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jeudi 23 avril 2020

QUI est en péril : « votre » épargne ou la monnaie capitaliste ?



"Avec la garantie que la paix va régner pendant de nombreuses années, le monde est sur le seuil d'une grande expansion commerciale." Herbert Hoover (novembre 1928)
« Tout désastre financier est vite oublié. (...) Lorsque des circonstances identiques ou très proches se reproduisent, parfois à quelques années d’intervalle seulement, elles sont saluées par une nouvelle génération, souvent jeune et toujours suprêmement confiante en elle-même comme une découverte brillamment novatrice dans le monde de la finance et plus largement de l’économie ». JK Galbraith


Des milliers d'avocats se retrouvent au chômage subitement à cause d'un stupide virus. Ce n'est pas très grave, il s'agit d'une profession parasitaire quasi inutile en temps de guerre et de crise mondiale, comparée aux professions d'infirmières et d'éboueurs. On ne voit plus le nez des employés de banque, confinés avec leurs coffre-forts, professions qui seront devenues inutiles dans le monde futur où exploitation et argent auront été abolis, avec comme moyen d'échange la carte rouge, qui, à mon initiative, est appelée à remplacer l'ignoble CB et ses versions Elite ; et dont la valeur sera constituée par les heures de travail effectives que vous aurez effectuées.

Tout le monde semble se rendre compte de la gravité croissante de la crise actuelle, qui n'est plus seulement sanitaire, sauf Alain Minc1. La hantise du chômage est en train de succéder à la peur du virus. A la crainte du chômage massif et de longue durée s'ajoute la peur... de ne plus avoir un rond à la banque, ou de se faire piquer sa petite épargne. La plupart des gens ne savent pas qu'en temps de guerre ou de grave crise économique l'Etat a tout pouvoir pour se servir, et donc pas seulement en baissant les salaires. Ceux qui n'y ont pas réfléchi ont été toutefois interloqué par la fille Le Pen. Sur TF1, mardi soir, Marine Le Pen a affirmé qu'en cas de crise financière, «la banque ira directement ponctionner dans les comptes en banque des déposants». Emoi (et moi?) dans les rédactions ! Le Figaro saute sur l'occasion : « Les banques peuvent-elles «piocher» dans l'épargne des Français ? ». Et tente de rassurer l'effroi qui vous a saisi :

« La déclaration de Marine Le Pen est exagérée et imprécise sans être totalement fausse. Depuis le 1er janvier 2016, selon une directive européenne transposée en France, les comptes clients dotés de plus de 100.000 euros de dépôts peuvent en effet être prélevés pour contribuer au sauvetage de leur banque. Les petits épargnants ne risquent donc pas, comme l'explique Marine Le Pen, de voir leurs économies disparaître, d'autant que les déposants ne seront sollicités qu'en troisième recours. la directive relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances (BRRD) a été transposée par ordonnance à la France le 21 août 2015, avant d'entrer en vigueur le 1er janvier 2016. Jusqu'alors, les établissements bancaires en faillite se tournaient vers les actionnaires puis les créanciers. Désormais, ils auront une troisième possibilité: les déposants, qui ne seront toutefois sollicités qu'en troisième recours. Dans un premier temps, les ressources internes de la banque (le capital et les obligations) peuvent être immédiatement utilisés pour couvrir le déficit de la banque. Puis, en dernier lieu, les dépôts bancaires de plus de 100.000 euros. (…) Depuis le 1er janvier 2016, la ponction des comptes bancaires est légale en France ! C’est à cette date qu’est entrée en vigueur dans notre pays la directive BRRD ou DRRB en français, pour « directive sur le redressement et la résolution des banques ». Cette directive européenne transposée en droit français autorise une banque au bord de la faillite à ponctionner directement les comptes de ses clients. Jusqu’ici, les établissements bancaires en faillite se tournaient vers leurs actionnaires puis leurs créanciers ».

Qui croire ? La crise des subprimes en 2008 n'a-t-elle pas ruiné des milliers de petits épargnants américains ?
Et le krach de 1929 ? qui a été lié à l'éclatement d'une bulle spéculative. C'était un temps où "le laveur de carreaux » suivait les cours de la bourse. Nos anarchistes et gauchistes ne plaident dans l'ordinaire de leurs manifs trade-unionistes que pour la paye, sans savoir que les ouvriers depuis le XX ème siècle ont aussi une autre source de revenu que le salaire, ils peuvent être actionnaires. C'est bien la preuve de l'embourgeoisement de la classe ouvrière, nous ont assuré longtemps les bobos modernistes ! Alors que des titres, pour « petits porteurs » peuvent être un complément de salaire2. En 1929, un Américain sur cent possédait un portefeuille d'actions. Quel est le prolétaire des bureaux ou des professions insignifiantes qui ne possède pas aujourd'hui un Livret A, une assurance vie ?
Et bien il va tout perdre lui aussi (et moi aussi) au rythme où va la crise pandémique !

En une journée de 1929, des millions d'épargnants américains de toutes les classes perdent leurs économies. C'est véritablement un effondrement du « pouvoir d'achat » qui entraîne une chute de la demande et ralentit la production. Quatre millions d'Américains sont au chômage en 1930, huit millions en 1931, douze millions en 1932. En 2020, on approche presque le double déjà. La crise en 1929 se répand au monde de façon fulgurante. En 2020, elle est déjà répandue... sans être partie des Etats-Unis ni directement d'une crise financière, mais d'une jeune taupe nommée Covid-19 !

Vaut-il mieux perdre ses économies ou perdre sa vie ? Ceux qui sont en bonne santé, et sont rodés aux gestes barrières avec masque certifié, croient tout du moins que, comme autrefois, l'or pourrait être une valeur refuge. Plus de dix millions de travailleurs sont en ce moment en travail partiel, 50% de l'ensemble ne travaille pas. Cela laisse beaucoup de temps pour consulter sur internet comptes et titres, d'autant que le confinement a favorisé l'épargne involontaire... et que la question économique fait partie du souci quotidien plus des prolétaires que des banquiers. L'or demeure de l'ordure à spéculateurs. Si l'Etat doit ponctionner nos comptes en banque, il ponctionnera éventuellement ton seul ligot d'or ou les deux Napoléon dont tu as hérité de ta grand-mère. Au-delà de l’actuelle crise sanitaire et de ses innombrables impacts, existe-il un risque de faillite des établissements bancaires ? Et donc un risque de se faire piquer ses petites économies ? Déjà qu'il a été claironné depuis quelques années que, avec l'inflation aléatoire, les taux d'intérêt ne rapportent plus rien.
Les salariés ne peuvent pas échapper aux banques. Le versement des salaires est obligatoire par chèque ou virement. Et puis avec 1500 euros par mois, l'agiotage ne sera jamais fructueux. A tout moment l'Etat, tout comme il peut supprimer l'aide au chômage, peut geler les contrats d'assurance-vie, interdire la vente d'or ou le confisquer, lancer des emprunts forcés. Les loyers qui ne peuvent être payés dans les quartiers paupérisés par habitants et petits boutiquiers ne pourront pas compter sur la mansuétude des banques. Comme au début du voyage planétaire du coronavirus (était-ce une gripette?) l'inquiétant krach financier mondial que se profile, on tend toujours à espérer qu'il ne soit qu'une « crisette », sans oser imaginer une faillite générale du capitalisme.

LA CRISE PEUT-ELLE ETRE RUISSELANTE … COMME LA GUERRE

L'économiste Milton Friedman, qui avait inventé le principe de la "monnaie hélicoptère" en 1969, disait que pour résoudre la crise, il fallait faire voler un hélicoptère de la banque centrale au-dessus des villes pour déverser des tonnes de billets à la population. Autrement dit, les banques centrales, au lieu de donner de l'argent aux États, le donneraient directement aux citoyens. Ceci devant permettre de relancer directement la consommation et donc la croissance. Sauf qu'en 2019 en France, l'État français a investi 17 milliards d'euros de mesures "gilets jaunes", la consommation n'est pas vraiment repartie et, en général et les gilets jaunes aussi, on a déposé en revanche 16,5 milliards d'euros sur nos livrets A3
On est ému et secrètement dubitatif lorsque l'on voit la pluie d'argent qui est déversée pour aider entrepreneurs et salariés, la débauche d'explications digne d'un soignant qui panse un blessé qui pisse le sang de partout, en affirmant que tout va bien, que tout ira mieux, et qu'enfin on l'espère4.

On dit que la guerre peut être la solution. Pour certains mais jamais pour tout le monde. L'histoire du financement étatique et du rôle de la monnaie reste à faire. Le financement de la Première Guerre mondiale fut très lourd et pesa sur le franc, retardant le rétablissement de sa convertibilité en or. Les dépenses pour la guerre étaient évaluées à 20 milliards de francs (le budget pour 1914 était de 5 milliards) : les dépenses réelles furent de 140 milliards. Seuls 15 % étaient couverts par l'impôt (dont l'impôt sur le revenu voté en 1914 et appliqué en 1916-1917). La Banque de France utilisa le stock d'or pour gager les premières dépenses à hauteur de 5 % à 8 % comme il était d'usage, car la BCE n'existait pas. Une autre solution pour couvrir les frais de guerre fut l'emprunt : auprès de la population française sous forme de « bons de la défense » : 75 milliards à court terme, et 25 milliards en emprunts à long terme. Il y eut aussi des emprunts à l'étranger : un milliard au Royaume-Uni et aux États-Unis. Tout cela entraîna une inflation importante et une baisse du franc sur le marché des changes. En avril 1920, le franc avait déjà perdu près de 70 % de sa valeur vis-à-vis du dollar par rapport à la parité d'avant-guerre.
La France perdit surtout des millions d'hommes dans la boucherie (comme l'Allemagne), mais sa monnaie perdit sa valeur et « sa victoire » la conduisit à rançonner l'Allemagne, ce qui servit à produire le nazisme. Cela ne l'empêcha pas de subir plusieurs dévaluations ; le gouvernement du Front popu en fît deux, abandonnant en octobre 1936 la convertibilité en or. En 1940, l'occupant allemand imposera un taux prohibitif de 20 francs pour 1 reichsmark (il était de 13 francs en septembre 1939). Après 1945 le monde entier devra se baser sur la monnaie du vainqueur : le dollar.

À la Libération les Américains tentèrent d’imposer le « billet drapeau » (US Occupation franc). Mais De Gaulle s’y opposa et fît retirer cette monnaie de la circulation, la considérant comme de la contrefaçon. Les américains avaient déjà fait le coup en 1943 en Corse libérée, mettant en circulation des billets du Trésor fabriqués à Londres et libellés en franc. C'est avec la même goujaterie qu'ils procéderont avec le mark allemand en 19485. La monnaie n'est pas un objet sacré ni une institution nationale ou citoyenne, mais un vulgaire trafic de devise
Le 26 décembre 1945, la France ratifie les accords de Bretton Woods : la convertibilité en or est suspendue pour toutes les monnaies sauf pour le dollar américain, qui devient la monnaie de référence dans le cadre du Fonds monétaire international (FMI). Toutes les monnaies du nouveau système monétaire international sont définies en dollar et seul le dollar est défini en or sur la base de 35 dollars par once d'or fin. Le jour même, le franc est dévalué de 60 %. Le dollar s'établit à 119,10 Francs. Le nouveau franc est créé en 1960 ; il est démonétisé en 1999 et remplacé par l'euro. Il cache une hausse du coût de la vie, comme on dit.

UNE SOLUTION : L'EFFACEMENT DES DETTES

Le 29 décembre 1917, Lénine signait un décret ne reconnaissant plus les « dettes tsaristes ». Ainsi, des sommes colossales ayant servi à moderniser l'économie russe, les chemins de fer, dès la seconde moitié du XIXe siècle n'ont jamais été remboursées. Cette décision frappe les principaux souscripteurs, que sont par ordre de grandeur, la France et la Grande-Bretagne, sans oublier la Belgique. Cent ans après des Français porteurs d’emprunts (de leur grand-mère) émis pour financer les chemins de fer russes et garantis à l’époque par le gouvernement impérial, ont dû se résoudre à ne plus rien espérer tirer des maudits assignats russes. Encore ne s'agit-il là que d'une vieille histoire concernant des particuliers floués par les Etats russe et français, victimes d'abus de confiance... en leur propre vénalité. On est tombé dans un tout autre monde en ce début de XX ème siècle où les principaux endettés sont les Etats, qui tiennent par le fonctionnement à plein régime de la planche à billets. Ce qui aboutit toujours, pour les plus petits au défaut de paiement ou à de longues tractations pour un moratoire ou un effacement des dettes, ce dernier étant bien plus possible sous le coup d'une révolution, par exemple comme en 1917.

La “planche à billets” revient à créer de la monnaie ex-nihilo, c'est-à-dire sans création de richesse correspondante. En effet, en temps normal, pour pouvoir créer de la monnaie, la banque centrale d'un pays doit disposer de compensations à l'actif de son bilan, en l'occurrence de l'or, des réserves de changes et des titres (notamment des obligations d'Etat). C'est ce que l'on appelle les contreparties de la masse monétaire. De la sorte, il existe une correspondance entre la monnaie en circulation et la réalité économique du pays. Cela permet notamment d'éviter les dérapages inflationnistes

Le seul danger de cette stratégie est que la conséquence inévitable d'un excès de création monétaire est une inflation galopante. En effet, si la monnaie en circulation ne correspond pas à une création de richesse équivalente, la différence se traduit par davantage d'inflation : si les quantités ne s'ajustent pas, ce sont les prix qui le font. Ces excès de liquidités sont en train de susciter l'augmentation des prix à la consommation. Ces « excès » d'arrosage financier vont alimenter des bulles financières de plus en plus dangereuses. Ce sont des prêts à des Etats surendettés. Le surendettement massif s'est toujours terminé par un défaut de paiement ou une guerre.

Avec la planche à billets il s’agit de simples jeux d’écriture par lesquels l’institut d’émission achète des titres financiers, des dettes d’État et même des titres d’entreprise qu’elle gardera dans son bilan. Ce déversement de liquidités est une trouvaille des économistes modernes pour faciliter ou relancer la vie économique, en permettant aux États surendettés de financer leurs déficits ; et les déficits explosent avec le confinement généralisé.

Le patron de la Banque de France a dit sans fard : « il faudra bien rembourser ». Qui va rembourser alors qu'il est inimaginable de pourvoir rembourser des sommes pareilles même dans le long terme ? Récemment l'Etat islandais avait lâché prise, et est allé quémander une aide au FMI.

Ils ne s'en vantent pas, mais les Etats ne peuvent pas emprunter autant qu'ils le voudraient.

Une dette de 100% du PIB signifie que, pour rembourser la totalité de sa dette, un pays devrait travailler pendant un an et consacrer la totalité des revenus ainsi produits au remboursement de sa dette. Durant cette année fictive, les habitants de ce pays ne pourraient ni manger, ni s'habiller, ni payer leur électricité, leur gaz, leur essence, leur loyer, etc.
D'abord, en situation de grave crise comme actuellement, il vaut beaucoup, beaucoup mieux que les Etats s'endettent pour soutenir l'activité plutôt qu'ils ne le fassent pas. En s'endettant pour financer des mesures de soutien à l'activité, les Etats évitent des destructions massives d'emplois, la perte irréversible de certaines entreprises, voire d'industries entières.
La dette de l'Etat est certes un pari plus risqué que jamais. Mais elle évite la possibilité de violences sociales massives, que ni le petit nombre de flics ni la peur du virus ne pourraient empêcher.
Les dettes des particuliers et des petites entreprises ne pourront pas être couvertes par les fonds de garantie, elles sont trop énormes désormais. L'Etat n'est déjà pas crédible avec son endettement à tout va et la contradiction où il est coincé entre l'exigence de reprise du travail et son impossibilité de garantir une protection des prolétaires.

UNE AUTRE SOLUTION : LA GUERRE


Des héritiers de Galbraith expliquent que ce n’est pas le New Deal, mais la Deuxième Guerre mondiale, qui a permis la sortie de crise, en s’appuyant notamment sur les propos de sir William Beveridge ( le père du welfare state britannique) selon lequel : « le seul remède souverain que le capitalisme ait jamais découvert contre le chômage, c’est la guerre ».
Cependant, en 1918 le monde ne ressemblait plus à ce qu’il était en 1914. Alors que le capitalisme était au début du 20e siècle la forme d’organisation économique dominante, au cours de la Première Guerre mondiale, en 1917, la révolution russe en imposait une nouvelle, le socialisme, faisant naître dans le prolétariat international des espoirs de changement complet de société. D’un autre côté, le centre de gravité de l’économie mondiale a changé. Les vingt années qui suivirent furent marquées par d'intenses luttes de classes d'un niveau qu'on n'a jamais connu depuis la fin des années 1960 dans le monde. La Seconde Guerre mondiale apportera les marchés que la bourgeoisie attendait, en Europe, mais surtout aux États-Unis. Ce n'était pas gagné. En mars 1919, le premier ministre britannique, David Lloyd George écrivait une lettre à son homologue français, Georges Clemenceau : « l’Europe toute entière est gagnée par l’esprit révolutionnaire (…). L’ordre établi, sous ses aspects politiques, social, économique, est remis en question par les masses de la population d’un bout à l’autre de l’Europe ». Le représentant américain à Paris, Edward M. House, exprimait les mêmes appréhensions dans son journal intime : « le Bolchevisme gagne partout du terrain (…). Nous sommes assis sur une poudrière qu’une étincelle peut faire sauter à tout moment ». De nombreux pays étaient en proie à des désordres sociaux, tant chez les vainqueurs que chez les vaincus, comme par exemple : la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Turquie, la Grèce, l’Autriche… et bien sûr l’Allemagne (avec la révolution spartakiste en novembre 1919). De plus, autre signe de ce mécontentement manifeste, les armées françaises et britanniques furent aussi secouées par des mutineries de soldats. Des grèves eurent également lieu en Angleterre. Des troubles éclatèrent aussi en Italie et en Espagne.

La révolution russe de 1917 avait marqué les consciences dans le prolétariat montrant grandeur nature, qu’une autre (autre que le capitalisme) forme d’organisation sociale et politique était possible, d’où les craintes des dirigeants politiques et des milieux d’affaires. Ainsi, les armées françaises et britanniques envoyées pour combattre la révolution bolchevique refusèrent parfois de combattre (ce fut notamment le cas à Arkhangelsk). Les troupes françaises durent être évacuées à Odessa et d’autres ports de la Mer noire après des mutineries.

La main invisible du marché restait la messe. Toute forme de dirigisme économique était rejetée. Pourtant, le krach de 1929 a redonné à l’Etat un rôle économique majeur, que la Deuxième Guerre mondiale renforça plus encore. On peut retrouver le même optimisme à courte vue qui règne chez nos décideurs dans le marasme causé par le virus. En 1930, Hoover déclara : « Tous les signes indiquent que les pires effets du krach sur l’emploi auront été surmontés d’ici à deux mois ».
Roosevelt employait le mot guerre comme Macron, comme si le pays était face à une « invasion ennemie venue de l’étranger ». En 1938, une personne sur cinq était encore au chômage. Lorsque l’Europe entre en guerre, l’économie américaine bénéficie d’un effet d’aubaine en devenant l’« arsenal des démocraties en guerre ». Après sa réélection en 1940, Roosevelt fait voter une loi de prêt-bail qui permet de vendre des armes aux pays engagés dans la guerre. Mais, suite au prétexte de l’attaque japonaise de Pearl Harbor, les États-Unis entrent en guerre et deviennent une immense industrie qui survient aux propres besoins du pays et de ses alliés. Par ailleurs,

Les États-Unis ne virent pas dans un premier temps d’un mauvais œil l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne car il apportait de la stabilité politique6, des marchés (IBM, Coca Cola, notamment investirent en Allemagne à cette époque) et un rempart contre le communisme. Le 6 janvier 1942, le message de Roosevelt est clair. Il faut produire : 60 000 avions, 45 000 chars, 20 000 canons de DCA, 18 millions. Les États-Unis ont suivi, à quelques années d’intervalle, l’Allemagne Nazie qui mobilisa toutes ses ressources pour développer une industrie de guerre. Le chômage baissa rapidement, il passa d’environ 6 millions à 700 000 entre 1933 et 1937. La militarisation de l’industrie allemande se fit progressivement, mais sûrement. Les dirigeants des entreprises furent satisfaits de bénéficier des commandes militaires, alors qu’elles étaient en situation de crise. De plus, le nazisme « faisait (…) disparaître par des garanties de livraison et de prix les incertitudes » ; comme nos fournisseurs de masques chinois... Le nouveau pouvoir apportait non seulement une sécurité économique pour les entreprises (par le biais des commandes militaires), mais de plus les industriels allemands pensaient aux avantages qu’ils pouvaient obtenir sur le plan social, la terreur pour continuer à « confiner » le mouvement ouvrier. Ces commandes militaires avaient une autre valeur et un autre impact économique que les millions de masques envoyés par la Chine avec lesquels elle ne va pas gagner « sa guerre », ni relever son économie fragilisée également par la pandémie.

Pourquoi sont-ce les commandes d’armements qui en Europe, comme aux États-Unis, ont relancé durablement l’économie ? Alors qu’en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, les entrepreneurs étaient fondamentalement contre toute forme de dirigisme économique ? Ce n’est pas l’augmentation du prix du pétrole en 1973 qui a mis fin aux trente glorieuses. Les signes de crise étaient manifestes dès le milieu des années 1960 en Europe, comme aux États-Unis7. Plus probablement la fin de la reconstruction. A-t-on oublié que le capitalisme est intrinsèquement instable. Une instabilité économique, sociale, technologique, scientifique, politique et militaire qui est en train de le mener à sa perte.

Les crises de 1929 et de 2020 ont en commun de s’être produites à un moment où le marché était la solution à tous les maux économiques et sociaux, celle de 2020 est beaucoup plus grave, mais pour l'ordre bourgeois, parce qu'il n'est plus en mesure de faire la guerre. Il reste un point commun entre 1919 et 2020 qui est à la fois la brutalité et la durée de la crise, et la perplexité des élites, des docteurs et des économistes face au phénomène. Quels ne furent pas en 1920, comme en 2020, les économistes pour qui l’économie était saine et qu’il fallait avoir confiance dans l’avenir.

La planche à billets va-t-elle tuer le covid-19 ou faire éclater la bulle ?




NOTES

1« La pandémie a creusé un clivage. Le monde du travail s’est coupé en deux : celui du travail physique et celui du travail numérique. Si cette division persiste, nous allons assister à la réinvention du clivage marxiste du XIXe siècle entre le capital et le travail. Entre l’employé en télétravail et la caissière de Casino, il y a une différence fondamentale, même si leurs rémunérations peuvent être équivalentes.(...) Repartira-t-on vers un système plus social-démocrate ? Sans doute. Le système capitaliste ne va pas disparaître pour autant, puisqu’il n’y a pas d’alternative ». (débat à l'OBS avec H.Védrines).
2Il y a un monde entre le prolétaire spectateur qui cotise à son petit livret A et, par exemple, le toubib starlette de télé M.Cymes qui est devenu multimillionnaire grâce à ses diverses activités médiatiques. Il a d’abord touché 1,5 million d’euros en vendant sa société de production télé, puis plus de 5 millions d’euros en cédant ses autres activités à Webedia. C’est un des personnages les plus médiatiques de la crise sanitaire. C’est aussi l’un des plus controversés, en raison de ses propos sur le coronavirus tenus il y a encore un mois. “Je ne suis absolument pas inquiet. C’est un virus de plus, c’est une forme de grippe”, assurait-il par exemple sur Europe 1 le 10 mars, soit une semaine avant le confinement.
3Ce livret est devenu insensiblement une arnaque. En 2018 un hebdomadaire titrait : « Livret A: les Français ont perdu près de 4 milliards d'euros en 2018 ».
4La presse financière exulte : « La Banque centrale européenne (BCE) a fait ce qu’il fallait pour éteindre l’incendie. Au total, elle va injecter un peu plus de 1 000 milliards d’euros d’ici à la fin de l’année. Cet argent est essentiellement consacré à racheter les obligations des pays de la zone euro. En clair, la BCE éponge les dettes des Etats, leur permettant de financer l’urgence, en particulier le chômage partiel et les prêts aux entreprises. Pour l’instant, ce plan a à peu près fonctionné. Les marchés se sont calmés ».
5Juin 1948 : Le dimanche, le pays connaît les queues les plus longues de son histoire. Chaque titulaire d'une carte d'alimentation ne peut changer que 60 anciens Reichsmark. Contre cette somme, il reçoit immédiatement 40 nouveaux marks, imprimés en secret aux Etats-Unis et acheminés dans le pays fin 1947 dans 23.000 caisses portant la mention « poignées de portes ». Les 20 marks restants leur seront versés en août. Et le lundi 21, le pays connaît le « miracle des vitrines » : les marchandises auparavant distribuées contre des tickets de rationnement ou plus souvent vendues au marché noir sont à nouveau disponibles. Sans restrictions.
Depuis 1945, près de 400 projets de réforme monétaire avaient été préparés, par les Allemands comme par les Alliés. Tous s'accordaient sur un point : il fallait impérativement éponger l'énorme masse monétaire en circulation, qui représentait dix fois les besoins, conséquence des dépenses de guerre des nazis. Toutes proportions gardées, il s'agissait de procéder comme le 1er novembre 1923, lors de l'introduction du Rentenmark _ devenu onze mois plus tard Reichsmark_ après une période d'hyperinflation consécutive au premier conflit mondial, qui avait conduit le dollar au niveau de 4.200 milliards de marks...
Outre le change des 60 premiers Reichsmark, les experts sont tombés d'accord pour remettre les compteurs quasiment à zéro. La moitié des sommes disponibles sur les comptes épargne est changée immédiatement, 100 Reichsmark donnant 10 deutsche Mark. Le reste est bloqué puis changé en octobre à raison de 3 deutsche Mark pour 100 Reichsmark. Au détriment des acteurs du marché noir, notamment des paysans. Les dettes sont, elles, converties au taux de 10 deutsche Mark pour 100 Reichmark, et les salaires, à celui de 1 pour 1. Selon Ludwig Erhard, qui deviendra ensuite le symbole du relèvement du pays en tant que ministre de l'Economie entre 1949 et 1963, puis chancelier durant trois ans, 93,5 % de la masse monétaire sont ainsi retirés de la circulation. Comme en 1948-1949, la monnaie a précédé la politique : le deutsche Mark a été adopté à l'Est le 1er juillet 1990, trois mois et trois jours avant la réunification. Alors que les experts jugeaient réaliste un taux de change de 1 deutsche Mark pour 5 Ostmark, le chancelier Kohl a choisi de procéder à un échange de 1 pour 1 jusqu'à 6.000 marks (et 1 pour 2 au-delà).
https://www.lesechos.fr/2002/02/le-miracle-du-deutsche-mark-1055099/ Une récente émission de la chaîne parlementaire a aussi bien rappelé la filouterie des américains.
6La crise de 1929 ou la leçon non apprise de l'histoire de Sophie Boutillier
7Sophie Boutillier doit connaître les analyses du CCI.

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