PAGES PROLETARIENNES

jeudi 8 février 2018

CONFERENCE SUR TERRORISME ET ANTITERRORISME


Invité à Lille pour exposer mon analyse du terrorisme par un cercle de jeunes révolutionnaires qui font référence fondamentalement au marxisme dans leur réflexion sur la société actuelle, qui organisent une série de rencontres avec des courants et personnalités diverses, j'ai tenu à les remercier pour cette invitation, tout en les prévenant que je suis fils de « terroriste », et que je pouvais fort bien jeter des bombes dans mon exposé comme au cours de la discussion qui s'ensuivrait. Mon père fût un des fondateurs des maquis d'Auvergne, ce qui relativise sa qualification par certains à l'époque de « terroriste ». L'exposé ne se déroula pas de façon classique formelle puisque, selon le désir des participants, il était interrompu par questions ou remarques à chaque fois que nécessaire ; ce qui ne diminuait en rien l'exposition mais permettait d'avancer ensemble.
En général les remarques ou objections furent assez pertinentes à ma grande surprise de la part d'éléments aussi jeunes, manifestant une réelle maturité politique, un étonnant sens critique contrairement aux excités des cervelles creuses gauchistes. Leurs questions ou remarques décoiffaient :
  • on n'a pas encore donné une définition réelle du terrorisme...
  • est-ce que le terrorisme a vocation à prendre le pouvoir ? (suite à la comparaison que je fais dans l'exposé du nazisme qui ne tue pas des centaines de femmes et d'enfants avant sa prise du pouvoir contrairement aux mercenaires tarés des gangs islamistes)
  • pourquoi le rôle des services secrets est-il systématiquement ignoré par les médias ?
  • Il y a une utilisation du terrorisme contre des populations désarmées qui n'excuse ni le terrorisme ni l'antiterrorisme...
  • une vraie révolte se définit par les fins qu'elle vise...
  • le terrorisme se pose en décalage avec toute alternative de société, la terreur ne pourra jamais être le moteur d'une future révolution...
  • l'action terroriste quelle qu'elle soit sert à retarder le mouvement historique vers une transformation révolutionnaire de la société...
  • daech maîtrisait assez bien le spectacle médiatique à la manière d'Hollywood...
  • il faut mesurer les conséquences de la raréfaction du travail sur l'éclatement de la société, et ce que signifie l'exclusion du mode de production...

J'ai observé une capacité hors du commun à prendre en compte et analyser le machiavélisme de la bourgeoisie, évacué par tout anar ou gauchiste moyen obnubilé par la théorie du « complot », qui ne serait que mensonge facho, mais tout prêt à se ranger derrière l'antifascisme médiatique dès que se produit un fait divers qui frôle une question politique.

La discussion très fraternelle mais sans ronds de jambe ni facilités fût suivie d'une seconde partie portant sur l'histoire du CCI. Conscients des limites du mouvement maximaliste actuel et informés partiellement des avatars des différents groupes et en particulier du CCI, ces camarades désiraient que je leur apporte des précisions sur ma trajectoire dans cette organisation et sur son fonctionnement interne, ce que je me suis efforcé de faire, tout en ne niant pas l'importance historique de ce courant pour les décennies après 1968, et la qualité des articles fournis par ce qui est devenu pour moi une secte, qui aurait dû crever il y a longtemps pour mieux renaître sur des bases saines. Je n'en dirai pas plus ici pour ne pas régaler anarcho-conseillistes, voyeurs divers et flics qui peuvent zieuter sur ce blog sans se dévoiler ni oser entrer en discussion. Je me suis efforcé de répondre à leurs demandes concernant le type de fonctionnement qui devrait être celui d'une organisation révolutionnaire moderne, prenant en compte la « dématérialisation » du prolétariat, mais pas sa disparition. Je les ai encouragés à aller aux réunions (rares) des groupes politiques hors du merdier inconsistant du trotskisme et de l'anarchisme, aller voir aussi du côté des rares Réunions Publiques du CCI et félicités pour leur démarche ouverte et pleine de bon sens.
Bonne route mes amis du prolétariat universel ! Même si elle est encore longue !


Voici l'exposé sous sa forme brute.

Aléas d'une savonnette idéologique


« Le monde tel qu'il est provoque des réactions désespérées ». G.Sanguinetti

Dans ce monde de guerres opaques et médiatisées, le terrorisme relève-t-il de la psychiatrie ? De la misère ? Des guerres impérialistes lointaines ? N'est-il que manipulations ? Mais au fond peut-on séparer le terrorisme de l'antiterrorisme ? Hurler avec les loups n'est-il pas aussi conformiste que de se féliciter que le sang coule ? Une réelle réflexion sur les campagnes anti-terroristes reste invisible chez le profane.

Hier, le régicide, l'attentat personnel fût un acte exemplaire contre les puissants autocrates.
Aujourd'hui : l'acte terroriste vise à effrayer le plus grand nombre, il est crime de masse.
Hier, le crime était décrit par le jeune Marx comme nécessaire à la société, au fonctionnement et à la rétribution de sa « justice ».
Aujourd'hui, la société a besoin du terroriste qui n'est le plus souvent que l'instrument de luttes de clans sur fond de conflits géopolitiques et bienfaits de la rente pétrolière.
Hier, le terrorisme ponctuel et aléatoire servait la cause des indépendances nationales.
Désormais, depuis l'étiolement du terrorisme stalinien et gauchiste, avec la chute du mur de Berlin, le terrorisme est devenu un entité mondiale sans patrie et à consonance religieuse, tel un armaguedon ou la sanction finale d'un monde sans avenir.
Chez les esthètes le débat fait rage ; l'ancien maoïste Olivier Roy n'y voit que révolte nihiliste (non pas radicalisation de l'islamisme mais islamisation de la radicalité) vision assez représentative de la compassion gauchiste pour justifier les crimes de faux ex-colonisés en colère. Gilles Kepel place l'islam comme explication centrale du terrorisme, ce qui convient mieux à l'explication officielle assommante.

Peu de groupes politiques, et très minoritaires, dénoncent à la fois terrorisme et antiterrorisme. Les groupes gauchistes, comme toujours, choisissent toujours un camp bourgeois, le plus pauvre de préférence. Le plus clair, le CCI, ne voit pas le grand remplacement du stalinisme opéré par l'idéologie islamiste fruit de toutes les manipulations médiatiques ni ne s'intéresse aux questions culturelles alors qu'il faut prendre en compte que les pires arriérations religieuses voisinent avec les gratte-ciels comme l'a dit un jour le Trotsky désarmé vers 1940.

Essayons d'examiner rapidement ce qui est commun aux terrorismes d'hier et d'aujourd'hui. D'abord c'est la conspiration, qui est le propre d'une poignée d'individus et le complot qui concerne le personnel supérieur de l'Etat ou d'instances multinationales. Ceux d'aujourd'hui, comme les nihilistes russes de la fin du 19 e siècle, ont le sentiment de n'être rien, mais un mépris de la mort alimenté par la superstition religieuse. Dans le cas du terrorisme islamique, qui est devenu le principal acte de terreur, la religion sert de justification comme science mais cache des intérêts très prosaïques à la fois de l'exécutant terroriste que de la part de ses commanditaires. Le terrorisme ne peut être lié à l'immigration comme le prétendait Sarkozy.
Hier avec l'acte personnel anarchiste comme aujourd'hui avec l'acte criminel à vocation islamiste, le personnel exécutant est généralement issu des couches petites-bourgeoise ou petites-beurgeoises mécontentes de leur sort, et très souvent, dans le cas islamiste, du lumpenprolétariat.
Le terrorisme actuel est très divers mais il est rarement spontané. Il peut être favorisé par la création de bandes armées mercenaires en Afghanistan comme en Syrie qui, avec le soutien de tel ou tel impérialisme, seront amenées à se développer de manière plus ou moins autonomes. La CIA peut encore se réclamer de la paternité d'Al Qaida et l'Arabie Saoudite et le Qatar ont certainement plus contribué à créer daesch que les troupes de feu Saddam Hussein. La maîtrise des exactions ultérieures ne peut être totale mais leur utilisation comme repoussoir par contre complètement. C'est d'ailleurs pourquoi la dénonciation hystérique des attentats sans cesse renouvelés ne pourra jamais permettre l'arrivée au pouvoir d'un islamisme fantasmé ; si les nazis avaient mené pendant les années 20 et 30 de tels attentats contre les populations civiles innocentes, ils ne seraient jamais parvenus au pouvoir ; leurs crimes ils les ont commis une fois au pouvoir.

Penser le terrorisme et l'anti-terrorisme nous renvoie à la question de la guerre mondiale, qui est toujours dans les cartons des généraux de tous les pays. Le terrorisme lancinant et à répétition exprime le fait que la bourgeoisie ne peut pas aller à la guerre mondiale. Situation cruelle pour les victimes à venir, mais qui interroge quand on voit qu'il avait suffi de l'assassinat d'un simple archiduc pour déclencher la première boucherie mondiale, et qu'aujourd'hui on tue surtout des centaines de femmes et d'enfants de toutes nationalités sans que cela n'occasionne d'autre révolte que des processions larmoyantes.
En vérité guerre et terreur sont les vrais liens du terrorisme actuel dans l'opacité médiatique où on nous fait prendre des vessies pour des lanternes, et où la novlangue avec ses mots valises passe son temps à nous expliquer que les complots n'existent pas et que croire cela c'est être un fasciste qui sommeille.

Un ancien ministre du précédent président nous radotait que « nous sommes en guerre » pour justifier l'impuissance ou l'imprévision des services de police face aux cruels attentats renouvelés. Nous lui répondons, nous les prolétaires d'Europe, que non nous ne sommes pas en guerre ! La plupart des chefs d'Etat des grandes puissances sont en guerre, des guerres loin des centres où l'on envoie des armées de métier – c'est pourquoi la lutte prolétarienne contre la guerre n'est plus possible comme hier – et que la seule réponse à cette guerre serait de penser que les populations des pays riches sont complices et qu'il faudrait se ranger derrière la charité des radicaux réformistes, les gauchistes, pour se lamenter sur le sort des migrants jetés à la mer. L'idéologie gauchiste n'est qu'une des mystifications bourgeoises pour noyer et culpabiliser le prolétariat dans un secourisme politique parfaitement creux et qui n'aide en rien ni les migrants ni ne milite pour l'arrêt des guerres « lointaines ».

Les prolétaires européens qui mettent des hydrocarbures dans leur voiture pour aller au travail seraient-ils des complices de leur Etat et des héritiers du colonialisme ?


  1. LE TERRORISME A LA FIN DU 19e SIECLE :



Marx a réagi avec colère à l’action des Fenians. Dans une lettre à Engels, il écrivait : “Le dernier exploit des Fenians à Clerkenwell est une affaire complètement stupide. Les masses londoniennes, qui ont fait preuve d’une grande sympathie à l’égard de la cause irlandaise, en seront furieuses, et cela les conduira directement dans les bras du parti au gouvernement. On ne peut pas attendre des prolétaires de Londres qu’ils acceptent de se faire exploser en l’honneur des émissaires des Fenians. Il y a toujours une sorte de fatalité à propos d’un tel secret, une sorte de conspiration mélodramatique ».
La colère de Marx était d’autant plus grande que, peu de temps avant l’explosion de Clerkenwell, de nombreux ouvriers anglais avaient participé à des manifestations en solidarité avec cinq Fenians exécutés par le gouvernement britannique en Irlande.
MARX EN 1885 :
« La terreur des membres de la Volonté du peuple est un moyen spécifiquement russe, historiquement inéluctable, à propos duquel il convient aussi peu de moraliser, de se demander si l'on est pour ou si l'on est contre, qu'au sujet du tremblement de terre de Chio ».
Or, à la fin du siècle ce n'est plus vrai. Piotr Tkatchev avait théorisé le terrorisme depuis 1861, il le justifiait dans une lettre à Engels du fait qu'il n'existait ni liberté de la presse en Russie ni prolétariat. Lénine et le parti bolchevique rejetteront la stratégie de la conspiration et de l'attentat.
Chez l'étonnant Lénine de 1918 dans « les tâches immédiates du pouvoir des soviets » en lien avec la place de la petite bourgeoisie :

«  Et il est évident que tous les éléments de décomposition de la vieille société, fatalement très nombreux et liés pour la plupart à la petite bourgeoisie (car c'est elle que chaque guerre ou crise ruine et frappe avant tout), ne peuvent manquer de « se manifester » dans une révolution aussi profonde. Et ils ne peuvent « se manifester » autrement que multipliant les crimes, les actes de banditisme, de corruption et de spéculation, les infamies de toute sorte. Pour en venir à bout, il faut du temps et il faut une main de fer ».

« En toute période de transition, on voit surgir cette racaille qui existe dans toute société et qui, elle, non seulement n’a aucun but, mais est même dépourvue de toute trace d’idée […] Les individus les plus abjects avaient soudain pris le dessus, s’étaient mis à critiquer ouvertement ce qui est sacré, alors qu’auparavant ils n’osaient même pas ouvrir la bouche. » (Les Possédés, III, i, Dostoïevsky)

On voit que la notion de décomposition est ancienne et pas une création du CCI. La décomposition du capitalisme peut-elle expliquer à elle seule le terrorisme actuel ? On y reviendra.

La révolution prolétarienne en Russie sanctionne la fin de l'acte personnel (mot de Pannekoek) mais son impossible extension ouvre la voie à sa réapparition, et Lénine en sera même une des premières victimes et usera de méthodes plus expéditives que notre Etat de droit face à ses propres terroristes.

  1. LE TERRORISME DES LIBERATIONS NATIONALES et des années de plomb :

A part Trotsky ministre d'Etat, on n'a jamais vraiment théorisé un terrorisme prolétarien. L'idée de terreur rouge est un non sens du point de vue du marxisme. Cependant nos maîtres ne méprisent jamais le terroriste individuel (de Marx à Pannekoek, voire saluent son courage (Van der Lubbe et Bilan), le caractérisent comme acte désespéré (Chirik et anecdote CCI sur Bande à Baader).
Il y a toujours un aspect sacrificiel.

Evocation de la décolonisation de l'Algérie à la Palestine.

Evocation du terrorisme issu de la décomposition du stalinisme et du gauchisme = absence du prolétariat ou repli sur la scène historique. Conjonction des activistes gauchistes et poseurs de bombe staliniens.

Terrorisme des Etats voyous préliminaires à la dislocation des deux blocs.

  1. LE NOUVEL AXE DU MAL : LE TERRORISME RELIGIEUX

Laisser de côté les mots valises tel que islamo-fascisme et islamophobie = novlangue.

La fin des deux blocs ne peut s'expliquer par la décomposition, car la guerre froide ne pouvait être que temporaire et déboucher sur une guerre mondiale qui n'eût pas lieu. C'est une implosion des deux blocs qui rebat les cartes et ravive les conflits locaux. On voit aussi le phénomène des pays émergents, un aspect guerre de tous contre tous même si les Etats-Unis restent la puissance dominante militairement et économiquement, seulement concurrencée par la Chine et la Russie. Avec la raréfaction du travail excluant d'énormes masses de la population mondiale et le tout mis sur le dos de la seule crise écologique, on assiste à un retour à un capitalisme libéral plus proche du modèle du 19e siècle, mais perpétuellement chancelant sous les coups de crises financières à répétition. L' économie semble articulée aux actions terroristes délétères sans qu'on puisse prouver un lien de cause à effet ni comment l'attentat relève aussi de la rechercrhe effrénée du profit, ce qu'on verra plus précisément dans le cas des massacres en Algérie.

Il faut relever que l'acte terroriste est d'abord personnalisé à outrance. Les auteurs sont généralement d'origine arabes et invoquent eux-mêmes l'islam comme base politique de leur action. Ce qui est complètement creux et pourrait plutôt en effet relever de la psychiatrie, ou, pour parodier le CCI, d'une décomposition du psychisme rationnel moderne. Le nouveau ministre de l'Intérieur Gérard Colomb avait cru bon il y a peu de « mobiliser les hôpitaux psychiatriques » à ce sujet ; avec la pantalonnade des impuissantes campagnes de déradicalisation, cela ne fait pas très sérieux.

Un nouveau fascisme le terrorisme islamique ?

Non, même si on peut trouver des accointances : meurtre des ennemis politiques, antisémitisme, imposition du dogme religieux et de ses rites à des populations prises en otage et violées, mépris des femmes, culte des armes et des égorgements). Il n'a pas la fonction contre révolutionnaire du nazisme. La classe ouvrière n'existe pas plus pour la racaille terroriste que pour les bourgeois vendeurs d'armes. Ils ne sont que les idiots utiles pour règlements de compte entre gangs capitalistes. Sauf à ne pas oublier la composition des corps francs en 1918 et les putschs ratés de Kapp et d'Hitler, je n'ai pas trouvé d'attentats nazis contre la population indiscriminée avant 1933.
C'est justement parce qu'il ne peut pas être assimilé au fascisme que les réformistes radicaux, les gauchistes, sont muets en général au moment des attentats islamistes, dits islamistes... (cf. l'attentat de Barcelone) et que la vision antiterroriste déconcertante et irréelle du gauchisme reste le vieux refrain antifasciste . Quant au terrorisme « tiers-mondiste » c'est la faute à la société capitaliste. CQFD. Simple et complice.

Le terrorisme serait secondaire face au permanent « danger fasciste » :

Le massacre du tueur d'Oslo en 2011 servit à lancer une incroyable campagne anti-nazie. Le tueur Anders Breivik était emblématique du raz de marée d'attentats fascistes qui allaient se répandre dans le monde. Nos intellectuels gauchistes en frissonnaient de terreur ; ce ne fût pourtant qu'une misérable chasse à la baleine « ultra-droite » qui met tant en péril nos démocraties parlementaires et corrompues !
Breivik fait partie heureusement (et malheureusement) d'une minorité de psychopathes, qui existent aussi chez les encadrés islamiques, capables de tuer sans remords et formé au meurtre indifférent par la vision prolongée des images de torture et de meurtres sanguinaires de daech et des cartels de la drogue en Amérique du Sud, visibles sur internet.
La police française a elle-même finie par être intoxiquée par ce fantasme gauchiste – le fascisme imaginaire père de tous les dangers – puisque pendant plusieurs jours elle soupçonna les « milieux d'extrême-droite » d'avoir fait le sale boulot de Merah.

Cachez cette religion que je ne saurais voir !

L'islam est supposée être la religion des pauvres dans le pauvre cerveau gauchiste moyen, donc il faut la respecter même si elle ne respecte à peu près rien de ce qui est humain. Le gauchiste a bonne conscience en se répétant tous les matins que la violence terroriste est anti-colonialiste. Le gauchisme, et sa vieille canne le trotskisme, choisit toujours un camp bourgeois ou n'importe quel « camp armé » dans sa vision simpliste et chrétienne de la « guerre révolutionnaire » !

Comme avec le cas du tueur d'Oslo, l'attentat de Charlotteville le 12 août 2017 déclencha une hystérie antifasciste chez nos réformistes radicaux ! Des deux côtés de l'océan Atlantique s'éleva un concert de protestations contre une forte poussée du nazisme aux USA, alors qu'il s'était agi du crime d'un seul lâche abruti au volant d'une voiture fonçant dans la foule.

Six jours plus tard, au cœur de l'été, silence-radio sur le massacre à Barcelone et sur le camion fou à Nice (prétexte « on ne doit pas se solidariser avec notre Etat »). Attentats autrement plus graves qui ne firent l'objet que d'une remarque laconique de Besancenot parlant de « manifs humanistes », tout en adhérant à la théorie fumiste "qu'il n'y a pas de guerre propre" et en filigrane qu'il est normal qu' "ils" tuent nos enfants puisque "on" tue les leurs. Le CCI fît lui aussi preuve d'humanisme lors du massacre de Charlie et du Bataclan, interprétant bizarrement la réaction secouriste naturelle des survivants auprès des blessés presque comme une solidarité de classe.
Les régulières funérailles patriotiques bourgeoises ne font plus applaudir les flics comme au tout début, car ils protègent bien les puissants, s'étonnent qu'on conchie leurs bavures, et ne se rendent pas compte qu'ils ne nous servent à rien en cas d'attentats ou de guerre.

Les messes antifascistes de gauchistes sont généralement effacées par les messes antiterroristes. Ni soutenir, ni participer, tel doit être notre mot d'ordre du point de vue du prolétariat. En précisant qu'on ne peut ni approuver la férocité des assassins ni adhérer aux coups de clairons policiers de l'Etat.

QUI COMPOSE LES RANGS DU TERRORISME ET LEURS MOTIVATIONS ?

J'ai déjà cité Lénine, mais je n'en avais pas besoin pour identifier d'où viennent les assassins terroristes, d'une petit bourgeoisie décadente et d'une petite beurgeoisie perpétuellement insatisfaite. Dans un article sur le bobo Baudelaire, Walter Benjamin décrivait bien avant guerre ce qui fonde le conspirationniste :

« Benjamin insiste encore sur l’écart, et l’opposition, entre la position de la vie excentrique du décadent vis-à-vis de la société capitaliste et celle de la politique révolutionnaire : « Dans la personne du flâneur, l’intelligence va au marché. Pour en contempler le spectacle, croit-elle, mais, en vérité – pour y trouver un acheteur. A ce stade intermédiaire où elle a encore des mécènes, mais déjà commence à se familiariser avec le marché, elle se présente comme bohème. Au flou de sa situation économique correspond le flou de sa fonction politique. Laquelle apparaît de la façon la plus visible chez les conspirateurs professionnels, qui tous viennent de la bohème. Leur premier champ d’action est l’armée, puis la petite bourgeoisie, occasionnellement le prolétariat. C’est pourtant parmi les véritables chefs du prolétariat que cette couche sociale trouve ses adversaires. Le Manifeste communiste met fin à son existence politique. La poésie de Baudelaire tire sa force du pathos de la rébellion que cultivent ces groupes » (Ibid., p. 59).

La majorité des islamistes dits radicaux des années 1980 étaient des enfants de fonctionnaires et des classes moyennes. La nébuleuse qui sympathise avec le terrorisme, avec l'argument du romantisme palestinien, fonctionne avec les bobards qui circulent sur les réseaux sociaux, voue une admiration contrariée par les viols à Tariq Ramadan, se distrait chic et subversif avec Dieudonné, sans oublier les analyses foireuses du réseau Voltaire et les fake news qui servent à oblitérer tout sérieux raisonnement politique.

L'attraction pour le voyage en djiad est une variante du club Med : du fric, des voyages offerts, de l'aventure (souvent brève), des équipements modernes (une vraie kalach), une image de héros anti-souchiens aux yeux des nanas qui ne demandent qu'à être convertie son leur leur offre le coucher et le manger, le paradis garanti avec les houris impatientes (pour les plus neuneus) ; tout cela et guère plus face à une vie monotone sans flouze et sans prestige.
Ils n'auront été que de pauvres mercenaires dans l'attente de se retrouver au pénitencier une fois de retour au pays.

Individuel ou télécommandé et soigneusement organisé le terrorisme dit islamiste s'est fondu dans le terrorisme des Etats bourgeois, il n'est finalement qu'un de ses instruments, qu'il amplifie. On a presque tout dit et rien dit sur Al Qaida et daesch, et on n'a pas le temps d'épiloguer ici sur les manipulations des uns et des autres, mais je voudrais terminer en illustrant comment peut procéder le machiavélisme des Etats qui dénoncent « haut et fort » le terrorisme en évoquant le cas de l'Algérie à l'époque de ce qu'on a appelé la guerre civile qui fît deux cent mille morts en 1992 et 1998, avec le témoignage de Hocine Malti dans son très intéressant ouvrage : « Histoire secrète du pétrole algérien » (la découverte, Paris 2010) sur le machiavélisme des généraux corrompus :

« Il leur fallait démontrer aux yeux du peuple algérien et du monde que les islamistes étaient des monstres qui, s'ils venaient à accéder au pouvoir, instaureraient un régime sanguinaire. Et l'Algérie n'y avait échappé que grâce au coup d'Etat qu'ils avaient organisé, leur présence aux rênes du pouvoir n'en devenant que plus nécessaire. Le Schéma machiavélique mis au point, principalement par les généraux Larbi Belkheir, Mohamed Médiène et Smaïl Lamari, consistait à noyauter les groupes armés se réclamant de l'islam pour les pousser à commettre les pires crimes, en Algérie même mais aussi à l'étranger.
Ils voulaient ainsi convaincre la communauté internationale – et surtout le gouvernement français, qui avait été plutôt sceptique à leur égard au moment du coup d'Etat – que son intérêt était de les soutenir. Ils montèrent alors plusieurs opérations exécutées par des islamistes manipulés : détournement d'un Airbus d'Air France Alger-Paris en décembre 1994 ; vague d'attentats sur le territoire français, dont celui, particulièrement meurtrier, de la station RER de la place Saint-Michel à Paris en juillet 1995, assassinat des moines de Tibhirine en mai 1996 ; et maintes autres actions criminelles, évidemment toutes revendiquées par les « groupes islamistes armés ». Le message à l'intention du gouvernement français qui accompagna ces crimes était en substance le suivant : « Soutenez-nous et faites taire les organisations de défense des droits de l'homme et autres ONG françaises qui nous accusent de manipulations et d'exactions que nous n'avons pas commises. A défaut, voilà ce qui vous attend dans le cas où le FIS et ses composantes arriveraient au pouvoir en Algérie. Nous sommes en réalité la première ligne de défense de l'Occident face au péril vert ». L'auteur qui était employé par la Sonatrach à l'époque raconte très bien comment le lobby pétrolier de Bush et Dick Cheyney s'est lancé à la conquête des hydrocarbures algériens, et que ce sont les attentats du 11 septembre 2001 à New York qui ont aussi servi à resserrer les liens de coopération entre l'Algérie et les Etats-Unis.


Une chose frappe enfin lorsque l'on fait un historique du terrorisme comme ce petit bilan non exhaustif c'est l'absence du prolétariat dans l'équation : terreur des Etats en guerre/ terrorisme machiavélique.

Lorsque le prolétariat apparaît ou réapparaît sur la scène de l'histoire (Russie 1917, France 1968), le terrorisme redevient chauve-souris, son action relève de la nuit, de l'ombre, de la conspiration.

Le terrorisme réapparaît si le prolétariat subit d'importantes défaites sociales et politiques, ou n'a pas été capable de tenir ses promesses de bouleverser la société de classes.

En effet, depuis plusieurs décennies, on ne peut pas considérer qu'il y a eu de grandes affirmations du prolétariat, ou alors de manière très locale ou très trade-unioniste. Les soit disants « révolutions arabes », le temps qu'elles ont duré (malgré aussi leur forte manipulation) avaient gommé de la scène le spectacle terroriste.

Dans le cas de l'Algérie, où existe un prolétariat bien plus important qu'en général ailleurs en Afrique, et lié au prolétariat en Europe, les prolétaires comme la population indifférenciée ont laissé l'armée venir à bout des bandes terroristes mais sans pouvoir se retourner contre cette même armée qui avait si bien sponsorisé ces mêmes assassins.

C'est hélas dans les pays les plus importants où le prolétariat peut s'affirmer qu'il est possible de faire reculer le terrorisme et donc la guerre. Car le terrorisme est résolument un assassin des ouvriers (une spécialité de daech était d'assassiner tous les ouvriers en grève).

Le terrorisme peut être cependant utilisé contre la lutte de classe au moment de son déroulement dans des conditions confuses ou peu favorables à une véritable internationalisation ; ce fût le cas en Italie pendant les années de plomb.

Qu'il soit produit par des bandes armées autonomes ou monté de toute pièce par les services spéciaux d'un Etat, le terrorisme finit toujours par servir un ou plusieurs Etats dans cette sorte de guerre mondiale opaque que nous subissons.
Le principal ami du terrorisme est l'antiterrorisme au nom duquel peut régner et sermonner n'importe quel dictateur africain, Macron ou Poutine ou Trump.
Comme tel, le terrorisme, l'acte qui vise à tuer massivement en semant la terreur chez le plus grand nombre et avec une résonance mondiale immédiate, n'est plus, à de rares exceptions, que le prolongement de la guerre permanente dans la chair des civils et des enfants.
Il est injustifiable même s'il est commis par un ancien colonisé lecteur de Sartre, basané et mal dans sa peau.

Un ancien premier ministre nous agaçait quotidiennement en nous promettant dix ans de terrorisme garanti. Le terrorisme ne pourra cesser qu'avec une prochaine guerre mondiale ou reprendre du service après une éventuelle révolution des masses paupérisées qui ne pourra jamais éradiquer les anciens amis du capitalisme au début d'une difficile transition du capitalisme au communisme, pour l'heure plus imaginaire que tangible.

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