PAGES PROLETARIENNES

samedi 18 novembre 2023

QUAND L'HORREUR TENTE DE CACHER LA REALITE IMPERIALISTE EN PALESTINE

 


« Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possédera les grands moyens de production et d’échange, tant qu’elle possédera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, dans ce siècle de concurrence sans limite et de surproduction, il y a aussi concurrence entre les armées et surproduction militaire : l’industrie elle-même étant un combat, la guerre devient la première, la plus excitée, la plus fiévreuse des industries. (…)  il n’y a pas dans la conscience sociale du prolétariat universel une seule protestation contre le régime capitaliste qui ne condamne en même temps par une logique invincible les annexions violentes pratiquées sur des peuples qui n’acceptent pas l’autocratie militaire de l’étranger.

(…) Mais ce n’est pas dans la guerre de revanche qu’est la solution. La guerre de revanche ne peut avoir d’autre effet que de transformer de nouveau en champ de massacres, de sang et de ruines, les provinces disputées ; elle ne peut avoir d’autre effet, par le renouvellement incessant des luttes, que d’exaspérer ces passions qui aboutissent de part et d’autre à des convulsions sans fin ; elle ne peut avoir d’autre effet que d’imposer à deux peuples, à perpétuité, par l’urgence perpétuelle du péril, la dictature militaire... ».

JEAN JAURES (1895)


Oui le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l'orage. La guerre moderne, depuis 1914 ne contient plus un simple orage mais la possible destruction totale de l'humanité. Ce n'est pas une volonté consciente des individus du pouvoir capitaliste car les deux boucheries mondiales précédentes ont montré que la marche inévitable à la guerre est une mécanique capitaliste qui devient incontrôlable à un moment donné, échappant même au contrôle des militaires et des politiciens les plus bornés. Plus conséquent que Jaurès, qui n'a pas eu le temps de montrer s'il aurait été pour la défense nationale ou l'insurrection contre la guerre, un des socialistes le plus injustement décrié aujourd'hui, Lénine, ne se contentait pas de souligner la nature conflictuelle du capitalisme lui-même. Ce mode de production était sujet à un développement inégal qui multipliait les déséquilibres et intensifiait les contradictions. Il estimait que les tensions s’accumulaient avec l’expansion du système et les rivalités commerciales incessante. Il pensait que les accords « ultra-impérialistes » étaient aussi peu durables que la diminution de la compétition militaire. En ce début de 20 ème siècle on ne peut s'empêcher de penser que les guerres ont pris un tour irrationnel, défiant l'entendement et faisant surgir des instincts primaires.

UNE GUERRE CONTRE DES « BOUCLIERS HUMAINS » ?

Partout la manipulation idéologique à l'heure actuelle nous transforme, nous maintient, nous ficelle au rôle de simples spectateurs. Ce spectacle évidemment nous indigne tous dans notre impuissance à en voir la fin ou à le faire cesser. Cette indignation impuissante est calibrée pour qu'on n'y échappe pas ni que nous puissions dénoncer ses principaux protagonistes ; pour le dire vulgairement : il n'y a pas un camp pour relever l'autre !

La Voix du Nord, titrant : « Tous les hommes de 16 ans ou plus, levez les mains en l'air » - injonction de l'armée sale dans un hôpital de GAZA, qui a ordonné à des centaines de personnes de se mettre en sous-vêtement – contribue à nous terroriser comme si nous étions nous aussi arrêtés les mains en l'air et en slip.

La plupart des médias de l'Etat, y compris la presse gauchiste et ultra-gauche ou dite maximaliste1, compatissent ou se lamentent, pour un camp contre l'autre, ou l'inverse, ajoutant à notre confusion. La seule vraie raison de la boucherie parmi les civils est focalisée sur la vengeance de l'Etat « hébreu » face au massacres odieux du 7 octobre. Qu'on soit indigné ou pas des lâches exactions des bandes de tueurs du Hamas, il se vérifie que la vengeance est un plat qui se mange froid. Froid comme la mort de milliers de civils, femmes et enfants des deux côtés.

Versant Etat « hébreu » c'est sur la base idéologique militariste aussi bien des nazis que de leurs rivaux impérialistes américains qu'on prétend « ne pas faire d'omelette sans casser d'oeufs ». Plus sordide, et à la Poutine, le communautarisme juif affiche un racisme et un mépris sans honte, comme ce réalisateur français-juif ou juif-français, qui se permit sur Cnews, de donner SA définition de l'antisémitisme, cet aspect arriéré imposé tout azimut en France pour dévier les causes réelles de la guerre en Palestine : « l'antisémitisme c'est la cupidité et la jalousie.. .quand les habitants de Gaza, depuis leurs bidonvilles, aperçoivent ces beaux immeubles illuminés d'Israel, qu'ils n'ont pas été capables de construire chez eux... ». Personne sur le plateau pour s'indigner d'une telle ordure ! La sauvegarde de la « civilisation présumée », après l'Ukraine dépendrait donc du messianisme juif !2

Comment ne pas souscrire à ce constat, même au risque de devenir antisémite, en particulier avec cette cohorte d'intellectuels ou d'artistes juifs qui défilent sur les plateaux en bramant leur soutien à Israel « perpétuellement assiégé »...pourtant moins que les habitants de Gaza 3:

« Il est vrai que les juifs, en général, font de brillantes carrières, sont bien éduqués et jouissent de places de choix dans les médias, l’éducation supérieure, la culture et la fonction publique. Le lobby pro-israélien aux Etats-Unis est puissant et bien organisé. Cependant les juifs ne constituent que 2,2 % de la population et la majorité d’entre eux (bien qu’elle soit en diminution) vote pour les candidats démocrates. Si le lobby pro-israélien ne défendait pas des politiques approuvées par la majorité des Américains, il n’irait pas très loin. De plus, la défense chrétienne d’Israël n’est pas confinée à la droite fondamentaliste »4.

Pire encore est la prétention de ces complices du nationalisme juif à représenter la « civilisation », comme au seuil de la guerre mensongère en Irak, en compagnie de Charlie Hebdo, devenu soudain encore plus « islamophobe ». Cela nous rappelle les objectifs d'un même type de colonisation naguère. L'objectif des massacres était le partage du butin colonial disputé par les puissances métropolitaines. L’expansion impérialiste avait été « naturalisée » par plusieurs justifications colonialistes reposant sur le mythe de la supériorité européenne. Les appels moraux à répandre la civilisation, ou les justifications religieuses prônant l'évangélisation des peuples « primitifs », les exhortations « culturelles » visant à éradiquer « l’ignorance », se multiplièrent. C'est ce genre de déclarations de Béni- oui-oui qui aboutissent à ce que l'arroseur soit arrosé5.

UNE INTENSE MANIPULATION PLANETAIRE POUR CACHER LA RAISON DE CETTE GUERRE « CIVILE »D'UN NOUVEAU GENRE EN PALESTINE

Les manipulations de l’information prolifèrent d’autant plus en temps de guerre – donc bénéficient d’autant plus de la « dépolitisation» de la guerre, de l’ambiguïté croissante entre temps de guerre et temps de paix dans la « civilisation capitaliste ». Le célèbre historien Marc Bloch avait écrit en 1921, dans un article analysant la prolifération des fausses nouvelles durant la Première Guerre mondiale, « l’émotion et la fatigue détruisent le sens critique1 » . L'émotion pour le 7 octobre continue à être complètement instrumentalisée. Il n'y avait rien en tâchant la mémoire de l'armée sale avant ce terrible 7 octobre ? Pas même les assassinats réguliers n'importe où dans le monde des leaders nationalistes se revendiquant (hypocritement) en faveur d'une « free Palestine » ? Pas de crimes de la part des colons nazis ?

Selon cette propagande pachydermique simpliste, le Hamas c'est les méchants, assassins et violeurs ! En face l'Etat colon, inventé en 1948 (comme mirador pétrolier au service de l'impérialisme américain toutefois) ne serait que le « joyau démocratique » du Moyen Orient !

Un événement obscène a été l'exhibition à deux reprises par l'armée sale d'Israël des films sur la population massacrée le 7 octobre, une première fois dans l'affolement général, et une deuxième fois en direction du personnel politique parlementaire pour l'attacher plus encore au soutien du nationalisme juif encore sponsorisé victime universelle …

Or il n 'a échappé à personne surtout en milieu ouvrier (cf.plusieurs discussions que j'ai eues) que cette intrusion des méchants terroristes ait été aussi facile sachant que l'Etat hébreu est le mieux protégé du monde et le plus parano. On pense au laissez-faire lors du 11 septembre 2001 à New York.

La question n'est pas de savoir si tous les Etats en guerre sont terroristes, ils le sont tous, mais à quoi rime ce laissez-faire qui a abouti à tant de victimes innocentes ? Ou pourquoi Israel aurait été « poussé à la faute » ?

Qui saura saura ! Dans cette partie d'échecs irrationnelle on ne peut plus raisonner de façon binaire comme au temps de la guerre froide. Qui est dessous ? Qui agit avec qui ? Les étoiles de David taguées sur les murs parisiens venaient conforter l'immense alarme de Darmanin sur une effroyable montée de l'antisémitisme, combattue vaillamment par le défilé sans lendemain de milliers de bourgeois parisiens. Puis on apprenait que ces tags avaient été commandités de l'étranger par des russes...connaissant la duplicité des SS russes et israéliens, cela foutait en l'air une montée d'antisémitisme de type classique, alors qu'on est confronté à une sorte d'antisémitisme arabe inculte et plus fondé sur une haine nationaliste sans objet sérieux.

On nous détaille à profusion le massacre, son déroulement avec ces mercenaires sadiques du Hamas qui se filment en commettant les pires atrocités. Même en Ukraine on ne nous a pas abreuvé avec de telles horreurs Partout on entend « c'est la première fois depuis la Shoah » !? Outre que les israéliens ne sont tout de même pas le centre martyre du monde, non ce n'est pas la première fois...Daech a exhibé largement ses décapitations ; les cartels mexicains exhibent les leurs décapitations directement sur le web, consultables plus facilement que le porno pour les ados.

Une autre « tentative »d'explication, type journaliste de gauche, pense que la chose est simple : tout à leurs traités de requins, Arabie Saoudite, Israel et les autres auraient négligé la question palestinienne et se retrouvent cocus face à la « rue arabe ». Le coup monté du Hamas, si minutieusement préparé, aux dires étonnants des responsables israéliens (si laxistes bizarrement) ; serait en quelque sorte une réaction du peuple palestinien. Or cette tentative d'explication est un subterfuge pour légitimer, en quelque sorte, ce terrorisme et mettre dans le même paquet la population palestinienne qualifiée cyniquement de « boucliers humains ». Franchement si les brutes surarmées du Hamas espéraient faire triompher aux yeux du monde entier cette histoire fallacieuse de « free Palestine » après une telle tuerie, c'est totalement raté ! Quoique l'armée sale tende par ses propres massacres, autrement plus massifs, à éloigner le souvenir du 7 octobre. On apprenait par après que les tueurs du Hamas sont bien des mercenaires auxquels ont été promis de fortes récompenses...ce qui n'a plus rien à voir avec les libérations nationales de jadis où il y avait des principes humains, voire naïvement patriotiques, malgré aussi nombre d'attentats terroristes contre des civils.

Qui aurait donc eu intérêt à blackbouler les accords Arabie Saoudite + Israel ?

Tout le monde a soupçonné l'IRAN, qui nie toute participation tout en menaçant. Or avec l'Iran rien n'est simple, même si tout est ramené au danger qu'ils se fabriquent leur bombe atomique, même s'il y a des certitudes6.

Une possible implication pas prouvée...

« La hausse constatée sur le prix du baril s’explique plutôt par des inquiétudes et des scénarios pessimistes autour de l’Iran ». La République islamique est toujours un acteur important (environ 4 % de l’offre mondiale en 2022), malgré les sanctions américaines visant, depuis 2018, à empêcher ses exportations. Sa production de brut est aujourd’hui estimée à 3 millions de barils par jour, dont une partie destinée à la Chine.

Selon l'économiste Tamas Varga, «toute mesure de représailles sur les infrastructures» iraniennes, ou «la menace de fermer le détroit d'Ormuz, par lequel transitent quotidiennement 17 millions de barils de pétrole par jour», pourraient faire «flamber les prix». Des tensions au Moyen-Orient et l'affermissement des sanctions économiques contre l'Iran ont déjà fait bondir les prix par le passé. De 2011 jusqu'à 2014, les cours du Brent avaient fluctué autour de 100 dollars le baril, soutenus à la fois par le durcissement des sanctions internationales contre Téhéran et le conflit syrien.

GEOPOLITIQUE PETROLIERE OU LA DIPLOMATIE DU JERRYCAN

(où le risque d'ébranlement de la paix sociale en Europe pourrait être une clé de l'équation à risque)

Certes, la tension qui règne au Moyen-Orient a d'autres causes que les convoitises liées au pétrole. Le conflit israélo-arabe ne peut, cependant, être dissocié de son environnement pétrolier. L'utilisation du pétrole en tant qu'arme politique, avec promesse d'arrêt des fournitures d'hydrocarbures aux pays qui soutiennent Israël, est une menace régulièrement formulée par de nombreux Etats arabes. Plus que l'approvisionnement pétrolier, il s'agit d'une question géopolitique, et de la remise en question du gendarme du monde, les USA. Même s'il n'est plus aussi important qu'en 1973, le pétrole reste une arme de guerre, et surtout économique7.

Les liens entre la vie politique et le pétrole ne sont sont pas surprenants : des Etats de la Péninsule Arabique à structure féodale apportent ou ont apporté, grâce à leur richesse en hydrocarbures, une aide financière précieuse aux organisations palestiniennes successives, espérant ainsi obtenir la caution révolutionnaire destinée à faciliter le maintien de leur dictature monarchique.

Il est universellement admis que la donne avait changé en 1973 avec le premier choc pétrolier ; les pays arabes de l’OPEP avaient quadruplé en quelques semaines le prix du baril pendant et après la guerre du Kippour d’octobre (officiellement pour punir l’Occident de son soutien présumé à lsrael alors confronté à la coalition syro-égyptienne), plongeant celui-ci — énergétiquement gourmand mais largement dépourvu — dans une crise économique dont il ne sortira jamais tout à fait.

Cependant ,1a tension aujourd'hui encore demeure très vive entre les Etats producteurs et les grandes compagnies, en raison des exigences des Etats producteurs et des besoins croissants de l'Europe Occidentale, qui absorbe une grande partie de la production pétrolière du Moyen Orient. La dépendance énergétique de l'Europe occidentale vis à vis du pétrole du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord s'accentue d'année en année. C'est pourquoi elle reste dépendante du gendarme US.

APRES L'UKRAINE DES PUISSANCES REGIONALES DE PLUS EN PLUS REBELLES

Dans l’équation complexe qui entoure la guerre sur le territoire palestinien, il est un facteur radicalement différent des crises précédentes : le rôle et le poids des pays voisins. On le constate depuis l’invasion de l’Ukraine, les puissances régionales ont pris une place plus grande dans le désordre mondial. C’est le cas en particulier au Moyen-Orient, avec des pays comme l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, la Turquie ou, bien sûr, l’Iran.

Ce n'est pas nouveau, et cela nous oblige à faire encore un pas en arrière.

Le 17 octobre 1973, l'Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP) annonce qu'elle réduira de 5% par mois son débit de pétrole, tant que les États-Unis ne changeront pas leur politique au Moyen-Orient. La veille, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) annonçait une hausse de 17% du prix du brut et une augmentation de 70% des taxes aux compagnies pétrolières.

Cette stratégie résultait d'un tournant dans la guerre du Kippour entre Israël et les pays arabes. Après avoir été surpris par une attaque sur deux fronts, l'État hébreu reprend rapidement le contrôle et menace à son tour les pays arabes. C'est à ce moment que la crise pétrolière éclate. En réaction à l'évolution du conflit, les pays membres de l'OPEP, réunis au Koweit, annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole destinées aux pays qui soutiennent Israël. Ils exigent également le retrait complet des territoires occupés par Israël. À la conférence de Téhéran, le 23 décembre 1973, l'OPEP annonce une deuxième augmentation des prix. L'embargo, qui dure 5 mois, est levé en grande partie le 18 mars 1974. L'OPEP justifie la crise en revendiquant une part croissante dans les opérations de production qui sont fortement contrôlées par des compagnies pétrolières. Bref, elle veut prendre le contrôle de la production du pétrole pour pouvoir maintenir un prix artificiellement élevé du brut. Le résultat est une sévère commotion pour tous les pays consommateurs de pétrole. Le prix de l'Arabian Light, un pétrole qui sert d'indicateur, passe pendant la crise de 2,32 USD à 9,00. Durant cette même période, les revenus de l'OPEP sont multipliés par quatre, dépassant 86 milliards dollars en 1974.

La guerre contre l'Irak, elle longtemps après, avait été officiellement lancée parce que Saddam (manipulé par la mère Albright) était sensé détenir des armes de destruction massive. Un autre objectif pointait à l'horizon : le contrôle de plus de 11 % des réserves mondiales de pétrole et, à long terme, le contrôle des routes des pipelines entre la Méditerranée, la mer Caspienne et l'océan Indien. Qu'on m'entende bien, pas la consommation du pétrole, mais son acheminement.

Le dégonflement de la fable des armes de destruction massive de Saddam avait mis en lumière les buts de l'impérialisme US : contrôler le pétrole irakien, pas le boire. L'équipe de Cheney et Rumsfeld fût très arrogante en exhibant sa prise de contrôle du pétrole du Moyen-Orient sans se justifier de son incroyable mensonge de propagande.. En Afghanistan un an auparavant, l'impérialisme US avait installé Hamid Karzaï, ancien consultant pour la compagnie pétrolière géante Unocal, en qualité de dirigeant intérimaire. Ils avaient également introduit Kalmay Khalilzad, un autre ancien consultant d'Unocal - en fait, le patron de Karzaï - en qualité d'émissaire américain spécial !

Mme Condeleezza Rice, la dirigeante de la NSA, dirigeait Chevron-Texaco avant de s'installer au conseil de la NSA. Son nom fut même utilisé pour baptiser un pétrolier. Don Evans, le secrétaire au Commerce, est également à la tête d'une entreprise pétrolière.

Le vice-président Richard Cheney était en fait le leader de ce groupe quand il présidait Halliburton, la plus grosse entreprise mondiale de services pétroliers. Halliburton est aujourd'hui à la tête des projets de reconstruction irakienne pour laquelle les contrats sont distribués sans aucune transparence ni concurrence quelles qu'elles soient. Mais ce qui se produit ici est pire qu'une culpabilité d'association avec l'industrie pétrolière.

Avant de rejoindre le Pentagone, Donald Rumsfeld était aussi un personnage important. Proche de longue date de Cheney, Rumsfeld se rendit à Bagdad en 1983 et en 1984 sur l'ordre de l'ancien président de la Bechtel Corporation, George Shultz, qui était à ce moment-là un peu sorti du monde des affaires pour occuper le poste de ministre des Affaires étrangères américain. La mission secrète de Rumsfeld était de gagner le soutien de Saddam pour la construction d'un pipeline de Bechtel devant partir d'Irak pour arriver au golfe d'Aqaba via la Jordanie. La même compagnie, Bechtel, qui équipa l'industrie chimique « à double usage » de Saddam et qui se voit aujourd'hui attribuer un gros contrat de 600 millions de dollars libre de toute concurrence pour la reconstruction des infrastructures irakiennes. Ces affaires pétrolières entre gangsters d'Etat ne sont plus primordiaux dans les guerres actuelles.

MAIS L'ATTAQUE DES TUEURS DU HAMAS N'A PAS VRAIMENT D'IMPACT sur les cours du pétrole, par contre est posé à terme le risque d'un embrasement social en Europe et pas militaire au Moyen Orient, après Jacques Mornand je suis probablement le seul à l'évoquer et on va me prendre pour un charlot)

Cinquante ans après la guerre du Kippour et le premier choc pétrolier, l’attaque des commandos du Hamas contre Israël, samedi 7 octobre, maintient les marchés de l’énergie sous tension. Les cours du pétrole brut ont connu un léger repli le mardi 10, après avoir grimpé de 4 % lundi 9. Le brent de mer du Nord (− 0,56 %), référence européenne, se stabilise au-delà de 87 dollars (environ 82 euros). Même tendance pour son équivalent américain, le West Texas Intermediate (− 0,47 %), proche de 86 dollars.

« L’attaque du Hamas n’a pas eu d’impact concret sur la production pétrolière », rappelle, en préambule, Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques. Et pour cause, les Israéliens n’extraient quasi pas de pétrole : soit 0,001 % de l’offre mondiale en 2022, selon les données compilées par une structure française, le Comité professionnel du pétrole.

C'est au plan géopolitique que se jouent les confrontations obscures. Dans un article du Nouvel OBS en 1973, feu l'économiste Jacques Mornand, détaillait« La diplomatie du jerrycan »

«...En fait, l'espoir des responsables européens est que les dirigeants arabes finiront par se convaincre que l'utilisation de l'arme du pétrole est pleinement efficace - les derniers événements viennent de le prouver - jusqu'à une certaine limite qu'il convient de ne pas dépasser. Il est évident que si le boycottage pétrolier arabe aboutissait à immobiliser toute la circulation automobile, à interrompre le chauffage des écoles et des hôpitaux et ralentissait l'activité industrielle en Europe au point de provoquer du chômage, cela entraînerait un mouvement de mécontentement des 250 millions d'habitants du Marché commun, politiquement préjudiciable à la cause arabe (à mon avis plutôt préjudiciable à la paix sociale, mais mobilisant plus le prolétariat que de nouveaux gilets jaunes).

NOTES POUR UNE AMORCE DE REPONSES

L'intervention des Grandes Puissances, imposant à de nombreux Etats un abandon plus ou moins prononcé de souveraineté, apparaît aujourd'hui, plus que jamais, étroitement liée aux problèmes politiques qui agitent le Moyen-Orient. Les coups d'Etat et changements de régime s'accompagnent aussitôt de revendications nouvelles sur le pétrole tiré du territoire national.

Les grandes compagnies pétrolières encore puissantes, mais moins nettement qu'auparavant, en Arabie Saoudite ou dans les émirats du Golfe, voient ailleurs leurs privilèges remis en question. Les demandes formulées par les régimes « révolutionnaires » sont d'ailleurs appuyées plus ou moins discrètement, par les Etats à structure féodale, puisque les accords signés entre tel ou tel pays et les grandes compagnies pétrolières, au terme de négociations laborieuses, sont ensuite rapidement étendus à d'autres pays. Les divergences politiques qui peuvent opposer les principaux Etats pétroliers du Moyen-Orient sont de plus en plus oubliées, devant le désir d'adopter une politique commune face aux grandes compagnies occidentales (françaises en particulier). L'année 1971 avait été une date importante dans l'histoire mouvementée du pétrole au Moyen-Orient. Successivement, ont été signés les très importants accords de Téhéran (14 février 1971) et de Tripoli (2 avril 1971 ) tandis que le gouvernement irakien et le groupe Irak Petroleum parvenaient à s'entendre le 7 juin 1971 sur les conditions d'exportation du pétrole irakien par la Méditerranée, et que l'Arabie Saoudite et l'ARAMCO arrivaient, le 23 juin 1971, à un compromis sur des conditions pratiquement identiques pour les exportations méditerranéennes

Il faut aussi rappeler que, en 1956, le « pétrole arabe » avait été, pour la première fois, directement engagé dans le conflit arabo-israélien, avec la mise hors d'usage des pipe-lines de 11 sites en Syrie. Cette mesure, qui avait gravement perturbé pendant quelques semaines le ravitaillement de l'Europe, victime en même temps de la fermeture du Canal de Suez, était destinée à faire pression sur les pays occidentaux alliés d'Israël.

A la suite de la guerre arabo-israélienne de juin 1967, avait été décidé un embargo sur les exportations pétrolières vers les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne occidentale, mais il fut de courte durée. De même, la menace d'une paralysie des intérêts des pays qualifiés de « complices de l'agression » (c'est-à-dire les Etats-Unis et la Grande-Bretagne) ne fut suivie d'aucun effet.

On prétend même que les grandes compagnies pétrolières furent officieusement rassurées. D'ailleurs, pour réagir contre cette utilisation du pétrole comme arme politique, l'Arabie Saoudite, le Koweit et la Libye ont créé, au lendemain de la guerre de juin 1967, l'Organisation des Pays Arabes Exportateurs de Pétrole, (OAPEC). L'appartenance à cette association était limitée spécifiquement aux Etats arabes dont l'économie reposait principalement sur l'exportation du pétrole, et qui voulaient ainsi sauvegarder leurs intérêts. Depuis, cette association s'est élargie. La Libye post-révolutionnaire confirma son adhésion. L'Algérie, Bahrein, Qatar, Abou Dhabi et Dubaï demandèrent tous à rejoindre ce « club » des pays arabes exportateurs de pétrole Le Royaume-Uni ne pratique pas le copinage comme les Etats-Unis, mais le soutien britannique à l'Amérique en guerre obéit également à une logique commerciale. Tandis que Saddam accordait ses contrats pétroliers aux Français, aux Russes et aux Chinois, les entreprises britanniques telles que BP étaient écartées. Celles-ci comptaient assurément revenir sur le terrain irakien en s'accrochant aux basques des Américains.

L‘idée d’une Amérique en marge du Moyen-Orient crée beaucoup de malaise à Washington, où la gestion de la région par la force armée est depuis longtemps une évidence pour des générations de responsables de la sécurité nationale. Et il est certain que le retrait de la présence militaire américaine ne garantirait pas un avenir pacifique pour le Moyen-Orient. Les rivalités comme celle qui oppose l’Iran à l’Arabie saoudite vont probablement s’intensifier, mais l’incitation à trouver des solutions « pacifiquement commerciales » est tout aussi forte. La vérité est que le Moyen-Orient restera une région instable, avec ou sans présence militaire américaine massive.

Les États-Unis ne sont donc qu’une des nombreuses parties prenantes dans la gestion du détroit. Les autres nations qui dépendent du transport maritime par le détroit, en particulier les pays du Moyen-Orient et de l’Asie de l’Est, rêvent toutes de participer à une mission maritime multinationale visant à assurer la fluidité des échanges commerciaux à l’intérieur et à l’extérieur du golfe Persique. La guerre en Palestine vient pour l'instant de foutre en l'air toutes ces amabilités, et posent déjà les besoins de la Chine...

Toute la présence militaire américaine historique dans la région s’était articulée autour de de l’idée de contrôler l’ensemble du pétrole dans la région, une stratégie qui est remise en cause comme le cache le meurtre des « boucliers humains ». Il se confirme que les USA ne pourront plus dominer sans partage.

Le pétrole est la clef de voûte du système économique mondial et commande sur le long terme les rapports de force entre les puissances. Qui peut peser sur la production, la circulation et les prix du pétrole, peut orienter le système mondial. Ce n'est donc pas un hasard si les Etats-Unis sont au centre de tous les réseaux de domination qui enserrent l'or noir depuis la Seconde Guerre mondiale, couronnant ainsi leur implication dans les luttes d'influence entre les pays producteurs depuis le début du XXe siècle. Le Moyen-Orient, le Maghreb, l'Iran et plusieurs pays de l'Asie musulmane concentrent à eux seuls la majeure partie des réserves pétrolières et gazières, de quoi faire de ces pays des cibles inévitables pour les plus grandes puissances.

Les réserves connues sont principalement concentrées au Moyen-Orient (65 % des réserves mondiales). Or, le pétrole représente aujourd'hui 40 % de la consommation d'énergie totale dans le monde. Quelles que soient les innovations apportées au système de production, le pétrole restera dans les trente prochaines années la première énergie primaire. Il devrait ensuite, après épuisement des réserves, être remplacé par le gaz, dont les gisements devraient continuer à donner au monde arabe (surtout le Maghreb cette fois) et à l'Asie centrale une importance stratégique. Les experts sont d'accord pour affirmer que la demande mondiale de pétrole devrait croître de 50 % au cours des vingt prochaines années. La croissance de la demande asiatique devrait être particulièrement importante : la consommation asiatique représente aujourd'hui un tiers de la consommation totale, elle devrait s'élever à 60 % de la consommation mondiale d'ici à trente ans. L'arrivée de la Chine dans le concert de la concurrence et de la consommation bouleversera et accentuera l'exploitation intensive de l'or noir ; les conséquences environnementales et financières de l'inéluctable intégration de la Chine dans le système mondial sont déjà au coeur des visées des multinationales et des stratégies des grandes puissances économiques.

A première vue, le pétrole semble être une arme redoutable entre les mains des pays producteurs. En fait, il n'en est rien. Les avoirs des pétromonarchies ont été investis massivement en Occident (environ 800 milliards de dollars contre 160 milliards investis dans les économies nationales de ces pays). Les revenus tirés de ces investissements sont souvent plus importants que la rente pétrolière elle-même. En revanche, leurs évolutions sont totalement tributaires de la croissance et de l'état de l'économie des pays occidentaux. D'où une interdépendance perverse qui limite drastiquement la liberté politique des Etats producteurs de pétrole, du moins de ceux qui auraient des velléités d'indépendance...

On sait aussi que pour les Etats-Unis, la maîtrise de la circulation du pétrole doit être l'instrument d'un contrôle toujours plus étroit de la croissance des régions concurrentes, notamment l'Asie, face à la Chine.

La volonté américaine d'agir rapidement était aussi déterminée par le souci de diversifier les approvisionnements en pétrole dans une perspective d'avenir, mais je le répète, ce souci est secondaire dans la cadre de la lente configuration de nouveaux blocs,. Certes les sociétés du Moyen-Orient se verront confrontées à des transformations économiques et sociales qui pourraient modifier leurs stratégies ou leur futur bloc d'appartenance. Les besoins sociaux liés à la croissance démographique pourraient conduire certains de ces Etats à souhaiter une hausse relative des prix du pétrole. Déjà la situation sociale tend à se détériorer dans tous les Etats du Golfe ; la montée du chômage les poussera inévitablement à modifier leur entente avec les pays consommateurs. Enfin, la stratégie guerrière actuelle de l'Amérique s'inscrit aussi dans le grand marchandage entrepris avec la Russie pour le partage de l'influence régionale et une coopération qui inclut le pétrole russe, sans oublier le client chinois. Et si le prolétariat international s'en mêlait ?

Avec la guerre en Ukraine et maintenant la guerre de Palestine, bien que des puissances régionales ruent dans les brancards, les Etats-Unis s'assurent ainsi le contrôle pour les années à venir de ce que les experts américains appellent «l'ellipse stratégique de l'énergie», zone qui court de la péninsule Arabique à l'Asie centrale. Et comme il n'y a pour l'instant aucun contrepoids à la puissance désormais déchaînée des Etats-Unis dans le monde, l'opération de contrôle géopolitique des ressources énergétiques des dictatures arabes peut se dérouler librement, dussent les populations civiles occidentales souffrir le terrorisme de la vengeance qui en résulte en ce moment. Où la classe ouvrière reste désespérément passive, ou en partie, embarquée non dans une lutte globale contre les guerres mais derrière le soutien à un Etat national fictif et improbable en Palestine, basé sur la haine (derrière les pitres populistes de LFI, de la CGT et du NPA). Jaurès l'a dit il y a un siècle pourtant : 'Mais ce n’est pas dans la guerre de revanche qu’est la solution. La guerre de revanche ne peut avoir d’autre effet que de transformer de nouveau en champ de massacres, de sang et de ruines. »



NOTES

1Comme cet article larmoyant et creux du CCI qui reste en surface et nous radote ce vœu pieux ouvriériste qui indique que c'est à partir de des lutttes économiques que le prolétariat (européen, vu que ailleurs il n'existe pas vraiment) finira un jour par s'opposer à la guerre et renverser le capitalisme : Massacres et guerres en Israël, à Gaza, en Ukraine, en Azerbaïdjan… Le capitalisme sème la mort! Comment l’en empêcher? (Tract international) | Courant Communiste International (internationalism.org)

2Dont se moquait une partie de la bourgeoisie française avec Chirac : « Chirac n'entend pas céder au messianisme des néo-conservateurs de Washington qui réduisent le terrorisme à un « choc des civilisations » (…) il met en garde , le 15 octobre 2001, contre un « unilatéralisme » qui conduirait à imposer les valeurs occidentales comme norme absolue et en appelle à la lucidité : « chaque civilisation peut et doit être fière de ce qu'elle a accompli et donné au monde ». (cf. L'ami américain, page 440.)

3Il est toujours louable dénoncer l'antisémitisme, mais est-il le même à toutes les époques ? Celui d'aujourd'hui n'a pas forcément une connotation principale avec le nazisme mais est le plus souvent un justificatif, merdeux, du nationalisme arabe, mâtiné d'un islamisme désuet et ridicule.

4https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/AFRI%2025.pdf :COMPRENDRE LE SOUTIEN DES ETATS-UNIS ENVERS ISRAËL par Dana ALLIN et Steven SIMON ; Les Etats-Unis sont devenus une force d’occupation.

5Dans les facs, on trouve ce genre de témoignage :«Une étudiante marquée très à gauche m'a déjà expliqué que les juifs n'étaient pas une minorité discriminée mais une minorité dominante qui détient les médias, la finance, le pouvoir. Je m'en souviendrai toute ma vie». On croyait pourtant les vieilles lunes disparues. Ete cela dépasse l'inquiétude des juifs. Des voisins français qui s'appellent Levy ou Jacob, sans être juifs, ont peur aussi. Sur cette omniprésence sans complexe des intellectuels juifs dans les milieux du spectacle, un seul auteur fait l'effort d'en évoquer la raison. Concernant ce grand nombre de juifs dans les milieux artistiques et politiques en France le réalisateur Claude Berri l'explique par les importantes migrations dans l'entre deux guerres de gens fuyant Allemagne et Russie (cf. Autoportrait », ed Léo Scheer 2003). Ou plus précisément comme m'en avait témoigné mon ami Marc Chirik : « On arrivait pour la plupart sans qualification et les seuls métiers auxquels on pouvait prétendre étaient ouvriers d'usine, colporteurs ou figurants au cinéma » (ce qui avait été son cas).

6« En visite dans le Golfe la semaine dernière, Brian Nelson, le sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier, est venu convaincre ses alliés du Qatar, du Koweït, des Émirats arabes unis de cesser de fournir des fonds au Hamas. Mais cette démarche pour assécher les finances de l'organisation islamiste a ses limites. C'est en effet l'Iran qui aide financièrement le Hamas et le Djihad islamiste palestinien sur le plan militaire, à hauteur de 100 millions de dollars par an ».

7Dans la guerre contre l'Afghanistan, le pétrole a joué aussi un rôle fondamental ­ par-delà la volonté de châtier un pays abritant les terroristes de Ben Laden. Les objectifs étaient clairs : prendre pied dans une région dont les ressources pétrolières sont encore partiellement inconnues et dont les ressources en gaz sont vraisemblablement très importantes ; contrer la volonté d'expansion de la Chine en Asie ; assurer la sécurité des réseaux de transit du pétrole en obtenant que le projet américain d'oléoduc (via la Géorgie jusqu'à la Turquie) plutôt que le projet chinois, soit finalement accepté, ce que, jusqu'au 30 août 2001, les talibans avaient refusé de concéder aux Américains qui négociaient secrètement avec eux. C'est chose faite aujourd'hui !

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