PAGES PROLETARIENNES

mardi 19 décembre 2017

TROTSKISTE UN JOUR TROTSKISTE TOUJOURS... (1)

Eclats du dernier grand-papa du trotskisme français
 

http://lequenne.michel.free.fr/Telechargement/ContreRevolutionDansRevolution.pdf
 

 
« La prise du pouvoir par les maximalistes... la masse des troupes maximalistes marche derrière Lénine et Trotsky vers une seconde révolution ». Plékhanov à Sadoul
96 ans et toutes ses dents ! Jamais nous n'atteindrons une telle longévité. Quelle verdeur ce Michel Lequenne ! Quel tonus ! Le moins connu mais toujours vivant des principaux personnages en France de ce qui fût une internationale d'opérette, la IV e symphonie … gauchiste « pabliste », vient nous offrir un excellent panégyrique de la révolution d'Octobre, gratuit et accessible sur le web. Merci Michel pour cet effort malgré les critiques qui vont suivre. J'en recommande vivement la lecture. L'écriture est claire. Les explications de l'empirisme inévitable des gouvernants bolcheviques, compréhensible et tout à fait honorable, font voler en éclats les tonnes de mensonges des anti-bolcheviques primaires du faussaire « livre noir du communisme ». Pas étonnant que Lequenne n'ait été publié ni par Gallimard ni par les éditions Houria La Fabrique, caténaires and Co. Mais que d'esquives et d'oublis!
« Contre-révolution dans la révolution », je n'aime pas ce titre, bien qu'il soit subtil, trop subtil pour un trotskiste de base NPA. Oui la contre-révolution n'est pas venue de l'extérieur mais de l'intérieur ; et elle est venue aussi des immenses couches paysannes contrairement à ce que pense l'interclassiste Lequenne. Mais ce ne sont pas les trotskistes d'aujourd'hui ni même pour la plupart ceux d'hier qui ont compris cela. Les trotskistes première manière, pourtant encore à considérer comme véritables révolutionnaires, ont toujours soutenu l'armée rouge, ce mythe miteux1, face à la contre-révolution extérieure. La bourgeoisie est rentrée par la fenêtre sur cour. Pas de Thermidor mais un nouveau cheval de Troie. Ce constat est venu des communistes de gauche, de Lénine lui-même dans ses fulgurances sur ses diverses définitions approximatives de l'Etat, si peu prolétarien. Ce qui rapproche le théoricien trotskiste de son frère stalinien est donc bien de gommer de l'histoire le courant maximaliste de la Hollande à l'Italie qui dénonça, bien mieux que les intellos anars et les libéraux bourgeois, la confusion de l'Etat et du parti, sans confondre goulags staliniens et visée révolutionnaire universelle. Lequenne, pourtant si cultivé et affable, fait semblant de ne pas connaître ce qui reste pour tout sectateur trotskien une poubelle de l'histoire : le gauchisme ultra-gauche, vrai maximalisme qui, de Luxemburg à Bordiga a su dès le départ dénoncer les dérives opportunistes qui allaient mener au stalinisme et à son bâtard, le trotskisme, ce souteneur impavide du capitalisme d'Etat.
Lorsque j'avais été l'interviewer chez lui à Paris il y a près de vingt ans, en 2001, pour la rédaction de mon ouvrage sur l'histoire du trotskisme modernisé en France - « Les trotskiens » - j'avais été frappé par la disponibilité et l'affabilité du personnage, pas du tout du genre vieux comploteur trotskien à la Lambert ni magouilleur syndicaliste NPA, ni sectaire vieux gardien du temple. Un type très cultivé, mémoire crédible sur les avanies du courant trotskiste depuis la guerre, bien que membre de l'école «pabliste », courant éclectique girouette théorisant depuis 1945 tout ce qui bouge comme révolutionnaire, enfin courant notoire le plus emblématique du caméléonisme trotskiste.
Son accroche pour susciter l'envie, comme aurait dit Johnny, de lire une nouvelle mythologie à la sauce trotskienne, est de s'appuyer sur de prétendues nouvelles révélations prétendant confirmer l'aspect fallacieux et contre révolutionnaire de l'insurrection (anarchiste ? Policière?) de 1921 à Cronstadt. On verra qu'il n'y a aucune nouvelle révélation et que la question n'est pas tant dans le déroulement de « l'erreur tragique » dans le massacre de Cronstadt que dans la conception caduque de la « guerre révolutionnaire » et dans l'identification du parti avec l'Etat pas du tout prolétarien. Qu'on ne s'attende donc pas à une critique du révisionnisme trotskiste moderne, ils sont tous restés, toutes sectes confondues, incapables de justifier leur soutien « critique » un siècle durant au stalinisme même si celui-ci est tombé après un banal concert de rock.
LES OEILLERES TROTSKISTES INDELEBILES
Toute révolution passe par le parti, est intrinsèquement guidée par le parti, n'existe pas sans parti, « l'absence du parti » expliquerait tous les échecs selon le gourou Trotsky âgé. Lequenne en rajoute sur la mythification du parti bolchevique : « il était né trop tard ». Notre antique « pabliste » n'a des yeux de Chimène au début que pour les soviets « ouvriers et paysans », quoiqu'il soit plus circonspect ultérieurement sur les desideratas hétérogènes voire contre révolutionnaire de la masse paysanne. Lénine est encore présenté comme deus ex machina : « Les bolchéviks sans Lénine restaient en sectaires à la porte ». La revisitation de l'histoire de la révolution d'Octobre se fait sur le mode de penser actuel du gauchisme trotskien ; les bandes antisémites sont caractérisées comme fascistes alors que le fascisme n'existe pas encore.
Ponctuellement des annotations sonnent justes contre une mythologie anarchiste : « La faiblesse de la grève générale est que les travailleurs y épuisent leurs ressources si elle ne dépasse pas ses objectifs premiers dans l'insurrection ». Lénine joue un rôle mineur en 1905 et, apparaît à plusieurs reprises en décalage face à la réalité contrairement à Trotsky. A force de vouloir exhiber Trotsky comme prima donna, Lequenne oublie d'analyser ses contradictions et son incapacité, comparé à Lénine, à être un véritable organisateur. Sa théorie de la révolution permanente où le prolétariat est sensé accomplir, préventivement à ses propres transformations socialistes, la finition des tâches bourgeoises non réalisées, n'est pas confirmée par Octobre 17, ou alors il faut comme certains bordiguistes la considérer comme une révolution double, à la fois bourgeoise et prolétarienne. Cette théorie fantasque servira surtout à justifier quarante ans plus tard toutes les supercheries de la décolonisation impérialiste.
Lequenne, qui n'a jamais participé à un véritable débat dans la gauche maximaliste européenne sur les exigences de la période de transition, pratique l'esquive qui permet de passer à la trappe les conceptions trotskistes opportunistes qui ont ouvert la voie aussi au stalinisme. Il dit : « l'organisation spécifique de la dictature du prolétariat c'est le soviet ». C'est pas vrai ! Pendant 50 ans staliniens comme trotskiens nous ont radoté que la dictature est celle du parti.
La révolution ne peut se dérouler et éventuellement se renforcer que par la dynamique de la classe et des conseils ouvriers plus que des soviets (interclassistes). Les organes dont la révolution se dote ne sont pas préalables à la lutte comme le veut la conception trotskienne dégénérée, où chaque secte dispose de divers fabricants de comités préliminaires pour « prendre la tête des masses », ou prendre la tête aux masses... Certes, le soviet, en Russie comme en Allemagne, n'est pas fiable car il est en mutation constante. D'ailleurs, sans en tirer toutes les conséquences, Lequenne note à plusieurs reprises que les soviets sont à majorité paysanne ; cela ne gêne pas le vieux pabliste qui dort encore en lui puisqu'il croit encore les paysans révolutionnaires à l'égal de la classe ouvrière. Alors par dépit il le caractérise de « faux soviet » ; non c'était un vrai soviet représentatif des couches non exploiteuses de la population mais plus confus que les conseils ouvriers et qui ne pouvait que s'identifier à l'Etat transitoire.
Le parti en général est inexistant ou en retard, et même s'il existe plus tôt il est si rempli de comitards et de manoeuvriers qu'il ne peut que s'opposer à la dynamique révolutionnaire, comme le montre la lourdeur du parti socialiste russe pourtant soit disant aguerri par des années de clandestinité. La plupart des membres du parti, pas encore nommé parti communiste, sont plus proches des positions mencheviques conciliatrices, et Trotsky lui-même est encore un menchevique non dénué de contradictions, que Lequenne passe sous silence parce que les staliniens en ont rappelé quelques unes à charge de revanche. Les mencheviques justifient encore la guerre comme « défensive », dans le droit fil de l'idéologie cramée de la « guerre révolutionnaire ».
Lequenne ne montre pas vraiment que les « Thèses d'Avril » sont un coup de tonnerre, qui liquide en même temps la fable de la théorie de la révolution permanente. Pas besoin d'en passer par une république bourgeoise. La situation de double pouvoir a été très courte. La fondation du bolchevisme comme « pédagogie politique », ainsi que le note Lequenne n'est qu'une fleur de rhétorique néo-stalinienne, qui accompagne tous les stages de bourrage de crâne dits « écoles de formation au trotskisme ». La révolution et la lutte de classe ne s'apprennent, elles se vivent.
Je me rappelle les premières années de la fête de LO en France où toutes les chapelles trotskistes glorifiaient un Lénine très oecuménique, unitaire et antifasciste (?) évitant de se baser sur les Thèses d'Avril, trop prolétariennes sans doute pour les papas de nos bobos militants actuels. Lénine est en effet isolé et conspué, Lequenne fait bien de le rappeler. Lequenne ne nous dit rien sur les positions de Trotsky à ce moment et se contente de boucher les trous en le citant comme auguste historien. Sur le fond Lénine a compris que la révolution est en train de s'affirmer par haine de la guerre, qui est l'aiguillon qui permet de démasquer la plupart des partis qui se disent socialistes (l'utilisation des termes droite et gauche ne rime à rien dans cette situation2). Lénine comprend aussi que l'opposition croissante à la guerre ne contient pas encore la volonté de renverser le pouvoir bourgeois.
Lénine a pu penser, comme le suppose Lequenne, que la révolution ne pouvait pas être immédiatement prolétarienne face à la masse des paysans, et nous assure que ce n'était pas le cas de Trotsky avec son inénarrable « révolution permanente » en escalier. Il semble bien que Trotsky ait vu plus nettement venir la révolution prolétarienne mais elle ne confirma pas ses thèses3. Lénine était possiblement moins dogmatique que Trotsky, très surestimé comme personnalisation de la révolution où, nous apprend avec stupeur Lequenne : « prolétaires et soldats bolchevisaient la société » ; vision mythique très trotskienne quand ce sont les masses qui « bolchevisaient » le parti !
Lequenne nous entraîne dans son historique de la révolution en montrant bien qu'elle n'est pas un dîner de gala ni un coup d'Etat, ce que je partage complètement. Sur le putsch de Kornilov, notre ami Lequenne opère à un nouveau gommage des interprétations courantes des diverses chapelles trotskiennes. S'il décrit bien la réaction immédiatement offensive des prolétaires et des soldats, il fait silence sur la théorisation « front unitaire » du courant trotskiste des 70 qui avait ainsi maquillé un épisode où il ne s'est agi aucunement d'une alliance avec la bourgeoisie et son Kerenski. Car la pression des masses était si forte qu'elle n'eût pas besoin de coopérer ni de prendre des engagements avec l'aile libérale bourgeoise.
Qu'on me permette aussi de douter de cette affirmation, non démontrée ni référencée en note : « Trotsky n'en pensait pas moins que le parti ne devait pas prendre le pouvoir lui-même » (p.41). Pourquoi fût-il le principal chef du comité insurrectionnel ? Pour le remettre ce pouvoir... à un parti unique ?
Lequenne se plante pour une raison toute simple, comme ses congénères il ne voit la révolution d'Octobre que comme un produit de l'arriération de la société russe, alors qu'elle éclate dans un contexte de guerre mondiale, totalement différent des conditions du 19 e siècle, et pose la question d'une révolution internationaliste pas d'un socialisme dans un seul pays avec des étapes de « révolution permanente ». Cette théorie ouvrait plutôt la voie à l'impérialisme stalinien et à ses conquêtes déguisées en « libération nationale » dont on sait les avatars et que le courant « pabliste » feint d'avoir oublié en se réfugiant dans un antiracisme très chrétien.
UNE « DIRECTION » MYTHIQUE BIENTOT DANS LA NASSE DU POUVOIR
On n'en était qu'à l'introduction, passons au coeur du livre. Nous restons d'accord sur un point avec Lequenne, ce ne fût pas un coup d'Etat blanquiste. Le génie des Lénine et Trotsky est incontestable, l'époque produisit naturellement de telles personnalités à dimension mondiale et non pas simplement russe. Les formules de Trotsky historien ne nous enchantent pas autant que cela, après coup. Il raisonne trop souvent en général et contribue à la mythification du parti avec son disciple Lequenne qui reprend des formules carrément fausses : « En février, les bolcheviks n'étaient encore que la direction de l'avant-garde du prolétariat des grandes villes ». Il y aurait donc eu des couches hiérarchiques successives : une direction, une avant-garde, un prolétariat et des habitants des grandes villes ; « les paysans fournissant l'essentiel des troupes ». Lequenne croit déceler une fusion paysans-ouvriers ; encore un fantasme « pabliste » ?
Lequenne je ne le conseillerais point s'il n'avait lui aussi des fulgurances de vérité contre les mensonges des historiens de gouvernement. Il démontre bien que les bolcheviques n'ont pas voulu gouverner seuls, mais il se prend immédiatement les pieds dans le tapis : « le parti unique au pouvoir c'est la sélection par la claire (?) conséquence de la logique révolutionnaire » ; si je croise Lequenne dan la rue il faudra qu'il m'explicite ce charabia.
Voyons à présent comment Lequenne va se servir du chaos inévitable pour justifier l'empirisme et les petites trahisons des gouvernants bolcheviques. Tiens il s'aperçoit que les soviets des campagnes sont très hétéroclites, composés de pillards, qu'au Front c'est la débandade même si cela déplaît au général Trotsky, que les fonctionnaires, ces fayots de l'ancien régime font de l'obstruction permanente (mais pas la révolution en permanence).
Sur Brest Litovsk, comment Lequenne va-t-il sortir son épingle (trotskiste) du jeu ? D'abord à l'aide d'une tautologie trotskienne, qui confond guerre et révolution, révolution et guerre : « Les bolchéviks avaient sous-estimé que la guerre mondiale en elle-même représentait une grande victoire contre le prolétariat ». C'est mal dit, si la guerre a lieu c'est que le prolétariat est défait, mais comme la révolution commence à un bout de l'Europe, on ne peut pas parler de défaite du prolétariat. Mal débuté. Alors il va s'efforcer de ridiculiser les communistes de gauche, des « puristes », sur une « position gauchiste ». Il se méfie de leurs radotages sur la guerre révolutionnaire4, concédant que ses deux héros, Lénine et Trotsky, croyaient eux aussi encore aux vertus de la guerre révolutionnaire néo-girondine ; arrêtée momentanément lors du traité contraint de Brest, elle ne connaîtrait qu'un répit de courte durée, et prolétaires et paysans pourraient être renvoyés au casse-pipe généralisé. Lequenne-Ho Chi Minh en profite pour tout mettre sur l'inaction du prolétariat européen, qui, en effet, ne met pas crosse en l'air, cajolé en Europe de l'Ouest dans les limbes d'une prétendue victoire. Et puis, et ce n'est pas moindre pour un conservateur du léninisme étatique, les conditions allemandes à Brest ne mettaient pas en cause « la survie du régime soviétique ». Lequenne ne remet pas en cause la théorie de la guerre révolutionnaire pour étendre une révolution à coup de canon et de massacres, mais je ne lui disputerai pas les arguments contre les communistes de gauche qui étaient en effet puristes et irresponsables, alors que leurs critiques aux camarades dans leur gestion du nouvel Etat furent plus conséquentes.
Sur la mise en place de la terreur rouge (p.41) même si on désapprouve un peu, Lequenne explique bien cette tragique nécessité et ridiculise tous les historiens à gages qui n'incriminent que les bolcheviques mais qui sont les premiers à s'associer aux campagnes antiterroristes mensonges des actuels Etats capitalistes sur-développés et surarmés.
Concernant l'affaire de Tsaritsyne, où le commandant Staline s'illustra par sa cruauté contre les populations, Lequenne reste flou et il est regrettable qu'il ne démontre pas plus la rectitude de Trotsky contre les exactions de Koba, ni ne rappelle les hésitations de Lénine à sanctionner.
Sur ladite révolution allemande, il n'y a rien de nouveau dans le jardin trotskien, tous les échecs se résument à l'absence de « direction » du parti (= crise de l'humanité) : « Le groupe Spartacus n'avait pas l'implantation du parti bolchevique ». Ah que l'implantation est fleurie quand elle est trotskienne ! Surtout quand on se rappelle que le parti en Russie à la veille de la révolution restait au trois quart conciliateur menchevique et va-t-en guerre.
C'est sur le gênant débat sur la place des syndicats sous le nouvel Etat « prolétarien » que Lequenne va tricher à nouveau. Certes la révolution est isolée. On est en 1921, et il nous a dit que la révolution avait dégénéré de 1924 à 1934, il nous faudra revenir sur cette curieuse tranche. Lequenne esquive carrément d'exposer vraiment la position du maréchal Trotsky (qui a pris du galon pendant la guerre civile) : il faut militariser les syndicats. Bon ne soyons pas honteux ni bégueule envers Trotsky, il n'est pas sur ce point très éloigné de la position du courant maximaliste pour qui il faut carrément supprimer des organes de collaboration d'Etat, mais cela ne signifie point que dans la période intermédiaire, entre capitalisme et communisme, il n'y aurait plus besoin d'organismes de défense immédiate de la classe. Et que l'expérience russe a montré de plus que l'Etat du coin, certes autonome mais pas complètement du marché mondial, n'est pas vraiment un ami des ouvriers. Lequenne nous dit que le propos de Trotsky a été déformé par « une légende stalinienne » (p.145), mais sans source de référence. Donc nulle et non avenue. Le vrai problème est que le ministre maréchal Trotsky s'identifie à un Etat qui a désormais des objectifs étrangers de plus en plus et au quotidien des prolétaires et à l'avenir communiste. C'est cet attachement national sentimental qui fonde son stupide « soutien critique » éternel refilé à ses ouailles perroquets.
Le plus inquiétant n'est pas Trotsky, dont on peut comprendre la confusion, mais Lequenne qui lui défend l'idée de syndicats étatisés : « ils ne doivent pas s'opposer à l'Etat « prolétarien » mais « devenir des organes économiques de la grande production industrielle » (p.147). Il est plus trotskien que le maître, c'est à dire bon néo-stalinien conservateur du pays des soviets sans Tintin Lénine, et devrait nous ébaubir à nouveau avec spoutniks et chiffres truqués de la production industrielle cosaque. L'Opposition ouvrière, en défendant l'autonomie syndicale, ne comprend que la moitié de la chose, et n'en tire aucune réflexion subséquente : pourquoi y aurait-il nécessité d'organes de défense des ouvriers à l'époque d'un Etat bienveillant à l'égard de ces mêmes ouvriers, c'est donc que cet Etat n'est pas un ami sincère ; et, par extension, si l'Etat récuse l'existence d'organismes représentatifs des ouvriers c'est qu'il serait en toutes circonstances le défenseur de la seule classe ouvrière ! Or cela même est impossible comme la célèbre définition historique de l'Etat par Engels le démontre.
La vérité de base du trotskysme est qu'il reste enfermé, via ses derniers éléphants, dans une conception nationale stalinienne de la période de transition. Les Lequenne, Krivine, Besancenot et Cie n'ont jamais sérieusement discuté de leur vie de la période de transition. Ils ne connaissent rien, sous leur armature de carnaval trotskien, des débats dans la Gauche italienne (Bilan), la GCF (internationalisme), le CCI (Révolution internationale) ni des apports des Appel, Pannekoek et tant d'autres combattants anonymes du but final.

À suivre...

NOTES

1Malgré l'impasse de la « lutte armée » (tiers-mondiste) , qui n'est condamnée au début des années 70 que par Gérard Filoche en voie de social-pacification (cf. p.54 de mes « trotskiens »), le dernier grand-père du trotskisme français montre à nouveau sa foi en la « lutte armée » sans principes citant les incongrus écrits militaires du ministre (capitaliste d'Etat) de la guerre, Trotsky ; il fait le sale boulot de n'importe quel général, fusiller les déserteurs, envoyer les milliers au casse-pipe, etc. Nos actuels révolutionnaires en chambre qui mythifient ce commandement militaire, comme révolutionnaire, s'imaginent à l'avenir beaucoup plus comme officiers révolutionnaire mais de l'arrière contrairement au spadassin à l'avant ! Lequenne annoblit le général Trotsky : « D'une masse vacillante et hésitante, sortit une véritable armée » ! Merci pour l'Etat capitaliste d'Etat ! La même armée qui, deux décennies plus tard, sera sacrifiée par millions pour sauver le capitalisme d'une destruction totale.²²²²²²²²²²²
2Ainsi des « forces de droite » et des « masses à gauche du parti »... on n'était pas sous le règne du gouvernement d'union de la gauche mitterrandienne !
3En page 41, un peu plus loin, Lequenne ne se rend pas compte qu'il invalide la théorie de la révolution permanente puisque « la bourgeoisie est incapable de réaliser la révolution démocratique », et ce ne sont ni Lénine, ni Trotsky, ni Staline qui la réaliseront la révolution démocratique !
4Lequenne a dû lire mon livre sur cette fable ou ceux de Philippe Riviale.

1 commentaire:

  1. Jean Louis Roche écrit des livres sur Trotsky, mais dégueule sur la théorie de la "Révolution permanente" dont il n'a toujours rien compris, comme un bon vieux stalinien.

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