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mercredi 22 février 2023

The Women of The Industrial Workers of the World (I.W.W.)

 


The Women of

The Industrial Workers

of the World (I.W.W.)

[Les femmes des Ouvriers Industriels du Monde]

                                 Traduction : Jean-Pierre Laffite

 

Le mouvement féministe était bourgeois à l’origine et il l’est…resté jusqu’à nos jours, avec les diverses pitreries de la petite bourgeoisie dont la plus ridicule est Sardine Ruisseau. Le texte qui suit montre que le combat des femmes prolétaires n’est pas séparable de la lutte de classe. (JLR)

L’Industrial Workers of the World (I.W.W.) a été l’un des premiers syndicats industriels à adopter le concept d’égalité des sexes et à étendre ses adhésions aux femmes. Dès sa création, en tant qu’organisatrices, agitatrices, militantes et membres actives, les femmes ont joué un rôle important dans le développement du syndicat.

L’I.W.W. a été formé en 1905 après que William Haywood avait appelé à une réunion d’anarchistes, d’anarcho-syndicalistes et de syndicalistes à Chicago. L’objectif était de former un “One Big Union” [un unique grand syndicat] – de créer un système de syndicalisme industriel qui organiserait les travailleurs pour toute une industrie au lieu de les organiser par métier ou par profession. La perspective dotée d’une conscience de classe du syndicat séduisait de nombreux militants et douze des membres fondateurs du syndicat étaient des femmes, parmi lesquelles des pionnières telles que Mother Jones et Lucy Parsons.

Les femmes des I.W.W. sont rapidement devenues des piliers aux yeux du public, en partie à cause de la nature non conventionnelle de leurs activités d’organisation, mais surtout en raison de leurs compétences à faire passer le message. Lucy Parsons, Elizabeth Gurley Flynn et Matilda (Rabinowitz) Robbins étaient de puissantes oratrices et elles ont motivé d’innombrables partisans à se joindre à la cause du syndicat. Inspiré par Gurley Flynn, le troubadour I.W.W. Joe Hill a écrit The Rebel Girl, une chanson encore largement chantée, qui en est venue à personnifier le rôle de la femme dans le syndicat comme étant quelqu’un  d’intrépide, de gentil et de dévoué à la cause de la classe ouvrière. Bien que La Fille rebelle ait pu être écrite pour Flynn, ce sentiment s’est répandu dans la vision du monde du syndicat. Les I.W.W. considéraient les femmes comme des activistes et des partenaires égales, plutôt que comme un simple soutien auxiliaire. Les femmes étaient actives dans le syndicat dans tous les coins du monde, mais elles avaient la plus grande influence dans la région orientale des États-Unis. Contrairement aux États de l’Ouest, où les travailleurs avaient tendance à être plus migrateurs par nature, la région orientale était remplie d’usines où les femmes travaillaient dur dans les métiers du vêtement, du textile et de la fabrication du tabac. Les femmes de la base dans ces usines ont joué un rôle important dans la lutte pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. En particulier, elles se sont révélées essentielles lors de la grève de l’entreprise du textile Lawrence de 1912 et de la grève de l’entreprise de la soie Paterson de 1913, se plaçant en première ligne de la lutte, laquelle a entraîné de nombreuses blessures et arrestations.

Elizabeth Gurley Flynn a rejeté les critiques concernant la participation des femmes aux grèves : « Les IWW ont été accusés de pousser les femmes au front. Ce n’est pas vrai. C’est plutôt que les femmes n’ont pas été maintenues à l’arrière, et c’est naturellement qu’elles se sont donc déplacées vers l’avant ». Dans les grèves et dans la lutte générale pour de meilleures conditions sociales et de travail pour la classe ouvrière, les femmes des I.W.W. ont été plus qu’une source d’inspiration pour les ouvriers ou des sujets de discussion pour les journaux – elles ont été les pionnières du mouvement pour l’égalité entre les sexes et l’intégration des femmes dans le mouvement syndical.

Lorsque l’on fait des recherches sur le rôle des femmes dans les I.W.W., il n’y a pas mieux pour commencer que les Industrial Workers of the World Records, une source qui documente les difficultés que la classe ouvrière a dû surmonter, grâce à la correspondance, aux procès-verbaux de procès, aux comptes rendus de réunions et aux délibérations syndicales, ainsi qu’aux brochures. Les Elizabeth Gurley Flynn Papers sont une petite collection qui a eu une grande influence sur la compréhension de la vie personnelle ultérieure du membre féminin le plus célèbre des I.W.W. Elle se compose principalement de correspondance familiale écrite alors que Flynn était en prison et lors de voyages en Union soviétique, en Europe de l’Est et dans l’ouest des États-Unis dans les années 1960, et elle contient des commentaires politiques ainsi que ses impressions sur la vie carcérale et ses voyages. Pour une vision plus large de ses expériences de vie, nous vous suggérons d’écouter une interview orale d’histoire avec Elizabeth Gurley Flynn. Enregistrée en 1962, il s’agit d’une conversation franche avec Flynn dans laquelle elle discute de son éducation et de son entrée sur la scène politique en tant qu’“oratrice”, de ses efforts d’organisation et de son action de défense du travail au nom des Industrial Workers of the World (I.W.W.), ainsi que de l’évolution de ses convictions politiques. Une description particulièrement intéressante de son arrestation en vertu du Smith Act et de ses années passées en prison au Women’s Reformatory d’Alderson, en Virginie Occidentale, est particulièrement intéressante.

La poétesse, féministe et activiste, Matilda (Rabinowitz) Robbins a été l’une des premières organisatrices ainsi qu’une militante et une écrivaine toute sa vie pour le One Big Union. Elle s’est d’abord impliquée avec les I.W.W. pendant la grève de Lawrence en tant que bénévole, et elle a ensuite prouvé sa force de caractère pendant la grève du textile de Little Falls où elle est devenue l’organisatrice centrale de la grève après l’emprisonnement des autres organisateurs. Pendant 14 semaines, elle a dirigé le comité de grève, organisé les piquets de grève quotidiens et la cuisine de grève, pris des dispositions concernant l’aide juridique pour les travailleurs emprisonnés et mobilisé du soutien, avec l’aide d’une autre femme, elle aussi membre des I.W.W., Helen Schloss. Pendant les trois années suivantes, elle a parcouru le pays, organisant les travailleurs du textile à l’Est et les travailleurs de l’automobile à Detroit, où elle a été emprisonnée pour ses activités. Les Matilda Robbins Papers contiennent des écrits personnels, des photographies et des coupures de presse, et ils constituent une source formidable pour comprendre les philosophies d’une des premières activistes des droits des femmes.

Les articles de la journaliste syndicale et militante Mary Heaton Vorse s’avéreront également instructifs pour celui qui s’intéresse aux I.W.W. Bien qu’elle ne soit pas elle-même une wobbly(*), Vorse a croisé les I.W.W. tout au long de sa carrière. Ses articles comprennent des écrits portant sur : les I.W.W. ; les grèves du textile de Lawrence, Massachussetts, et de Henderson, Caroline du Nord ; l’affaire Sacco-Vanzetti ; les Palmer Raids(**) et les affaires du syndicalisme criminel (1921-23) ; ainsi que de la correspondance avec Elizabeth Gurley Flynn.

Les articles de Charles et de Jennie Velsek, mari et femme travaillant en équipe, offrent des informations sur les activités d’organisation du travail de la part de ce couple. Charles a été secrétaire de la section locale 110 de l’IWW Agricultural Workers Industrial Union (AWIU) et, pendant une brève période, président du conseil exécutif général des IWW. Jennie était une figure active du mouvement ouvrier et elle a participé à de nombreuses grèves des I.W.W.

La secrétaire personnelle de William Haywood(***)Elizabeth Serviss Fox, a noué des relations uniques avec la direction du syndicat. Sous la forme de trois lettres manuscrites de Haywood, les papiers de Serviss Fox offrent une vision personnelle unique des événements qui ont entouré le procès en appel de Haywood et sa fuite finale en Russie.

Enfin, pour des photographies, du matériel graphique et des images d’objets fabriqués, veuillez consulter notre Women of the I.W.W. Image Gallery [Galerie d’images des Femmes de l’IWW]. L’on y trouvera des images de membres des I.W.W. tels qu’Elizabeth Gurley Flynn, Matilda Robbins, Mother Jones, la militante australienne Violet Wilkins, Minnie Wyman, Elizabeth Serviss Fox, Helen Keller et des femmes de la base inconnues et participant à des grèves, à des activités récréatives et d’organisation. Il convient de noter en particulier les images numériques d’un fanion et d’un sac à main ornés de perles, fabriqués par un membre de I.W.W tandis qu’il était en prison, ainsi qu’une matraque dédicacée, fabriquée à partir d’un métier à tisser et utilisée pendant la grève du textile de Lawrence.

 

Source : https://reuther.wayne.edu/node/12932

 

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(*) Le mot "wobbly" est un surnom pour les membres des IWW. (NdT).

(**)  Les Palmer Raids désignent les tentatives menées par le Département de la Justice américain pour arrêter et expulser des militants communistes et des activistes anarchistes américains, sous le ministère d’Alexander Palmer, procureur général des États-Unis. (NdT).

(***) William Dudley Haywood (1869-1928), a été une figure centrale du mouvement ouvrier américain. Il a été un dirigeant de la Western Federation of Miners, un membre fondateur et un leader des IWW et un membre du Comité exécutif du Parti socialiste américain, avant d’être un des fondateurs du Parti communiste auquel il appartiendra jusqu’à sa mort. (NdT).

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