PAGES PROLETARIENNES

dimanche 31 juillet 2016

LECTURES POUR VACANCES FUNEBRES IN FRANCE

Je montre mon cul au cancer.
PREMIER BROUILLON DU « CAHIER DE LA DOULEUR » (nom donné par Anouke à mon carnet de notes prises à côté de son lit d'hôpital)
(1997-début 1998)


à Martine, Claude, Bernadette, à toutes celles, camarades ou simples amies, qui ont été emportées par le crabe.

CHAPITRE PREMIER

Je ne vois pas comment vous parler de ma vie après la mort de ma femme. Les veufs à mon âge on en compte peu. Je me suis assis devant mon ordinateur portable et je me suis demandé comment j’allais pouvoir raconter la suite. Un verre de Bourbon avalé, un cigarillo que j’aspire par séquence. L’inspiration devait bien finir par venir.

La mort c’est comme la fumée d’un cigare, ou d’une cigarette. C’est indéfinissable. Elle vous consume à l’intérieur. Vous êtes hébété, malgré les expressions corporelles habituelles qui suintent de votre corps. Le corps est une âme sensible. Vous pensez aux beaux jours et aux mauvais jours. Vous trouvez que le feuillage des arbres s’agite drôlement dans la campagne environnante. Vous êtes là devant la tombe à imaginer l’autre en décomposition avec les derniers habits, neufs, que vous avez fait enfiler par le croque-mort de service de l’hôpital de Clamart. Il y a aussi la bague et les boucles d’oreille que vous n’avez pas eu le courage d’enfiler, de percer, sur le corps de la morte. Dans quelle position est-elle rentrée la bière, les pieds devant ou la tête ? Au catéchisme on nous apprenait qu’il faut se recueillir sur la tombe des morts, ou leur parler. A voix basse. Des fois qu’ils entendraient. Je n’ai jamais pu. Sans doute la peur du ridicule si un chanoine venait à passer. J’ai posé mon pot de fleur comme d’habitude. C’est une coutume en Europe pour honorer les morts. Les bouddhistes leur laissent à manger. Nous on dépose ces jolis produits de la nature, périssables. Car personne en plus ne vient les arroser. Je porte ma plante ou mon bouquet de fleur quand ça me chante, surtout pas au moment des fêtes religieuses. C’est un contrat entre moi et elle. Personne ne portera de fleurs sur ma tombe puisque je serai incinéré. Cela reste entre nous. Personne ne se souviendra de notre vie de couple puisqu’elle ne concernait que nous. La mort m’a séparé de mes enfants. La mort sépare. On vous dit aussitôt que vous avez été bien entouré. Il n’y avait pourtant personne autour. La mort c’est chacun pour soi. Certains la commémorent en famille, en public et croient ainsi partager leur douleur, c’est-à-dire la réduire. On ne réduit pas la douleur que provoque la mort de l’être aimé. On esquive avec des raisons rationnelles. Il avait encore des enfants à élever. Il a surmonté. Il s’est jeté dans son travail. Il a refait sa vie.

Chacun invente quelque chose. Le deuil de l’autre reste en soi jusqu’à sa propre mort. On ne fait pas le deuil, on le subit jusqu’à la fin de sa propre éternité.

Il paraît qu’il faut attendre un certain temps après la mort de l’autre. Personne ne m’a jamais dit combien. J’ai cherché dans les livres spécialisés et même les livres de curé. On porte le crêpe ou les habits noirs au moins un an. C’est franchement idiot. Le temps ne fait rien à l’affaire comme disait Brassens. Un mois, un an, deux ans, qu’est-ce que cela change ?
En plus, en notre temps moderne, tout le monde triche avec les neuroleptiques. Alors ça peut durer indéfiniment. Je me suis promené dans les bois autour de Paris. Les bois et les parcs que où nous avions fait de longues promenades. Je me suis aperçu que je marchais d’un pas trop hâtif pour un promeneur. Je voulais fuir dans ma cabane plus que me replonger dans la douceur des arbres et des buissons. Elle m’avait tendu la perche sur son lit de fin de vie :

« Tu en trouveras une autre, et plus jeune ».

Etrange réflexion. Elle exigeait que je lui tienne la main. Son regard était rivé au plafond de la chambre aseptisée. Et elle pensait déjà à ma possible solitude après sa disparition. Je n’avais pas répondu. J’étais tétanisé parce qu’elle avait dû lire dans mes pensées. Je me refusais à une telle idée mais j’y avais pensé.

Que ferais-je sans toi ? (avais-je dis sur le clic-clac de la véranda à Sainte Cécile, la dernière fois qu’elle était assise, vivante, près de moi). Elle n’avait pas répondu. Je l’avais amenée sur le parking de la plage, après l’avoir fait monter dans l’auto. Elle avait rageusement jeté ses béquilles à l’arrière. Il pleuvait. On avait regardé la mer. Une dernière fois. Sa dernière fois. Moi je ne pouvais plus regarder la mer seul après. Je m’en foutais de la mer, des rivages insolents, des oyats blonds comme ses cheveux. Jamais un cadavre n’avait été autant entouré de fleurs. J’avais photographié ce cadavre pendant que les invités condoléants s’étaient retirés pour boire la goutte dans la cuisine. Elle était salement marquée par les dernières doses de médicaments. Jaunie et figée à jamais, elle n’était déjà plus cette belle dame blonde qui j’avais serré toutes les nuits dans mes bras pendant quasiment trente années.

J’ai eu certainement l’attitude du médecin qui baise les infirmières à l’hôpital. La mort est si crue quand on la côtoie qu’on a envie de jouir animalement de la vie. J’étais en recherche en vérité d’une autre âme sœur et cul dès la seconde où j’ai vu son cadavre, chairs relâchées comme un drapeau en berne. J’avais soulevé les draps à l’hôpital pour voir une dernière fois son corps nu que j’avais tant caressé. La vie continue et même les animaux en attendent encore quelque chose.

Tout le monde a été très correct avec moi. Sa famille, les fonctionnaires de la Sécurité Sociale, et même les collègues, ceux qui savaient, ont été compréhensifs. On me demandait si je mangeais bien. Je mangeais bien. Les supermarchés font d’excellents plats cuisinés en sachets pour personne seule, étudiants ou veufs. J’ai aussi passé beaucoup de temps à regarder les photos ou à me repasser les films. Il paraît que cela ne se fait pas de regarder les films. Les photos tout le monde est d’accord mais les films, les proches ils ne les regardent plus. Ou pas avant longtemps. J’ai placé ses photos un peu partout dans l’appartement. L’appartement était trop grand désormais.

Lorsque j’ai croisé Clarinda dans la rue, je me suis précipité, impudiquement, pour lui annoncer la nouvelle. Comme on dit. Clarinda était une ancienne amante qui avait rompu dès qu’elle avait su que j’étais marié. J’avais beaucoup aimé l’amour avec elle. Elle était souple et pas coincée au lit. Petite portugaise blonde que tu étais grande dans ce lit d’hôtel près de la gare de Vanves. Ce respect un peu ringard pour l’autre, la malheureuse mariée trompée m’avait marqué. Ce devait être une femme exceptionnelle. Une femme quoi, comme ma mère disait, avec cette solidarité éternelle des femmes... « pauvres femmes ». Pourquoi ne pas essayer de raccrocher sérieux avec une de mes anciennes amantes ? Qui protesterait ?

Je lui ai téléphoné un autre soir, alors que je m’enquiquinais ferme dans ma maison du nord.
J’ai demandé rendez-vous pour la fin des vacances d’été. J’ai su qu’elle avait sauté au plafond devant ses enfants. J’ai parlé de cette sinistre plage de Sainte-Cécile où quelques mois auparavant quatre jeunes filles du Portel avaient été violées et assassinées par de pauvres types de Camiers. Quelle idée de lui rappeler ce terrible fait divers ! Elle avait répliqué que jamais elle n’amènerait ses enfants dans un tel endroit. Mais le rendez-vous avait été fixé.

Lorsque j’ai sonné à la porte de son appartement, une petite fille est venue ouvrir. Ses cheveux étaient fillasses. Le petit bout de chou tenait sur le bras une petite souris. Clarinda m’a serré la main devant Tracy et m’a invité à m’asseoir à la table de la salle de séjour. Elle m’a servi un porto. Tracy était assise en face de moi. Je me suis intéressé à la souris. J’ai questionné sur la vertu d’un tel animal. La souris était en garde pour les vacances. Tracy m’a montré les photos avec son groupe : les Spice girls de Malakoff. Tracy est penchée sur le côté, elle campe Jerry. La grande Mélanie est Mélanie C. La noire Angélique c’est Mélanie B. La blonde Céline c’est Emma. La robuste Jennifer, c’est Victoria. Elles ont donné un concert sur les planches de l’école. Un karaoké. Oui, oui j’aime bien les Spice girls, même si je préfère les Rolling Stones. Mais j’ai mieux à proposer à Tracy. Dans mon grand appartement à Fontenay aux Roses, il y a mon chat « Beloved ». Un chat noir, collant et intelligent. Chien manqué il aboie parfois à la fenêtre quand il voit passer les cons de petits bourgeois de l’immeuble. Comme un chien il court après les petites boulettes de papier qu’on lui lance et les rapporte.
Tracy est enchantée. Elle veut voir le chat.
Merde. Elle veut voir le chat. Il faut donc que j’emmène la mère et la fille chez moi.
Venez-donc voir mon chat, dis-je, contrit.

Personne n’est plus diplomate que mon chat. Il reçoit avec amabilité et met tout le monde à l’aise. Tracy n’en finit pas de le caresser. Elle s’inquiète de sa nourriture. Elle aimerait le garder. Maman ne veut pas. Il faut rentrer car le petit frère Matthieu dort et risque de se réveiller, effrayé comme toujours d’être seul. Je raccompagne la mère et la fille.


Mon ami Michel, compagnon des sixties à Suresnes, ne supporte pas que je sois Adam sans Eve. Il me donne donc les coordonnées d’une agence de rencontre à Paris. Une agence qui favorise plutôt les rencontres franco-américaines ou franco-anglaises. Le déclic est immédiat : « à nous les petites anglaises ». Je me pointe dans une boutique chiromancienne avec des éclairages qui font gagne-petit pour EDF. La femme brune qui me fait face ne tarit pas d ‘éloges sur mon ami Michel, grand, distingué, attentionné, bref qui a tout pour plaire.
J’ai mis ma veste verte et mes chaussures à talon pour paraître plus grand. Vous avez de l’allure, me dit-elle. Je me redresse sur la chaise et fait le modeste. Elle m’annonce un prix qui me paraît fort raisonnable. Deux mille francs pour l’époque, pour une durée trimestrielle, me paraît en effet jouable. Avec l’assurance-vie j’ai encore de beaux jours devant moi.
A l’encaissement de mon chèque, la dame me communiquera des numéros de téléphone de personnes tout-à-fait respectables.

Le rendez-vous a été fixé du côté de Neuilly, en bordure du bois de Boulogne. J’attends près du restaurant, le cœur battant. Il faut me comprendre. Je vais rencontrer une femme, peut-être une sublime étrangère. C’est la toute première fois que j’ai un rendez-vous grâce à une agence matrimoniale. J’ai honte et je suis excité. Elle agite son foulard en s’approchant de moi ; Ce n’est pas une star, mais qu’importe. Je l’invite à entrer dans le restaurant et je passe le premier. Celui qui paye l’addition. La conversation se déroule aimablement. La fille est une chasseuse de têtes, à au moins cinquante mille balles par moi. Elle est intéressante. Elle est pertinente. Bien qu’elle soit plutôt grosse. Elle est juive d’origine, ce qui n’est pas fait pour me déplaire, eu égard au martyre de ce peuple. Nous rions souvent de nos propos osés. Mais, je ne suis pas du même monde avec mes huit mille balles par mois. J’insiste pour régler l’addition alors qu’elle se propose de payer sa quote-part. Nous sortons jusqu’à ma trois cent six Peugeot où je tente, maladroitement, de la renverser sur le capot pour l’embrasser. Elle me repousse gentiment en me disant que ce sera pour une autre fois. Je m’en vais un peu mieux dans ma peau d’avoir réussi une première rencontre post-mortem. Il n’y aura pas de suite. Ai-je été trop rapide ? C’est ce que la dame-pipi de l’agence franco-américaine me laisse entendre, l’œil soupçonneux . Je n’ai pas envie d’insister. Elle était tout de même un peu forte.

Je rencontrerai d’autres personnes un peu fortes de la taille. Celle qui s’enfuit après le verre au faubourg Saint-Antoine. Bof elle était courte sur pattes. Je ne voulais que la raccompagner au pied de son immeuble.

(…)

L’anglaise qui accepte mon rendez-vous au Pecq me met en émoi, malgré les trois poils qui dépassent de trois centimètres à son menton. On dirait presque Trotsky. Je l’ai attendu sur le parvis en face du parc avec le sentiment que cela va être la bonne rencontre. Nous devisons dans le parc humide. Son accent rocailleux me transporte dans les sixties. La conversation roule. Comme on dit. Elle est cultivée, ce qui n’est pas fait pour déplaire à l’ouvrier intellectuel que je suis. Lorsque nous nous faisons face dans le bistrot, elle m’épate par sa connaissance de la finance. Elle est banquière, à trente mille balles par mois. Elle m’explique le fonctionnement de l’épargne et les bons placements. Elle est secrétaire du parti socialiste et admire Michel Rocard qui est venu faire une conférence extraordinaire dans la section. Peu m’importe Michel Rocard, un vaincu sympathique du mitterrandisme dont j’avais été heureux qu’il ait défait Couve de Murville à Conflans Sainte Honorine. Je l’invite à venir passer un dimanche à Fontenay aux Roses. En la raccompagnant, je lui demande quand même de raser les trois poils qui dépassent de son menton moins long que ma barbe. Elle a horreur de l’épilation, mais s’acquittera de la chose.

La relation par téléphone avec mon anglaise relève du sport. Elle n’est jamais libre. La petite bourge joue au tennis plusieurs fois dans la semaine, surtout le weekend. Lorsqu’elle descend à la ligne du RER de Fontenay, je suis stupéfait de sa tenue anglaise, short et jambes maigres. Est-ce que les voisins vont nous voir ? Les rues sont vides à midi. Je sers un repas plats cuisinés Atac et nous partons batifoler au parc de Sceaux. A l’entrée du parc je ne suis pas à mon aise. Nous avons tant de fois arpenté cet îlot de verdure pour joggers parisiens. J’en ai tant rongé mon frein seul à observer les pépères avec leurs bateaux téléguidés. Sur le terre-plein en face du château nous nous installons dans l’herbe. Je m’allonge. L’anglaise reste raide. Je veux la couvrir de bisous mais elle repousse. Je l’accompagne au RER en face la sous-préfecture d’Antony. Mon cœur se serre, plus qu’elle s’en fiche que des projections que je fais.

Je téléphone et elle geint qu’il lui est arrivé un drame. Elle a cassé sa raquette de tennis. Mon Dieu, dis-je, c’est une catastrophe, répare ta raquette et fiche-moi la paix.

Epilogue : la dame-pipi me couvre de reproches : trop collant, trop vite en besogne. L’anglaise a rencontré un petit bonhomme après moi. L’opposé, autant le premier collait, autant le second était froid et distant. Fin de partie.

La suivante, rendez-vous place Saint Michel, lieu symptomatique des amoureux sartriens, est une belle femme brune. J’avais rencontré Anouke au Tabou, boîte dansante de Sartre, Beauvoir et Vian. Mais là rien qui rappelle Saint Germain des prés et nul romantisme d’après-guerre. La fille, un mètre soixante quinze, est employée de bureau, mal dans sa peau. Elle est la proie de harcèlement à son bureau. Elle s’enquiert cependant de mes possessions. Combien de résidences secondaires ? Superficie ?
Elle est ravie de la description de ma chaumière dans le Pas-de-Calais. Y a-t-il un feu de cheminée ? La mer est-elle loin ?
Il faudra un deuxième repas dans le quartier du marais pour que les choses soient dites. A la fin du repas, je refuse de payer l’intégralité. Elle est obligée de sortir sa carte bleue. J'ai perdu mon temps avec une pétasse super carrossée mais vénale et bête comme ses grands pieds.

La dame-pipi me rancarde avec une femme bien (…)


CHAPITRE DEUX


Je n’arrive pas à ouvrir l’œil un samedi matin. Ma vie ne vaut plus un clou. Sans amour, à quoi bon ? Le téléphone sonne. Brave téléphone. La voix est charmeuse. Je suis entré en contact avec elle. Ah bon ! Oui vous avez demandé à nous contacter par l’Officiel des spectacles pour des randonnées. J’accepte. Nous sommes une agence à Versailles qui favorise les rencontres. Vous pouvez venir à notre bureau quand vous le voulez.
  • tout de suite, réponds-je.
  • Cet après-midi, nos bureaux sont ouverts de quatorze heures à dix huit heures.

Je ne me le fais pas dire deux fois. Je saute dans ma trois cent six Peugeot et file vers Versailles.

Dans ce quartier chic, le bureau au premier étage indique le nom de l’agence et un cabinet de psychologue à droite. Bref, me dis-je si j’échoue, je pourrai toujours m’épancher au bureau contigu.

La femme qui m’ouvre est sexy. Grande, décolletée de la poitrine. Elle me prie de m’asseoir dans la salle d’attente. Comme toute salle d’attente on y trouve les vieux numéros de Match, Voici et Elle. Le plafond est cabossé et pisseux. Un hallogène engraisse EDF. Je me lève pour consulter les tarifs. Ils sont prohibitifs. Dix mille balles à l’année. Cela me révulse. Enfin elle vient me chercher. Son bureau est somptueux. Derrière son bureau elle est choute.
  • votre plafond est pisseux dans la salle d’attente, osé-je.
  • Oui nous avons eu une inondation.


Je me fiche de son bla-bla et observe la naissance de ses seins. Gros sans nul doute. Elle me questionne sur mon veuvage et mon absence de breuvage. Je suis nickel. Je lui affirme que je me sens nul et non avenu. Elle me rassure que j’ai de l’allure. Je rétorque aussitôt que les tarifs affichés sont prohibitifs pour un pauvre prolétaire comme moi. Qu’à cela ne tienne, m’entends-je répondre, vous pouvez réfléchir, signez ici.
Je refuse de signer. J’ajoute que je trouve qu’elle est belle femme, du genre à plaire aux mecs de trente ans. Son visage rosit. Elle regrette d’avoir quarante cinq ans. Ce n’est plus de son âge.

Elle me raccompagne à la porte en se dandinant lentement. Elle me montre une gravure au-dessus de la porte et je perçois, derrière son dos, que je pourrais très bien la prendre dans mes bras qu’elle n’en serait pas offusquée. Trouble moment pour moi. La porte se referme et je ne peux m’empêcher de penser que j’ai fait une touche. Comme on dit.

Il pleut sur Versailles et je suis toujours seul. Personne pour m’appeler sur mon portable ni mon filiaire.

Trois semaines plus tard, je lui téléphone, sur le conseil de mon ami Michel. Je l’invite au resto à Versailles même. Cela ne se refuse pas. Je passe la prendre à son agence. Elle est élégante. Nous sortons dans la rue. Quelle fierté s’empare de moi de marcher à côté d’une femme aussi somptueuse ! Nous allons dans un petit boui-boui italien à proximité. La conversation roule. Comme on dit sans difficulté. Elle règle même sa quote-part. Charmante femme. Sa fille l’attend, elle doit donc écourter la soirée. Je gare ma quatre cent cinq Peugeot, qui en jette plus que la trois cent six, dans une contre-allée. Je m’empare d’elle, pour l’embrasser et la peloter. Elle se refuse mais cède en même temps. Cette femme vibre incroyablement bien. Au toucher elle devient légère comme jamais une femme ne le fut dans mes bras. Elle soupire. Elle geint. C’est inhumain pour mon sexe. Il faut savoir se retenir aussi acceptai-je l’interruption. Sa fille l’attendant.

Quand nous nous retrouvons porte d’Orléans, je suis à pied. Elle me demande de conduire sa Golf car elle craint dans Paris. La Golf brille de toutes ses lumières sous mes doigts et ses seins en balcon scintillent au firmament. Je conduis machinalement, comme on dit, jusqu’au drugstore des Champs Elysées. Elle trempe sa cuillère en face de moi, le roi. On nous observe. Quelle belle plante. Les larmes coulent sur son visage et jusqu’à ses seins à l’évocation de son mari suicidé. Comme je compatis. Je règle sans mal l’addition et je lui propose de descendre la plus belle avenue du monde.
Nous descendons la plus belle avenue du monde. Je ne suis pas peu fier. Son manteau s’ouvre et laisse voir la naissance des gros seins . Les jeunes beurs, juchés sur les murets du métro, matent avec envie. Barbès est à mes pieds. Aux chiottes vos boites de streap-tease !

Elle s’effraie que j’ai envie de soutenir, au rond-point des Champs, une voiture de jeunes qui viennent de faire cui-cui aux flics en faction pour séparer intégristes juifs et arabes, comme d’habitude, qui sont plaqués contre leur véhicule. Dans le parc élyséen, j’ai roulé pourtant des patins inoubliables à mon égérie d’un soir, bien que pudiques et interrompus en présence des SDF avec leurs couvertures. L’adolescence dure longtemps, même après cinquante ans.

Lorsque nous revenons vers mon studio minable de Montrouge je crois que ce n’est qu’une illusion. Elle me rassure. Elle est partie pou r monter chez moi. Quelle aventure. Elle se laisse déshabiller. Elle éteint la lumière mais on l’entend crier.


3 mars 2002 tel de Myriam

le 5 rv raté avecPenny

le 9 mars rv avec Jacqueline
Penny le 11 et le 16
Le 17 Myriam (depuis février 2002)
Le 22 rv avec Liliane à Versailles pas vue
Le 24 musée Maillol avec Myriam
Le 25 fin Penny
Le 19 mai Ghislainele. le 20 Fabienne à ste cécile
Le 12/3 avec Marie-Odile

Restau à Versailles avec liliane

Michelle de Chatou le 8 juillet
Monica en juin ratée à Clichy, revue en nov..

Netclub

Pseudos
Nathalie : Pas journaliste ?
Mireille de Versailles
Coraline de Bourg la Reine
Nicole de plaisir : long corps souple et elle aime ça, rupture avant le dessert.

Avril 2002 Ghislaine, une robuste lozérienne qui a subi un mari stalinien, pour la consoler je lui file mon book sur les trotskiens.

Projet de titre : veuf2 ou comment j'ai refait ma vie...

POUR ETRE SUR DE N'AVOIR RIEN OUBLIE

commencer par: je rêvais de vieux jours à bricoler avec elle là-haut. J'avais entreposé tant de choses et d'idées.
Je retrouve son journal de 1962, adressé à un Phili, mais en vérité à elle-même, ou était-ce un brouillon des lettres qu'elle écrivit à cet amoureux.

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Cher Phili jeudi 14 juin 1962

Un temps formidable. Je suis avec mama, Jaqueline et Nicole. Nous sortons téléphoner. Pas moyen d'avoir la communication. Enfin bref, nous rencontrons ..... vachement bien, on fait leur connaissance, on ne peut malheureusement pas correspondre avec eux, car ils font le tour du monde à pieds. Mais là ne s'arrêtent pas nos rencontres. Nous voyons notamment Patrick, le gars avec qui j'étais l'année précédente. Il est venu passer un examen au lycée. Un simple petit....


Christian Chabanis: « La mort un terme ou un commencement fayard ? », biblio montrouge
"...si je perds la femme que j'aime, et même si on me dit que je la reverrai au ciel, je sais que je ne la reverrai pas: ce ne sera ni elle ni moi; ni moi charnel" (Luc Estang)

"...lorsqu'on est amoureux d'une femme, le plus important est moins que je me projette vers elle, que le fait qu'elle devient mon projet" "l'amour a mis des années à se manifester" "on ne peut jamais connaitre une personne entière, elle est inépuisable"

"C'est elle qui est morte. C'est une chose qui est arrivée à elle. Il y a eu un changement de réalité; une crise qui l'affecte elle-même...J'éprouve de la tristesse pour elle, pour sa vie brisée ici-bas, dans le monde. J'aimais tellement sa vie en ce monde, que je ne me console pas de ce qu'elle soit interrompue...Mais j'ai absolument besoin de partager avec elle tout ce qui reste de ma vie...on est seul de quelqu'un
...je n'avais pas une vie à moi: ma vie était "avec"....D'autre part, mes amis avaient aussi l'impression de la connaître, parce que je la portais tout le temps avec moi."

"Je ne pense plus à autre chose. C'est comme un sort : jours, eau qui est derrière tout ce que je fais, tout ce que je pense....J'envisage aujourd'hui ma vie tout simplement comme un reste. Un reste que je voudrais le plus court possible. J'éprouve une sorte de dégoût de moi-même. Je ne m'aime pas du tout seul. Julian Marias

(Le pari amoureux de Benasayag et Scavino, biblio mlk)

De rené Nelli: "La théorie cathare des réincarnations ruinait la notion d'hérédité selon laquelle le père transmettait à son fils, non seulement ses vertus mais aussi le droit "naturel" d'asservir d'autres hommes et de posséder seul la terre". Ainsi, on n'héritait pas d'une âme, celle-ci migrait d'un individu à un autre, d'un pauvre à un riche, d'une femme à un homme, voire d'un homme à un animal. Le salut consistait alors, pour certains cathares, à échapper à ce cycle d'éternelles réincarnations"....les femmes utilisaient des méthodes contraceptives: "l'armoise, l'ergot de seigle et un grand nombre d'herbes que procurait le sorcier"
L'individu en quelque sorte est une figure qui ne cesse de s'interroger sur le sens de la vie, de l'univers, de l'amour ou de la mort pour constater systématiquement son impuissance face à ce type de questions. En effet, les seules auxquelles il peut répondre sont celles que l'idéologie de son époque a posées antérieurement.
"C'est toi seul que je désirais, non ce qui t'appartenait ou ce qu tu représentais" Héloïse à Abélard.

"Les causes du cancer sont encore mal déterminées. Il semblerait que ce soit une maladie liée au vieillissement, dont la probabilité est accrue par des toxines de notre environnement. Il y a probablement une prédisposition génétique dans certains cas. Il ne semble pas qu'il y ait un lien direct entre le stress et le cancer. Toutefois, l'abus de tabac ou d'alcool pour compenser le cancer augmente les risques de cancer" (B.Flannery, comment résister au stress)

"L'acceptation de la mort de l'autre n'est jamais totale lorsqu'elle est d'emblée apparue comme une injustice" (MF Bacqué, Deuil et santé)
Plus rien n'est agréable sans elle/ sensation d'être seul même en présence des autres, sentiment intense au moment où elle était présente: le vendredi soir au supermarché, le dimanche matin, à Sainte Cécile, dans les lieux où nous avons marché ensemble
images mentales qui persécutent: odeurs, parfums
rencontres sociales et parents inutiles
L'endeuillé en veut à tous: à l'être cher de l'avoir quitté, à lui-même de n'avoir pu la sauver, à l'entourage qui ne peut comprendre.
recherche active de la disparue, attente
pleurs incoercibles
rituels de la disparue, ses objets, ses mégôts dans les cendriers
les patients cancéreux sont les moins déprimés
processus de carcinogenèse...

"Plus le statut (socio-économique) est faible, plus la santé physique et mentale, ainsi que les activités, pâtiront du deuil"
Les veufs se remarient beaucoup plus facilement que les veuves.
les hommes s'en tirent à meilleur compte lorsqu'ils se remarient
les conflits d'héritage constituent aussi une cause importante de limitation de la parole.

rêves du 13 mars 1999... un an après

...sous la douche à Fontenay, A. et moi fermont la porte, ce connard de Joly de Suresnes dans le couloir...
- selon mon étude des statistiques, me dit-elle, j'ai fait 90 jours qui me restent à vivre
- non, dis-je , angoissé

...elle va mieux, je suis heureux, je la retrouve belle
2e rêve: manif EDF puis anti-FN, je m'adresse aux jeunes Pte d'orléans cité Montsouris. ELLE est venue me rejoindre un peu vieillie, le cheveux court, poivre sel sur le dessus, ridée mais bien, souriante, çà lui va bien. Elle marche à mes côtés si grande, je la serre fort sans l'écraser.

Dans la voiture elle me dit que çà va aller, çà va passer le cancer,
discussion avec ses collègues, une femme dit « tout ira mieux ».

C'était la matinée à Châtillon, par un temps clair et ensoleillé. Je conduisais ma fourgonnette EDF. Je la revis pleurant dans la salle de bains. Elle était en peignoir rose, une couleur qui lui allait si bien.

La Clio qui me précédait n'avançait pas. Je hais les Clio. Les sanglots me secouaient à nouveau. J'étais anéanti. Ma main gauche en conque contre le bas du visage, je cherchais à cacher ce brusque accès de larmes aux autres automobilistes. Je la garderai toujours en mémoire. Elle était moi, elle était si liée à mon être. Ce matin-là, la plus triste des morts de ma vie revenait me hanter dans cette rue banale le long du mur du cimetière de Châtillon.
Je n'ai pas mis d'épitaphe sur ta tombe, mais ton visage y est gravé de trois quart, il regarde au loin. Tu sembles dire "bof". Bof à la vie. Bof à tous les tourments.

Ce qui fut prémonitoire... Ce qui m'était toujours insupportable à la lecture des faits divers, c'était le décès d'un membre de couple, j'étais choqué... l'autre allait se retrouver démuni et si seul...


L'autoradio de la voiture de mon fils Julien... dans un véhicule acheté à un père et un fils endeuillés, la mère la conduisait, une femme de quarante ans, qui s'était tuée en tombant sur le sol dans sa cour en Seine et Marne, une clio. Cette voiture puait la mort pour moi. Une paire de mois plus tard c'était MA femme, sa mère, qui tomberait elle aussi mais du cancer.

Ce paquet de factures que tu m'avais remis quelques mois avant ta fin : "voilà range bien çà, c'est réglé "fait", "au cas où il m'arriverait quelque chose". Elle avait dit cela avec l'air de la conscience tranquille. Du devoir "fait", bien fait, avant l'inévitable. Comme quelque chose d'essentiel, bien montrer au monde qu'on est capable de régler toutes ses factures avant d'aller au ciel. Où les impôts n'existent plus pourtant.
Avant-dernière une de Charie-Hebdo






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