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mercredi 29 novembre 2023

COMMENT LA BOURGEOISIE SE SERT DE L'ISLAMISME POUR DIVISER LE PROLETARIAT ?


 « Feuerbach ne voit pas que l'esprit religieux est lui-même un produit social et que l'individu abstrait qu'il analyse appartient lui-même à une forme sociale déterminée ». Marx (thèse X sur Feuerbach)


Il n'y a pas grand monde sur le terrain politique hors système pour dénoncer l'imprégnation islamique, et surtout la façon sournoise avec laquelle il pénètre le monde du travail. Il y a une quarantaine d'années c'était la revendication de salles de prière, puis de plus en plus de demandes concernant les cantines séparées, le besoin d'interrompre le travail à certaines heures pour aller prier, venir voilées à l'usine ou au bureau, etc . Marx a donc eu tort, la critique de la religion reste encore nécessaire ! Les banderoles « travailleurs français et immigrés même combat » ont pris un coup de vieux et paraissent utopiques dans la désintégration sociale qui règne en cette période qu'il faut bien qualifier de réactionnaire du point de vue du prolétariat. Oui une division s'est instaurée !

Au point que cette prégnance islamique devient insupportable et suscite des réactions de rejet, comme dans cette usine en province où les travailleurs s'oppose à la réintégration d'un chefaillon musulman pro-hamas, alors que l'inspection du travail l'ordonne... il faut cesser de l'ignorer malgré les incantations simplistes et moralistes de l'islamo-gauchisme.


Depuis des années, dans ma cave, au milieu d'autres brochures se trouvait celle d'un cercle « lieux communs ». Je ne me souvenais pas de l'avoir lue. Quelle surprise devant tant de lucidités. C 'est fort bien écrit, frôlant parfois l'impact de la plume situationniste.. La démonstration est fulgurante1.

Ce collectif ne se définit pas comme marxiste. Un certain Guy Fargette, dans un article titré : « Le théâtre marxiste et ses failles » nous explique pourquoi selon lui :

« Dans le théâtre mécanique du marxisme, seuls deux pôles agissent, la bourgeoisie et le prolétariat, ce qui justifie l’exacerbation d’une férocité exponentielle contre l’adversaire, le volontarisme devenant l’expédient ultime, comme dans tout rapport guerrier. De fait, s’il a toujours existé des classes sociales en rapport avec les rôles productifs, la lutte de classes a été assez rare dans l’histoire humaine et le plus souvent de façon transitoire »2

Voilà un constat assez pitoyable, méprisant l'histoire des luttes des luttes des classes dominées jadis et naguère. Doublé d'une ignorance totale d'un marxisme qui a subsisté, combattu mais victime du stalinisme, du maoïsme, etc . Fargette nous ressort la citation de Malraux qui mettait sur le même plan le marxisme et l'islamisme. Ce qui peut sembler vrai à un niveau superficiel Car tous deux sont « internationalistes ». Avec cette différence de taille que le second est bien plus comparable au fascisme, et le premier vecteur, au-delà de ses déformations staliniennes et maoistes, d'un long combat vers une réelle émancipation humaine, qui, vu la décadence capitaliste actuelle, a surtout des chances de ne jamais aboutir.

Et je m'en fous de Fargette, ce qui me plaît sur leur site c'est qu'il y a un espace ouvert à la discussion, chose invisible chez les sectes maximalistes comme le CCI et Cie. Il n'y a pas besoin d'être marxiste ni homologué tel pour garder les yeux ouverts sur le monde honteux qu'on nous fait subir. Ce collectif publie ses brochures mais on peut toutes les lire sur le web ; c'est théoriquement très riche, et la question de l'immigration n'est pas la seule question traitée. Les argumentations sont si étayées qu'on a l'impression que tout est dit, et même l'essentiel. Contre l'énormité de l'indifférence de la gauche bourgeoise et l'islamo-complicité du pouvoir (cf. mon communiqué sur l'assassinat du jeune Thomas à Crépol), ces écrits étaient prémonitoires.

J'ai choisi de vous en fournir un avant-goût, vous conseillant de lire l'intégralité de leurs articles car les bonnes feuilles, incomplètes, peuvent induire de mauvaises interprétations.



« En Europe, ce qui était une subversion terroriste que les États pouvaient prétendre contrôler en est venue, il y a peu, à impliquer directement les popula­tions, horrifiées. Il s’agit d’une part d’un islamisme en cours de fusion avec le banditisme, de la petite voyoucratie de banlieue aux barons trafiquant armes, drogues, femmes ou clandestins, et susceptible d’utiliser toute la réserve de violence et de brutalité qui versait jusqu’ici dans l’anomie, notamment via les « territoire perdus » et, bien entendu, les prisons. Et d’autre part du fait, chaque jour plus évident, que les immigrés arabo-musulmans en terres occidentales semblent prêts, pour une part effrayante et croissante, à se considérer comme infiltrés patients de la domination musulmane, sans violence mais indiscutablement. Deux choses inconcevables pour l’Européen moyen, mais difficilement réfutables, les sinistres Kouachi passant à l’acte pendant que les millions de musulmans ne daignent pas exprimer publi­quement une éventuelle désapprobation...3


 (…) Jamais n’avait été aussi manifeste la conver­gence entre l’intérêt économique et le chantage affectif, entre l’idéologie capitaliste libérale et le gauchisme culturel »


L'infiltration islamiste...

En Europe, ce qui était une subversion terroriste que les États pouvaient prétendre contrôler en est venue, il y a peu, à impliquer directement les popula­tions, horrifiées. Il s’agit d’une part d’un islamisme en cours de fusion avec le banditisme, de la petite voyoucratie de banlieue aux barons trafiquant armes, drogues, femmes ou clandestins, et susceptible d’utiliser toute la réserve de violence et de brutalité qui versait jusqu’ici dans l’anomie, notamment via les « territoire perdus » et, bien entendu, les prisons. Et d’autre part du fait, chaque jour plus évident, que les immigrés arabo-musulmans en terres occidentales semblent prêts, pour une part effrayante et croissante, à se considérer comme infiltrés patients de la domination musulmane, sans violence mais indiscutablement. Deux choses inconcevables pour l’Européen moyen, mais difficilement réfutables, les sinistres Kouachi passant à l’acte pendant que les millions de musulmans ne daignent pas exprimer publi­quement une éventuelle désapprobation...

Ce schéma ne peut que se répéter, amnésie fonctionnelle aidant (qui réalise que le processus algérien a largement commencé µ ?). Mais déjà, l’étape sui­vante surgit, spectaculaire. Elle concentre à elle seule quarante ans de « poli­tique de l’immigration » ou vingt de « lutte contre l’insécurité » (qui n’ont été que d’impuissantes tentatives de rationaliser l’état de faits) ; elle condense tous les phénomènes connus de désagrégation de l’univers arabo-musulman depuis les indépendances : c’est bien entendu l’arrivée massive et continue de millions de « migrants » sur le territoire européen depuis le mois d’avril 2015.

(...)

 De même, la manière dont l’oligarchie, d’abord surprise, a finalement accompagné le surgissement des revendications communautaires ne pouvait qu’avoir un seul objectif : détruire ce qui restait des cultures ouvrières, morceler les insti­tutions qui en sont héritées, et, au-delà, en finir définitivement avec l’héritage émancipateur de l’Occident. Inutile de montrer ici en quoi tout le fatras du relativisme post-moderne et du gauchisme culturel, sans parler de l’islamo-gauchisme, à la fois symptômes et causes de ces délitements, n’en sont qu’une rationalisation plus ou moins verbeuse.


C’est ainsi qu’il conviendrait de comprendre la complaisance précoce des pouvoirs publics pour les manifestations islamistes dans les années 1980 : salles de prières, menus adaptés, voiles, etc., très largement tolérés par une population profondément ouverte et pressée d’évacuer toute notion de conflic­tualité. L’irruption du terrorisme islamiste dès la décennie suivante pouvait aussi permettre de mettre l’ensemble de la population sous pression. Mais le développement tous azimuts du néo-islam, et sa pénétration diffuse dans tous les secteurs de la société et à tous les échelons hiérarchiques, pose des pro­blèmes fonctionnels pour le capitalisme lui-même, et le terrorisme instille une ambiance de guerre civile mondialisée peu compatible avec une consom­mation accrue. La rupture anthropologique elle-même (posture vis-à-vis des femmes, notamment) semble provoquer des prises de conscience diffuses et successives, rythmées par l’intégration effective et l’ascension progressive de ces néo-musulmans, jusqu’aux plus hauts niveaux de toutes les institutions.


Padamalgam... Pic et pic et colégram


Il s’agit avant tout d’éviter l’amalgame entre l’islamisme et les pratiques religieuses musulmanes. Mais la ritournelle « Pas d’amalgame », entonnée à tort et à travers, n’a fait que rendre la situation plus confuse.

D’abord, l’accusation d’« islamophobie », popularisée par les ayatollahs iraniens, est en elle-même un amalgame grossier et culpabilisateur. Elle veut faire passer pour du racisme une défiance vis à vis de l’islam qui peut avoir des causes di­verses : pour des réfugiés, la crainte de revivre une décennie noire (Algériens), ou d’être persécutés (apostats, juifs, chrétiens d’Orient ou d’Afrique) ; pour des libre-penseurs, comme nous, la volonté d’en finir avec toutes les supersti­tions et la tartufferie qui les accompagne.

Ensuite, le mantra « Pas d’amalgame » a toujours été employé par les idéologies meurtrières pour se donner une ap­parence acceptable. Un communiste dira que le « vrai » communisme n’a jamais été appliqué, qu’il n’a rien à voir avec les régimes stalinien, maoïste ou castriste, ni même avec le PCF. Certains chrétiens prétendront qu’ils n’ont pas à assu­mer l’Inquisition ou les Croisades puisque rien de cela ne serait dans la Bible. La situation actuelle des musulmans face à l’islamisme est identique, et il faudra bien un jour qu’ils se débarrassent de cette « Maladie de l’islam », d’une manière ou d’une autre.

L’extrême droite musulmane qui s’affirme... (témoignage d'une enseignante en banlieue islamisée)


Je vois régulièrement des mamans se voiler sous la pression d’autres, en cours d’année. C’est très concret comme avancée... T’es pas voilée, t’es une mauvaise mu­sulmane, t’es une mauvaise mère, pour ne pas dire une pute, etc. Alors les couardes finissent par céder, on dirait qu’ils ont tous un flic de l’État Islamique qui les suit partout, une sorte de Daech mental. T’as des nanas algériennes qui ont la cinquan­taine, très courageuses, musulmanes comme ma grand-mère pouvait l’être, c’est-à-dire détendues, ouvertes, franches, la foi du charbonnier quoi, qu’ont monté un collectif « femmes sans voile » pour qu’on cesse de les insulter et de les agresser parce qu’elles ne portent pas le voile ou encore d’autres qui militent pour ré-instituer la mixité dans les bars de ces villes... Ça en est là, le combat féministe dans ces territoires, tu vois le niveau de régression qu’on a atteint !

Et les syndicats d’enseignants ? (témoignage idem)

Pffff... Pourquoi tu me parles de ceux-là ? Ils sont enfermés dans leur démagogie et leurs petits calculs. Ils ne savent que te dire que le problème est économique et blablabla, rien de culturel (on dirait que, pour eux, le mot « culturel » équivaut à « inférieur racial ») et puis après ils te servent leur discours sur les conditions socio-économiques du ghetto, le manque de moyens, le manque de postes, etc. Connards. Donc eux leur discours se réduit à des moyens, des moyens, etc. Leurs réunions, leurs AG, leurs actions sont pleines d’islamistes mais ils pensent que c’est une mode ou qu’ils vont les doubler... Tu parles. Faudra pas pleurer si le FN se radine...

C’est pas nouveau que les syndicats ne s’intéressent pas à la base...

Bien sûr. Quand tu lis les monographies des types qui faisaient de la Pédagogie Institutionnelle dans les années 60-70 dans ces mêmes banlieues, les Fonvieille, les Oury, les J. Pain... ils pouvaient avoir des classes de plus de cinquante élèves avec des budgets et des moyens pédagogiques dérisoires, mais ils rencontraient beaucoup moins de problèmes que nous en classe car ils avaient à faire à une culture commune : la culture prolétaire et les parents immigrés à cette époque-là même s’ils étaient non francophones visaient réellement l’intégration de leurs gamins et avaient un profond respect pour les maîtres et les maîtresses... Faut lire Cavanna...

Dans certaines villes de banlieues où sur 25 000 habitants il n’y a plus que tout au plus une petite centaine de Français qui sont là depuis au moins 3 générations... C’est une réalité géographique, dans ton train de banlieue tu croises un Blanc tous les 36 du mois depuis des années maintenant et les lois de la République deviennent optionnelles. Les chantres du capitalisme, les Attali, etc. sont ravis des migrations historiques qu’on vit en ce moment, ils sont ravis de voir se dissoudre le peuple en une multitude de lobbies ethniques et de petits clans et autres gangs car en face il n’y a plus grand monde qui veuille faire société. La seule dimension culturelle française semble se résumer à la culpabilité : être coupable et redevable des crimes de ses ancêtres – genre, les Arabes sont des enfants de chœur et ont construit un empire en appelant à l’amour universel ! Bref, le Français n’est pas celui qui se réclame des Lumières, des révolutions, de la lutte des femmes, etc. et qui est habité par certaines valeurs héritées de ces combats, mais c’est celui qui a intégré qu’il est coupable et qu’il doit demander pardon constamment. Ça fait quarante ans que c’est là, mais là on commence à en voir les résultats législatifs : les lois mémorielles, la discrimination positive, la traque du racisme onirique, la culture de l’excuse, et maintenant le retour du blasphème. Je connais même des Fran­çais qui dans des contextes où ils sont minoritaires ont honte de dire qu’ils le sont depuis plusieurs générations.

On a du mal à se sentir dans le pays de 1789...

(...)

Donner raison aux Le Pen ?

Le troisième point qui rend la situation impensable est qu’il est extrêmement difficile de rendre compte de toutes ces réalités sans avoir l’impression de donner raison aux Le Pen. Le Pen-fille, d’abord, dont les posi­tions sont aujourd’hui très édulcorées : elle a repris la défense de la laïcité, elle reprend plusieurs discours pro-intégration, etc. Mais même les propos du père, qui avait un discours inacceptable sur l’Algérie et l’im­migration, prennent, aujourd’hui, un relief très particu­lier... Or les thèses lepénistes, personne, au fond, n’y souscrit vraiment, à part une petite minorité de Fran­çais. Le nouvel électorat FN est réellement en rupture avec l’ancien pro-Algérie française ou pro-catholique des années 1980. La population ici est fondamentale­ment antiraciste, il suffit de regarder autour de soi : jusqu’au fin fond des campagnes, tout le monde a un copain, une connaissance, sinon un voisin, un com­merçant, un collègue maghrébin ou immigré, qui est largement accepté ; l’ascension sociale et hiérarchique des Maghrébins est effective, et les propos xénophobes qu’on peut entendre sont sans conséquences pratiques. Ce n’est donc qu’avec une énorme réticence qu’une partie des Français donne raison, rétrospectivement, au discours frontiste, à rebours et à reculons. Autrement dit, beaucoup de gens refusent d’affronter ces réalités parce qu’elles entérineraient immédiatement les thèses frontistes, et ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas y échapper s’y rallient finalement. C’est ce que tout le monde observe, je crois, avec plus ou moins d’effare­ment autour de soi.

(cette partie du témoignage vous idyllique en ce moment où on peut dire que la réalité a dépassé la fiction, quand finalement on s'est aperçu que l'extension de la vraie extrême droite, l'islamisme, est favorisée par les nouveaux fachos, les gauchistes ! Mais l'histoire nous a habitué à ces renversements décoiffants! JLR)

« Parce que, effectivement, il n’y a aucune autre grille de lecture qui permette de rendre compte de ce qui est en train de se passer – même si nous prétendons en avoir une, mais qui remet en cause pas mal de dogmes idéologiques . Là, la res­ponsabilité de la « Gauche » et de l’extrême gauche est énorme, qui ont minimisé, ridiculisé, vilipendé ce que les milieux populaires ex­primaient depuis des années parce que ça ne rentrait pas dans les cases marxisantes et tiers-mondistes : toutes les « explications » (en fait des excuses déres­ponsabilisantes) pseudo-sociolo­giques qui invoquent le colonialisme, la ségrégation, le racisme, la pauvreté ou je ne sais quoi ne tiennent pas, il suffit de se décen­trer un peu, en d’autres temps, en d’autres lieux – ou simplement de sortir de chez soi . Pour le dire très vite : si l’oppression entraînait mécaniquement le fas­cisme, nous ne serions pas là à nous réclamer du mou­vement ouvrier antimilitariste, anticlérical, coopératif, autoges­tionnaire... Alors pour ceux qui prétendent va­guement s’en réclamer, la gauche et ses gauchistes, prendre en considération ce qui se passe réellement dans les quartiers et les institutions, et le connecter avec ce qui se déroule sous d’autres climats, ce serait se dédire, se contredire, d’où la tentation de la suren­chère qu’exprime l’islamo-gauchisme. Symétrique­ment, côté musulman, c’est un peu la même chose : Le Pen ne peut pas avoir raison contre nous depuis 40 ans, donc nous ne sommes responsables de rien et même pas de notre présence sur le sol français, et Al­lah ouakbar (soit dit en passant : ça ne semble pas in­téresser grand monde, mais l’électorat immigré de Le Pen existe et s’étoffe, pas seulement chez les Asia­tiques ou les Subsahariens chrétiens, et le FN y recrute même nombre de candidats). Bref, les populations se retrouvent face à un vide intellectuel, idéologique, alors qu’elles cherchent simplement à donner sens à ce qui est en train de se dérouler sous leurs yeux et à ten­ter de se positionner pour sauvegarder ce qui peut en­core l’être .


(…) troisième lieu commun, tout cela serait des conséquences normales de situations très difficiles que vivraient les pays arabes ou les musulmans en général. C’est un discours victimaire qui fait florès mais qui est aussi une absurdité, et d’abord parce que l’islamisme est un phénomène postcolonial ; il se déploie après les décolonisations et non pas durant le colonialisme. Les luttes d’indépendance ne sont pas du tout le fait d’islamistes ou en tout cas leur rôle était complètement secondaire : ce n’est pas au nom de l’islam que le peuple algérien réclamait et a gagné son indépendance, pas plus que la Tunisie, etc. Le « chaos algérien » est arrivé près d’une génération après... D’autre part, les immigrés de ces pays qui sont arrivés en France dans les années 50 et 60 ont vécu dans des bidonvilles dans des conditions totalement honteuses, et il n’y avait nulle trace d’islamisme chez eux. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisqu’on parle même des « bobars », les « bobos » barbus. C’est même le phénomène inverse, puisqu’on voit aujourd’hui en France des Arabes ou des musulmans membres du gouvernement, journalistes, artistes, chercheurs, humoristes, PDG, profs, cadres, écrivains... et que les États islamistes sont parmi les plus riches du monde. L’extrême droite musulmane est un fait qui concerne aujourd’hui toutes les catégories sociales et n’est pas du tout le fait des plus pauvres ou des plus discriminés : c’est ce que montre concrètement l’impossibilité du « profilage » des terroristes. Au niveau géopolitique, cela se vérifie aussi : l’islamisme est bien installé en Turquie, qui n’a pas été colonisée, et on ne voit aucun extrémisme religieux dans l’ex-Indochine française, ou dans l’ex-Congo Belge, où le colonialisme a été particulièrement ravageur. Enfin, si la souffrance sociale débouchait nécessairement sur l’intégrisme, nous ne serions pas là à nous réclamer d’un mouvement ouvrier, qui était, lui, vraiment en haillons et qui a institué pour la première fois la séparation de l’Église et de l’État pendant la Commune de Paris. Bref, c’est un argument purement victimaire, particulièrement étrange venant de gens très souvent anti-sionistes puisque cette posture victime / bourreau est caractéristique de la défense d’Israël...


(...)… L’offensive lancée par Ben Laden est elle-même une énorme manipulation qui vise à séparer en Occident les populations arabes immigrées des autochtones — et c’est en train de marcher... Donc sans aucun angélisme, il est impossible de réduire l’islamisme au rôle de la CIA à moins de tomber dans la paranoïa. Quant au jeu des médias français, je n’ai rien lu de convaincant sur le sujet. Le jeu de l’oligarchie locale serait plutôt de laisser s’installer un chaos social stérile, un éclatement du corps social qu’elle pourra facilement surplomber.

(…) Cinquième et dernier argument que je prends en compte : l’islamisme n’aurait rien à voir avec l’islam, il y aurait une distance incommensurable, un fossé infranchissable entre la religion mahométane et l’extrême droite islamique. Alors là, vous comprenez immédiatement que c’est en contradiction flagrante avec le premier lieu commun, même si on passe très facilement de l’un à l’autre... C’est évidemment faux : l’islamisme se nourrit du terreau de l’islam exactement comme l’intégrisme catholique naît du catholicisme. Lorsqu’il y a viol, n’importe où, je me sens concerné en tant qu’homme. Le viol interroge la culture masculine, c’est une évidence : il y a un continuum entre cette monstruosité et la banalité du quotidien. Dans le même ordre d’idée, le colonialisme est un fait qui pèse dans l’histoire de la France, c’est un fait qui constitue un pan important de sa culture, et que tout Français, y compris naturalisé, porte en lui, qu’il le veuille ou non. Il y a ici encore un continuum entre le colonialisme et l’universalisme des Lumières, qui demande à être interrogé, qui l’est largement, même si ce n’est pas la même chose, bien entendu. On pourrait continuer : depuis l’après-guerre, le nationalisme ne peut plus être pensé comme au XIXe siècle et interroge tout patriotisme, et le communisme est désormais un mot dégoulinant de sang qui doit faire douter tous les marxistes. Alors oui, évidemment, tout musulman a à se positionner vis-à-vis des monstruosités qui se font au nom de la croyance qu’il a choisie, et l’islamisme interroge profondément l’islam et devrait profondément interroger ses adeptes. Ce n’est pas le cas, c’est même le contraire qui se passe, il y a surenchère et c’est absolument dramatique. J’en reparlerai à la fin.


Pourquoi une telle complaisance vis-à-vis d’une extrême droite caractérisée  D’abord la peur. Il est extrêmement inquiétant de voir naître, sous nos yeux, un véritable fascisme, d’assister à son développement, mois après mois. Ça fout la trouille de voir une nouvelle idéologie réactionnaire — nouvelle et exogène du point de vue européen — qui s’installe et se répand réellement puisqu’elle rencontre dans une certaine partie de la population un écho : car ce ne sont pas seulement quelques élucubrations d’idéologues illuminés, mais bien un courant populaire, un mouvement qui a prise, qui fait écho sur une partie d’une population. Chacun ici a sûrement des anecdotes à raconter dans sa famille, au travail, dans son entourage ou dans la rue qui témoignent de cette progression plus ou moins marquée et qu’on préfère ne pas trop comprendre. Cela faisait longtemps qu’une telle chose n’était pas arrivée en France, et je pense que la posture islamo-gauchiste est en grande partie un déni intellectualisé de cette réalité face à laquelle on se sent particulièrement impuissant, voire une identification à l’agresseur, comme on dit. Cette motivation secrète, on peut la comprendre, mais il faut surtout admettre qu’elle est suicidaire. Ce fondement émotionnel explique pas mal de confusion et de retournements idéologiques.

Premier axe, c’est l’anticapitalisme, bien entendu, sous toutes ses formes, qui à l’époque était fondateur des engagements politiques, quelle que soit leur famille idéologique. Progressivement, dans le contexte décolonial et parallèlement au déclin des grandes luttes ouvrières, cet anticapitalisme est interprété sous l’angle de l’anti-impérialisme : on ne va alors plus mettre l’accent sur l’exploitation économique du prolétariat par la bourgeoisie et le patronat, mais plutôt sur les politiques des puissances impériales qui oppressent et pillent les pays du tiers-monde. Puis, petit à petit, de simplification en simplification, tout cela va dégénérer en anti-occidentalisme, c’est-à-dire que le mal n’est plus le capitalisme dans toutes ses variantes, de tous les pays, de toutes les races, de toutes les couleurs, ce n’est plus non plus l’impérialisme en tant que tel, ou l’expansionnisme tel qu’il pouvait être appliqué aux menées de l’URSS en Europe de l’Est, de la Chine au Tibet, etc., mais bien l’Occident lui-même, dans sa pensée, ses pratiques, sa culture, bref dans toutes ses dimensions. Voilà ce qu’il faut combattre, et tout le reste est secondaire, on verra après, d’abord il faut en finir avec la domination occidentale. On passe donc dans ces années-là du combat contre le capitalisme au discrédit de l’Occident.

Deuxième élément, le sujet révolutionnaire. Avant et durant les années 50, l’espoir résidait au sein de la gauche marxiste dans la classe révolutionnaire. Les ouvriers étaient censés transformer le monde, l’édification du socialisme était leur rôle historique. À partir des années 60, et de manière exemplaire en 68 évidemment, le prolétariat déçoit, il n’est pas à la hauteur des espérances dont on l’avait chargé, merde, ça ébranle toute la belle mécanique marxiste. Plutôt que de revoir ces schémas, on déplace alors l’espoir vers les peuples colonisés qui se battent, là, un peu loin mais sous nos yeux, pour leur liberté. C’est-à-dire que ce n’est plus l’ouvrier à la chaîne qui va construire le communisme sur Terre, ce seront le fellaga algérien, le vietcong ou le paysan chinois, bref les damnés de la terre, comme on le dira. Évidemment, ici encore, grandes déconvenues des jeunes indépendances, aucun pays ne tient ses promesses et certains sombrent dans la barbarie, bref, pas de voies praticables entre les USA et l’URSS, on ne sait plus quoi faire... C’est la fin des années 70, et c’est là que surgit la posture humanitaire, Médecins Sans Frontières, l’épisode des boat-people, etc. On voit que le discours se dépolitise de plus en plus : là on se contente de sauver des gens, de les nourrir. À défaut d’en faire des révolutionnaires, de les aider à construire un monde meilleur, on peut au moins leur donner le statut de victime puis les aider, tout cela nous décharge un peu de notre culpabilité de nantis. Je suis dur, mais on assiste vraiment à la résurgence d’un néo-christianisme béat dont on n’est pas sorti. Enfin, on arrive, logiquement, progressivement, dans les années 80, à la figure de l’immigré victime. Autrement dit, en trente ans, on est passé de la classe ouvrière européenne avant-garde de la révolution mondiale aux peuples luttant pour leurs indépendances, jusqu’à aujourd’hui la figure de l’étranger victime, comme levier de changement des mentalités, voire de basculement de l’ordre du monde, on l’a vu avec les discours hallucinés et démagogiques sur les sans-papiers, les immigrés ou les banlieues, sans parler des délires des gauchistes parisiens autour des Tunisiens de Lampedusa qui fuyaient la libération de leur peuple juste après le soulèvement, et qu’ils voyaient comme des libérateurs... Cette figure est donc plaquée sur la réalité des immigrés, qui sont bien entendu autre chose que des victimes, en symétrique exact de leur diabolisation par le FN.

Troisième élément, l’antifascisme, précisément. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, il y avait évidemment un consensus antifasciste à gauche, qui était un élément identitaire fort. Durant la période des décolonisations, on ne vise plus les fascistes ou les nazis proprement dits, qui n’existent plus en tant que force agissante, mais les colons et tous les réseaux et formations qui refusent les décolonisations. C’est en France, par exemple, le courant Algérie Française et tous ses appuis, le SAC, etc. Dans les années 80, face à la figure du FN, tout cela se mue en discours antiraciste. Le principe n’est donc plus de combattre le fascisme en tant que force politique agissante, mais le racisme banal, quotidien et quelquefois meurtrier, ce qui est une chose très différente. Il ne s’agit plus tellement de combattre des organisations, des groupuscules ou des partis, mais bien de rééduquer toute une population, la population française, dont la prétendue inhospitalité serait mère de tous les maux... L’antiracisme devient donc la grande cause, qui surpasse toutes les autres, et il n’est plus tellement question de faire la révolution, on s’en doute : il suffirait que tout le monde vive bien, comme les Français, et tout irait bien.

Au final, nous avons donc vu émerger la figure de l’étranger victime du racisme occidental, qui devient le B-A-BA de l’engagement « de gauche » : l’idéalisation autour de l’ouvrier des années 50 ou 60 se reporte aujourd’hui sur l’étranger, mais attention, sur l’étranger en tant que victime et pas du tout en tant que personne pouvant s’émanciper elle-même, donc bien en demande d’aide, aide qui est la nouvelle mission de « la gauche », sur le modèle de la charité, avec une forte dimension internationaliste. Voilà la doxa de base qu’hypostasie l’islamo-gauchisme ambiant et dans laquelle les membres de ma génération sont nombreux à avoir grandi. Dans ce contexte, vous imaginez bien que la moindre critique de l’islam est tout simplement impensable et fait basculer dans le camp de l’ennemi. On voit très tôt des traces de cette complaisance par exemple chez M. Foucault défendant la révolution iranienne, ou chez des gens comme Christian Jambet, passé de la Gauche Prolétarienne à l’adoration du chiisme, ou encore R. Garaudy, etc.


NOTES

1https://collectiflieuxcommuns.fr/spip.php?page=recherche&recherche=islamismes

3Il faut bien constater, hélas, que concernant l'ignoble massacre des civils israéliens le 7 octobre, les populations arabes, et y inclus celles de Gaza, ont gardé bouche cousue, au point qu'on peut en venir à penser que la « vengeance » de l'armée sale peut se justifier, quoiqu'elle ne serve à ,rien. On n'oubliera jamais que ces massacres ont été menés « à la coranique » par un massacre éhonté des inférieures dans cette religion arriérée, ces femmes violées qu'on vit kidnappées, le fond du pantalon dégoulinant de sang, preuve qu'elles avaient été battues et violées lâchement et sauvagement. Aucune « libération nationale » ne peut justifier cela, ou mieux c'est la preuve de l'inanité de libérer quoi que ce soit par ces méthodes de bestiaux inhumains.

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