'année (1922) qui suivit la répression de Cronstadt, la justice « bolchevique-gouvernementale » condamna plus de 3.000 ouvriers au travail forcé pour des infractions à la discipline du travail et l'Armée rouge envahit la Géorgie faisant face à hostilité de la majorité de sa classe ouvrière en lutte.
Dans le sillage de la répression de Cronstadt, les recommandations de la terreur rouge pleuvent. En 1922 Lénine recommanda que « l'application de la peine de mort devrait s'étendre.... à toutes les formes d'activité des mencheviks, des SR et ainsi de suite", et que "les tribunaux ne doivent pas interdire la terreur... mais la légaliser comme principe ». Comme dictature du prolétariat on ne peut pas faire pire.
Avant sa mort en 1924, Lénine commença véritablement à manifester de l'inquiétude pour non pas la « bureaucratisation » de l'Etat, mais la propension de la machine étatique à échapper aux mains de ses créateurs et à l'appareil du parti. Bien des trotskiens d'aujourd'hui cautionnent encore le chef d'Etat Lénine dans ses abus dictatoriaux en arguant que la guerre civile avait été si destructive que le prolétariat russe "avait cessé d'exister en tant que prolétariat", et que seul le parti et l'Etat pouvaient encore représenter les intérêts de ce prolétariat disparu. Cependant, même si le prolétariat avait disparu, l'idée de rester au pouvoir sans classe ouvrière contredit tout principe d'auto-émancipation des prolétaires par eux-mêmes.
Au lieu de garder en tête l'isolement croissant de la révolution et ses impossibilités - ponctuée par une série d'escapades militaires inutiles et de mesures économiques ponctuelles et de celles vouées à déchirer un peu plus la société (l'impôt en nature) pour sauvegarder empiriquement un Etat national (ni socialiste ni communiste) dans une ombre de socialisme - Lequenne fonce tête baissée dans la défense de l'Etat déjà plus stalinien que léninien, dans une configuration où c'est le parti qui est happé par l'Etat et pas l'inverse. La personnalisation de la dégénérescence sur la seule personne du maléfique Staline est évidemment l'avatar total du trotskysme.

LENINE ETAIT-IL L'ETAT TRANSITOIRE (raté) A LUI TOUT SEUL ?

J'ai commencé par parler au début de cette deuxième partie de ma réponse à Lequenne, d'une des grandes faiblesses politiques du trotskisme dégénéré : il défend la structure parti comme deux ex machina qui va fabriquer la révolution et une fois que cette structure est au pouvoir, il la défend mordicus comme porte voix d'un prolétariat masse de manœuvre éventuellement disparue comme à Cronstadt. Il est une autre faiblesse, plus lamentable encore, qui est la personnalisation de la politique – autre héritage croisé du stalinisme spécialisé dans l'attaque des personnes – et Lénine par ci et Lénine par là. Ce qui est d'ailleurs conforme aux sagas pastichées par les historiens bourgeois qu'ils ont lu bouche ouverte. Lénine avait fort bien devancé ces dérives interprétatives des historiens psychologues et de leurs lecteurs trotskiens, avec cette formule : « L'Etat est comme une machine qui nous échappe » (cité de mémoire). Avant tous les trotskistes américains parjures devenus féroces fustigateurs du capitalisme d'Etat russe, avant tous les Raymond Aron du siècle dernier, Lénine avait fini par qualifier lui-même cet Etat, pourtant espéré révolutionnaire et prolétarien, finalement de « capitaliste d'Etat » et pas « Etat bureaucratique », formule creuse d'un Trotsky, radotée des millions de fois par ses petits perroquets, qui ne signifie rien puisque de toute façon, depuis l'Etat chinois antique, l'Etat est par nature... bureaucratique !
Trotsky est un as de la tautologie plus qu'un critique utile pour prendre du recul avec l'expérience en Russie. Il s'éparpille en explications sociologiques pour expliquer la dégénéscence, quand ce n'est pas la classe ouvrière qui a disparu aspirée par l'armée rouge, c'est la démobilisation de l'armée rouge qui a développé la bureaucratie. Ben oui, les gradés rendus à la vie civile font de bons contremaîtres, et les inscrits de la dernière heure au parti aussi. Trotsky a été un bon ministre d'Etat mais n'a jamais su organiser un véritable parti révolutionnaire. Il a raccroché au wagon de Lénine en 1917 mais sans Lénine, il est redevenu un simple animateur de sectes. Lequenne lui reconnaît d'autres faiblesses, qui sont pourtant du même ordre, son incapacité à être ferme face aux manigances du clan stalinien, sa bondieuserie d'esprit de parti (que ne pratiqua jamais Lénine toujours iconoclaste) quand c'est l'Opposition ouvrière qui mène le combat.
Signalons au passage que le seul à affronter Staline vraiment et représentant du plus conséquent mouvement maximaliste aux côtés de bolchevisme est qusiment gommé de la scène par Lequenne ; il faut dire que c'est une qualité commune entre trotskiens et staliniens d'ignorer les courants révolutionnaires qui les dérangent et même de les effacer de leur histoire trafiquée4.
Sur la question coloniale, comme son petit-fils Besancenot, Lequenne se garde de rappeler le déroulement du lamentable congrès de Bakou sous les auspices de l'anticolonialisme foireux.
 
QUOIQU'IL N'Y AIT PAS EU DE REVOLUTION ALLEMANDE...

Il n'y a eu ni une ni deux révolutions allemandes, quoique Trotsky se soit imaginé qu'il allait en être le chef, mais une série de tentatives désespérées, désespérées non faute du parti lénino-allemand bis, comme l'ont radoté durant 50 ans les lénino-trotskiens, mais peut-être bien à cause de la répression de Cronstadt. Personne ne vous a jamais suggéré une telle idée, eh bien je la suggère. Bien sûr il n'y avait pas une télévision d'Etat ni internet, mais la réputation des gouvernants bolcheviques avait en bien des endroits atteint la réputation d'un Assad ou d'un Khomeiny. L'échec ne fut pas dû seulement à l'assassinat de Rosa et aux insurrections dispersées et incohérentes dans les divers länders. Déjà à l'époque on était informé de la « situation internationale » sauf dans les bleds paumés de lozère. On nous fait raisonner sur la situation à l'intérieur de tel ou tel pays, la dégénérescence ne se passe qu'en Russie, l'échec ne se passe qu'en Allemagne, etc. Pour donner l'ambiance d'époque, qui n'était pas cet espèce de cocon imaginaire de « vague révolutionnaire » dans lequel nous, encore jeunes maximalistes, avons baigné en tant que bain de conscience de classe dans la perspective de demain, listons ce qui se passe au niveau international, où il n'y a donc pas que la méchante bourgeoisie exploiteuse et les valeureux bolcheviques (je rappelle que Cronstadt c' était en février 1921) :
  • le 25 janvier 1921 la conférence de Paris fixe les réparations dues par l'Allemagne à 226 milliards de marks-or ; l'Allemagne refuse (on imagine que cette exigence de réparations développe la conscience communiste du prolétariat allemand...) ;
  • le 27 février (peu après Cronstadt) à la conférence de Londres pour les réparations les négociations sont rompues par les allemands ;
  • le 8 mars, occupation de Düsseldorf, Ruhrort, Duisbourg par l'armée française (les allemands peuvent comparer avec l'occupation de Cronstadt...)
  • le 20 mars un large mouvement en solidarité avec la révolution... non mais plébiscite en Haute-Silésie, 60% des électeurs se prononcent en faveur du rattachement à l'Allemagne.
  • les 22 et 28 « action de mars » tentative d'insurrection de l'aventurier communiste Max Hoelz, attentats ferroviaires à Ammendorf et Hettstedt, tentative armée du PCA à Halle et Mansfeld ; on imagine le même effet sur la population en général que les années de plomb en Italie, mais pas une ferveur pour une révolution mondiale sympathique comme celle du gouvernement bolchevique à Cronstadt... Le 28 mars, après la répression de l’insurrection à Halle-Mansfeld, le KPD lance un appel à la fin de la grève générale, paralysant l’action. 4 000 insurgés sont arrêtés par l’armée. Politiquement, c'est un désastre pour le KPD, car la moitié de ses adhérents quittent le parti, certains rejoindront le parti nazi qui balbutie encore.
  • le 5 mai, la conférence de Londres ramène les réparations allemandes à 132 Md de marks-or et menace d'occuper la Rhur si les conditions de paiement ne sont pas respectées (tout pour favoriser un paiement internationaliste...).
  • Le 6 mai, accord commercial germano-soviétique (tiens notre gouvernement signe un accord avec celui qui a massacré à Cronstadt!).
  • Le 10 mai, le Reichstag accepte de se soumettre aux exigences des Alliés concernant le paiement des réparations (tiens il existe désormais un mouvement à croix gammée qui croit en nombre plus vite que les communistes amis de Cronstadt martyrisé...).
  • Etc. Et puis le reste. Devant le refus du gouvernement allemand d’entériner les décisions de la conférence de Londres, les troupes françaises, anglaises et belges occupent Düsseldorf, Duisbourg... L’Angleterre taxe à 50% les importations allemandes. C'est aussi une autre façon d'isoler la Russie en favorisant l'isolement... national-socialiste de l'Allemagne. Toutes stratégies de la III e Internationale comme tous les plans de Trotsky n'y pourront rien changer.
Pendant que se déroulent tous ces événements où la classe ouvrière, au niveau international, est systématiquement défaite, et où l'espérance de la généralisation révolutionnaire à partir de la Russie s'estompe, Lequenne nous balade dans la saga du personnage Trotsky, comme si le sort du monde avait dépendu de cet acharnement de la clique étatique à le « tuer moralement », et parce qu'on censure le dernier ouvrage du prophète exclu du gouvernement « soviétique », « Cours nouveau » qui n'est qu'une querelle pour gérer la dégénérescence en Russie, dont se fout le monde entier.


L'APOLOGIE DU GENERAL TROTSKY N'EXPLIQUE PAS LA CONTRE REVOLUTION

Pour Lequenne, la révolution est avant tout une guerre « révolutionnaire », avec armée « rouge », coup d'Etat trotskiste (pur)
Il nous ressert les clichés néo-jacobins : thermidor et bonapartisme. Lequenne sait adapter une autre version de Thermidor, alors que ce concept est inepte dans le cas russe comme l'a démontré Bilan : « c'est un coup d'Etat à l'intérieur du parti au pouvoir ». Mais qui est à l'intérieur de quoi ? Le parti dans l'Etat ou l'Etat dans le parti ? Le parti a été absorbé par l'Etat. On a donné plus tard un coup de piolet à Trotsky mais pas dans les mêmes conditions pour Robespierre. L'analogie historique ne tient pas même si Trotsky se réserve le beau rôle. Il y a eu une révolution bourgeoise politique qui a posé les bases de l'émancipation de la société du féodalisme sans réussir à imposer un régime démocratique, puis continuée par un Robespierre à cheval. La révolution en Russie n'a pas changé le monde (hélas cher Reed) ni affaibli le capitalisme. Elle a été marquée par une restauration de l'Etat dictatorial et une accumulation primitive à marche forcée, dont les dominants contemporains se fichaient, plutôt d'accord en général avec sa diabolisation par Hitler.
La qualification de Staline comme nouveau Bonaparte ne tient pas non plus. Ni général ni pertinent législateur, Staline n'aura été qu'un concierge du capitalisme d'Etat moderne. Pourtant le pabliste Lequenne a tant aimé les coups d'Etat tiersmondistes ! Il en rêve encore : ah si Trotsky avait pu mener à bien un coup d'Etat contre Staline : « ...qui n'aurait pu ressembler en rien au stalinisme »5. Voyez comment il a parcouru la Russie dans son train militaire, comment il ne s'est pas trop exposé à Cronstadt, comment il est resté populaire
Lequenne n'est pas très explicite sur la bolchévisation parce qu'il lui eût fallu mettre en évidence le très net et très valeureux combat des maximalistes bordiguistes alors que les trotskistes d'époque restaient à la traîne, si attachés à l'esprit de caserne du parti et au recrutement forcené, même en gardant les principes dans la poche.
 
DOIT-ON SE FELICITER DES SOUCIS MINISTERIELS DE TROTSKY ?

En suivant l'historiographie de Lequenne, centrée sur le nombril de Trotsky, on se demande maintenant ce qui l'intéresse le plus : la pose de ministre d'Etat ou le propagandiste du communisme qui ne peut exister en Russie. On pourrait dire pour utiliser une expression vulgaire que l'ex-ministre Trotsky, qui conteste les orientations gouvernementales du premier ministre Staline, est grillé. Il s'est déjà usé au gouvernement, comme on le dit de tout politicien bourgeois, et comme ce dernier ne désire qu'y retourner, aux affaires, comme on dit. Trotsky n'est-il donc plus le lutteur internationaliste si brillant des toutes premières années révolutionnaires pour tomber au niveau d'un simple économiste soucieux de la gestion du pays, qui « est préoccupé par le bilan accablant de la situation industrielle du pays » ? Imaginez-vous Marx, ministre de gouvernement, exigeant des statistiques industrielles en Allemagne, ou Blanqui, sorti de prison, et, ministre de la Commune, s'inquiétant de la production des fusils ? Ce n'est pas la peine de se moquer du « socialisme dans un seul pays » pour en venir à raisonner ainsi au niveau d'un seul pays, en se situant ainsi – comme ministre et non pas comme communiste – sur le même plan que les concurrents staliniens gagnant-gagnant. Le rôle d'un membre éminent d 'un vrai parti communiste, qui ne peut s'identifier à un Etat particulier, n'est pas de se soucier de la gestion par l'Etat transitoire, même si le parti peut déléguer tel ou tel économiste, mais de défendre la perspective communiste dont les avancées ne peuvent se mesurer en tonnes d'acier produit.
Le trotskien troisième génération Lequenne enferme Trotsky dans la stature d'homme d'Etat. Nul doute que par rapport à la moyenne à l'époque Trotsky avait des capacités de dirigeant et une intelligence hors pair, mais même au risque de se faire simple commis d'Etat. Il eût fallu choisir. Or il se bat, dans ce qu'il imagine être un nouveau Thermidor, dans le même cadre que le méchant Staline. Thermidor c'est lui au fond, puisque en réalité le Thermidor français ne remet pas en cause initialement 89, mais qu'ensuite Carnot et Napoléon applique la terreur blanche, dont s'inspire bêtement Trotsky lorsqu'il était encore aux manettes du pouvoir.
Son historiographe fan nous enlise à longueur de pages dans le complot stalinien en vase clos, où il n'est plus question ni de l'état du monde ni du prolétariat. Lequenne est incapable d'élever la compréhension du pourrissement sur pied de la révolution, dans l'isolement, ou un autre nom que celui de Staline aurait pu prendre place, où les questions et hypothèses pour gérer un territoire à vocation socialiste sont vouées à des non réponses, et renvoient à une impossibilité.
Toujours à la manière de l'effacement stalinien, de manière oecuménique envers un compère de la mafia lambertiste, Lequenne nous vante le « Staline » de Jean-Jacques Marie, alors que celui de Souvarine reste le meilleur et dépasse celui de Trotsky. La référence à un historien trotskien moderne de seconde main est plus perverse en somme, elle vise à négliger ou à laisser dans l'ombre les critiques de Lénine et Trotsky et leur tapis déroulé pour Staline, c'est à dire les critiques maximalistes européens qualifiés « d'infantiles ».
Il fait passer le sinistre manoeuvrier Zinoviev pour une Sainte Nitouche victime aussi du méchant Staline, qui prend peur et avertit son collègue Trotsky des menaces de mort de l'étoile montante de « l'Etat ouvrier ». On n'a aucune envie de compatir avec les trumvirs, bien qu'anciens ministres de Lénine. Comme pour les Marat et Robespierre, la compassion sentimentale à laquelle on nous convie n'est que de l'histoire réchauffée, abstraite et mythifiée.
Le prolétariat est globalement muselé. Ses Conseils n'existent plus sous un Etat qui se nomme pourtant « Etat soviétique » (expression que Bordiga se refusa toujours à utiliser). Lequenne ne nous émeut aucunement avec la description de la réunion, tardive et factice, des oppositions, toutes bornées aux invraisemblables solutions au bourbier russe.
Et ces « déformations bureaucratiques » de l'Etat-parti, c'est quoi ? Des carences qui seraient amendables ? Réformables ? Quand c'est ce même Etat, comme un tout, qui ridiculise la dictature sans prolétariat.
La pensée trotskienne est limitée à la structure organisationnelle recette, qui vient de faire faillite en Russie et quand Trotsky est et a toujours été incapable de construire une véritable organisation à la manière de Lénine. Lequenne en sait quelque chose, ayant traversé tant de multiples scissions et magouilles dans le mouvement trotskien depuis la guerre. Ce qui ne l'empêche de poser au maître es quantité. Une organisation c'est son nombre et ça fonctionne comme l'armée. Le camarade de Trotsky au comité central, Joseph Staline n'avait-il pas dit un jour : « le pape ! Combien de divisions? Lequenne déplore une Opposition chaotique, dont les membres « sont marginalisés du fait de la faiblesse de leurs organisations ». Ce qui évite au docteur Lequenne de nous parler du contenu. Quel intérêt y a-t-il à mettre Nin et Bordiga sur le même plan ? Minorer le rôle et la place de Bordiga est une obsession chez les trotskistes indélébiles. L'élite mondiale du communisme gouvernemental est en Russie pas au-delà, dira-t-il plus loin : « Hors d'Urss aucun PC n'avait alors de cadres du niveau des proches de Trotsky ».
Les séquences du livre tentent de faire croire à un souci internationaliste, bien qu'en restant focalisé sur la bagarre entre apparatchiks dans l'Etat russe, mais c'est un cloisonnement de constats pas une analyse matérialiste de l'interaction des événements dans le monde ni une capacité à situer dans quel cours historique on se trouve. La grève générale de 1926 en Angleterre ? Elle ne risque pas d'être révolutionnaire, et il est fort probable que les ouvriers anglais ont été aussi affectés que les ouvriers allemands par ce qu'ils ont su, ou plus ou moins, sur la dictature de l'Etat-parti contre les ouvriers à Petrograd et à Cronstadt6.
Les oppositionnels à l'Etat-parti de plus en plus contrôlés par le clan de Staline ont beau se promener dans les usines, où Trotsky se fait encore applaudir, et certains prôner la sortie de ce parti étatique, rien n'y fait. La violence de l'Etat-parti s'accroît sans vergogne. Lequenne veut toujours faire passer Trotsky pour un héros et lui prête ce cri à une quinzième conférence du parti, sans citer sa source, et qui est donc un mensonge ; c'est Bordiga à un plénum de 1926 qui confronte Staline alors que Trotsky se tait.
On a droit à une bonne description de la façon dont l'Etat russe, et pas seulement Staline, a saboté la révolution chinoise, que Trotsky a défendue, mais en restant encore aux côtés de « son » Etat national. Le chapitre est bouclé avec l'avènement de Mao et sa « révolution victorieuse », vingt ans plus tard. Pabliste un jour, pabliste toujours le Lequenne !
La révolution reste une question militaire pour tout apparatchik trotskien. Lequenne se régale à montrer un Trotsky plus belliqueux que Staline en cas de guerre contre « l'Etat ouvrier dégénéré » ; ce que le trotskysme en son entier fera sien lors de la seconde boucherie mondiale où la révolution sera sensée s'exporter à coups d'orgues de Trotsky, pardon de Staline.
Trotsky, très marqué par son expérience ministérielle passée, reste un des premiers contestataires du premier ministre Staline ; il est scandalisé que Staline fasse appliquer les 35 heures7 : « alors que la journée de huit heures n'est même pas appliquée ». Lequenne s'est-il rendu compte qu'il tirait une balle dans le pied de son guru ?
Quelle joie pour Trotsky de voir défiler les chars de l'armée « rouge » depuis le promontoire des grands dirigeants du prolétariat disparu, défilés qui symbolisent non pas la révolution internationale mais la guerre impérialiste russe.
La persécution ne cesse pas, malgré parades militaires et visites aux usines. Trotsky se bat en vain au sein de l'aréopage étatique – il n'y a pas de frontières entre réunions du parti et du gouvernement – contre l'invention du « trotskisme » ; on avait déjà tué Lénine avec l'invention du léninisme. Il est insulté comme la plupart de ses commensaux, puis exclu. Ce n'est pas encore une autre version de Thermidor puisque la population et le prolétariat ne sont pas directement concernés. C'est un règlement de compte entre anciens et nouveaux ministres d'Etat « prolétarien ». La description des éliminations successives est fastidieuse, ne sert à rien, et évite de réfléchir sur l'erreur de la collusion parti et Etat. Les clichés radotés d'un marxisme bègue n'expliquent pas le triomphe du capitalisme d'Etat comme préparation à la guerre mondiale : « Staline impose son bonapartisme par la terreur » ; et toujours Trotsky se calque sur la révolution française alors que toutes les conditions sont différentes et qu'il est fallacieux de tirer de mêmes conclusions à partir de prémisses sociales, politiques et temporelles différentes historiquement.
Le rappel du tournant « ultra-gauche », classe contre classe, qui permet, regrette Lequenne le renforcement de la social-démocratie, n'est qu'un argument pour le trotskisme à l'époque où il était encore ado à exalter le tournant des Front uniques de préparation... à la guerre. Mais cela Lequenne évite de le rappeler. On reste résolument dans la caserne russe ; dékoulakisation, industrialisation forcenée et goulags, et détails glaçant de la dictature de « l'Etat ouvrier dégénéré » n'empêchent pas les divers trotskiens jusqu'à Lequenne de prétendre le régime stalinien meilleur que le capitalisme libéral, particulièrement dans les années 1950 où, haut membre dirigeant de la IV e d'opérette, il se prenait pour le nouveau parti mondial avec deux douzaines de personnes dans le monde européen.
La fin des années 1930 montre un Trotsky qui se goure à peu près sur tout. Il croit à une révolution en Espagne puis en France, en même temps qu'il affiche des positions ahurissantes de soutien aux tueurs staliniens en terre ibérique (cf. mon livre sur la guerre d'Espagne). Toutes les analyses que répercute Lequenne ne sont que complots, assassinats, appels à l'union antifasciste foireuse, épisodes militaires, le tout en prétendant parler au nom d'un prolétariat déjà amorphe. Lequenne ne comprend pas le rôle délétère fondamental des brigades internationales créées par l'Etat impérialiste russe, car, au moment de la guerre d'Espagne il est- clairement impérialiste.
Alors que des centaines puis des milliers de prolétaires sont tués ou vont être tués au cours de cette fin des années 1930, Lequenne nous sort cette phrase incongrue : « C'est la IV e internationale qui allait souffrir le plus de l'apparition sur la scène mondiale du caractère contre-révolutionnaire du stalinisme ». Franchement creux. Le stalinisme n'est même pas contre révolutionnaire, comme le nazisme c'est le boucher auquel on a donné la viande et qui la découpe. L'Etat « prolétarien » avait opéré déjà à la contre révolution en tirant sur les ouvriers à Petrograd et à Cronstadt, et en les entraînant au casse-pipe dans des guerres de conquête antirévolutionnaires.
Dans sa postface, Lequenne déçoit doublement. S'il assure que « Trotsky avait bien montré que l'Etat ouvrier dégénéré ne répondait à aucune des caractéristiques définissant le capitalisme » (ah bon ! Où et quand?), il ose montrer les limites du maître : « sa notion de 'bureaucratisation' était d'une faiblesse extrême »8. Il ne peut comprendre l'essentiel, que la contre révolution commence avec l'identification du parti à l'Etat, ou sa confusion avec le gouvernement. Et ensuite que, en effet, comme l'avait constaté Lénine, l'Etat bolchevique s'est mis à fonctionner comme un capitalisme d'Etat, avec les mêmes caractéristiques que l'Etat bourgeois au fond : exploitation des ouvriers par un capitalisme collectif, soumission au rendement, encadrement d'une production effrénée dans une course aux armements épuisante au bout d'un demi siècle.
Décevant car fragilisé notre ami Lequenne trostkiste toujours, il ne sait plus où il en est sur cette histoire d'Etat ouvrier dégénéré, minable tunique au soutien critique invraisemblable pendant tant d'années à un socialisme irréel et surtout dictature féroce. Il ose un vague « collectivisme bureaucratique ». Mais il rend l'âme, déplorant que toutes les chapelles trotskiennes aient tant varié et éprouvé des difficultés à défendre éternellement le pseudo « Etat prolétarien », il refile la patate chaude à l'impuissance théorique et politique de ses propres collègues : « les disciples de la 4 e internationale (le) défendaient sans explications théoriques suffisantes ». S'il concède quelques erreurs à Trotsky c'est pour assurer qu'il eût toujours raison. Sur le régime stalinien il voudrait bie qu'on le suive dans son introspection personnelle – la nomenklatura fut-elle un système instable ? Une caste ?
Nous le laissons à son questionnement urbi et orbi. Le mouvement maximaliste dans ses meilleures expressions théoriques a tiré le bilan de l'échec d'Octobre, de la nécessité pour les partis communistes et les organismes prolétariens de ne pas s'identifier à l'Etat transitoire. Je renvoie à mon livre « Dans quel Etat est la révolution ? » et aux tonnes d'articles non publiés par le CCI sur ses débats internes sur le déroulement de la période de transition qui ne pourra absolument pas prendre comme base de référence l'expérience en Russie, et, à une autre échelle devra éviter les mêmes erreurs. Mais il ne faut pas compter sur le trotskisme pour en discuter, ni approcher le problème. Ils sont restés dans les cadres du stalinisme et c'est pourquoi ils sont morts théoriquement pour toute approche de la théorie communiste.
Pour résumer le point culminant de la contre révolution c'est quand ils ont commencé à reparler russe au comité central du parti et dans l'Internationale (la troisième).







NOTES


1Michel Lequenne est tout de même en désaccord avec une officine de sa mouvance « pabliste » les jeunots de Wikirouge : « en mars 1921 a lieu le 10e Congrès du PC, et au même moment éclate la révolte de Cronstadt. Celle-ci fut un révélateur de l'ampleur de la rupture du lien avec les masses. L'ensemble de la direction bolchévique, tous courants confondus, accepte la répression des insurgés. On craint alors que la contre-révolution s'empare de Cronstadt (même s'il apparaît rétrospectivement que la guerre civile était déjà gagnée). Malgré les désaccords importants qui les divisent (Opposition ouvrière, décistes...), l'esprit de citadelle assiégé est tel que les congressistes acceptent la suppression du droit de fraction ».
2Toutes les révolutions ou les événements sociaux majeurs font l'objet du soupçon infamant de complot ou résultat de quelque sordide manipulation. Il est notoire que mai 68 a été un complot américain pour faire tomber De Gaulle...

3 Sa petite fille trotskienne et mélanchonienne , membre de l'éphémère parti pirate démocrate soc, Sophie Wahnich avait proposé une nouvelle interprétation des massacres : le peuple parisien d'alors (bof une foule de petits boutiquiers et de paysans arriérés) aurait exercé lui-même sa vengeance, face aux atermoiements de ses classes dirigeantes qui refusaient de juger ceux qui étaient considérés comme criminels ou traîtres. Le risque d’un mouvement de violence populaire généralisée avait d’ailleurs été avancé à la tribune de l’Assemblée par Santerre, le 20 juin 1792, puis par un représentant de la Commune le 17 août. Pour Sophie Wahnich, nulle vacance du pouvoir : l’Assemblée détient encore le pouvoir de faire la loi. On dispute encore pour savoir si Marat et Danton ont appelé à l'action les « septembriseurs ». La violence de septembre est irrationnelle, non-politique, inutile à la révolution, mais inévitable car l’Assemblée n’a pas su la traduire politiquement. La formation trotskienne, et même « pabliste », de cette Sophie en dit long sur les limites politiques de la formation dans les écoles trotskistes. La violence est compréhensible si elle provient de n'importe quelle couche pauvre, et c'est pourquoi tant d'intellos trotskiens sont les collabos du fascisme islamique.


4Bordiga est évoquer trois fois de façon elliptique et méprisante : « ne démord pas de l'antiparlementarisme », « est considéré comme trotskiste par Zinoviev », « l'opposant Bordiga » (p.271) ; est aussi évoqué un parti communiste italien « sans grande implantation » (qui) se garda du front unique » ; pour le trotskien lambda une organisation c'est avant tout un chiffre, le nombre de recrues « embrigadées » dans « l'armée révolutionnaire » . Il n'y a qu'un messie : Léon Davidovitch. Soyons sarcastique, pendant que Trotsky blablate et fulmine contre la « bureaucratie » cela lui évite de remettre en cause sa complicité avec cette même bureaucratie mais nous permet de déplorer qu'il ait enfanté autant de milliers de larves admirateurs de son rôle de commis d'Etat … anti-prolétarien.
5Lequenne est en total désaccord avec Trotsky sur le sujet, puisque, citant Victor Serge, lequel «  a révélé en privé Trotsky confiait que la révolution prolétarienne ne pouvait s'accommoder de coups de force militaire, que ce n'est pa s ce qui peut motiver une vraie révolution ». Et paf pour son mauvais disciple.
6Il est curieux que les historiens et les militants ne se penchent jamais sur la réception des informations à l'époque, mais reste le nez collé à tel événement sans jamais analyser ses répercussions et le degré de perception des populations. J'aimerai qu'on nous décrive comment a circulé l'info sur Cronstadt. Si elle a été bien diffusée par les anarchistes, comment les affidés de Moscou l'ont contré ou pas. Pour avoir vécu longuement dans les années du rideau de fer, je peux témoigner qu'il était difficile de démontrer à un stalinien ou à un trotskiste qu'il existait des camps de prisonniers en Russie, on s'entendait répondre : « tu lis trop Paris Match ou Le Figaro ». Dans les années 1920 ce pouvait être encore pire alors qu'un grand nombre d'ouvriers ne savaient pas lire.
7Oui oui, ce n'est pas une blague. Staline est prêt à tout pour séduire les masses désorientées, même avec des réformes sans lendemain et des beaux discours.
8En effet comme je l'ai démontré plus haut.

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