PAGES PROLETARIENNES

jeudi 24 mars 2016

LES INVALIDES POLITIQUES DE LA « semaine anti-coloniale et antiraciste »


par Eric Aucordier

« Ceux qui espèrent obscurcir notre combat en insistant sur les différences ethniques aident au maintien de l'exploitation des masses, c'est-à-dire des Blancs pauvres, des Noirs pauvres, des Hispaniques, Indiens, Chinois et Japonais pauvres, bref de l'ensemble des travailleurs (...). Nous ne combattrons pas l'exploitation capitaliste par un capitalisme noir. Nous combattrons le capitalisme par le socialisme. »
(Bobby Seale, Seize the time. The story of the Black Panther Party and Huey P. Newton)

Il faut dénoncer l'escroquerie anti-prolétarienne de la "Semaine Anticoloniale et Antiraciste, du 5 au 21 mars 2016". Ils ont tous signé ! Crapules sous fascistes du PIR, antisémites du BDS, gestionnaires syndicaux de la force de travail CGT, réformistes braillards du NPA et leur rejeton CCR, fervents admirateurs de "soleils de l'humanité" stalino / maoistes du PCOF et anarchistes en carton AL, CNT, tous ont signé la charte de la semaine anti coloniale, et appellent à descendre dans la rue le 19 Mars 2016 à Barbès.
Pourtant derrière une façade de revendications à vocation émancipatrices, se cachent de véritables pièges qui ont démontré dans le sang leur caractère foncièrement anti prolétarien. L'introduction du texte montre des faiblesses qui ne justifient pas les capitulations épouvantables qui suivront par la suite, mais l'expliquent partiellement. Regardons de plus près :
1/ "Les guerres menées par la France comme par les autres puissances impérialistes sont des guerres de pillage et d’ingérence pour le contrôle des ressources. Ces guerres sèment le désastre. Elles tuent des civils, et font des dizaines de milliers de morts, des millions de blessés et de déplacé, provoquent des viols et des mutilations de milliers de femmes réduites à l’esclavage.
Elles créent la misère la bas et entretiennent un climat de peur et de militarisation ici. Ces guerres s’ajoutent aux autres moyens utilisés contre les peuples (dette, occupations, accaparement des terres …) pour renforcer partout la domination coloniale et néocoloniale (Françafrique, Moyen Orient, Palestine, colonies françaises…)"
Réponse : Voila qui commence mal. Cette définition de l'impérialisme inspirée d'un Lénine vieillissant dans une URSS désespérément à la recherche de débouchés commerciaux, nous présente un monde coupé en deux, avec d'un côté de vieilles bourgeoisies séniles occupées à piller de jeunes nations porteuses d'un capitalisme sain et juvénile. Rien n'est plus faux. Dans des textes comme l’Accumulation du capital (1913) et la Brochure de Junius (1915), Rosa Luxembourg montre que l’impérialisme n’est pas simplement une forme de pillage commis par les pays développés au dépens des nations arriérées mais qu’il est l’expression de l’ensemble des rapports capitalistes mondiaux :
“La politique impérialiste n’est pas l’essence d’un pays ou d’un groupe de pays. Elle est le produit de l’évolution mondiale du capitalisme à un moment donné de sa maturation. C’est un phénomène international, un tout inséparable qu’on ne peut comprendre que dans ses rapports réciproques et auquel aucun État ne saurait se soustraire” (Brochure de Junius).
Il n'y a pas lieu ici de développer les théories de ces deux géants du mouvement ouvrier, mais de constater que les impérialismes Turc, Chinois, Iranien, etc, existent bel et bien, ce qui incontestablement valide la théorie de Rosa. Prenons pour exemple le cas de l'Iran, si cher à Houria Boutelja "racialiste" devant l'éternel, et qui n'a de cesse de dénoncer l'occupation de la Palestine. Ce pays sorti victorieux d'une lutte de libération nationale, exploite non seulement son propre prolétariat d'une façon aussi éhontée que n'importe quelle dictature sud américaine à la solde d'un impérialisme, envoie des soldats combattre en Syrie et en Irak, créé des milices au Liban et au Yémen et opprime avec férocité une partie du Kurdistan. En témoigne ce rapport pour "l'Association pour les Droits Humains au Kurdistan d'Iran-Genève", (a) qui explique :
"Alors que le Kurdistan iranien est, en terme de richesses naturelles (pétrole, agriculture ressources minérales), avec l’Ahwaz (territoire de la minorité arabe) l’une des régions les plus riches d’Iran, un rapport publié en avril 2006 par l’ONU montre, chiffres à l’appui, que cette zone est l’une des plus discriminées et des appauvries du territoire. (...)
Parallèlement au pillage économique, le régime iranien pratique, depuis son arrivée au pouvoir en 1979, une politique de « dékurdistanisation, à savoir :
Les jeunes Kurdes sont amenés à quitter le Kurdistan avec leur famille car ils n’y trouvent pas de travail. Le régime n’investit pas au Kurdistan et toutes les richesses minérales et pétrolières extraites au Kurdistan sont traitées dans les provinces Perses comme Shiraz, Abadan et Téhéran.
Depuis la déclaration de « la guerre sainte » par l’ayatollah Khomeini, chef islamiste de l’Iran en 1979, les Kurdes subissent une politique très sévère de répression, de discrimination et de nettoyage ethnique.
A la suite des bombardements des villes kurdes par l’armée Iranienne en 1979, 52.000 civils Kurdes ont été tués et plus d’un demi-million Kurdes ont quitté leurs villes et leurs villages."
Contrairement à un Lénine qui voyait dans le capitalisme un système encore “progressiste” et même révolutionnaire dans les aires néo coloniales alors qu’il se décomposait en Occident, l'analyse de Rosa prenant pour base le développement du marché mondial, et non pas la vision d'un monde divisé en nations isolées, expliquait qu'il ne pouvait plus y avoir d’expansion réelle du marché mondial (la première guerre impérialiste mondiale l’a prouvé définitivement), mais seulement une redistribution violente des marchés existants. Dés lors, la seule possibilité pour une nation, petite ou grande, de se “défendre” est de s’allier à un impérialisme contre les attaques d’un autre impérialisme et d’avoir elle-même une attitude impérialiste vis-à-vis de nations plus faibles, et ainsi de suite. Toutes les nations sont impérialistes, et pourtant l'introduction du texte de la "semaine coloniale", nous pousse déjà dans les bras de pseudos "libérateurs", "anti impérialistes" et égorgeurs d'ouvriers, que sont Pol Pot, le Hamas et Khomeiny ! Retour à la charte :
2/ "Parce que nous nous opposons aux mesures d’exception, aux violences policières et au contrôle généralisé des populations qui ciblent en priorité les personnes musulmanes ou supposées telles, les quartiers populaires et les mouvements sociaux."
Réponse : L'exemple du Kurdistan iranien que je viens de donner, et qui reste dans une analyse globale de l'impérialisme à l'échelle mondiale, prouve le contraire. C'est une classe, la bourgeoisie, qui oppresse, et ses dirigeants peuvent être musulmans, chrétiens ou autres.. N'en déplaisent aux cliques des indigènes de la République et autres gangsters affiliés, la race et la religion n'ont jamais déterminé la classe.
Mais tout ceci n'est qu'un vulgaire tour de passe passe. Pour vendre leur camelote islamiste, nos "anti-racistes" ont délaissé en cours de route, et sans prévenir quiconque, cette analyse de l'impérialisme à l'échelle mondiale qui servait de base à l'introduction de leur texte, pour mieux se retirer sur leurs frontières nationales, et ainsi expliquer que les seules victimes de l'impérialisme sur cette foutue planète, seraient musulmanes !
Cette pratique qui vise aussi à tirer un trait d'égalité entre la situation des masses musulmanes sous férule néo coloniales et la vie d'un immigré en banlieue parisienne, relève au mieux de la plaisanterie. A écouter ces imbéciles, il semble que le SMIC et autres prestations sociales APL, etc, ne soient à disposition que de la France "blanche", et que l'état bourgeois organise régulièrement les fameuses et épouvantables "ratonnades" de sinistre mémoire.
Faut il rappelé ce que fut le "Code de l’indigénat", imposé par la France en 1887 à l’ensemble de ses colonies ? Il distinguait les « citoyens français » (de souche métropolitaine) et les « sujets français » (les colonisés). Les sujets français étaient privés de leur liberté (de circulation, de résidence, de travail…) et de leurs droits politiques, seul leur statut personnel (relevant de la religion ou des coutumes) était conservé.
On constate de suite l'utilité que revêt aux yeux de la bourgeoisie la prose imbécile des bavards racialistes. Au lieu d'organiser la classe ouvrière sur une plate-forme commune de lutte contre le capitalisme, ils ne font que dresser les uns contre les autres les plus pauvres d'entre nous, au nom de leur couleur de peau. Finie la lutte des classes, et place à la lutte des « races », ou les patrons, militaires, juges et flics colorés, seront toujours plus présentables qu'un Juif SDF, forcément assimilé à Israel.
Personne ne nie que les prolétaires d’origine immigrée subissent des discriminations de toutes sortes, à l’embauche, au logement, et qu'ils sont couramment victimes de violences policières. Mais affirmer que ce particularisme n’est qu’une forme de continuation du système colonial, qu’il faut supprimer par un combat « décolonial » n' aucun sens. Durant les 50 ans qui nous séparent des derniers accès à l’indépendance des anciennes colonies, les capitalistes ont opéré un écrasement des salaires (directs et indirects) à l’échelle mondiale. Les travailleurs ex-colonisés ont représenté une main d’œuvre peu formée et bon marché. Leur émigration en France a donc eu lieu dans le cadre général d’un rapport salarial défavorable au prolétariat, ce qui a permis au patronat de maintenir la situation de ces exploités, de leurs familles, dans le cœur du processus de dégradation généralisée des conditions de vie. Substituer à cette analyse celle du « racisme d’Etat », c’est occulter la responsabilité des capitalistes en déplaçant le problème sur le terrain inoffensif de la morale.
Pour clore ce chapitre, j'ajouterai que près de 200 millions de chrétiens sont victimes d’intimidations, de discriminations, de violences à travers le monde, et je ne parle pas des oppressions subies par les bouddhistes ou autres athées. Limiter l'oppression impérialiste au monde musulman est un mensonge. Touchons maintenant du bout du doigt le sommet de la farce anti-raciste :
3 / "soutenir le droit à l’autodétermination des peuples en apportant notre solidarité aux forces de résistance et d’émancipation."
Réponse : Pour dénoncer ce subterfuge interclassiste, il est bon de faire un saut dans le temps. Alors que l'impérialisme et la domination du capital financier s'imposaient au monde en ce début du XX ème siècle et que la première guerre mondiale signifiant le repartage des colonies entre les puissances coloniales, achevait la mue d'une bourgeoise auparavant révolutionnaire en une classe parasitaire, définitivement réactionnaire, s'est posée la question au sein du mouvement ouvrier de savoir à quoi ressemblerait les révolutions dans les aires soumises aux puissances impérialistes.
Posons le problème tel qu'il se présentait : Si dans les pays Occidentaux, la bourgeoisie révolutionnaire de 1789 avait ouvert la voie aux réformes bourgeoises - terres aux paysans, droits démocratiques, séparation de l'église et de l'état, il n'en était pas de même dans les pays sous domination impérialiste, ou ces droits restaient à acquérir.
Trotsky, et contrairement aux misérables gauchistes qui se réclament frauduleusement de son nom, hier encore à la ramasse de Pol Pot et de Khomeiny et aujourd'hui aux basques du Hezbollah ou du Hamas, expliquait que les bourgeoisies nationales des pays économiquement arriérés, bien qu'elles détestent la domination impérialiste qui leur enlève le droit à prélever toute la plus value produite à l'échelle de la nation, redoutent par dessus tout d'entraîner le prolétariat dans une révolution contre ce même impérialisme. Armer et engager le prolétariat dans la lutte, c'est pour le bourgeois nationaliste et anti impérialiste, prendre le risque de le voir dans un même élan s'emparer du pouvoir et exproprier toute les fractions bourgeoises, impérialistes ou non, y compris la sienne.
Ce pronostic validé par les événements de 1905 ou les soviets ouvriers s'étaient vus écrasés par une bourgeoisie russe terrorisée, avait amené Trotsky a formuler sa célèbre théorie de la "Révolution permanente", que l'on peut résumer ainsi :
Dans les sphères néo coloniales, c'est au prolétariat sur un programme de classe, de prendre la direction de la révolution en entraînant derrière lui les masses opprimées, CONTRE l'impérialisme, et CONTRE la bourgeoisie nationaliste. C'est à ce même prolétariat que reviendra la tâche de distribuer la terre aux paysans, de séparer l'église de l'état et d'accorder les droits démocratiques aux masses, PUISQUE LA BOURGEOISIE EN EST INCAPABLE. Mais dans le même temps, la classe ouvrière, conformément à ses intérêts de classe, expropriera la bourgeoisie et se chargera d'étendre la révolution prolétarienne hors de ses frontières.

Nous sommes très loin du baratin de nos invalides politiques de la "Semaine Anticoloniale et Antiraciste" et autres sbires capitulards du NPA qui cherchent - sans rire - des vertus révolutionnaires
dans la Charia programmée du Hamas, et imaginent le plus sérieusement du monde, qu'une fraction bourgeoise aurait le don de se montrer "progressiste" en 2016 ! Ces bateleurs de foire qui font de la "théorie", sans se préoccuper des gifles que la réalité leur envoie dans la gueule, n'ont tiré aucune leçon de la faillite Iranienne, ou ils appelaient de façon criminelle, un prolétariat qui avait envahi la scène politique et menaçait toute forme de domination bourgeoise, à se ranger sous les ordres des cliques islamo/capitalistes. Le résultat d'une telle trahison ne s'est pas fait attendre : Bain de sang ouvrier, et mise à mort des militants révolutionnaires, exécutés par les mal-nommés "gardien de la révolution". La vie des prolétaires, elle, n'a pas changé depuis : exploitation épouvantable, pendaison des femmes et homosexuels, révolution agraire de pacotille.

Ne nous y trompons pas, "soutenir le droit à l’autodétermination des peuples en apportant notre solidarité aux forces de résistance et d’émancipation", c'est voler au secours de fraction bourgeoisies qui se prétendent elles même "progressistes", alors que le capitalisme en décadence ne tolère plus ce genre de plaisanterie depuis bien longtemps. Il n'y a dans ce mot d'ordre aucune revendication prolétarienne de prise de pouvoir sur une ligne de classe, mais une bouillie qui justifie de se traîner à la remorque du Hamas ou de Khomeiny, avant que ces derniers, une fois au pouvoir, écrasent le mouvement ouvrier.
Revenons à notre sujet. La différence de conception de la révolution dans les zones sous domination impérialiste entre Lénine et Trotsky consistait dans l'opposition entre le mot d'ordre de la dictature du prolétariat qui s'appuie sur la paysannerie - Trotsky - et celui de la " dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie " soutenu par Lénine. La discussion ne portait pas sur la possibilité de sauter par-dessus le stade bourgeois démocratique ou sur la nécessité de l'union des ouvriers et des paysans pour prendre le pouvoir - encore moins sur l'existence d'une fraction bourgeoise "révolutionnaire", lol - mais sur le mécanisme politique de la collaboration du prolétariat et de la paysannerie dans la révolution démocratique.
Sur cette question, Lénine rejoindra l'opinion de Trotsky en Avril 17, soit 6 mois avant la révolution qui verra le prolétariat prendre le pouvoir en URSS. Fin de l'histoire. Que les bolcheviks aient échoué par la suite, et se soient transformés en oppresseurs du prolétariat, tout en capitulant dans le même temps au sujet des LLN, ne change rien aux leçons à tirer d'Octobre 17, et à la lutte que nous devons mener pour préserver la nécessaire indépendance POLITIQUE de la classe ouvrière vis à vis de toutes les formations bourgeoises et leurs fameux "libérateurs", icônes de "l'extrême gauche", quand elle part à l'assaut du pouvoir..
En vérité, la réfutation de la thèse de Trotsky fut l'oeuvre de Staline, lui qui à l'image de nos "anti racistes", niait le rôle dirigeant du prolétariat dans les révolutions éclatant dans les zones coloniales, pour mieux faire l'apologie de forces bourgeoises dites "progressistes". Il ne fallut guère de temps, pour que le prolétariat Chinois soit massacré à Canton par les troupes "alliées" de Tchang kaï chek, bombardé à l'occasion du titre de "bourgeois nationaliste révolutionnaire" par ce même Staline, comme l'est aujourd'hui Khaled Mechaal, le dirigeant du Hamas, par nos "Anticoloniaux et Antiracistes".
Ce sont donc les "anti-racistes" qui nous ressortent de la boite à contre-révolution, cette misérable théorie qui porte le nom de "révolution par étapes", et que l'on peut résumer de la sorte :
1 / Dans la lutte contre l'impérialisme, le prolétariat se met à la remorque d'une fraction bourgeoise nationaliste.
2 / Une fois la victoire acquise, la classe ouvrière est exterminée par nos bourgeois, effrayés à l'idée d'une révolution ouvrière.

Contre la guerre, le racisme et le colonialisme Toutes et tous dans la rue le 19 Mars 2016, 14 H Barbès Les guerres menées par la France comme (...)
anticolonial.net|Par Sortir du Colonialisme

aparté

On trouve des discussions très intéressantes sur face book après les crimes de Bruxelles et le spectacle de la dénonciation gouvernementale du terrorisme « islaminguant », suite à la découverte de ce genre de photo mièvre sur le web, la discussion a commencé...


Débilité islamo / gauchiste !


Et pourquoi pas un bonne soeur pour compléter le tableau, le tout sous le regard bienveillant de Boutin et Ramadan ? Depuis quand la religion n'est plus oppression pour les femmes ? Depuis quand est elle un modèle d'émancipation ?
Je n'exigerais jamais de l'état bourgeois qu'il ôte le voile à cette femme, mais je refuse de faire passer l'aliénation religieuse pour je ne sais quel bidule progressiste !
Votre réponse...

Mohend-jean Guenouche Faire attention aux propagandes du style , les punks , les Anarchistes, etc , on n' ait ami avec avec les gens qui , quoi qui ???? , avec qui hoooo attention . On joue sur les émotions .

Eric Aucordier C'est bien ce que je dis...dans ces publications, la musulmane est toujours une gentille réactionnaire. J'insiste, gentille, mais réactionnaire. Dés lors la morale de l'histoire est sans surprise : Les femmes, qu'elles luttent pour leur émancipation ou...Voir plus

Jean-louis Roche ok avec Eric, mais les deux caractéristiques des deux filles sont dramatiques: elles

symbolisent bien: exclusion sociale et marginalité, et ne peuvent que susciter compassion ou pitié. Pour moi c'est la pitié.

Léon Karl Engels Pathétique et grossier montage politique pour créer la confusion et la désorientation dans les repères qu'acquièrent les jeunes sur ce qui doit mener une société vers le progrès et non le réactionnaire et l'empirisme revendicatif

Eric Aucordier Disons qu'au lendemain d'attentats sanglants, il va quand même falloir cesser de nous expliquer, que la religion des opprimés c'est super sympa, contes de fées à l'appui, en s'appuyant sur le concept "d'islamophobie", qui interdit toute critique sérieuse des événements en cours, et qui au final ne fait qu'assimiler TOUS les immigrés, à la radicalité religieuse. Expliquer qu'il ne faut "pas faire d'amalgames", c'est aussi ouvrir la porte à la violence des crânes rasés. Certes, la grande majorité des musulmans n'a strictement rien à voir, ni ne soutient les poseurs de bombes, mais il est tout aussi incontestable que ces derniers ont un rapport avec l'Islam politique. Il est donc urgent de poser la question de cet islam politique, en tirer des conclusions, et détricoter ce mensonge qui voudrait que sous le socialisme, chacun sera libre de s'épanouir comme nudiste ou sous un tchador, et que la coexistence sera des plus belles. Moi je voudrais que l'on tire une ligne de classe dans ce bloc, que l'on parle un peu de tous ceux que la religion opprime, et qui en ont assez de la terreur - je pèse mes mots - subie au quotidien par des types fouillant jusqu'à leur poubelle pour vérifier s'il y a consommation d'alcool. Qui parle des 70.000 jeunes filles de ce pays, mariées de force chaque année, de celles obligées de porter le voile sous peine de représailles ? Ou sont elles dans ce combat, nos féministes qui braillent pourtant à tous vents, quand un type gagne 50 euros mensuels de plus qu'un femme pour le même boulot ? Va falloir quand même se réveiller. Aujourd'hui, des musulmans défilent aux côtés de CIVITAS pour la défense de la religion et du petit Jésus. A-t-on le droit de dire que ces gens sont réactionnaires, et dans le même temps affirmer que le prolo maghrébin qui montait sur un piquet de grève pour lutter contre les flics de Mauroy est un camarade, ou faut il fermer sa gueule pour ne froisser personne.Faire ce travail politique qui inclut une défense inconditionnelle des immigrés contre les tarés de la peste brune, me semble être une priorité absolue, certainement pas les défilés aux côtés de l'UOIF et de l'hystérique homophobe raciste, Houria Boutelja.

Léon Karl Engels En promotionnant l'ambiguïté du culturalisme religieux la bourgeoisie savait a l'avance que cela allait créer la division dans le camp des travailleurs, le camps des exploités est puissant lorsqu'il est uni, forcément ses ennemis chercheront toujours ce qui peut le désunir. Et la religion depuis la nuit des temps a été un redoutable outil pour leurs ambitions d'exploitation.

Nyte Orchid Oui! Il n'y a pas de religion des opprimé-e-s il n'y a que des religions qui oppriment!

Anis Hnana Croyez-moi les amis, pour les frères musulmans et leurs acolytes, il faut jamais leur faire confiance. Ils sont prêts à faire toutes les alliances possibles, même avec le diable lorsqu'ils sont en mauvaise posture, mais quand ils sont dans une position de force , quand ils sont dotés de pouvoir, ils laissent transparaître leur visage monstrueux et commencent à liquider leurs adversaires, et les premiers qui figurent sur la liste de ceux qui doivent être rayés de la carte sont les militants de la gauche et les syndicalistes. L'Histoire est révélatrice de leurs crimes: ils ont fait cela en Iran ( après s'être alliés avec les communistes contre le chah), au Soudan et partout où ils ont régné. Dans mon pays, ils ont assassiné deux grandes figures de la gauche, qui n'ont pas eu de répit à dénoncer leur corruption et leur nature criminelle, et tous les militants de la gauche doivent comprendre qu'ils seront les premiers à passer sous le fer des islamistes. Il faut donc que ça soit clair: la véritable guerre se mène dans ces mêmes pays où les islamistes pensent trouver refuge et se renforcer. Les gouvernements capitalistes européens cherchent à se protéger du terrorisme, alors qu'ils sont en très bonne entente avec les pays qui financent et protègent le terrorisme, à commencer par les pays du golf et la Turquie ( qui maintenant fait du chantage.) et ceci est valable aussi pour certains gouvernements capitalistes des pays arabes comme le gouvernement tunisien. Il faut donc voir plus profondément car les actes terroristes qui ont frappé la France ou la Belgique sont bel et bien le résultat d'une politique irresponsable et déraisonnable de la part de ces gouvernements. Quant aux partis qui se disent "islamistes", et dont certaines figures vivent en Europe et possèdent même la nationalité, il n'est pas de doute qu'ils y sont pour quelque chose dans ce qui se passe actuellement.

Eric Aucordier Merci pour ce précieux témoignage, qui illustre parfaitement ce que nous écrivions plus haut. Au vu de tes propos et de ta nationalité, nos antifas qui passent leur temps à maudire cette page, vont être ennuyés pour expliquer que tu fais le jeu du FN.

Pierre Rodolphe Tran-Van Bah non, ils disent bien que je suis un faf , un facho et un mascu. Moi affreux pd prolo des rizières qui menace ces pauvres hétéros bourgeois...

Eric Aucordier Oui, mais toi t'es connu ici, Anis ne l'est pas encore ! émoticône wink

Sympa non ? Une bouffée d'oxygène quand on arrive à se débarrasser des insultes sur « aliénet ».
Et quand on sait que tous ces debaters sont aptes à s'organiser...


mardi 22 mars 2016

UNE SI LONGUE GUERRE TERRORISTE...


Nouveau carnage, une trentaine de tués et une centaine de blessés graves. Daech a revendiqué en fin d'après-midi les attentats de Bruxelles: "des combattants de l'Etat islamique ont mené une série d'explosions avec des ceintures d'explosifs". Ce pôle criminel invisible a précisé que la Belgique est "un pays qui participe à la coalition internationale contre l'Etat islamique". "Les combattants ont ouvert le feu à l'intérieur de l'aéroport de Zaventem avant que plusieurs d'entre eux ne déclenchent leurs ceintures d’explosifs".

UNE GUERRE LONGUE DU TERRORISME CONTRE LA DEMOCRATIE ?

Outre la stupeur, cette nouvelle tragédie vient confirmer les perpétuelles mises en garde affolantes et stériles du Premier ministres Valls, qu'on préférait ne pas prendre au sérieux. Ce nouveau crime barbare contre des civils et des prolétaires, les deux mêlés, confirme malheureusement non une situation forfuite et ponctuelle de stratégie « d'armes du pauvre » - terrorisme de chantage des "Etats voyous" au cours des années 1980 – mais une situation de guerre... mondiale, où partout des civils peuvent être tués sans raison claire ni rationnelle.
Tout cela relève pourtant d'un maquillage éhonté, simpliste. Churchill avait dit que toute guerre devait être protégée d'un rempart de mensonges, mais la terreur que nous sommes en train de subir rappelle étrangement la complexité et la singularité des débuts de la guerre d'Espagne en 1936 (ou Staline et son compétiteur Hitler souhaitaient une "guerre locale longue"; examinons la description du puzzle par Bilan n°38 en janvier 1937 : « En Espagne actuellement on aboutit à un véritable puzzle si l'on essaye d'expliquer comment l'Angleterre supporte que sa colonie portugaise devienne le fournisseur de Franco allié de Mussolini qui menace les positions anglaises en Méditerranée, ou comment la France ne s'oppose pas au ravitaillement des militaires espagnols par Hitler qui peut ainsi s'assurer une base d'encerclement territorial de la République »1.

L'anti-terrorisme islamiste, assimilé à la démocratie innocente quand le terrorisme djihadiste est assimilé à un nouveau fascisme, tendent à nous replacer dans le même type de mystification que l'idéologie binaire fascisme/antifascisme qui avait présidé à l'embrigadement généralisé en 1939, mais on oublie qu'il avait fallu l'invention du pacte « communisme-fascisme » pour vraiment déstabiliser le prolétariat mondial. Malgré leur répétition, les attentats contre les civils un peu partout, et de plus en plus en Europe, ne déstabilisent pas autant – du fait que les contradictions sont
nombreuses et véritables nœuds gordiens : crise des migrants, antiracisme moralisateur, padamalgam, indignité du sadisme djihadiste, arrogance des communautarismes qui sert tant à la négation des classes.

La tentation est facile de radoter comme certains du milieu maximaliste que la bourgeoisie prépare la guerre mondiale, la vraie, des monstres de daech aux fous de la Corée du nord. Je ne partage pas ce radotage – qui, certes à force d'être répété, pourrait bien arriver un jour. Je penche plutôt pour un « long » conditionnement des populations à la terreur invisible, comme une volonté étatique de restaurer un paternalisme étatique, une soumission idéologique au pire qui reste à venir. Où il nous faut mener une réflexion à partir de la situation sociale intérieure et ensuite aller voir au plan impérialiste. C'est par ce plan que je commencerai pourtant.

(Le général Desportes est un des grands stratèges militaires français. Attaché militaire près de l’ambassade de France aux États-Unis d’Amérique, puis conseiller défense du Secrétaire général de la défense nationale (SGDN), il fut ensuite directeur du Centre de doctrine et d’emploi des forces (CDEF) jusqu’en juillet 2008. Le général Vincent Desportes prend la tête du Collège interarmées de défense (CID), de 2008 jusqu’à l’été 2010.Sanctionné en 2010 pour son franc-parler, il quitte l’armée. Il est aujourd’hui professeur associé à Sciences Po et enseigne la stratégie à HEC. Vincent Desportes est aussi codirecteur avec Jean-Francois Phelizon de la collection « Stratégies & doctrines » aux éditions Economica.)
Source : senat.fr, 17/12/2014 COMPTES RENDUS DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ETRANGERES, DE LA DEFENSE ET DES FORCES ARMEES

Débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak – Audition de M. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères

La commission auditionne M. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères, en vue du débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak, en application de la l’article 35 de la Constitution.
M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Je souhaite à présent en notre nom à tous la bienvenue à M. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. Monsieur le ministre, nous préparons la décision que nous prendrons le 13 janvier prochain sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak. Votre expérience et votre analyse peuvent éclairer notre choix. Vous avez récemment déclaré que les pays occidentaux étaient incapables de changer le cours des choses, qu’ils n’avaient plus « les moyens de leurs émotions ». Nous menons en effet des opérations lourdes et complexes, qui ont de forts impacts sur la société et la mondialisation. Quel est votre sentiment sur ces questions ?
M. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères : (…) Je suis plus réservé à propos de notre engagement en Irak. L’intervention américaine de 2003 était une erreur, d’autant plus que les arguments utilisés pour la justifier étaient mensongers. Mais, surtout, la politique qui a été mise en place après le renversement du régime a été une erreur plus grande encore. Elle a consisté à appliquer les mêmes méthodes qu’en Allemagne ou au Japon en 1945, en partant du principe qu’une fois la dictature renversée, on retrouvait la démocratie de façon automatique ! Or il faut du temps pour construire la démocratie. Si les États-Unis avaient été capables d’élaborer un plan constructif, évitant de renvoyer les membres du Baas dans l’extrémisme, nous aurions été obligés de reconnaître après coup le bien-fondé de leur intervention. Une troisième erreur a été commise, quand les troupes américaines sont parties. Certes, le président Obama avait été élu avec pour mission de désengager les forces américaines. Néanmoins, abandonner le gouvernement de l’Irak aux mains de M. Maliki, partisan d’une politique chiite sectaire, était une faute. Cet enchaînement de mauvaises décisions a conduit à la dégénérescence actuelle. Quel enseignement en tirer, sinon que toute intervention nécessite qu’on réfléchisse soigneusement à ses objectifs, aux conditions dans lesquelles elle se fera, sans parler des moyens ?
Quant à Daech, il était compréhensible que le président Obama décide d’intervenir après les décapitations spectaculaires et de mettre sur pied une coalition. Grâce aux drones, aux forces spéciales et au renforcement des troupes kurdes, le mouvement a pu être à peu près endigué. Il n’y a pas eu de bataille de Bagdad. Il était rationnel que nous apportions notre aide, en engageant des moyens. Cependant, pour éradiquer le mouvement, il faudrait une action militaire au sol et une solution politique en Irak et en Syrie. Or aucun pays occidental ne souhaite envoyer des troupes au sol : le Congrès américain voterait contre, la Grande-Bretagne s’y refuse, tout comme la France. Créer une force à partir des contingents irakiens chiites, kurdes et saoudiens reste difficile. Quant aux solutions politiques, elles supposent la création d’un Irak fort où le gouvernement chiite respecterait les sunnites – or rien de tel ne se fera sans l’Iran – mais également en Syrie. La tête du système Daech est en Syrie. Mais si on casse Daech en Syrie, on consolide de facto le régime Assad, car il n’y a pas de force démocratique assez forte sur le terrain syrien. Nous sommes placés dans une contradiction insurmontable. Sur le plan réaliste, il faudrait pouvoir accepter de coopérer davantage avec l’Iran et nous résigner à ce que Bachar el-Assad ne tombe pas. Bien sûr, des alliances difficiles se sont nouées pendant la Seconde guerre mondiale : face à Hitler les Etats-Unis se sont alliés à Staline. Mais certains choix dramatiques sont difficiles à assumer par les diplomaties d’opinion. L’affaire syrienne nous place devant une contradiction que nous ne savons pas gérer. Comme s’en inquiétait déjà Tocqueville, dans les démocraties, « les politiques étrangères sont souvent menées à partir de la politique intérieure ».
Intervention du général Desportes :
Général Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris. – Avant de revenir vers les critères d’évaluation des opérations extérieures, je crois qu’il faut dire, affirmer et répéter sans faiblesse : « Daech delenda est ». Ayons la force de Caton l’Ancien.
Daech est aujourd’hui le danger majeur. Nous n’avons certes pas les moyens de tout, en même temps. Les menaces doivent être priorisées, quitte à consentir quelques compromis avec les moins brûlantes : dans le monde réel, dans un contexte de ressources et de moyens limités, notre politique ne peut être que réaliste.
« Daech delenda est » … mais nous ne pourrons répandre le sel sur le sol de l’Irak et de la Syrie. Il faudra au contraire le rendre fertile pour de nouvelles semences.
« Daech delenda est » … et pourtant votre interrogation demeure fondamentale : personne ne doute ici qu’il faille détruire Daech, mais devons-nous participer nous-mêmes à cette destruction ?
Un mot sur Daech, d’abord.
Ne doutons pas de la réalité de la menace directe pour nos intérêts vitaux, dont notre territoire et notre population. Daech est le premier mouvement terroriste à contrôler un aussi vaste territoire (35% du territoire irakien, 20% du territoire syrien). Ce qui représente 200 000 km² (soit l’équivalent de l’Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, PACA et Rhône-Alpes réunis) et une population de l’ordre de 10 millions de personnes. Ce territoire est imparfaitement mais réellement « administré » par un « ordre islamique », fait de barbarie et de rackets. Daech dispose d’un véritable « trésor de guerre » (2 milliards de dollars selon la CIA), de revenus massifs et autonomes, sans comparaison avec ceux dont disposait Al-Qaïda. Daech dispose d’équipements militaires nombreux, rustiques mais aussi lourds et sophistiqués. Plus que d’une mouvance terroriste, nous sommes confrontés à une véritable armée encadrée par des militaires professionnels.
Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre ? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences : ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident – d’autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les Etats-Unis. Ce mouvement, à la très forte capacité d’attraction et de diffusion de violence, est en expansion. Il est puissant, même s’il est marqué de profondes vulnérabilités. Il est puissant mais il sera détruit. C’est sûr. Il n’a pas d’autre vocation que de disparaître.
Le point est de le faire disparaître avant que le mal soit irréversible, avant que ses braises dispersées n’aient fait de ce départ de feu un incendie universel. Il faut agir, de manière puissante et déterminée, avec tous les pays de la région.
Il faut agir, mais qui doit agir ?
Avant d’aller plus loin dans mon raisonnement, je voudrais, comme vous l’avez souhaité, étudier quelques-uns des critères retenus comme fil guide de ces auditions. J’aborderai d’abord celui de la capacité « d’analyse exacte du contour spatio-temporel et financier d’un engagement ». Ce critère est en opposition profonde avec la nature même de la guerre.
Car, depuis que le monde est monde, personne n’a jamais pu « commander » à la guerre. Le rêve du politique, c’est l’intervention puissante, rapide, ponctuelle, qui sidère. C’est le mythe cent fois invalidé du « hit and transfer », du choc militaire qui conduirait directement au résultat stratégique et, dans un monde parfait, au passage de relais à quelques armées vassales immédiatement aptes et désireuses d’assumer elles-mêmes les responsabilités. Las ! Les calendriers idéaux (du genre « Cette opération va durer six mois ») sont toujours infirmés par ce que Clausewitz appelle la « vie propre » de la guerre. La guerre appartient à l’ordre du vivant, elle n’est pas un objet, elle est un sujet. Dès lors, n’espérons jamais « commander à la guerre » : c’est elle qui imposera son calendrier et ses évolutions. Cela a toujours été vrai : je relie mon propos à trois stratégistes qui inscrivent dans le temps éternel cette caractéristique incontournable de la guerre. 400 av. JC, évoquant la guerre du Péloponnèse, Thucydite indique que « La guerre ne se développe jamais selon un plan arrêté ». Au XVe siècle, Machiavel considère pour sa part que, si « on rentre dans la guerre quand on veut, on en sort quand on peut ». Il y a quelques années, un officier de cavalerie qui connaît la guerre mieux que personne pour en avoir souffert dans sa chair et l’avoir pratiquée à tous les niveaux, je veux parler de Winston Churchill, affirme dans ses mémoires, « Ne pensez jamais, jamais, jamais qu’une guerre peut être facile et sans surprise ; (…) l’homme d’Etat qui cède au démon de la guerre doit savoir que, dès que le signal est donné, il n’est plus le maître de la politique mais l’esclave d’événements imprévisibles et incontrôlables ».
Il a tellement raison ! Prenons deux exemples récents. Quand les Etats-Unis se lancent dans la deuxième guerre du Golfe en 2003, ils ne savent pas qu’elle va les entraîner, 11 ans plus tard, dans une troisième guerre du Golfe. Quand la France décide de stopper les chars libyens devant Benghazi en 2011, elle ne sait pas que cela va l’entraîner en 2013 au Mali et pour de très longues années dans la bande sahélo-saharienne.
De la première bataille à « la paix meilleure » qu’elle vise, il y a toujours un long chemin chaotique qui ne produit le succès que dans la durée, l’effort et la persévérance. Donc, quand on rentre dans une guerre, il faut avoir de la ressource, ce que j’appelle de la « profondeur stratégique » – notion fondamentale – pour pouvoir « suivre » (dans le sens du jeu de poker) et pouvoir s’adapter… ce que nous avons été tout à fait incapables de faire en Centrafrique par exemple.
Je veux insister encore un peu sur ce problème du nombre, car il est crucial. Il est directement lié au concept de résilience. Résilience dans chaque crise et résilience globale. Aucune de nos interventions ne peut produire ses effets dans le temps court, mais notre capacité de « résilience ponctuelle » est très faible : à peine arrivés, il faut partir. C’est pire dans le temps long, et pourtant il faut bien intervenir face aux menaces extérieures.
Au bilan, quelle que soit l’armée considérée, nous sommes engagés au-dessus des situations opérationnelles de référence, c’est-à-dire que chaque armée est en train d’user son capital sans avoir le temps de le régénérer. Nous avons des forces insuffisantes en volume. Pour compenser, tant au niveau tactique qu’au niveau stratégique, nous les faisons tourner sur un tempo très élevé qui les use. C’est-à-dire que si ce suremploi continue, l’armée française sera dans la situation de l’armée britannique sur-employée en Irak et en Afghanistan et obligée pendant quelques années d’arrêter les interventions et de régénérer son capital « at home ». L’effort considérable produit aujourd’hui au profit des interventions a des répercussions fortes et mesurables sur les forces en métropole, en termes de préparation opérationnelle en particulier.
Le sens des responsabilités exige de tordre définitivement le cou au mythe de la guerre courte. Ecartons définitivement les faux rêves toujours invalidés du « first in, first out » et du « hit and transfert ». Cela n’a marché ni pour les Américains en Irak, ni pour nous au Mali. D’ailleurs le « hit and run » n’est pas un facteur de stabilité : nous en sommes à la cinquième opération « coup de poing » en Centrafrique, 34 ans après la première, Barracuda en 1979. Une opération qui dure n’est pas forcément une opération qui s’enlise !
D’ailleurs le Livre blanc de 2008 a, au moins de manière théorique, bien pris en compte cette nécessité. Il postule que : « les phases de stabilisation peuvent s’étendre sur des années » ou que « ces opérations s’inscrivent dans le temps long » et avance que « l’aptitude à durer » est un facteur fondamental de l’efficacité des armées.
Dans ces conditions, il est bien évident que la délimitation de l’espace et du temps, l’évaluation et la maîtrise des coûts relèvent de la gageure. Ce rêve peut être utile en termes de communication politique, mais son propre discours ne doit pas leurrer le politique.
Comment compléter utilement la grille d’évaluation 2008 ?
Je voudrais d’abord prendre un instant pour rappeler ce qu’il est convenu d’appeler la doctrine Powell, admirée en son temps puis oubliée avec ce dernier après son mensonge public, à la face du monde, le 5 février 2003.
Cette « doctrine » a été définie à l’aube de la guerre du Golfe en 1990. Elle se résume à une série de questions :
– Des intérêts vitaux sont-ils en jeu ?
– Des objectifs atteignables ont-ils été définis ?
– Les risques et coûts ont-ils été objectivement analysés ?
– Toutes les autres options non-violentes ont-elles été épuisées ?
– Existe-t-il une stratégie de sortie permettant d’éviter un embourbement ?
– Les conséquences de l’intervention ont-elles été évaluées ?
– Le peuple américain soutient-il cette action ?
– Avons-nous un réel soutien de la communauté internationale ?

 
Cette grille est bien imparfaite, mais elle est claire et pourrait encore utilement servir d’exemple à nos responsables exécutifs. 
 
(…) Etat islamique. « Daech delenda est » : certes ! Nous sommes profondément solidaires, mais nous ne sommes aucunement responsables. Nos intérêts existent, mais ils sont indirects. Nos capacités sont limitées et dérisoires, là-bas, par rapport à celles des Etats-Unis et notre influence stratégique est extrêmement limitée. Bien que nous soyons le 3e en termes de participation aérienne, nous sommes considérés par les Américains comme le 9e contributeur, derrière l’Arabie Saoudite. Au sein de l’état-major interalliés et interarmées opératif au Koweït, notre poids et notre accès est très limité, avec seulement une cinquantaine de postes non ABCA sur un millier. Le problème est d’une très grande complexité et ne sera réglé que dans le temps très long, en exigeant toujours plus de moyens »1.

LE CAPITALISME N'EST PAS MAITRE DE SES CONFLITS INTER-IMPERIALISTES et inter-terroristes:


Aucun Etat capitaliste ne voulait de 1914 ni de 1939. Aujourd'hui encore, excepté une petite folle comme la Corée du nord, personne n'y pense sérieusement. La Chine y est carrément opposée. La bagarre entre fractions américaines pour la rente pétrolière, à l'origine du massacre dans les tours de New York en septembre 2001 ne sera bientôt plus que le souvenir d'un jeu d'enfants criminels à côté de ce qui nous attend et nous frappe tous les jours. Aucun Etat n'est un tout, chaque nation supporte de cruelles rivalités en son sein (territoriales, économiques ou bankstéristes) qui se fichent de l'humanité. Il est tentant et courant de désigner l'autre comme le grand responsable. L'empire US à ce titre fait fureur chez les diplomates émérites des vassaux comme chez les morveux de banlieue admirateurs des caïds de la drogue recyclés égorgeurs. Le plus puissant serait le meilleur comploteur, celui qui possède une kalach à la cave de sa soeur comme celui qui détient une paire de missiles atomiques à la caserne de la place de la Libération nationale. Fabius et le chef de la diplomatie russe Lavrov ont aussi, chacun à leur manière instillé le doute sur une paternité US, sans que personne ne puisse prouver un soutien direct économique et militaire de la CIA à ces monstres, même si chacun déduit qu'il y a bien des intermédiaires inévitables, Turquie comme pétromonarchies : « Le groupe terroriste Daech a été créé par ceux que les Etats-Unis avaient emprisonnés (nuance), pendant un certain temps, en Irak et en Afghanistan, mais qu’ils ont libérés, ensuite», avait déclaré le ministre russe des Affaires étrangères. Sergueï Lavrov, sur les ondes d’une chaîne de radio, n'avait fait que noter que l’Occident et ses alliés régionaux avaient exhorté (exhorter n'est pas jouer!) les terroristes, les extrémistes et les miliciens étrangers à attaquer le processus politique, en Syrie, afin de renverser le gouvernement Assad. «Ils ont, finalement, perdu le contrôle de l’affaire (ça c'est vrai), et les groupes terroristes et les miliciens étrangers, qui avaient été soutenus par l’Occident, ont procédé à la mise en place du groupe Daech. Les mêmes personnes que les Etats-Unis avaient emprisonnées, en Irak et en Afghanistan, et qui ont été, ensuite, libérées, ont mis en place le groupe Daech», a souligné M. Lavrov.
En réalité Lavrov est un fin diplomate et n'accuse pas directement la bourgeoisie américaine, mais les réseaux sociaux ont poussé le bouchon à fond, et la rumeur devient certitude pour tout sauvageon  nationaliste arabe, qui y ajoute la complicité d'Israël.
La référence (non développée) par Hubert Védrines à Tocqueville, est bien plus intéressante : « Comme s’en inquiétait déjà Tocqueville, dans les démocraties, « les politiques étrangères sont souvent menées à partir de la politique intérieure ».
 
J'ai fait état pour commencer des nœuds gordiens de la politique de l'Etat bourgeois, mais leur dénouement pourrait bien passer par l'amplification croissante du nombre de victimes et la répétition odieuse des attentats terroristes, car à Bruxelles comme à Paris ce sont surtout des prolétaires qui ont été assassinés ou gravement estropiés. Et que la colère ne pourra pas toujours être déviée sur les zorros minables du dit djihadisme, dont les cibles ne sont jamais Neuilly ni les potentats bourgeois de Londres ou Ryad.
Face aux carnages désormais cycliques en milieu urbain, pour n'importe quelle raison – l'an passé à Paris c'était contre des dessinateurs et des jeunes qui s'amusaient quand aujourd'hui ce serait venger une racaille terroriste coincée ou humilier l'Europe – les médias nous rebattent les oreilles sur NOTRE IMPUISSANCE, à vous, à moi, aux gouvernements démocratiques, aux policiers victimes eux-mêmes... quand les deux têtes de l'Etat ne cesse de dire que « nous sommes en guerre » et que la guerre « sera longue ». Guerre très particulière, on en convient, dans la brume et l'obscurité des causes, avec une constante l'agitation au premier plan des pantins djihadistes qui ne seraient que le produit des banlieues reléguées ou du belgikistan. Or tout révèle une stratégie, perverse, très scénarisée : égorgements publics d'otages sans défense, exécutions massives de prisonniers, destruction de monuments antiques, attaques de lieux de distraction, même des lieux sacrés du foot, attentats ciblés dans le métro, dans les aéroports, etc. On dirait une secte qui rivalise en imagination psychopathe au point de nous faire perdre notre latin non pédophile ou notre islam gentil.
Que ces crimes soient à la fois le produit de rivalités souterraines entre Etats ou entre Etats et bandes armées incontrôlables, le problème reste : qui peut nous en protéger ? C'est le problème de la révolution contre l'ordre qui nous opprime et veut qu'on accepte de mourir sans raison. C'est au temps des guerres de tranchées lorsque la tuerie excède toute mesure, les crosses qui se lèvent en l'air, le droit à l'insurrection qui s'empare de l'arrière. J'ai toujours pensé depuis les attentats des années 1980 que, puisque l'Etat bourgeois ne nous protège pas, il ne fallait pas ni pleurer avec lui ni signer des pétitions, mais en appeler à la grève qu'elle soit générale ou partielle, totale ou insurrectionnelle. Un défaitisme révolutionnaire de civils en quelque sorte, comme juste revanche de son immense théoricien, Lénine.
La vérité si on la cherche dans cette tragédie répétitive à deux coups (l'attentat est toujours double ou redoublé comme pour mieux manifester sa barbarie no future et ne laisser aucune chance de penser qu'il a été forfuit ou improvisé) est facile à trouver:
1. les Etats capitalistes ne maîtrisent pas plus la guerre que les bandes armées du passé de l'humanité, et encore moins ses excroissances ou dégâts "collatéraux" même dans leur propre camp, c'est pourquoi d'ailleurs l'Etat bourgeois, national ou européen, est obsolète;
2. tant que le prolétariat ne se réveillera pas lui-même pour mettre fin, à partir d'ici, aux guerres là-bas, la sale guerre continuera ici... sans protection.





1http://www.les-crises.fr/le-general-desportes-au-senat-daech-a-ete-cree-par-les-etats-unis-2014/

Source : senat.fr, 17/12/2014







 
1Page 1247 de Bilan n°38.

dimanche 20 mars 2016

Conférence vintage : Les clichés sur la guerre d'Espagne ont la vie dure

le document commémoratif militaro-démocratique distribué par le personnel CNT

 Quand la CNT parisienne gomme les crimes du parti stalinien en 1936-39


Bilan de la rencontre bibliophile avec Frank Mintz et ses spectateurs contrits « La révolution espagnole de 1938 et ses leçons pour aujourd'hui » Médiathèque d'Arcueil 19 mars 2016


 Nous voici en pleine période commémorative de la guerre d'Espagne (pour les médias officiels « révolution espagnole »). La médiathèque d'Arcueil avait tenu à s'inscrire dans cette commémoration en trois volets : un court film sur la grève des mineurs en Andalousie en 1934, une « rencontre » avec un « spécialiste » anarchiste pour parler de cette « révolution » et de ses « leçons pour aujourd'hui », historien retraité ou plutôt prof d'espagnol intronisé retraité historien, en réalité un amateur CNT ; et un type qui vient chanter des chansons d'époque anarchistes et staliniennes1. Naïf comme je suis je me pointe à 15 heures pour ne pas rater le film promis sur la grève des Asturies. Le décor est planté, façon ducasse de LO et CNT, avec des panneaux explicateurs pour les sourds et malentendants, des photos élimées de la « revolucion », la tronche de la passionnaria ! Des décorateurs furtifs grisonnant avec catogan témoignent que le décor n'est pas de Roger Hart mais de vieux machins CNT qui s'affairent à enguirlander la salle, laquelle se remplira peu à peu d'une soixantaine de personnes, chenues majoritairement mais avec quelques barbes trentenaires, à la mine de marginaux jamais vus à Arcueil, la secte CNT parisienne doit être au grand complet (la plupart joueront les spectateurs silencieux). Une belle brunette (membrette de la secte) F s'assied sur le fauteuil de scène pour nous présenter la biographie de quatre femmes, dont la passionnaria, et j'en suis estomaqué, mais je décide de me taire. Le film de 15 mn qui est ensuite projeté n'est qu'une série de diapositives qui véhiculent les clichés les plus éculés sur la « révolution espagnole » avec méchants franquistes, femmes en grève, cadavres sur la chaussée. Lorsque la lumière se rallume, la salle applaudit.

A la fin de applaudissement, je dis : vous applaudissez un grand camouflage comme l'a si bien écrit Burnett Bolloten ! Avec la cougar Ibarruri qui a déclaré « il vaut mieux exécuter cent innocents qu'épargner un coupable », et qui a du sang sur les mains des prolétaires espagnols avec ses collègues du comité central stalinien. Après une introduction féministe... Dans la lutte de classe il n'y a pas de différence entre hommes et femmes, et les femmes ne seront vraiment plus des esclaves que dans la société communiste... c'est Marx qui a dit le premier que la femme est le prolétaire de l'homme. J'admire de grandes figures féminines comme Flora Tristan, George Sand, Louise Michel , Rosa Luxemburg mais elles n'étaient pas féministes ». Comme ils me regardent tous l'air perplexe comme si j'étais un pingouin sur Saturne, je précise : « je vous expliquerai après ». La réalisatrice, non rembobinée, plaide qu'elle n'a pas voulu afficher féministe et qu'elle a voulu faire court pour Dolorès Ibarruri. Je lui réponds : « menteuse ». Le patron anarchiste de la médiathèque me recadre en me voussoyant : « vous avez exprimé un avis différent, mais celui de votre interlocutrice est aussi valable, et pas forcément féministe ». La blanche barbiche de Mintz succède à l'ignorante brunette au fauteuil de la tribune pour nous expliquer la révolution espagnole professoralement et familièrement. Le ton est convivial, à la bonne franquette, éducatif et familier. L'anecdote voisine avec les poncifs encore plus éculés que ceux du film de la potache marginale, comme si l'auditeur avait la même notion du fascisme, du parti socialiste espagnol et des braves anarcho-syndicalistes ibériques. Dans ce ronronnement éclectique on croirait presque entendre la voix d'Alain Decaux expliquant sur Antenne 2 à des téléspectateurs ignares les sautes d'humeur de Marie-Antoinette. Les mots employés – union de la gauche, union des forces prolétariennes – font hocher la tête à la limite de l'orgasme les mamies du public sur ma droite. Un autre cliché très post-mitterrandiste fait aussi bouger les têtes d'avant en arrière : « c'est toujours la même chose, quand la droite va mal, elle laisse la gauche au pouvoir ». On sourit aux traits d'esprit conviviaux : « les ouvriers et les paysans espagnols n'ont pas forcément de bonnes oreilles : ils ont cru entendre parler de 'république des travailleurs' » du coup ils s'énervent. Quand le camarade spécialiste Mintz avance les chiffres ridicules du PCE, la salle a un haut le corps : « le PCE est ultra-minoritaire au début, s'il y a 300.000 ouvriers et 500.000 paysans, il ne compte que 800 membres ». La salle pousse des « Oh » et « Hein » de mépris. Dans ce tableau impressionniste on arrive enfin à la spécialité du spécialiste, les « réorganisations spontanées », les « collectivisations paysannes », les fameuses tentatives de « changer l'économie à partir de juillet », où « l'on adopte la production aux besoins du pays » , « où l'on fabrique les premiers tanks », où « les syndicats exportent les agrumes », où l'on « nationalise ». (J'avais prévu de démonter toutes ces vieilleries cantonalistes et villageoises dont se targuent les anarchistes pour calfeutrer leur apolitisme de coucou, qui n'aboutirent qu'à une pagaille généralisée, souvent à une dictature anarchiste locale de petits bureaucrates syndicaux, et que le sinistre chef de guerre Lister a « nettoyé », mais on ne peut pas tout dénoncer ni « approfondir » dans ce genre de conférence « populaire » où plus c'est simpliste mieux çà passe).

J'avais été mis en colère par la glorification de la mère sainte Ibarruri, aussi douté-je de ma capacité à convaincre les auditeurs assis comme des oignons en face de moi. Pourtant, malgré des interruptions incessantes l'intervention est très claire sur la mystification de la guerre d'Espagne et surtout contre le mythe de la guerre révolutionnaire. Mais allez faire entendre raison à un faux sourd qui ne veut pas entendre ! « La légende de la révolution espagnole a la peau dure puisque jusqu'aux années 1960 « no passaran » a beaucoup de succès. On ne sait pas ce qu'il y a derrière jusqu'à aujourd'hui où des milliers de lycéens défilent dans le monde d'un pas martial au cri de « le fascisme ne passera pas ». Mais le fascisme est « passé », du passé. Après 68, car les événements historiques – on ne le mesure pas souvent – donnent un coup de pied au cul des historiens. Michelet dit que « l'historien est le vengeur des peuples ». Après 68, alors que je faisais encore partie des jeunes, on a eu un petit déclic en lisant Georges Orwel, Vernon Richards en collection 10-18 : on a alors appris qu'il s'était passé quelque chose d'étrange un certain mai 1937 en Espagne. Jusque là on croyait savoir que l'union des forces de gauche avait confronté les méchants fascistes espagnols, qui n'étaient d'ailleurs pas fascistes, ce qui demanderait une analyse approfondie ; le féodalo-capitalisme de Franco a curieusement été soutenue pendant toute la guerre par l'Angleterre – dès le moment de l'entrée des troupes franquistes à Madrid, les bourgeoisies française et anglaise ont reconnu Franco comme le chef d'Etat légitime - et la bourgeoisie internationale a remercié Franco en lui laissant gouverner le pays 50 ans. Donc il y avait bien des forces impérialistes qui étaient derrière et qui ont laissé faire Franco. A la limite il n'avait pas besoin de l'Allemagne et de l'Italie. Mais là où est le grand mensonge déconcertant, le grand camouflage pour reprendre la formule de Burnett Bolloten, c'est de montrer qu'il y a eu une guerre civile dans la guerre civile. La guerre d'Espagne n'est pas pour moi une révolution, c'est une tentative de révolution transformée en guerre impérialiste. Mieux encore, elle signifie la mort de l'anarchisme. Jusque là, l'anarchisme se disait apolitique. J'ai connu Grandizio Munis qui était l'homme le plus clair à Barcelone avec le groupe bolchevique-léniniste à une époque où le trotskysme était encore révolutionnaire et non pas ce croupion gauchiste altermondialiste qu'il est devenu. C'est le seul groupe révolutionnaire à s'opposer aux staliniens, aux anarchistes et au POUM qui répètent « d'abord la défense de la démocratie, après la révolution », langage qu'ils répéteront pendant la résistance nationale en France. A ce sujet le double langage de Thorez est frappant – il était plus intelligent que Marchais – il dit, s'adressant aux ouvriers français, et reprenant la célèbre phrase de Robespierre : « la liberté ne peut s'exporter à la pointe des baïonnettes ». Mais en Espagne si ! C'est pourquoi je fais la comparaison ici avec la révolution russe. Certes les années qui ont précédées 1936 en Espagne avaient été très violentes face à un clergé autoritaire et des propriétaires terriens cyniques, mais les anarchistes ont une révolution de retard, le regard anarchiste est tourné vers la Commune de Paris ? Ils se disent « on va faire pareil », on aura des uniformes et une armée de gardes républicains (ils donnent d'ailleurs le nom de communards à leurs groupes de militarisés). Ils vont faire les mêmes conneries militaires que l'armée « mexicaine » de la Commune (cris, interruptions). S'il vous plaît laissez-moi terminer. On a donc une fixation sur la Commune de Paris en reprenant la théorie de la « guerre révolutionnaire ». Or il ne peut y avoir que l'une ou l'autre, elle s'oppose ou s'annulent. En Russie le prolétariat et le parti bolchevique arrêtent la guerre mondiale. Cette théorie de la guerre révolutionnaire elle n'a jamais marché. On n'est pas formé pour çà dans le mouvement ouvrier. Si vous prenez l'exemple de la Russie, il n'y a pas besoin de brigades internationales. En Russie ce sont des manifestations contre la faim, des manifestations de femmes des soldats au front qui enclenchent la révolution. Le dit coup d'Etat fait tomber l'Etat comme une merde en quelques jours et peu de morts. La situation est différente en Espagne où on est en pleine contre-révolution. Elle est entourée par les nazisme en Allemagne et le fascisme en Italie, et la France du Front de gauche à l'époque – je m'excuse pour ceux qui sont du Front de gauche ici - Front populaire anti-ouvrier, qui est en train d'enfermer les ouvriers dans les usines et leur dit « nous on s'occupe du pouvoir ».


 L'INSTRUMENTALISATION DE LA GUERRE SAINTE ANTI-FASCISTE AUTOUR DE DEUX ARMEES MERCENAIRES: LES BRIGADES INTERNATIONALES ET LES "REGULARES"

 Les ouvriers espagnols n'en voulaient pas de cette guerre, ni s'entretuer entre espagnols.  En Espagne le pouvoir n'est pas renversé mais, chose étrange, on n'a rien fait jusqu'en octobre pour armer les prolétaires (qui voulurent simplement défendre la République) alors que des milliers d'ouvriers espagnols commencent à être sacrifiés au combat de la « guerre sainte antifasciste » (…) les premiers combats contre le putsch de Franco ils l'avaient gagné par leur grève générale pas par l'utilisation des armes, et que dans beaucoup d'endroits les armes ont été fournies par les soldats eux-mêmes. En face on a une politique de Franco qui a observé ce qui s'est passé en Russie en 1917. Dans les écoles militaires huppées on n'enseigne pas simplement l'art de la guerre d'un philosophe chinois antique, on y analyse le déroulement des révolutions. Dans ce cas, une armée de conscrits est dangereuse pour la bourgeoisie, elle peut se retourner à tout moment contre ses officiers. Qu'en tire comme leçon Franco ? Il envoie les troupes coloniales et cela personne n'en parle. Il fait venir les « regulares » marocains qui sont avec les légionnaires des gens particulièrement cruels. Les premiers jours du pronunciamento ce sont des milliers de tueurs qui se répandent en Espagne, qui violent les femmes et coupent les couilles aux mecs et les mettent dans la bouche ; ça c'est la spécialité coloniale reprise par l'armée française pendant la guerre d'Algérie. Là c'est la terreur parmi les ouvriers espagnols au point que la terreur va durer toute la guerre, jusqu'au coup d'Etat du gouvernement Casado, qui comporte des ministres anarchistes, mais plus des staliniens (qui prennent la poudre d'escampette). (cris, interruptions). Je termine SVP. Le dernier gouvernement républicain – qui évite une capitulation honteuse aux staliniens – supplie Franco de ne pas envoyer les « maures » mais des soldats espagnols. Voilà, les ouvriers ne peuvent jamais gagner par la guerre révolutionnaire face à une armée classique. Nous pouvons gagner comme l'ont fait les russes en 1917, par la grève générale, par la paralysie économique. Nous pouvons gagner comme les ouvriers espagnols au mois de juillet 1936. Mais là les conditions politiques étaient telles que du parti stalinien aux anarchistes ils se sont tous mis au service de l'Etat bourgeois. L'Etat bourgeois n'ayant pas été détruit, il n'y avait pas de révolution possible en Espagne. J'arrête là »2. La réponse du « spécialiste » fût de la même eau que son exposé introductif avec nombre d'approximations hors sujet, comme la remarque qu'il n'y avait pas eu de fraternisation au cours de la Commune de Paris (ce n'est pas le problème de la Commune qui reste un « accident » mais en même temps une prémisse indispensable à la théorie du défaitisme révolutionnaire).

Des digressions sur l'or espagnol pas très claires, et je lui ai demandé de préciser que c'est surtout Staline qui s'est fait payer ses tanks pourris. Il a réfuté qu'il y ait eu grève générale je ne sais plus où. Il a affirmé bizarrement qu'il n'y avait pas d'anarchistes en Espagne mais que des anarcho-syndicalistes. Il a affirmé aussi qu'il n'y avait pas de tradition anticléricale parmi les ouvriers espagnols (à voir sur l'enregistrement). Sur les exactions des "maures" marocains il me répond que plusieurs historiens en ont parlé il y a longtemps, mais je lui rétorque que la CNT "antiraciste" esquive cet aspect de l'histoire dans ses textes sur internet. Ah... sur internet.
Enfin, peu importe, sans méthode, ce n'était que du commentaire d'historien éclectique et de peu d'intérêt pour penser cette tragique guerre d'Espagne. Certainement en braquant le public, et en désespoir de cause je suis encore intervenu pour lui demander qui avait eu l'idée d'inventer les brigades internationales. Une idée vicieuse, selon moi, et militariste. Le premier souci des révolutionnaires russes avait été de s'adresser aux révolutionnaires du monde entier pas pour qu'ils viennent endosser l'uniforme de l'armée rouge mais pour qu'ils facilitent la révolution dans leur propre pays. J'ai modernisé la fameux slogan « on croit combattre pour la patrie, mais on combat pour les marchands de canons » à la sauce brigades internationales : « on croit combattre pour l'internationalisme mais on vient combattre pour le nationalisme espagnol » ; c'est pourquoi on peut raisonnablement conclure que la tragédie espagnole a été une préparation à l'embrigadement pour le deuxième guerre mondiale, et je suis choqué que vous fassiez circuler une image humiliante et soumise d'anarchistes assis sur les tanks du général Leclerc à la Libération de Paris. Très houleux, les unes et les uns se levaient pour m'invectiver. Un des figurants de la secte crie : « je lirai pas ton blog ». Et moi : « je m'en fous. Vous vous nourrissez tous les matins au petit-déjeuner de clichés antifascistes ». Un hurluberlu du fond prend soudain la parole pour déclarer que suite à l'ouverture des archives à Moscou on a bien compris que la révolution de 1917 n'avait été qu'un complot ! J'éclate de rire et je réponds : racontars des dominants, du Raymond Aron ! (ces anarchistes lambdas sont capables des pires sornettes que même les pires bourgeois ne se permettent pas). J'ai laissé le conférencier terminer son monologue hétéroclite et, à l'annonce de l'arrivée du chanteur antifasciste j'ai pris le chemin de mes pénates.

Le gentil conférencier, avec son air de pas y toucher, n'avait pas été fichu de me répondre au pourquoi de la participation des anarchistes à un gouvernement bourgeois, sauf qu'en bon caméléon (ou coucou) il avait relevé une opposition entre la base et les dirigeants. Air bien connu de tout politicien bourgeois, stalinien repentant ou syndicalo-trotskien.Quant aux leçons pour aujourd'hui de la "révolution espagnole", vous repasserez bien une autre fois.

PS: La voix du conférencier de la CNT avait été monocorde et peu audible, mais je compris par après que dans les grandes lignes l'exposé n'était pas du tout basé sur la lucidité et la compréhension contemporaine de cette sale guerre d'Espagne par les véritables groupes marxistes maximalistes ou tout honnête homme (j'imaginais à tort qu'il invoquerai la "bible" Bolloten ou qu'il me manquerait pas de ne pas oublier de dénoncer le coup de poignard stalinien dans le camp républicain avec exécutions sommaires d'opposants et que les collectivisations ringardes ne cachèrent point les cris de Nin torturé... ce qui était méconnaître la nature de cette secte bourgeoise de bobos patibulaires). Parfaitement couards et sûrs d'être dans les ex-terres staliniennes - où pourtant il ne reste que quelques vieilles grenouilles cacochymes - l'exposé du chefaillon spécialiste n'était basé que sur les poncifs éculés de l'unité "antifasciste", saupoudrée comme je l'ai montré de féminisme bcbg, engluée dans des détails d'histoire secondaire, et, comme on l'a vu aussi dans une esquive permanente des crimes staliniens; c'est pourquoi le petit prof retraité arguait d'une dispersion de l'or espagnol aux vendeurs d'armes sans jamais dénoncer Staline, son principal pillard. Rien n'était dit sur l'essentiel où révolution et guerre s'opposent comme le jour et la nuit, où l'une délimite l'autre. Rien sur le maintien de l'Etat bourgeois et de ses banques. Rien sur le désarmement des ouvriers et la militarisation des milices ouvrières. Rien sur les ukazes des syndicats en faveur de l'économie de guerre. Rien sur l'interdiction des luttes revendicatives pour ne pas nuire  à la "guerre sainte antifasciste". Rien sur le dessous des collectivisations soumises à l'économie de guerre. Quasiment rien sur la répression des PC-POUM et anarchistes en mai 37. On fît vibrer ignorants et fidèles de secte dans la salle par l'évocation de la spontanéité... syndicale qui est tout sauf spontanée... (Ce bouffon de l'anarchisme mité n'allait tout de même pas renvoyer ses auditeurs lambdas à la lecture des "leçons des événements d'Espagne" de la revue Bilan n°36, d'octobre 36 justement!).
La CNT actuelle n'est même plus ni héritière ni décomposition de la glorieuse organisation syndicaliste d'avant 1936, mais un misérable croupion gauchiste qui - sans prétendre rivaliser avec les restes décatis du PCF - voudrait pêcher à la ligne dans son cimetière idéologique. Ce qui me fait dire, en revenant au décès de l'anarchisme révolutionnaire en 1936, qu'un parti qui dégénère n'est en fait qu'un parti qui vient rivaliser avec les autres partis déjà bourgeois, mais pour prendre ou partager une partie du pouvoir d'Etat; si on veut bien lui accorder un strapontin.

 Hugh Thomas dans le tome II de son histoire de la guerre d'Espagne (et non pas de la révolution) rapporte le témoignage génial du père de Federica Montseny, un véritable anarchiste de la grande époque; celle-ci ayant déclaré que "la CNT reconnaissait maintenant l'Etat comme un 'instrument de lutte', il avait été au regret de lui dire que tout cela signifiait "la liquidation de l'anarchisme. Une fois au pouvoir vous ne vous délivrerez pas du pouvoir".

"Une condition essentielle devait être respectée: laisser intact le mécanisme de l'Etat bourgeois et le renforcer par l'apport des organisations ouvrières auxquelles étaient dévolus les rôles de propulsion de Pierre l'Ermite, dans la guerre antifasciste. Bien sûr, l'on a collectivisé des usines expropriées par les ouvriers, l'on a partagé les grandes terres appartenant à des fascistes, mais toujours en conformité avec le maintien et le renforcement de l'Etat bourgeois qui peut croître et se développer dans une ambiance où les usines collectivisées sont devenues des usines militarisées où le prolétaire doit produire "plus et plus qu'avant le 19 juillet" et où ne peut plus émettre la moindre revendication de classe. L'Etat bourgeois vit et se renforce dans la mesure même où l'on jette une digue militaire pour empêcher les ouvriers de vivre et de se renforcer sur le terrain des luttes sociales. "Tous au front ou à l'usine" voilà la situation qui permet aux organisations bourgeoises et ouvrières de remplacer l'activité spécifique du prolétariat par l'activité spécifique de la bourgeoisie". Bilan n°37 (décembre 1936)