PAGES PROLETARIENNES

vendredi 20 décembre 2019

POURQUOI J'ETAIS ET JE SUIS CONTRE CETTE GREVE ?


une lutte de vieux chats déjà en retraite?
"Quelle est l'espérance de vie des ouvriers?
- 65 ans.
- qu'on leur mette la retraite à 65 ans".
Bismarck

"Je ne connais personne en France qui fasse grève pour les autres, ils font tous grève pour leur gueule et nous le privé on est toujours baisé".
Un pote artisan jardinier


«Le problème financier n’existe pas. Il y a des réserves»
Mélenchon
« On est très, très loin d’un accord avec le gouvernement » Berger (bonze syndical)


Alors que les journées d'action à répétition de cortèges d'hommes-sandwich des étiquettes syndicales ont déjà épuisé une partie des grévistes, le malaise que chacun ressent face à l'allongement de ce conflit social préfabriqué a reposé sur un deal pervers : un gouvernement capitaliste qui pose au « révolutionnaire » macronesque en faveur d'une retraite « universelle » et des appareils syndicaux qui jouent aux interlocuteurs radicaux tout en défendant des privilèges il faut bien le dire corporatifs et tournés vers le passé et le passif stalinien1. Malaise aussi face à l'étonnant discours très social du bébé Juppé. Jamais on ne vit un simple commis de la bourgeoisie française tant se soucier soudain de la « pénibilité du travail », faire autant de ronds de jambe pour s'engager à garantir que les éclopés des boulots les plus pénibles, malgré une vie raccourcie, se verraient désormais accorder un strapontin de deux ans de suppression de la torture
Vu le 3 janvier sur Causeur, bravo Finki!
travail, avec des « bons points » comme à l'école primaire. Au malaise s'est ajouté le dégoût quand on apprit que c'était pourri de chez pourri, Jean-Paul Delevoyou, grand ordonnateur de la « révolution macronesque », qui s'engraissait par un cumul de revenus non déclarés. Certes il eût fallu un abbé Pierre pour, imaginons-le, que touche au cœur des prolétaires la leçon de morale pour « sauver les finances publiques » ou garantir le nirvana gériatrique. Pas de pot, tous irrémédiablement corrompus, y compris le successeur de Delevoyou et au surplus ses commanditaires qui se veulent plus compétents qu'honnêtes.
A la mi-décembre les dés apparaissent clairement pipés pourtant. Ne sommes-nous pas devenus spectateurs de la bagarre de deux clans qui nous sont étrangers. Elite gouvernementale et élite syndicale débattent en spécialistes et nous on n'y pige plus que pouic. Ils ne cessent de se féliciter mutuellement. Contrairement aux affres de 1995 (années thatchériennes), il n'est nullement question d'opérer non plus à une casse de la gestion paritaire (syndicats-patronat) du système de sécurité sociale pour la confier aux seuls barbouzes élitaires de l'Etat. Certes la CFDT a remplacé FO comme chouchou gouvernemental quand la CGT n'a plus que la troisième place jusqu'aubouiste de figuration d'une radicalité sans lenedemain.
 

Le déroulement de ce blocage généralisé par les employés des « services publics », qui pénalise si bien le secteur privé, empêche de fait toute extension au privé où la grève est quasi impossible, et quasi impossible faute de solidarité réelle du secteur public « quand c'est le moment » (lorsque les annuités du privé sont passées en 1993 de 37,5 à 40, personne n'a bougé dans le secteur public).

Il n'existe pas de lutte des classes pure. Tout le scénario imposé de fait par gouvernement et syndicat a d'abord été une réponse à de nombreuses grèves non contrôlées (cheminots de Châtillon) ou de luttes anciennes (hôpitaux) exprimant une colère non limitée, et même non enfermée sur le seul objectif de la défense d'une retraite décente. La plupart des diverses luttes du prolétariat échappent à une classification rigide, et les leçons des grèves du temps de Rosa Luxemburg seraient bonnes pour une manifestation dans une cour de maternelle. Les bonzes syndicaux peuvent sembler répondre à une juste colère en prenant les devants pour chapeauter la colère (une colère « organisée » ai-je précisé dans mon article précédent), avec l'intention de les contrôler sous couvert d'unité « intersyndicale » et de plus en plus avec des AG « inter-catégories » dont ils tirent les ficelles (avec leur personnel gauchiste)2 ; et enfin, dès que les promenades syndicales, les débats de spécialistes et l'apparition de divergences entre généraux syndicaux ont démoralisé les prolétaires, de sonner l'heure de la retraite, pardon leur savoir-faire pour terminer une grève. Cela ne veut pas dire qu'ils peuvent avoir un total contrôle sur le déroulement de la lutte lorsque celle-ci est devenue massive. Une fois en lutte, même hyper encadrés par les professionnels du léninisme syndical, les prolétaires se rendent compte combien ils existent comme classe et à quel point ils angoissent la bourgeoisie régnante. Dans la période actuelle, pourtant si nihiliste, et malgré le beau rôle dévolu aux généraux syndicaux, la méfiance face aux pratiques syndicales reste majoritaire, c'est pourquoi les gauchistes et autres sudistes tiennent un langage très critique envers les appareils ; mais sommet de leur perversité, s'ils supputent une possible trahison des chefs, ils n'en cessent pas pour autant de racoler derrière les états-majors syndicaux de l'Etat3.
Mais le mouvement actuel a tout d'un remake sinistre de 1995. Bébé Juppé radote la même chose que son paternel Juppé premier qui prétendait engager la réforme que ses prédécesseurs n'avaient pas osé mener "depuis 30 ans"4. Et au niveau de la classe ouvrière, je doute que ici et là on y retrouve cette vraie solidarité inter-catégorie que l'on avait vécu en 1995. La volonté de lutte indépendante (et avec des objectifs clairs et vraiment unitaires) n'est qu'embryonnaire ou aléatoire et sans conviction.

Une grève tournée vers le passé

Le gouvernement fait déjà des concessions encore une fois aux corporations qui ont le plus grand pouvoir de nuisance, c'est à dire de prise d'otage des travailleurs du privé qui ne peuvent ni faire grève ni s'absenter de leur boulot. Cette grève minoritaire en réalité, pour les pourcentages plus ou
le journal d'une légende suiviste
moins fictifs ou trafiqués, n'est absolument pas collective mais une somme de corporatismes ; bien que restant étroitement contrôlée et planifiée par les appareils syndicaux d'Etat, elle suscite encore la sympathie de la part de larges couches de la population et même des derniers petits canards en gilets jaunes. Il est à craindre que non seulement elle éteigne tout autre mouvement social d'envergure pour des décennies (ce qu'avait impliqué la « victoire syndicale »5 de 1995) mais entraîne effectivement des années de démoralisation, ce dont on n'a pas besoin vu l'urgence qu'il y aura à réagir politiquement aux coups de boutoir de la paupérisation « libérale », à la culture de l'impunité par les juges gauchistes et au soutien à l'islamisation de la société par le stalinien Mélenchon et ses amis trotskiens.

Il existe certainement des ouvriers du secteur public qui pensent lutter pour tous et pas pour les avantages de leur seule corporation, mais c'est une fable, en 1995 comme en 2019. Il y a quarante ans la revendication de la retraite à 60 ans était unitaire, même sans casser des briques (le capitalisme n'a jamais eu et n'aura jamais l'intention de garantir une fin de vie heureuse à ceux qu'il exploite sans pitié)6. Actuellement, d'autant plus avec l'argument « humanitaire » de la pénibilité, syndicats et gouvernement souscrivent à une retraite différenciée ou à la carte, ce qu'elle est déjà... Beaucoup de bruit pour que rien ne bouge. Comme en 95, c'est encore une série de conflits sectoriels, qui permet et permettra au tandem syndicalo-gouvernemental de renouer avec la tradition du cas par cas, en privilégiant tel secteur et en laissant les moins menaçant en rade, par exemple les flics et les enseignants7. Pour la journée d'aujourd'hui on assiste déjà aux manœuvres de la clause du père Noël, des garanties données aux seuls paralyseurs professionnels de la Retape et de la SNCF ! Fini déjà le pâle « tous ensemble » ?
L'aspect sectoriel était déjà patent en 1995, bien orchestré par la syndicratie, et c'est pourquoi par contre, aujourd'hui, ils prétendent tous, gouvernement et syndicats, parler pour tout le monde, et que je te parle du sort des chômeurs de plus de 50 ans, et que je te parle des femmes lésées, et que je te parle des étudiants. Même Juan de la fraction externalisée du CCI est tombé dans le gauchisme syndical, croyant à une lutte en passe de devenir globalisante, où il glorifie « le sel de la terre » ces braves cheminots et les sous-marins de la Retape, exemplaires d'une résurgence de la lutte de classe et qu'il ne faudrait pas laisser seuls « à la pointe du combat »... pour la défense de leur statut. Et de s'emballer en voyant dans ce mouvement plutôt bordélique et frustrant une sorte de réponse révolutionnaire en devenir après tant d'années de capitalisme thatchérien et ubérisant, alors que la série de journée d'action renouvelables et renouvelées jusqu'à plus soif aura servi encore et toujours à nous bercer avec les mêmes chansons creuses, « grève générale » et « justice sociale ». La grève de « masse syndicale » (je préfère les termes de conflit social car « grève en masse » est trop honorable, et cette grève ne fut jamais « massive » en réalité) n'est même pas offensive, elle est défensive et pour les catégories les plus privilégiées, sans se soucier de la situation d'otages de ceux du privé8. De plus elle tourne le dos à l'avenir. Pas de retraite pépère avec le prochain krach ! L'Etat va continuer à s'endetter et à s'endetter toujours plus en achetant des crédits. Tous les syndicalistes ont le culot de crier que « l'argent il y en a », mais c'est prendre les prolétaires pour des imbéciles en leur faisant croire que la crise du capitalisme n'est qu'une histoire de pognon mal réparti par les méchants riches.
La gauche bourgeoise (Mélenchon et Cie) ment et ment résolument. Les déficits sont le produit d'une crise plus large du système, et qui ne concerne pas que les retraites. Les taux de croissance ont sensiblement baissé par rapport aux années 50, 60, et début 70, cela signifie que les revenus du gouvernement n'augmentent pas assez vite pour subvenir à toutes les dépenses, même si celles-ci croissent moins vite que par le passé. En fait, ces revenus peuvent même baisser dans la mesure où le gouvernement baisse les taxes sur les profits pour compenser le déclin des taux de profit du grand Capital sur le long terme, et réduit les impôts sur les plus hauts revenus.

VOILER LA CRISE CAPITALISTE VOLENS NOLENS

Le Capital est en crise, non seulement par manque de liquidités mais parce qu'il est proche de sa culbute avec la baisse de cette bonne vieille tendance du taux de profit. La longue récession de la première moitié des années 90 a partout contribué d'une part à augmenter la pression sur les gouvernements et le patronat pour qu'ils attaquent des acquis de la reconstruction d'après guerre que les travailleurs du public tenaient pour définitifs, et d'autre part ce qui aboutit volens nolens à déstabiliser la majeure partie des dites « couches moyennes », toujours aliénées par les idéologies modernistes de la gauche caviar pro-américaine : antiracisme, antifascisme en carton pâte, messe écologique et lamentations féministes, islamogauchisme, etc. Carcans idéologiques qui les maintiennent hors du prolétariat sans remettre en cause leur pose moraliste à l'encontre du prolétariat « populiste ».

VERS UNE NOUVELLE FARCE DEMORALISANTE

« Ce matin se confirme la prise en main politique de la grève par les réseaux locaux de la CGT et du PCF. Nous sommes en effet partis en cortège assister à un meeting politique organisé dans une mairie voisine. Certes Marc Blondel ne fait plus du retrait du plan Juppé un préalable, selon le titre du Monde de ce soir, certes Louis Viannet accepte de rencontrer le gouvernement, qui, de son côté, sans avoir encore prononcé le mot de «négociation», a cependant employé hier celui de « concertation » et semble opérer une certaine ouverture en direction des syndicats, mais, sur le site, tout indique que la grève est entrée dans une nouvelle phase de mobilisation. Celle-ci a pour objectif la manifestation de mardi 12, et trouve à s'alimenter dans les chiffres records des manifestations de province, où, ces derniers jours, les défilés étaient plus imposants encore qu'en mai 68 ».
A quelques mots près et en remplaçant les noms des anciens chefs syndicaux par les actuels on pourrait déjà anticiper la fin du scénario. Il fallait bien s'attendre à une « prochaine fois » après 1995, même s'il y eu 2003 et 2010 mais pas de longue durée, et sans surprise. Pourquoi ? Parce que contrairement au gouvernement Juppé, celui de bébé Juppé s'est bien préparé et a tiré des leçons de sa panade face aux gilets lors de décembre 2018. Il est préparé depuis de longue date à diviser pour mieux régner. Les syndicats sont des flics sociaux autrement efficaces que les petits rigolos Drouet et Cie.
Malheureusement dans les restants isolés du milieu révolutionnaire restreint, on en reste à un mode de pensée de trois décennies en arrière sans être capable d'intégrer les nouvelles données qui compliquent la lutte des classes et rendent caduques les anciens mots d'ordre, et qui oublient de dénoncer leur récupération ou plutôt liquéfaction par les forces d'extrême gauche de la bourgeoisie. On mesure la perte de contact également avec la réalité d'un petit noyau, voire un individu qui se pare d'un titre ronflant : Groupe International de la Gauche Communiste (Révolution ou Guerre) ! La totale quoi!Le nombril de la subversion marxiste embaumée ! Et qui se rejoue 1995 mais à la façon des syndicats, et avec une tonalité macho-léniniste, appelant à la généralisation des luttes en plus reflux du mouvement :
« Entraîner, encourager, aider, les travailleurs du privé à s’engager dans la lutte et la grève est la priorité de l’heure si on veut faire reculer le gouvernement ! Le blocage des transports n’y suffira pas. La grève par procuration qui fait reposer tout le poids du combat en grande partie sur les seuls cheminots et les travailleurs de la RATP ne peut mener qu’à l’impasse et à l’épuisement des grévistes. La fenêtre de tir, l’opportunité, l’occasion, d’entraîner et d’étendre la grève aux prolétaires du privé est encore là. Au moins d’ici au prochain mardi 17 et aux manifestations de ce jour. Après, il est fort possible que la grève, réduite aux seuls cheminots et travailleurs de la RATP pour l’essentiel, se réduise à une lutte "bras-de-fer" sans autre but que durer le plus longtemps. À ce jeu, la bourgeoisie et tout l’appareil d’État seront les plus forts. Ils contrôleront, ne serait-ce qu’au moyen des syndicats, la situation et pourront attendre que la lutte s’épuise d’elle-même. Comme pour les cheminots en 2018 ».
Le rédacteur de cet appel à suivre l'impasse du bourbier syndical, certes sincère, qui est pourtant doté d'une intelligence de classe rare, s'est non seulement mis à la remorque des recruteurs gauchistes mais par naïveté a cru que le thème de la retraite pouvait être une question uniificatrice, alors que c'est plutôt, hélas trois fois hélas, un thème très interclassiste !9 Il reproche par contre a tort à son ancien groupe, le CCI, d'appeler à « des AG qui mettent en avant des revendications nous concernant tous : la lutte contre la précarité, contre la baisse des effectifs, contre la hausse des cadences, contre la paupérisation », alors que c'était exactement comme cela qu'il fallait contrer l'impasse de la lutte syndicale pour le mirage d'une retraite convenable pour tous. Il confirme son aveuglement et son suivisme de la «généralisation syndicale » foireuse et mensongère10.



CONCLUSION

Je ne suis plus en situation pour faire grève, cela ne m'a pas empêché d'aller à des manifestations mais surtout pas derrière les menteurs syndicaux et gauchistes. J'ai d'ailleurs pu noter qu'il y avait bien plus d'inorganisés de différents secteurs en avant des défilés et que les quarterons syndicaux restaient meublés par les militants professionnels ou affidés des confréries claniques et régionales. Le piège tendu par les appareils gouvernementaux, comme cela a été souvent le cas dans des luttes sociales du passé, et pour laisser échapper un peu de vapeur, ne signifie pas que les grévistes auraient eu tort de manifester leur colère. Ce qui est certain est que le deal gangstériste autour « des retraites » et non pas de la retraite ne pouvait être un mot d'ordre unificateur. Et qu'il ne fallait surtout pas qu'il le soit pour ne pas gêner les appareils syndicaux du gouvernement lorsqu'ils jugeront qu'il n'y a plus aucun risque, et il n'y en a pas vraiment depuis le début du charivari, au moment où se dessinent déjà
L'inculte Eric Drouet veut donc concurrencer Martinez?
les premières concessions de carnaval. La période ne s'y prête pas encore. Ne sommes-nous pas les retraités les mieux dotés d'Europe ? A les entendre tous... Ce charivari est resté dominé en outre par l'apolitisme syndical sans ébranler le gouvernement bourgeois.
Des décennies de reflux, de grèves échouées, de bourrage de crâne sur les joies du libéralisme sans frein, n'ont pas dissout la lutte des classes. Au contraire, même si c'est derrière les calicots et radotages syndicaux, la colère et la frustration sont porteuses de lendemains plus déterminés politiquement pour une classe ouvrière revigorée qui riposte quand même dans les brancards, et qui pourra peut-être dans un temps pas si lointain les faire voler en éclats. Parce que la classe dominante n'a plus les moyens de lâcher des réformes sérieuses ni de leurrer les masses avec ses promesses électorales et syndicales. Il faudra bien comprendre que les syndicats lorsqu'ils "organisent" les grèves ne le font aucunement pour aider la classe ouvrière à s'homogéniser et à reprendre son combat historique, et qu'il faudra bien au contraire vérifier la force d'une lutte de masse à condition de les expulser de la direction du mouvement. 




NOTES


1On ne peut pas nous refaire le coup de la mue au cours de la lutte assez bien résumée par ce cheminot en 1996 : « « Beaucoup nous posent cette question. Mais nous ne nous battons plus pour nous, nous faisons grève pour tous les salariés. Au début je faisais la grève comme agent de conduite, ensuite comme cheminot, puis comme fonctionnaire, et maintenant c'est comme salarié que je fais grève. Alors je n'arrêterai la grève que lorsque le plan Juppé aura été retiré. » (un cheminot en 1996). Le conflit de la « colère organisée » est si bien corseté en deal gouvernemental avec des critères catégoriels égrenés par bébé Juppé que dans les faits, même s'ils nous disent lutter pour tous, ils luttent pour leur pomme et surtout pour que tout continue comme avant... quand bébé Juppé veut aggraver la paupérisation... mieux qu'avant.
2L'adaptation du syndicalisme déliquescent est comme les globules blancs, une défense immunitaire spontanée de l'idéologie bourgeoise. Ainsi face à la farouche volonté d'indépendance de classe et à la désyndicalisation, SUD est créé au lendemain du mouvement de 1995. SUD n'a jamais pu devenir une véritable camarilla équivalente au barnum CGT, il s'est surtout spécialisé dans un rôle de rabatteur et de sergent recruteur, fonction à laquelle sont formés les gauchistes dès leur plus jeune âge.
3On oublie toujours de rappeler que les principaux gangs syndicaux ne vivent pas des cotisations mais des subventions de l'Etat, on ne va donc pas mordre la main de celui qui vous nourrit. Très subversif la question que je pose : qui paye moustache de la CGT et crâne rasé de FO, sans oublier le faux cul de la CFDT. Pour Martinez c'ets ici : https://www.capital.fr/economie-politique/le-salaire-de-philippe-martinez-alimente-par-le-loyer-dune-maternite-a-la-derive-1332357. Cherchez vous-mêmes pour les autres bonzes. Je vous rappelle aussi pour la gloire que Marchais était rétribué par la caisse des concierges, Ha Ha Ha !
4Les événements se répètent toujours deux fois disait en riant notre ami Marx. La même valse hésitation du gouvernement de bébé Juppé. Paul Baretz le rappelle avec ses interviews de cheminots : « Quant aux retraites, même s'ils disent « ne pas trop y penser vu leur âge», ils ne peuvent pas s'empêcher de plaisanter sur la volte-face du gouvernement, qui, en l'espace d'une nuit, a eu le temps d'annoncer le maintien du régime spécial des cheminots... et son contraire ! Alors que, hier, Jacques Barrot, le ministre du Travail et des Affaires sociales, et Anne-Marie Iclrac, la secrétaire d'État aux Transports, ont assuré les syndicats « du maintien de la spécificité du régime spécial des cheminots», le porte- parole du gouvernement, Alain Lamassoure, a en effet expliqué ce matin sur France Inter que la commission Levert, chargée d'étudier le cas des régimes spéciaux, ne pourrait les maintenir en l'état... Si certains cheminots interprètent ces contradictions comme une manœuvre du gouvernement pour semer le trouble dans l'esprit des cheminots, mes deux compagnons veulent plutôt y voir un signe comique que les ministres « perdent les pédales » .
5Le mouvement « unitaire »de 1995 est généralement porté au pinacle alors qu'il était en recul par rapport à la grève de 1986 concernant l'autonomie de classe, je préfère dire indépendance de classe. «Unitaire», la grève le fut enfin en ce sens que les cheminots s'y sont réconciliés avec leurs syndicats. Alors qu'en 1986 la grève avait commencé contre les organisations syndicales, elle fut cette fois-ci menée du début à la fin par elles ». Paul Baretz. Quand un mouvement du passé est systématiquement présenté comme victorieux, il faut alors se demander à qui il a vraiment profité. La grève de 1986 avait été très populaire avec l'apparition des coordinations mais celles-ci furent plutôt corporatives !
6Il faut voir la réalité et celle-ci est cruelle et sans appel comme le montre l'excellent « Gloria Mundi » de Robert Guédiguian. Bébé Juppé premier commis d'Etat nous a fait beaucoup rire avec sa compassion pour les métiers pénibles comme si tous les métiers n'étaient pas pénibles en général dans la compétition hiérarchique et salariale !
7Les enseignants sont très bons donneurs de leçon mais très corporatifs et syndicalisés ; la promesse gouvernementale de les augmenter massivement a eu l'effet recherché, la division et un regain d'hostilité concernant leurs avantages ; j'ai eu en main un tract d'enseignants qui avait le culot d'écrire « chaque catégorie a ses avantages » ! Allez parler d'avantages aux ouvriers du privé, aux nettoyeurs de la Retape ou de la SNCF !
8La pratique syndicale du blocage des transports en commun est dégueulasse, jamais tel n'a été le cas en Russie en 1917. La grève générale totale a toujours été impossible et une lubie, c'est la forme des grèves obtuses auxquelles les bonzes interdisent de toucher. ET leurs rabatteurs gauchistes aussi. Il faut lire les arguments fallacieux et légalistes de la scission machin du NPA qui explique longuement que les travailleurs du public prendraient de gros risques en faisant rouler les trains et les métros, succomberaient à une répression judiciaire... Franchement non ! Dans un réel rapport de force, massif, les travailleurs n'ont rien à craindre en pratiquant des actions illégales pacifistes et tout à y gagner en termes de solidarité. Naguère j'ai participé à des coupures de courant à EDF, c'était bien plus efficace que des manifs flonflons ou des blablas sans fin avec les patrons. Les blocages actuels sont une nécessité pour saboter le mouvement de révolte et d'inquiétude pour les retraites, c'est pourquoi les bandits syndicaux sont fermes sur le sujet, en disant que c'est uniquement la faute au gouvernement, et quand cela lui est fort utile comme on le verra au bout du compte.
Eléments du langage comique et inclusif de la Tendance NPA/ARC qui se propose de « déborder les directions syndicales et de battre Macron » : « Enfin, la grève ne permet pas seulement de bloquer l’économie capitaliste, elle permet aussi d’avoir du temps pour débattre collectivement, décider au quotidien des suites de la mobilisation bref, de s’auto-organiser. L’argument n’est pas des moindres pour nous qui portons le projet d’une société émancipée où les travailleurs/ses décident elleux-mêmes de leur sort au quotidien.Luttons pour que la bataille qui s’engage contre le projet de réforme des retraites ne permette pas seulement d’imposer le retrait mais qu’elle permette aussi de consolider l’auto-organisation des travailleurs/ses et ainsi de poser les jalons d’une société autre. Société où enfin ne décident pas celleux qui possèdent les moyens de production mais celleux qui les font fonctionner ». Avec la même merde idéologique que la maison mère : « Nous devons articuler les luttes des travailleurs/ses à l’ensemble des combats des opprimé.e.s : pour les droits des femmes et personnes LGBTQI et contre toute forme de violence sexiste, pour l’accueil des migrant.e.s, la liberté de circulation des êtres humains, l’antiracisme et l’anti-impérialisme, contre les violences policières qui touchent particulièrement les jeunes des quartiers populaires, autant de questions qui ne sont pas des surplus à l’analyse en termes de « classe » mais sont des combats à la fois complémentaires et nécessaires pour envisager l’affrontement et l’émancipation de tous et toutes. »
9Contrairement à 1995, le successeur du FN approuve la grève ainsi qu'une partie de la petite bourgeoisie , et donc de la petite bourgeoisie des « services publics » où nombre de fonctionnaires ne se considèrent nullement comme partie de la classe ouvrière, sans oublier les mafias CGT et autres qui cogèrent ou gèrent tant d'organismes qui autorisent les népotismes; il est des amis dont on se passerait volontiers !
10En commentant ainsi sa critique du CCI : « c’est-à-dire des revendications sans lien direct avec la mobilisation, donc abstraite et sans utilité pour la généralisation réelle de celle-ci ». Sa perte de vue de la situation bien encadrée par les appareils de l'Etat le conduit à se figurer une nouvelle prise du Palais d'hiver : « (les grévistes) ils ne peuvent faire l’économie de disputer aux syndicats la direction du combat, des décisions d’action et des revendications, et même des tâches de négociations avec le gouvernement si elles doivent avoir lieu ». Sur ce plan imaginaire et utopique il est d'ailleurs rejoint par le CCI qui titre sobrement : « Seul le développement de cette lutte pourra ouvrir le chemin au combat fondamental et historique de la classe ouvrière pour l’abolition de l’exploitation et du capitalisme ». Courant Communiste International
(1er décembre 2019). Avec le même disque rayé depuis 50 ans : « 
Seule la lutte massive et unie de tous les secteurs de la classe exploitée peut freiner et repousser les attaques présentes de la bourgeoisie ». C'est le mot d'ordre du CCI soir et matin pendant toute la décadence du capitalisme. Ce qui est gonflé, décalé et contradictoire avec le contenu de leurs articles plus dubitatifs sur l'état du rapport des forces. De peur de se voir accablé d'indignité politique par les plus bornés des embrigadés ? Dont je n'ai que foutre.

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