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mercredi 9 mai 2018

Bashing SNCF: L'imagination n'est pas au mouroir d'une grève ratée


Sur la grève schématique abstraite des bonzes des cheminots, pour les épuiser longuement et assurer leur défaite complète, voici la précognition de Rosa quant à cette grève « perlée » destinée à finir en larmes :

« On entend par là un débrayage massif et unique du prolétariat industriel, entrepris à l'occasion d'un fait politique de la plus grande portée, sur la base d'une entente réciproque intervenue à propos entre les bureaux du Parti et des syndicats, et qui, mené avec l'ordre le plus parfait et dans un esprit de discipline, cesse dans un ordre plus parfait encore, sur un mot d'ordre donné au moment opportun par les bureaux dirigeants, étant entendu que le règlement des subsides, des frais, des sacrifices, en un mot tout le bilan matériel de la grève, est déterminé à l'avance avec précision ».
Rosa Luxemburg (1906)1

LETTRE DE LOIN (Corrèze)

Qu'il est bien lointain et fade le remake imaginaire du mai 68 d'un autre siècle ! Quel bide pour nos super-bobos black blocs, ingénieurs et fistons à papa cagoulés, et autres libertaro-trotskiens qui nous promettaient sinon le revival du moins une copie approx avec le front unique des étudiants ratés et des trotskistes fainéants et aigris au chômage ! Adieu mai 68 et tes copies ringardes ou reloues ! Adieu étincelle estudiantine et embolie prolétarienne d'une révolution sans cesse repoussée ! Et vous pauvres cheminots pétroleurs de carnaval grugés comme des morveux apprentis syndicalistes de base, que vous faites peu honneur à une glorieuse tradition de vrais combats de classe !

Quand on pense que la colonne vertébrale politique de la révolution de 1905 en Russie avait été le rebondissement de la grève généralisée (grève en masse et pas grève générale) par la corporation des cheminots démarrée un 7 octobre2 et généralisant la grève à tout le pays en une semaine, puis après la paralysie des grandes usines de Saint-Pétersbourg qui s'étendit le 15 même aux professions petites bourgeoises et aux médecins... on se dit que la grève à la SNCF, grève à épuisement de deux mois (16 jours de grève réelle pour une partie des cheminots), fabriquée par les labos syndicaux et encensée par les divers suivistes gauchistes, n'est plus qu'une lamentable torture qui fait ricaner les vrais privilégiés du président des très riches et des millions d'intermédiaires qui l'ont élu.

L'invention obscure de cette « grève perlée » est assimilable au fameux lock-out, dit jadis grève patronale ; en cas de grève subite, le patron fermait son entreprise ce qui entraînait le non paiement des non-grévistes et donc favorisait heurts violents et divisions parmi les ouvriers (c'est pourquoi par exemple un Lénine s'opposait vigoureusement à toute grève face à un lock-out patronal). Le lock-out est interdit en France mais fut très pratiqué par Miss Thatcher en son temps. Comme le disent si bien les canadiens il est destiné à « cadenasser » la grève. L'invention de la grève perlée par les bonzes syndicaux et les conseillers d'Etat c'est la même chose, mais inversée : la grève est autorisée mais son fonctionnement est si réglementé que les cheminots sont de fait opposés entre ceux qui continuent à travailler et ceux qui font grève ponctuellement. On assiste donc à la même division qu'avec la méthode du lock-out. De plus les usagers sont informés mieux qu'avant des trains disponibles, et les sociétés de cars Macron et autres blablacars explosent leurs profits. La grève perlante peut donc durer dix ans encore sans déranger personne et en favorisant la haine entre cheminots comme en permettant d'entretenir grogne et indifférence de la part de la population en général ou de son ombre aléatoire, dite opinion publique. La dernière invention syndicrate, la vot'action, consultation pourrie par référendum des grévistes et des non-grévistes évite de poser la question gênante principale: qui est pour la continuation de cette grève ratée et perverse? Au lieu de quoi on va poser, de façon peu fiable (sous organisation des mafias syndicales) l'idiote question: êtes-vous pour applaudir à l'attaque du gouvernement contre vos garanties statutaires? Evidemment qu'une majorité même non gréviste va dire NON, alors qu'il y aurait lieu de s'abstenir de se laisser piéger pour la prolongation de la torture syndicrate réglée comme papier à musique pour faire mordre la poussière à la "corpo" isolée et désapprouvée pour obstination absurde et situation en impasse, comme à Air France où les syndicats se fichent de couler la boite.

POURQUOI LA GREVE SNCF n'a pu s'étendre et prendre un tour politique ?

Pour qu'une lutte économique et catégorielle ait quelque chance de succès il faut des conditions générales très dramatiques, guerre, pic d'une crise économique, répression révoltante. Il faut aussi que toute la classe ouvrière se sente concernée et mobilisée réellement à partir de revendications claires non inventées par la syndicratie. Or, quand un des argumentaires des syndicaux gauchistes est celui-ci : « si tu ne montres pas ta solidarité avec les cheminots, ce sera ton tour après »... on se gausse. La majorité du prolétariat n'a aucun statut ni service public à défendre. Les cheminots, et cela le gouvernement Macron mise complètement dessus, ne défendent que leur pomme et, éventuellement avec pour décor une énième défense de la nationalisation avec quelques pitres comme les Mélenchon et Ruffin. Lorsque en octobre 1917 les cheminots russes entrent en lutte ils deviennent non l'avant-garde d'une défense statutaire mais de deux revendications unifiantes pour toute la classe ouvrière : la lutte contre la guerre et la journée de huit heures, que le régime tsariste cédera mais trop tard.

S'agissant d'une lutte économique sérieuse du point de vue de classe, la confrontation avec l'Etat ne peut que devenir politique comme l'analysait Rosa Luxemburg à une époque où les syndicats n'étaient pas totalement inféodés à l'Etat bourgeois ni dépendants des conciliabules secrets qui font l'ordinaire de nos actuels « partenaires sociaux », si virulents à la télé mais terriblement discrets sur le contenu de leurs rencontres tamisées. Pour qu'une grève d'un important secteur de la classe ouvrière puisse ouvrir la voie à la grève en masse (pas à la fumeuse et fantaisiste « grève générale ») il faut un arrière-plan de projet politique sinon il ne se passe rien. En 68 il y eût de vagues projets mais inconsistants par immaturité, le vrai récupérateur de ce court bouleversement fût... le parti socialiste de François Mitterrand. Nombre de grèves sous Giscard étaient plus ou moins récupérées dans l'attente de la succession d'un « gouvernement de la gauche unie », surtout dans le secteur avantagé du dit secteur public (emplois à vie, garanties sociales plus généreuses que pour ceux du privé, etc.)
Aujourd'hui il faut être clair : il n'y a aucun projet politique alternatif sérieux au court terme pour épauler ou conscientiser collectivement les prolétaires si diversifiés et découpés en catégories étrangères les unes aux autres ! Sauf pour le quidam qui imagine Mélenchon président et Ruffin Premier ministre. Sauf pour le fils à papa cagoulé qui imagine qu'un grand baston contre les flics va permettre de bazarder le capitalisme et de lancer des « croizades » partout.
Mais il reste deux vieilleries idéologiques qui brident à la fois l'espoir traditionnel et impérissable d'une autre société que la capitaliste mais aussi la finalité de grèves « se coagulant » pour reprendre l'expression macronesque : la croyance en la défense  "socialiste" du « service public » et les vilenies et sarcasmes contre tout bilan de la révolution en Russie (que nous abordons en deuxième partie comme toile de fond du vide syndical et politique).

LE MYTHE DE LA DEFENSE DU SERVICE PUBLIC

Le service public n'est pas un domaine "prolétarien" ni socialiste ni communiste. Le développement dès le XIXe siècle avec les deux révolutions industrielles des transports en commun visait non au confort des travailleurs mais à accélérer leurs déplacements vers le turbin. A notre époque les plus grandes entreprises capitalistes cotisent à la SNCF ou à la RATP non pour rendre un service public à la multitude d'employés et de travailleurs de tout acabit mais pour mieux réguler le profit... Pour ce qui concerne les vacances la bagnole est largement préférée au "service public" qui est devenu plutôt un "sévice public" d'Etat. Le tout premier statut des cheminots date de 1920, modifié à plusieurs reprises et consigné dans un document numéroté RH0001, il définit les bases du contrat de travail et fixe l'essentiel des garanties
collectives des cheminots: conditions d'embauche, éléments de rémunération et déroulement des carrières, mobilité, congés, droit syndical, sanctions disciplinaires etc. Le "statut", élément fort de la culture "cheminote", met les agents SNCF à l'abri d'un licenciement économique puisqu'il prévoit seulement trois cas de départ: démission, retraite ou radiation. Il renvoie également à un régime spécial de prévoyance et de retraite. Pour être embauché au statut, il faut être Français ou ressortissant européen, avoir un casier judiciaire vierge, avoir moins de 30 ans, et réussir une longue période d'essai (jusqu'à deux ans et demi pour les cadres). Passé 30 ans, la SNCF recrute en contrat de droit privé. Le statut est à peu près le même à EDF, ou à ce qu'il en reste par morceaux. Pour les syndicats corporatifs de ce secteur, ces acquis sociaux ont constitué historiquement un moyen de "compenser" des conditions de travail particulières (horaires décalés, jours fériés et week-end travaillés). Ce qui est partiellement faux dès la Libération avec la généralisation des nationalisations ; ces dernières servent à reconstruire le pays sur les décombres de la guerre mondiale, dont la France a été encore un des principaux champs de bataille. Il faut appâter les ouvriers et les intéresser à des carrières longues et sécurisantes dans les secteurs du transport et de l'énergie, car tout Etat, depuis la Chine antique, a besoin de fonctionnaires « fidélisés » (idéiologisés) pour garantir la solidité et pérennité de son pouvoir, et de la mise en ordre de la société.
Le seul groupe politique maximaliste à avoir placé depuis 50 ans dans sa plateforme politique la critique des nationalisations comme mesures bourgeoises aura été Révolution Internationale, quand ces « nationalisations » sont restées le credo réformiste radical de toutes les sectes trotskistes suivistes des partis staliniens au pouvoir ou dans l'opposition.

UNE GREVE MUETTE

Preuve d'un classe ouvrière désorientée, repliée sur elle-même, le scénario de la « grève perlée » a dû sembler très bizarre au début aux cheminots qui ont la tête sur les épaules (et même aux journalistes du Monde qui notent "une invention syndicale" au sommet). Décision d'en haut elle n'est pas discutable comme en ont fait les frais ceux de Marseille (pour le peu qui fuite des réunions internes de la corpo) : les bonzes locaux leur ont refusé tout aménagement ou modification du scénario : « décision nationale », c a d c'est Paris qui décide ! Circulez. Grève attentiste, grève sans vagues, inintéressante, pas motivante pour les millions qui se foutent du statut cheminot. Les syndicats ne jouent pas la désunion tant que les plus acharnés ne se calment pas. Mais déjà SUD rail prépare la conclusion catastrophique en proposant la grève illimitée. Déjà des opérations coup de poing dans des gares se sont avérées décevantes et inutiles. Quel que soit le pneu brûlé, le coup de gueule devant le micro de BFM, rien n'y fera. L'extension ou l'éventuelle généralisation se produisent au début ou jamais. Les quêtes financières ne sont que fumisterie syndicale pour masquer l'absence de solidarité pour une lutte corporative ; l'organisme chargé de la collecte va avoir droit à une généreuse ponction de plusieurs millions sur le dos de la fausse solidarité aux cheminots.
De plus en plus isolés, sous une avalanche de mensonges du gouvernement bourgeois des privilégiés (actionnaires divers, ministres millionnaires prévaricateurs, députés godillots, patrons requins et milliers d'artisans et paysans aux revenus très confortables) la grève apparaît ridicule, bornée (comme la ministre). L'argument de la dette et du coût du statut est dérisoire comparé à la dette de l'Etat. Le gouvernement cherche surtout une victoire politique contre un secteur qui détenait un formidable pouvoir de paralysie de la société jadis, comme EDF. Comme tous les autres Etats il faut supprimer un maximum de garanties sociales et de possibilités de défense massive de la classe ouvrière.
L'obstination syndicale n'a rien à voir avec une lutte, qui devrait être générale, contre la précarisation vers le bas de l'ensemble du prolétariat. Ni l'avenir de la SNCF ni une mobilisation générale de la classe ouvrière pour renverser ce gouvernement de pourris (pour le remplacer par quoi et par qui?) ne sont leur souci. Leur seul souci est d'éteindre la colère et de reprendre le ronron des « vraies négociations », perpétuelles et à l'abri des regards et des oreilles. Laissons ronronner les infaux !
Les dernières rencontres organisées par l'aimable premier ministre de droite d'un mètre quatre vingt treize n’ont pas non plus convaincu le clan des «réformistes». «C’était presque une réunion pour rien. Le Premier ministre nous annonce une reprise substantielle de la dette, mais sans nous donner ni le montant ni le calendrier, et renvoie à une prochaine réunion dans quinze jours. Ce n’est pas de nature à nous rassurer», explique à Libé Roger Dillenseger, secrétaire général de l’Unsa ferroviaire. Qui se prononce pour «une poursuite [de la] grève». Si elle aussi est favorable au maintien du calendrier de grèves, la CFDT s’est montrée moins critique. «On a rencontré un Premier ministre très déterminé sur ses axes mais, derrière ça, prêt à ouvrir des discussions», explique Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT Cheminots.
Mercredi, sans surprise, la poursuite du mouvement social devrait donc être actée par l’ensemble des organisations lors d’une prochaine intersyndicale au siège de la CGT. Mais les centrales pourraient adopter des stratégies divergentes en amont de l’examen du projet de loi de réforme ferroviaire au Sénat, à partir du 23 mai.
Il reste «encore trois semaines pour interrompre le processus parlementaire», note Laurent Brun, de la CGT, peu convaincu, à l’instar de SUD Rail, par la possibilité laissée aux syndicats de proposer des amendements au texte. A l’inverse, la CFDT envisage d’en fournir «une quarantaine». Et Laurent Berger, le secrétaire général du syndicat, d’argumenter : à la CFDT, c’est «mobilisation et proposition, proposition et mobilisation». Prochaine rencontre entre Matignon et les syndicats : le 24 ou 25 mai.
Mais revenons à la deuxième objection fondamentale qui permet aux bonzes syndicaux de mener la danse en toute tranquillité avec leur habituelle étroitesse d'esprit et aux gauchistes de se masturber avec une révolution imaginaire.

SARCASMES ET VILENIES CONTRE LA REVOLUTION RUSSE

Grand oubli de "l'ambiance" de 68, l'espoir de changement de société ne se basa pas sur les révolutions des enfants du stalinisme, guévaristes, maoïstes et trotskistes, et oublia le sous-fifre Debray prisonnier en Bolivie et apôtre de la guerre révolutionnaire paysanne (il publie en ce moment ses mémoires désabusées et nihilistes). La référence qui fît irruption dans la plupart des têtes fût évidemment la révolution prolétarienne en Russie... 50 ans avant (sic!), et cette expérience, qu'on le veuille ou non, est restée dans la mémoire , même mitigée et inconsciente, des millions d'ouvriers qui ont fait grève ou lutté pour telle ou telle revendication politique au cours de ces décennies. En arrière-plan donc, malgré des tonnes de dénigrements des historiens et divers journaleux officiels. Jean-Jacques Marie dans sa dernière et excellentissime biographie de Lénine liste d'ailleurs les auteurs des vilenies et saloperies destinées à détruire toute possibilité sérieuse de révolution "prolétarienne", et pas ce cinéma barricadier qui ne fût pas l'illustration la plus brillante de la guerre de classes en 68, phénomène spectaculaire mais superficiel admirable seulement aux yeux de nos bobos d'aujourd'hui. Je déplore que dans le courant classique révolutionnaire, et même de la part de véritables révolutionnaires, acteurs du grand mouvement de classe du début du siècle dernier, certains desservent toute idée de révolution sérieuse en critiquant n'importe comment la révolution en Russie, et surtout du point de vue impuissant et caracoleur, l'anarchiste, qui se confond naturellement avec les sarcasmes des bourgeois.
En réalité la prise du pouvoir par les soviets devient très vite le pouvoir des instances du parti bolchevique qui ne fait finalement que s'emparer de la machine « toute prête » selon une ancienne formule du Lénine utopiste. Et cet Etat dit faussement prolétarien ne peut même plus laisser croire que la banale cuisinière ou l'ouvrier lambda qui n'a jamais fait l'ENA va pouvoir prétendre au ministérialisme « de classe », ou plutôt à la commissariacratie « communiste » qui va s'imposer peu à peu via l'échec de la révolution mondiale. Pour restaurer finalement Etat local nécessaire pour mettre fin au chaos suite à l'effondrement du précédent, « l'Etat ouvrier » peut tout à fait recopier les innovations des Etats modernes qui, à la veille de la guerre mondiale de 1914, avaient compris l'urgence d'intégrer les syndicats à l'Etat bourgeois, ce qui fût déjà source de carrière ministérielle pour quelques syndicalistes en vue3. Lénine et Trotsky, fascinés par le dirigisme économique militarisé mis en place par l’état-major prussien en Allemagne, vont remettre les ouvriers au travail selon des méthodes non pas similaires mais pires, afin de pouvoir tenir le choc face à la contre-révolution qui ne viendra pas pourtant de l'extérieur.
La priorité du gouvernement bolchevique avec participation minoritaire de quelques SR de gauche (socialistes révolutionnaires), fut d'abord de canaliser les initiatives aléatoires et anarchiques des comités d'usine, et pour ce faire en s'appuyant sur les jeunes syndicats. D'autant plus que ces syndicats restaient des défenseurs des intérêts ouvriers corporatifs et marquaient fortement leur opposition au nouveau pouvoir au mois de décembre. Le 28 novembre 1917 s'était réuni l'annexe de l'Etat, le Conseil pan-russe du contrôle ouvrier, qui avait décidé de subordonner les comités d'usine aux syndicats.
Le premier congrès pan-russe des syndicats, lui, se réunit les 7-11 janvier 1918, avec des délégués bolcheviks, mencheviks et SR. Il adopte un texte qui revient largement sur la logique du décret sur le contrôle ouvrier. Il est affirmé que « pour que le contrôle ouvrier puisse apporter le maximum d’avantages au prolétariat, il est nécessaire de rejeter une fois pour toutes toute idée d’éparpiller ce contrôle en donnant aux ouvriers des entreprises le droit de prendre des décisions ayant valeur opératoire sur des questions qui affectent la vie même de leur entreprise ». Les comités d’usine doivent opérer sur « la base d’un plan général formulé par les instances supérieures du contrôle ouvrier et les organes qui décident de l’organisation de l’économie ». Enfin, il faut rendre « clair à leurs délégués » le fait que le contrôle ne signifie pas le transfert de l’entreprise aux ouvriers en général ou à n'importe qui, « le contrôle ouvrier n’étant que le premier pas vers la socialisation ».
Certains délégués bolcheviques et des syndicalistes dénonçaient alors une politique gouvernementale qui trahissait « la classe ouvrière en supprimant le contrôle ouvrier pour lui substituer la direction unique de l’entreprise, abandonnant les comités d’usine, enfants chéris de la révolution, pour le syndicat qui édictait décrets et sanctions en guise de démocratie dans l’industrie ».
Un exemple du chaos autogestionnaire des conflits entre comités d'usine et organes supérieurs était la socialisation spontanée mise en place dans certaines usines, alors que l'Etat bolchevique cherchait d'abord à conserver une centralisation classique, l'efficacité plutôt que la dispersion anarchique. Les appareils syndicaux, « responsabilisés » à la reconstruction d'un Etat d'ordre, s’associaient aux décisions prises par le gouvernement « prolétarien » qui sélectionnait les types d’entreprise à nationaliser ou non, et sans direction collégial. La limitation des pouvoirs des comités d’usine dispersés, menait déjà au renforcement de celui des syndicats. L’Etat « prolétarien » va les contrôler de plus en plus étroitement, malgré les coups de collier de certains, le syndicat des cheminots en particulier... la quasi-totalité des délégués au 2e congrès des soviets en 1917 votent une résolution du menchevique Martov, soutenue par le bolchevique Lounatcharski, demandant que le Conseil des commissaires du peuple soit élargi à des représentants d’autres partis socialistes. Le puissant syndicat des cheminots, le Vikhjel, reprend cette revendication d'un Etat pour une palette démocratique. Cette revendication sera récusée malgré l'adjonction de deux ou trois ministres SR.

Le 2e congrès pan-russe des syndicats se réunit en janvier 1919. Un conflit commence à apparaître entre la direction des syndicats, en accord avec le pouvoir, et la base. Dans leur motion du 23 janvier 1919, les syndicats commencent par s’aligner sur le texte gouvernemental en parlant eux aussi au passé du contrôle ouvrier. Mais ils font état d’un « conflit latent qui se livre dans le cadre des nouvelles formes organisationnelles que prend la vie économique ». Ils tentaient de maintenir un certain rôle aux syndicats : « Suivre sans doute le travail des gestionnaires, non le précéder », mais en le « supervisant ». À cette session, un texte qui maintenait le droit pour les ouvriers de faire grève était rejeté, au nom du fait que les ouvriers ne peuvent faire grève contre eux-mêmes. Dans le congrès, certains protestèrent contre le fait que le Commissariat au Travail ratifie les délégués élus par les syndicats pour les représenter dans les instances centrales.
Fin 1920, le Macron de l'époque, idole de nos libertaro-trotskiens actuels, Léon le Trotsky, qui ne connaissait rien aux chemins de fer, place les cheminots sous loi martiale et exige la militarisation des syndicats. Voici un ancien bateleur d'estrade prolétarien qui était gagné à son tour à la défense du capitalisme d'Etat contre la classe ouvrière. La prise du pouvoir est un naufrage pour Léon la barbiche, il est carrément sur une position ultragauche débile qui imagine qu'il suffit de supprimer les syndicats pour que la classe ouvrière soit définitivement libérée d'un combat qui reste permanent même dans la période transitoire au communisme mondial, alors que la révolution étant restée locale, impossible dans les principaux pays industrialisés, les prolétaires n'ont plus pour se défendre ni syndicats, ni conseils ouvriers et encore moins d'un Etat calqué sur l'ancien. Le débat de 1920 sur l'utilité des syndicats est une impasse et un non sens, opposés à « l'Etat prolétarien » les syndicats ne sont pas prolétariens pour autant, et c'est d'ailleurs pourquoi ils se dissoudront dans la longue nuit stalinienne4.

LA FABLE DES NATIONALISATIONS

Dans l'un des textes de « Marxisme et communisme d'Etat » de Max Hempel, qui viennent d'être traduits par JP Lafitte, à la demande d'Olivier, donc vers la fin des années 1920 le rejet des nationalisations comme mesures socialistes est clairement démontré par l'un des plus grands théoriciens de la Gauche hollandaise, après les Pannekoek et Gorter, avec le même type de critique d'ailleurs que le Lénine d'avant la prise du pouvoir :
« La Révolution russe a donc épousé complètement le schéma de la “nationalisation” de l’industrie. Dans ce cas, les secteurs économiques qui étaient “mûrs” ont également rejoint l’appareil d’État central. En 1917, les producteurs ont commencé à exproprier les propriétaires des différentes entreprises, au grand embarras de ceux qui voulaient diriger et gérer la vie économique “d’en haut”. Les ouvriers désiraient organiser la production sur de nouvelles bases selon les règles communistes. Au lieu de ces règles, ils ont eu des pierres en guise de pain : le Parti Communiste a donné des lignes directrices selon lesquelles les entreprises devaient s’unir en trusts afin qu’il les place sous une direction centrale. Ce qui ne pouvait pas être inclus dans le plan central de déploiement retournait chez leurs propriétaires parce que ces entreprises n’étaient pas encore “mûres” ».
Cette critique de Hempel est cependant idéaliste en rejoignant finalement l'idéologie anarcho-syndicaliste de « charbonnier maître chez soi » avec une vision romantique des « producteurs » alors que la classe ouvrière ne peut pas transformer en 48 heures telle ménagère léninienne en ministre formé à l'ENA ni tel ouvrier illettré en gestionnaire des comptes d'une région ou du pays. La société en transition ne peut se passer d'Etat et par l'opération du Saint Esprit permettre la disparition de toute centralisation des besoins et la dissolution immédiate de mesures politiques.

Pire, reproche est fait au parti bolchevique de ne pas avoir eu la science infuse :

« si, le Parti Communiste n’a pas donné de lignes directrices selon lesquelles les travailleurs pourraient par eux-mêmes joindre leur entreprise au secteur communiste, il n’a pas donné de directives selon lesquelles l’administration et la gestion du processus productif serait transféré effectivement à la société ; pour lui, la libération des travailleurs n’était pas l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, mais la mise en place du communisme dépendait des “hommes de science”, des “intellectuels”, des “statisticiens”, et de tous ces hommes instruits quel que soit la façon de les nommer. Le Parti Communiste croyait qu’il était suffisant de déloger les vieux généraux de l’industrie et de s’emparer de leur droit à commander sur les ouvriers pour tout conduire vers le havre sûr du communisme ! La classe ouvrière était tout juste bonne à balayer les anciens dirigeants du travail - et à mettre de nouveaux à leur place. Son rôle n’allait pas plus loin et il n’a pas pu aller plus loin parce que la base de l’auto-organisation n’avait pas été fournie en donnant des règles de production applicables en général ».

Notre brave théoricien hollandais ne prend pas vraiment en compte l'improvisation inévitable dans un « cadre national » étriqué de l'expérience russe et imagine qu'on aurait pu passer directement à une sorte d'autonomie communiste sans centralisation et sans expansion territoriale d'une véritable révolution mondiale ! Lénine et ses compagnons n'avaient pas le culte de l'Etat en soi, mais perpétuaient nolens volens les critères gouvernementaux de la social-démocratie allemande, et aussi comme parti unique au pouvoir ils allaient servir à la légende des nationalisations « socialistes », ou premiers pas socialistes, à toutes les gauches bourgeoises du monde entier. Critiquer l'expérience russe ne peut se limiter à la remise en cause des nationalisations(en rien des « internationalisations »)mais se justifierait vraiment si notre hollandais volant n'oubliait pas les conditions drastiques de l'isolement des russes. Le système des nationalisations en Russie d'effervescence révolutionnaire comme lors de la reconstruction de 1945 en France est bien décrit ci-après mais se trompe de cible en accusant Lénine qui affirmait qu'il s'agissait de mesures provisoires et non d'une recette pour les temps à venir.

«Nous répétons que dans un tel système tout le pouvoir est concentré dans le gouvernement, que les ouvriers sont plus durement opprimés dans cette société-là que sous le capitalisme, que la démocratie est à nouveau ici transformée en une farce et que la prospérité d’une telle société dépend en fin de compte de la bonne volonté et des capacités des hommes du gouvernement et de leur administration. Dans ces circonstances, l’État avec sa démocratie doit se donner des bases plus solides plutôt que d’être inutile et de s’éteindre, ainsi que Lénine le veut aussi. Lénine nous assure que, malgré cela, l’État mourra, et même que cela arrivera précisément à cause de son organisation rigoureuse. Or il ne fournit aucun argument pour cela, et il ne soumet qu’un raisonnement obscur selon lequel « les fonctions de plus en plus simplifiées de surveillance et de comptabilité seront remplies par tout le monde à tour de rôle, pour ensuite devenir une habitude et disparaître enfin en tant que fonctions spéciales d'une catégorie spéciale d'individus ».
Comme on l’a déjà dit, c'est obscur parce que, si quelqu’un peut imaginer cela de manière générale, ce ne peut être alors qu’en rêve. Présenter la direction du monopole de production de l’État (système de la “poste” ou trust) comme des fonctions de surveillance et de comptabilité qui peuvent devenir très faciles, c'est renverser complètement l’ordre des choses ».

LA FABLE D'UNE CLASSE OUVRIERE COMPETENTE

Hempel rappelle les grandes lignes de la future société gérée par le prolétariat :
«L'émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Ces paroles ne perdent pas de leur validité quand l’on considère la libération économique des ouvriers. Les ouvriers les plus doués, même quand les travailleurs les suivent avec une discipline absolue, ne peuvent pas assumer le travail de libération que le prolétariat doit effectuer par lui-même. De plus, si la dictature prolétarienne paralyse la relation entre le dirigeant et les masses, comme cela se produit dans le communisme d’État, alors ce leadership se transforme, au détriment de toute démocratie, en une nouvelle caste dirigeante dont la société devient dépendante ».
La masse « triste et maussade » des millions de travailleurs qui ont fait la révolution en Russie s'est fait rouler par le « communisme d'Etat » quand le « pouvoir d'Etat » ce doit être les travailleurs armés sur la base de leurs entreprises (!?) :

« Lorsque la Russie, le pays où une avant-garde révolutionnaire déterminée, prenant d’assaut le ciel, et ayant entraîné une masse triste et maussade de millions de personnes dans la révolution, a donné naissance à la doctrine du communisme d’État ; quand cette doctrine, en tant que flamboyant signal de mise à feu de la première révolution prolétarienne victorieuse, a suscité l’enthousiasme des travailleurs de tous les pays, alors sa bureaucratie rigide, son pouvoir d’État ayant été réétabli par la monopolisation de la production, fournit la preuve que l’émancipation finale de la classe ouvrière ne peut pas être déterminée par le communisme d’État, ni non plus par les dirigeants auxquels les masses obéissent par discipline, mais seulement par la propre force des travailleurs eux-mêmes. Naturellement, la force unie des ouvriers armés doit écraser la bourgeoise parce que c'est seulement de cette manière-là que le pouvoir concentré de l’État bourgeois peut être vaincu. Mais ici ce sont les travailleurs eux-mêmes, armés sur la base des entreprises, qui constituent le pouvoir d’État ».

J'attendais depuis des années la traduction de ces textes « conseillistes » du hollandais Hempel, mais à ce point je dois avouer ma déception d'y découvrir une critique de type anarcho-syndicaliste de Lénine et une histoire d'armement des ouvriers sur leur lieu de travail qui confine au délire concernant la garantie « prolétarienne » que constituerait ce type de « militarisation » de la lutte sociale ! Ces textes contiennent au demeurant une vision mythique de la classe ouvrière qui, tout au long de l'histoire s'est toujours fait voler la mise par la petite bourgeoisie. Les couches intermédiaires occupent une place encore plus considérable de nos jours et se veulent les décideurs partout. Le lumpen de la zaderie nantaise n'est que l'écume de ces multiples assocs, parents d'élèves, syndics de copropriétaires et autres assemblées de connards de profs qui veulent tout régenter hors de leur estrade corporative. La plupart sont aussi soldats des diverses sectes gauchistes ou de ce qui reste de la gauche moisie. Cherchez le prolétariat dans ce marais de bobos qui autogère leur propre nombril et catéchise leurs mioches pour en faire des coupeurs de cheveux en quatre. Il n'est plus celui de Hempel et de Lénine, il n'est pas la catégorie sociologique des bleus sans diplômes. Il est atomisé en une multitude d'entreprises. Certains cadres sont plus « ouvriers » que de vrais ouvriers. Le prolétariat est encore tout et rien. Et s'il se décide un jour à foutre en l'air le capitalisme ce sera cette fois-ci, dieu merci faut y croire ! Pour ne plus se faire rouler par petit conseilliste ou cheffaillon de parti.

LE RADOTAGE DES FABLES DE LA COMMUNE5

Le raisonnement que tient ensuite Hempel pour un passage rapide à ce qu'il nomme communisme s'appuie d'une part sur la très critiquable, limitée et ringarde Commune de 1871 à Paris pour ensuite développer des arguments qui sont à peu de choses près le laïus des théoriciens tarnaciens des black blocs, où l'Etat est sensé disparaître par enchantement en remisant son pouvoir aux « communes », autogérées bien évidemment ; après l'abolition générale de la propriété privée sous l'impulsion de la dictature du prolétariat (qu'on ne nous définit pas) et avoir vaincu la résistance des principaux privilégiés :
«... les communes où cette résistance a été surmontée (par exemple, quand il y a une large majorité de travailleurs qui sont loyaux envers le communisme) pourraient elles-mêmes assumer ces fonctions. L’extinction graduelle de l’État est impensable autrement. Mais il résulte par conséquent de cela que l’État prolétarien doit être attentif à se priver de tout pouvoir dès le début en attribuant le pouvoir à une centralisation volontaire, c’est-à-dire en le transférant aux communes. La création de ces conditions est la tâche de la dictature puisque son objectif est de devenir superflue ».

Avec le courant conseilliste on retrouve toujours la problématique anarchiste tordue dirigeants/dirigés, et paradoxalement chez un « dirigeant » - Hempel fût président des Conseils ouvriers de Hambourg et délégué à Moscou pour rencontrer Lénine – il y a une incapacité à envisager la complexité de la gestion d'une société non plus à l'échelle de communes nationales mais à l'échelle de continents, une incapacité à poser la question des besoins de l'ensemble de l'humanité, anciens et nouveaux (pollutions, nucléaires, etc.). Tout le mal viendrait du ou des partis quand les conseillistes eux-mêmes sont des partis fantômes composés de « potes », d'hommes ou femmes de confiance, de réseaux, de clans et de sectes.

À suivre...


PS: je viens de m'apercevoir que, après leur tract tardif, le CCI a publié ceci: "Grève "perlée": l'Etat et ses syndicats contre toute la classe ouvrière" (en date du 25 avril). Très bon article dans le silence religieux (ou consterné) qui entoure la grève muette des ouvriers ficelés et cadenassés par les syndicrates, y compris les suivistes gauchistes jusqu'auboutistes. Article long qui tient compte de mes remarques (ils n'avaient pas relu eux-mêmes leur bon article sur 95 et avaient oublié ses principaux enseignements) et corrige une certaine timidité à critiquer cette grève ratée et bradée par la syndicratie à l'aide d'inventions abstraites et étrangères à toute dynamique de classe (ils ne font pas référence à mon blog évidemment comme les autres partis-individus de la mouvance maximaliste, car l'individu n'existe pas pour le marxisme dogmatique et ses sectes. Dommage.


NOTES


1L'essentiel est décrit là : https://www.marxists.org/francais/luxembur/gr_p_s/greve3.htm

2On sait que les grèves s'étaient généralisées en janvier autour de l'usine Poutilov, mais sans remettre en question le pouvoir, ce qui sera le cas avec le rebondissement grâce aux cheminots en octobre et que, comme l'avait remarqué Rosa Luxemburg, le mouvement avait donné lieu à de nombreuses grèves victorieuses avec notamment l'obtention de la journée de huit heures, les syndicats récemment créés n'ont jamais initié la lutte contrairement aux comités ou conseils mais étaient un produit de celle-ci, pas encore intégrés à l'Etat bourgeois. En 2018, en France, il n'y a que des grèves défaites face à des gouvernements successifs impavides et méprisants. (cf. Lire l'excellent Jean Sanvoisin : https://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1967_num_5_1_3086). La classe ouvrière est toujours composée de couches plus avancées qui entraînent les autres ; pour les socialistes comme Rosa et Lénine les métallurgistes sont moins arriérés que les ouvriers du textile, et il faut compter sur les vieux ouvriers chargés de famille pour constituer des syndicats pérennes. Mais, même au début de leur constitution les syndicats sont des organismes étroits et ambigus et un frein à l'action politique ; le syndicat cheminot qui avait été à l'initiative de la généralisation en octobre 1905 ne joint pas la grève de masse de décembre et laisse la révolution échouer au cours de plusieurs jours d'émeutes et de barricades inutiles. Le caractère dominant de 1905 est plus une révolution bourgeoise « pour la démocratie institutionnelle » où le prolétariat ne peut être encore qu'une force secondaire d'appoint contre l'autocratie. Lénine, qui n'a pas encore saisi l'importance des soviets, ne fait déjà pas confiance aux syndicats dont il a compris le rôle foncièrement conservateur ; il écrit à l'époque : « le tout est pourtant de savoir, dans la révolution actuelle, autour de quoi graviteront l'éducation et l'organisation de la classe ouvrière. Autour des syndicats et associations légales ou autour de l'insurrection ? ». Les bolcheviks se font beaucoup d'illusions sur le rôle révolutionnaire des syndicats, au lendemain de l'insurrection du 25 octobre, les syndicats des cheminots et des postiers s'opposent au pouvoir qui est celui des soviets et pas encore du parti.
3Les diverses sectes trotskiennes, y inclus wiki rouge, se gardent de rapporter les successives retouches de Lénine à la qualification « d'Etat prolétarien » ou « ouvrier » ; on trouve bien cette rectifications : « « on se trompe manifestement car cet État n'est pas tout à fait ouvrier, voilà le hic. [...] En fait, notre État n'est pas un État ouvrier, mais ouvrier-paysan, c'est une première chose. [...] Notre État est un État ouvrier présentant une déformation bureaucratique.  Mais jamais vous ne trouvez ses remarques qualifiant l'expérience étatique post-révolution de variante de « capitalisme d'Etat » !
4La question de la révolution permanente, trop souvent référencée à la conception datée de Trotsky, est faussée et sert de recette caméléon aux derniers idiots trotskiens – la révolution démocratique en Russie devait déboucher inéluctablement sur une révolution ouvrière (ce qui fût vrai brièvement) – pour toutes les fausses révolutions depuis plus d'un demi-siècle dans les ex-colonies, dans les protestations en pays islamistes comme dans les sérénades anti-racistes. Chez Marx l'idée de la révolution « en permanence » indique bien plutôt que la période révolutionnaire n'est pas une fin en soi mais est rythmée par de nombreuses années de « lutte continue », et ce constat n'est pas une recette automatique de victoire « prolétarienne », aboutissant d'ailleurs de la fin du prolétariat.
5Je renvoie ici à plusieurs textes dans ce blog consacrés à démystifier la Commune de 1871 après Marx, Reclus et Philippe Riviale, ignoré et conspué par l'intelligentsia gauchiste suiviste et néo-stalinienne.

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