PAGES PROLETARIENNES

jeudi 23 septembre 2010

Une journée ordinaire de grève générale en France et le fifty/fifty étatique


La grève générale syndicale, car il s’agit bien d’une grève générale dans le sens du syndicalement correct, et pas du vague grand soir gauchiste imaginaire, de ce jeudi tristounet aura bien accouché d’une souris comme prévu. Sergents recruteurs syndicalistes et gauchistes avaient bien fait de la réclame pour booster les troupes au moins au niveau falot et mollusque du 7 septembre. Pas de pot pour les excités, ou plutôt prévisible chez les encadreurs intelligents et expérimentés : les prolétaires dans leur majorité n’avaient pas les moyens de s’offrir une 2ème journée sans salaire ; donc baisse du nombre de grévistes et satisfecit du gouvernement. Le nombre des manifestants était important mais on s’en fout, comme du nombre de vaches dans un champ bordé de barbelés. Il ne s’agit pas de manifestations conscientes (ils ne savent même pas pourquoi on les fait défiler) ni décidées (ils obéissent aux ordres des chefs syndicaux). Même si CGT et CFDT annonçait 5 millions de personnes dans les cortèges disciplinés, il n’y aurait pas de quoi renverser de rire le gouvernement. Le nombre ne signifie rien sans perspective et sans contrôle du mouvement de protestation par les travailleurs eux-mêmes, dont une portion conçoit de « marcher » sans état d’âme derrière ces hommes sandwich à consonnes qui les mènent régulièrement à l’abattoir (juridico-social pour l’instant). En outre, les manifestants de ces balades ne sont pas une expression d’une lutte ni de grèves décidées en AG, ce sont donc des proies individuelles consentantes et obéissantes comme des agneaux. Pour certains cela frise l’imbécillité mais pour la majorité il s’agit bien d’une clientèle intéressée, une sorte d’aristocratie ouvrière décadente qui, des « salariés protégés » syndicaux ou municipaux jusqu’aux professions enseignantes, vouent un respect couché à leurs protecteurs politiques des PS, PC et pour une part (qui se considère de la cuisse de Jupiter) chez les différents particules trotskiens ou anars.
Les titres de la presse bourgeoise peuvent souvent donner un aperçu assez proche de la réalité. Je ne discute pas ici avec les crétins embrigadés avec qui j’ai ferraillé toute la journée sur le site de Libé, où au moins on a pu débattre, chose impossible en manif, lieu par excellence de décervelage avec chants et slogans idiots et créativité pancartière en dessous de la ceinture. Titre du Monde ce soir : « Syndicats et Gouvernement se félicitent ». Super ! Et chaque engeance a en effet une part de raison de se féliciter sans trop mentir : les syndicats qui ont eu leur dose de moutons défilants et le gouvernement qui n’a pu qu’enregistrer une baisse des grèves par rapport au 7 septembre, et avait fait cibler le CE d’ERDF la veille pour bien signifier que personne n’est dupe de sa capacité à maintenir des régimes spéciaux pour toujours diviser la classe ouvrière.
Le gouvernement d’autre part s’en foutait déjà depuis potron minet où le président avait fait savoir que : « la nouvelle journée de mobilisation syndicale ne compromettr(ait) pas la réforme ». Raymond Soubie, conseiller spécial élyséen, était apparu étonnamment confiant. Il avait décrit la «journée d’action» d’aujourd’hui comme « une figure sociale classique». Autrement dit « rien de redoutable, pour l’instant ». «En mai-juin 2003, il y a eu sept journées d’actions successives en un mois (paraît beaucoup mais personne n’ira vérifier), et cela n’a pas empêché la réforme», avait-il ajouté finaud, érigeant ainsi les manifestations de 2003 en maître étalon de l’intensité et du volume des manifestations anti-retraites de cet automne. À l’époque, le gouvernement Raffarin n’avait pas cédé. Raymond Soubie avait laissé entendre que le gouvernement Fillon cèdera encore moins, puisque les partenaires sociaux n’ont suscité que deux grandes manifestations en un mois ». «Même les attaques contre Éric Woerth se sont un peu calmées», avait confié un élu proche de l’Élysée.
Le communiqué ronflant de l’AFP poursuit : « Pas trop fanfaron, Nicolas Sarkozy a d’ailleurs abrégé d’un jour son déplacement à New York pour être à pied d’œuvre. Et il a entendu le président du Sénat, qui avait annoncé, au début du mois dans une interview au Monde, qu’il faudrait «écouter», les manifestations ». Comme on le voit ce fifty-fifty était nécessaire pour ne pas paraître humilier les syndicats, plutôt en difficulté dans plusieurs réunions internes mais la presse a consigne de motus bouche cousue. L’édito du rédac en chef de Libé était plutôt pas mal non plus, notant surtout l’amertume qui allait toucher les manifestants et mettant en évidence la volonté des bonzes syndicaux de calmer le jeu sous les chiffres abstraits du nombre des manifestants, ces sacs de patates. Les bonzes ont annoncé qu’ils allaient faire durer le plaisir de trimballer les masses de fonctionnaires et de salariés à leur botte même le weekend. Les laquais avec badge se doivent d’accompagner la démarche princière de la secte gouvernementale jusqu’à l’antre du Sénat, attendu que les promenades sont sensées faire lâcher (Larcher ?) des cacahuètes aux bons à rien de la république pour atténuer là aussi le sentiment d’humiliation sensible dans toute la classe ouvrière, plus encore même chez ceux qui n’ont pas voulu ou pu manifester. On ne sait jamais ce que sous-tend le langage spécialisé de l’élite syndicale mais les bonzes attendraient du Sénat qu’il « réduise les injustices » du texte, avec le maintien d’une pension de retraite à taux plein à 65 ans (et non 67 ans comme le prévoit le texte) pour les plus pénalisés. Le message de l’AFP repris par toute la presse résume magnifiquement ce fifty-fifty qui prétend nier toute humiliation en concluant que le président avait déjà « écouté » la manif du 7 et (gros mensonge) concédé des broquilles, génial le mensonge d’Etat pour protéger ses laquais salariaux aidés par ses journalistes attitrés : « Nicolas Sarkozy, qui avait déjà concédé quelques aménagements après les manifestations du 7 septembre, pourrait à nouveau faire un geste, probablement en faveur des handicapés, des femmes ou des chômeurs âgés ».

Tout cela est du pipeau évidemment et personne d’autre que cette masse amorphe des enseignants, des fonctionnaires et des professions d’encadrement syndicaliste ne peut gober ces cacahuètes pour sous-developpé syndiqué. C’est comme le commerce, on vous distribue des stylobilles mais quand vous avez signé le crédit pour l’écran géant LCD. L’écran géant qui se payera cher c’est la suppression des retraites pour la classe ouvrière de base, la plus démunie, la plus jeune, la plus sans diplôme. Bravo les manifestants bobos, socialos et gauchos !

Voici quelques unes des répliques que j’ai postées tout au long de la journée à mes contradicteurs, pas tous bornés ni éméchés heureusement. J’ai inauguré ainsi involontairement, après le travail à domicile ou à distance, la lutte à domicile au lieu d’aller « marcher » et « crier en l’air » avec ces pauvres manifestants. On verra que j’y décrypte précisément la psychologie et les ficelles lamentables des recruteurs para-syndicaux. J’espère que les milliers de « promenés » comprendront eux aussi que nous avons besoin d’AG de rues, car rester derrière son clavier n’est pas bien efficace et chiant, et pour retrouver l’esprit de classe :

1. refuser les processions cycliques aux ordres des laquais de l’Etat,
2. en proposant la tenue d’AG de rue, ce sera le meilleur moyen de s’opposer aux bagarres stériles des ploum-ploum ou des provocs en fin de cortège, ou les barrages de rue typiques de l’impuissance anarchiste à ouvrir la bouche et à dialoguer,
3. mener les discussions les plus larges sur la place publique avec élection de députés de rue et choix de lieu d’AG ouvertes à toute la population prolétaire dans chaque ville avec voix décisionnelle (les exemples de 1905 et 1917 en Russie montrent qu’on peut éviter par des mesures de contrôle les fausses assemblées garnies par clans gauchistes ou néo-staliniens, professeurs bobos et étudiants aventuristes.


Les manifs actuelles ne servent à rien (mais si... à ridiculiser le prolétariat)

Les bonzes syndicaux y font chanter des conneries, il faut marcher au pas, aucune discussion n'y est possible. Maintenant que le spectacle de l'humiliation des prolétaires "mobilisés" pour la plus grande humiliation de la classe ouvrière depuis la guerre - la suppression de la retraite en fait - se termine dans l'amertume avec le bon vieil argument des bureaucrates pourris "ce sont toujours les mêmes qui bougent et les ouvriers ne sont pas à la hauteur". Il va falloir réfléchir à comment lutter hors des syndicats qui ont orchestré notre défaite, et à les vider des AG où ils empêchent toute réflexion et orientation sérieuse. La crise systémique offrira les vraies conditions de la généralisation des luttes pour l'émancipation des travailleurs par eux-mêmes et pas leur parquage par les valets de l'Etat.

Oui nous devons beaucoup à nos « grands ancêtres »

Mais nous leur devons la fidélité aux principes de fer: "l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs EUX-MEMES". A moi de te dire écoute. Ecoute bien:
1. quand on est dans une impasse, comme celle dans laquelle nous placent sans cesse les appareils d'Etat syndicaux, c'est trahir nos grands ancêtres que de défiler derrière ces traîtres professionnels,
2. c'est malheureux à dire mais c'est comme ça, quand il n'y a rien à faire, il n'y a rien à faire, il faut savoir attendre; pour l'instant le prolétariat est complètement démoralisé et atomisé, ceux qui défilent sont les moins conscients de ce qu'il y a à faire et les plus instrumentalisés,
3. préparer la grève générale est un mot d'ordre creux, vide de tout sens historique, il n'y a jamais eu de grève générale sur commande, ni même spontanée... 68 est une grève qui s'est étendue massivement alors que personne ne s'y attendait, elle n'a jamais été complètement générale. Il faut en finir avec ce mot d'ordre obsolète, rengaine à gauchiste et anarchistes impuissants; c'est devenu si vide et si ridicule qu'on pourrait le remplacer par "vivement le miracle" ou même"bientôt le grand soir". Notre seule issue de secours ne réside pas dans l'exaltation de mots d'ordre mais dans notre capacité de prendre en mains nos luttes, c'est à dire, imposer des AG où réellement on discute et décide en commun (mais pour le faire il faudra en chasser les flics syndicaux ou les faire taire). Pour l'heure je suis très pessimiste, quatre magouilleurs syndicaux suffisent en général à manipuler une AG de 500 personnes... parce que la classe ouvrière dort encore, bien qu'on lui enlève peu à peu, oreiller, draps et couvertures...Enfin lis bien les déclarations à chier, perverses et méprisantes des chefs syndicaux, rien que pour se foutre de notre gueule et peu inquiets sur d'éventuels débordements demain: ils ne peuvent pas être débordés politiquement en ce moment, y a aucune solution de rechange ni réformiste ni révolutionnaire à Sarko... pour l'instant.

Tous ensembleu tous enseumbleuh… meuh »

Avec nos kâmârades planqués des CE et tous les fainéants permanents retirés de la production en tant que "salariés protégés", suiveuh les en tête des défilés et repreneuh avec euh: « Sarko euh euh ta réformeuh tu seuh où on s'la met euh euh meuh ». « A présent camarades le défilé est terminé , rentrez chez vous l'intrasyndicaleuh va réfléchir les jours prochains aux suites à donner à NOTRE action ».

…et ces inactifs donneurs de leçon syndicale...s

e font le relais de leurs copains valides dans la rue pour promener les prolétaires avec des panneaux où est inscrit "victoire", "Sarko t'es un nain", "a bas les profits capitalistes", "la retraite à 60 ans". A la fin de la manif programmée avec les préfets de police, ils rangent les banderoles avec leurs intelligentes inscriptions et attendent les ordres d'en haut pour revenir se promener quelque temps plus tard avec les "enfants" ouvriers et parader à nouveau dans les beaux quartiers. Il faut préciser que les vuvuzelas ont remplacé les pétards de carnaval d'antan et les fumigènes de la corpo privilégiée cheminote. Mais c'est toujours carnaval.

…ne te choque pas c'est le gimmick

du beauf syndical lambda de s'en prendre à la taille de Sarkozy, çà leur évite de penser politique et laisse la politique à leurs chefaillons corrompus des appareils. Le syndicalisme actuel, dans sa généralité y inclus gauchiste "radicalement" "bêtise générale" fonctionne avec en effet l'esprit de secte typique, si tu n'es pas OK avec leurs borborygmes tu es un "umpiste", voire un "fâcho", ou pire un "troll". Amusant, non?

… pas OK sur la comparaison (de Gauchekaviar)

Les grèves et manifs syndicales des appareils corrompus de la bourgeoisie ne sont pas d'un autre siècle. On est d'accord c'est une destruction de toute véritable lutte. Mais si tu évoques le XIXe siècle ou par ex. mai 68: les grèves étaient décidées en AG, les manifs aussi, on se fixait un but, des objectifs, on se re-réunissait en AG pour faire le point, donner des suites ou pas. De nos jours c'est kafkaïen, les élites syndicales décident pour nous, planifient, nous prennent pour des gros nazes. Il n'y a pas disparition de la classe ouvrière ni de la nécessité de manifester ou faire grève, mais un dessaisissement complet de notre vieux slogan "l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des ...". Tu saisis la différence? Mais tous les deux on est traité comme des chiens, ce qui ne nous gêne pas pour continuer à aboyer.
Gauchekaviar dit aussi que c'est honteux de rameuter les jeunes (mais en tant que jeunes bobos étudiants, y avait pas les "cailleras" de banlieues et autre fils "ratés" d'ouvriers) mais surtout parce que quand ils auront l'âge adéquat, la retraite aura disparue grâce au fifty-fifty gouvernementalo-syndical de 2010! A moins que la gôche caviar et trotskaranar échoue à les embrigader dans leur "bonne conscience" de gauche sans perspective et sans foi ni loi, et que la révolution ait eu lieu avant. De toute façon ça va péter avec la crise systémique grave, et pour l'instant les mafias syndicales contrôlent des défilés de cimetière avec les chrysanthèmes du gouvernement en jetant des sorts en direction de leur avenir funeste...

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