PAGES PROLETARIENNES

dimanche 16 juin 2013

Réunion littéraire pour cogiter sur la possibilité d'une île révolutionnaire



Présentation du nouveau livre de Claude Bitot par l'auteur suivie d'une discussion
(voir bref résumé rédigé par l'auteur ci-joint)
le jeudi 4 juillet 19h
au CICP, 21ter rue Voltaire Paris 11e, RdC salle "L'Internationale"

Claude Bitot
REPENSER LA RÉVOLUTION
Quelle voie pour dépasser le capitalisme ?
Éditions Spartacus mai 2013, 13 €

Cet essai part du constat suivant : la révolution prolétarienne qui devait abattre le capitalisme et déboucher sur une société communiste a historiquement échoué. Depuis longtemps l’Histoire avait livré ce verdict, mais ce qui le rend désormais sans appel c’est que capitalisme faute d’avoir été renversé par une telle révolution se dirige maintenant tout droit vers son auto-effondrement, celui-ci étant en passe d’atteindre ses limites, aussi bien internes – économiques – qu’externes – environnementales. Mais ce constat ne doit pas amener à penser que l’idée de révolution communiste est définitivement morte. Elle reviendra sur la sellette lorsque, après la chute du capitalisme, se posera la question de savoir ce qui succédera à celui-ci. Il s’agit donc de repenser une telle révolution en la projetant dans ce nouveau contexte. 
Dès lors quel sera son acteur ? Revenons quelque peu sur le passé. Après quelques tentatives du prolétariat au début du capitalisme – un prolétariat encore marqué par l’artisanat et autres gens de métiers – d’accomplir la « mission » que lui avaient assignée les théoriciens de la révolution, le capitalisme, une fois qu’il eut atteint son plein développement, créa de toutes pièces un prolétariat « moderne » qu’il recruta dans les campagnes pour en faire une classe du capital à part entière. Celle-ci ne pouvait donc plus vouloir seulement ce que le capitalisme était à même de lui offrir : un meilleur salaire, une consommation plus grande, une protection sociale grâce à la mise sur pied d’un « État-providence » – les fameux « acquis » de la classe ouvrière dont s’enorgueillirent ses organisations. En fait, il y avait une faille, et de taille, dans cette théorie du prolétariat classe de la révolution communiste : l’investir d’une « mission » c’était faire comme s’il était le rédempteur de l’humanité, la classe du salut qui allait l’émanciper, autrement dit, patauger idéologiquement dans les eaux troubles du « sauveur suprême » de la mystique chrétienne, alors qu’on croyait s’en être dégagé. Qui plus est, une telle théorie ne voyait pas la contradiction qu’il y avait de faire porter par une classe particulière de la société — aurait-elle été la classe la plus nombreuse et la plus souffrante — un projet aussi universaliste que le communisme, transcendant les classes, dépassant les cadres nationaux, qui par conséquent ne pouvait être l’affaire que de l’humanité elle-même. Ce qui dans le cadre du capitalisme était évidemment impossible.

Or ce qu’il y a de changé, c’est que dans l’actuel capitalisme en bout de course, toutes les classes sont un état de décomposition avancée, la société ressemble de plus en plus à un vaste magma salarié informe d’où toute « conscience de classe » a disparu. Il ne s’agit pas de déplorer une telle situation, il faut au contraire s’en réjouir, car lorsque le capitalisme s’écroulera c’est cette immense majorité actuelle, qui constituera alors une non-classe universelle, qui se retrouvera en phase avec l’universalisme du projet communiste, et donc sera susceptible de faire une révolution en conformité avec celui-ci. Susceptible en effet, car disons-le tout de suite : après avoir fait la critique du prolétariat classe rédemptrice, nous n’allons pas nous mettre à faire de cette non-classe le nouveau « sujet révolutionnaire », « appelé » (on ne sait par quelle grâce, à « titre humain » cette fois, et non plus au titre d’une classe) à faire la révolution. Il y aura bien des manières pour qu’elle ne la fasse pas. À commencer, en raison du chaos provoqué par l’effondrement du capitalisme, ce qui entraînera une confusion assez indescriptible.
Ce qu’il y a de sûr c’est qu’il n’y aura aucun déterminisme pour rendre la révolution inéluctable. Disons simplement qu’à ce moment-là, le capitalisme s’étant effondré, cette non-classe aura la possibilité de s’extraire de la domination totalitaire que celui-ci exerçait et qui interdisait toute prise de conscience révolutionnaire. Autre condition favorable, cet effondrement du capitalisme qui sera en même temps la fin de sa société industrielle favorisera le retour de l’idée communiste. Celle-ci était fondamentalement une idée d’avant la société industrielle (surgissant dans les temps reculés du christianisme primitif, du Moyen Age, de la Renaissance, de l’Ancien Régime), qui au fur et à mesure de son développement l’avait mise sous l’éteignoir ou bien conduite à se déformer horriblement. Cela dit, la révolution restera une question de volonté, sinon toutes les meilleures conditions du monde réunies, elle n’aura pas lieu. Le dernier mot reviendra toujours à la subjectivité humaine, c’est-à-dire la ferme volonté de la faire. Or cette subjectivité – comme de nombreux exemples dans l’Histoire l’ont montré – c’est toujours d’abord dans une minorité dite « agissante » qu’elle a éclos, en clair dans un parti (il y eut même un parti anarchiste, même s’il ne voulait pas dire son nom) dont la caractéristique est d’être un puissant facteur de conscience et de volonté. La question n’est donc pas de savoir s’il faut ou non un parti, elle est de savoir le rôle qu’il sera amené à jouer. Dans le passé, celui-ci eut trop tendance à prendre « les affaires en main », autrement dit à passer outre à sa fonction, en considérant qu’il lui fallait guider en tout les masses, allant jusqu’à vouloir prendre le pouvoir à leur place. Il en résultait que la révolution n’était plus l’affaire des masses, mais d’un parti magique se substituant à elles. Le rôle du parti doit se borner à être essentiellement éducatif : éclairer les masses, leur indiquer le but qu’elles devront atteindre, élaborer un programme, les avertir des chemins de traverse qu’elles risquent d’emprunter et avec lesquels elles se fourvoieront. Autrement dit, il sera « spirituel », aider à ce que se produise en masse une conscience communiste, en sachant que cette dernière ne surgira pas d’une divine spontanéité des masses (idéologie qui n’est qu’un dérivé de la croyance qu’existe dans l’Histoire un déterminisme de type économico-social — qu’on peut appeler un idéalisme matérialiste — qui va les amener automatiquement à prendre conscience). Bref, le parti ne sera pas un appareil politique pour prendre le pouvoir, son rôle sera de faire de telle sorte que les masses prennent leur sort en main et deviennent ainsi les actrices de la révolution.
Ce qui nous conduit à dire en quoi celle-ci consistera. Il est clair que désormais on aura changé de révolution. Non seulement ses acteurs ne seront plus les mêmes, mais aussi ses moyens d’action, ses objectifs. Ainsi, soulignons déjà ceci : elle n’aura plus rien à voir avec une guerre sociale. Contre quelle classe aura-t-elle à lutter, toutes avec l’effondrement du capitalisme ayant disparu ? Certes, il lui faudra prendre le pouvoir. Y renoncer, en raison d’une vision libertaire de la révolution, équivaudrait à laisser le chaos, consécutif à l’écroulement du capitalisme s’installer, et ainsi permettre aux bandes mafieuses qui ne manqueront pas de pulluler, d’instaurer leur pouvoir à elles. Il n’est pas trop téméraire alors de penser que cette prise du pouvoir se fasse d’une façon relativement pacifique, la fin définitive du capitalisme ne laissant plus aucun espoir à ce qui restera de classe « bourgeoise » et d’État, de le voir renaître de ses cendres, ce qui fait qu’ils ne seront plus guère en état de s’opposer à l’insurrection. Cette prise du pouvoir signifiera-t-elle la remise sur pied d’un nouvel État, plus exactement dit, d’un État en voie d’extinction comme le concevait l’ancienne conception de la révolution celle-ci instaurant à titre transitoire une dictature révolutionnaire ? Là encore, contre quelle classe une telle dictature aura-t-elle désormais à s’exercer toutes ayant disparu ? L’État n’aura donc plus de raison d’être. Ce qui se mettra en place c’est un pouvoir encore politique, démocratiquement élu par tous les membres de la société, avec des délégués révocables, mais qui tendra à un dépassement de la démocratie avec ses votes majoritaires n’ayant aucune valeur intrinsèque, cela au profit d’un mode de fonctionnement communiste avec lequel la bonne entente entre gens partageant les mêmes convictions permettra de se passer d’un tel mécanisme démocratique formel. 
Avec ce qui vient d’être dit, il ne faut pas croire cependant que la révolution ressemblera à une promenade de santé. Car sa tâche la plus importante ne sera ni de prendre le pouvoir ni de l’exercer, il sera d’entreprendre une transformation radicale de la société. Et alors là, ce sera une autre paire de manches. La chute du capitalisme entraînera une situation chaotique – cependant moins dévastatrice que celle qu’aurait créé une révolution consistant à l’abattre, celle-ci déclenchant une guerre civile impitoyable avec des destructions massives d’hommes et de matériel, vu la nature des armes modernes utilisées – et qu’il faudra surmonter. La révolution se retrouvera confrontée en outre à une situation catastrophique : ce que laissera en héritage le capitalisme c’est un monde dévasté par sa société industrielle, celle-ci ayant dilapidé ses matières premières, épuisé ses ressources énergétiques, bouleversé son climat, pollué sa terre, ses rivières, ses mers, augmenté démesurément sa population, entassé ses habitants dans des mégalopoles monstrueuses. Autrement dit, la révolution sera placée devant la tâche immense de devoir entreprendre une reconstruction complète de la société à partir d’une tout autre base que celle léguée par le capitalisme. Ce qui signifie que dans un premier temps il ne pourra s’agir que de l’instauration d’une société post capitaliste allant dans le sens du communisme (un communisme de la survie si l’on préfère, faisant avec les moyens du bord), celui-ci ne pouvant être atteint qu’après une longue période de transition. Quant à ceux qui viennent dire que le communisme pourra être réalisé en un tour de main grâce à une magique « communisation », ils ne sont que des charlatans ou bien des inconscients, le monde de la société industrielle qu’aura laissé en jachère le capitalisme étant proprement « incommunisable ».
Claude Bitot, le 8/6/2013

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