PAGES PROLETARIENNES

dimanche 25 juillet 2021

Grogne et agitation impuissante des bobos jouisseurs « démocratiques »

 


« Etre de gauche ou être de droite, c'est choisir une des innombrables manières qui s'offrent à l'homme d'être un imbécile ; toutes deux, en effet, sont des formes d'hémiplégie morale »

josé ortega y gasset


La contestation antivax reste le fait d'une minorité de bobos jouisseurs, défenseurs acharnés du mythe de la liberté bourgeoise. Les médias laisse cette engeance de petits bourgeois divers disputer la une de l'actualité aux mesures pour endiguer l'épidémie. De fait ces pauvres antivax apparaissent comme les plus arriérés, conchiant la science, charriant thèses complotistes comme arguments lamentables de démocrates vulgaires (dont j'ai moqué leur droit à aller au cinéma, comme à en être les figurants). Ils n'ont aucun avenir comme bouillie de commerçants hargneux avec Philippot, Bigard et Lalanne, avec les excitésq mélenchoniens comme avec les islamo-gauchistes de ce pauvre NPA1.

Pourquoi bénéficient-ils d'une propagande officielle aussi avenante et neutre ? Parce que Macron aurait peur qu'ils enclenchent un mouvement comparable à celui des gilets jaunes ? Pas du tout. Les gilets jaunes avaient le soutien de la population dans leur révolte contre la hausse de l'essence, une attaque contre le niveau de vie des plus pauvres. Les antivax font pitié avec leur revendication du mot creux « liberté », leur liberté de se distraire, leur liberté de chicaner avec des cuistreries individualistes, leur liberté de transmettre un virus qu'ils osent comparer à la grippe. La vaccination a plus à voir avec une nécessaire discipline sociale qu'à un imaginaire 1984 décrié par politiciens de droite comme par ces divers gauchistes irresponsables. Mais le social et la santé publique n'existent pas pour les bobos veulent « jouir sans entraves », même en se passant des élémentaires protections sanitaires. D'ailleurs si l'on suit leurs délires, les bébés sont aussi des bêtes de laboratoire, les otages d'une médecine du profit ; nous expliquer alors pourquoi la vaccination et les tests sont gratuits ?

Mais le débat n'est pas possible avec ce ramassis de petits bourgeois excités de ne pouvoir jouir de leur liberté individuelle... pour aller au spectacle, au tennis, au terrasse de Saint Germain, etc.

En période de guerre quand il s'agissait d'aller tous aux abris, ils ne faisaient pas les malins.

En vérité, sans qu'ils s'en rendent compte ils favorisent pleinement la campagne électorale de Macron. Même pour ceux qui doutent de l'efficacité au long terme du vaccin, le refus d'accepter celui-ci est pire que de se croiser les bras ou de ne penser qu'à s'amuser.

PERTE DE CONTROLE DE L'APPAREIL POLITIQUE ?

J'ai déjà dit tout le bien, même avec des désaccords, que je pensais du rapport du 24ème congrès du CCI, qui explique en partie le chaos actuel et la nature de la remise en cause des élites politiques (et syndicales). C'est un des rares groupes politiques actuels à avoir la tête sur les épaules. D'un point de vue superficiel on aurait pu y voir une confirmation des analyses classiques des vrais partis révolutionnaires, comme le KAPD d'Allemagne en 1920, comme le parti bolchevique en 1917, comme ces minorités apparues en 1968 prédisant une fin proche du capitalisme via la perte de considération de ses appareils de domination politique. Hélas non et le CCI nous invite à prendre en compte « une perte de contrôle de l'appareil politique » et « une progression de la décomposition », ce que je conteste et le prurit des antivax confirmera cette analyse.

Ce rapport écrit semble-t-il en 2020 tape pourtant dans le mille en montrant par avance que l'inspiration profonde de nos antivax irresponsables, confirmant leur ridicule, provient des comiques... Trump et Bolsonaro, et des assaillants du Capitole US pour une « vraie démocratie » :

« Cette dimension jouera un rôle déterminant dans l’extension de la crise du Covid-19. Le populisme et en particulier les dirigeants populistes comme Bolsonaro, Johnson ou Trump ont favorisé par leur politique « vandaliste » l’expansion et l’impact létal de la pandémie : ils ont banalisé le Covid-19 comme une simple grippe,  ont favorisé une mise en place incohérente d’une politique de limitation des contaminations, exprimant ouvertement leur scepticisme envers celle-ci, et ont saboté toute collaboration internationale. Ainsi Trump a ouvertement transgressé les mesures sanitaires préconisées, ouvertement accusé la Chine (le « virus chinois ») et a refusé toute coopération avec l’OMS ».

Le manque de cohérence du fait de l'existence de nations égoïstes peut-il être considéré comme une perte de contrôle des Etats ? Pour le CCI oui :

« Ce « vandalisme » exprime de manière emblématique la perte de contrôle par la bourgeoisie de son appareil politique : après s’être montrées incapables dans un premier temps de limiter l’expansion de la pandémie, les différentes bourgeoisies nationales ont échoué à coordonner leurs actions et à mettre en place un large système de « testing » et de « track and tracing » en vue de contrôler et de limiter  de nouvelles vagues de contagion du Covid-19. Enfin, le déploiement lent et chaotique de la campagne de vaccination soulignent une fois de plus les difficultés de l’État à gérer adéquatement la pandémie. La succession de mesures contradictoires et inefficaces a nourri un scepticisme et une méfiance croissants dans les populations envers les directives des gouvernements ».

Le nihilisme n'est pourtant pas nouveau même s'il faut noter un renforcement des peurs irrationnelles

« Les mouvements populistes s’opposent non seulement aux élites mais favorisent également la progression d’idéologies nihilistes et des sectarismes religieux les plus rétrogrades, déjà renforcés par l’approfondissement de la phase de décomposition. La crise du Covid-19 a provoqué une explosion sans précédent de visions complotistes et anti-scientifiques, qui nourrissent la contestation des politiques sanitaires des États. Les théories conspirationnistes foisonnent et répandent des conceptions totalement fantaisistes concernant le virus et la pandémie. Par ailleurs, les dirigeants populistes comme Bolsonaro ou Trump ont exprimé ouvertement leur mépris pour la science. L’extension exponentielle de la pensée irrationnelle et de la mise en doute de la rationalité scientifique au cours de la pandémie est une illustration frappante de l’accélération de la décomposition. Le rejet populiste des élites et les idéologies irrationnelles ont exacerbé une contestation de plus en plus violente sur un terrain purement bourgeois des mesures gouvernementales, telles les couvre-feux et les confinements ».

La faille du raisonnement du CCI pour justifier sa croyance en la perte de crédibilité de l'Etat, qui laisse à penser parfois qu'il est plutôt du côté des antivax est une nouvelle fois sa carence à tenir compte de la place et du jeu de la petite bourgeoisie, avec cette vision binaire, plate et insipide, bourgeoisie/prolétariat, qui de plus, le pousse à réviser toutes ses analyses 50 ans en arrière et à insinuer comme tout politologie gauchiste que l'extrême droite est dans le buisson :

« La crise du Covid-19 a en particulier marqué une accélération dans la perte de crédibilité des appareils étatiques. (...). Dès lors, si l’État est censé représenter l’ensemble de la société et maintenir sa cohésion, cela est de moins en moins vu ainsi par la société : face à l’incurie et l’irresponsabilité croissantes de la bourgeoisie, de plus en plus évidentes dans les pays centraux aussi, la tendance est de voir l’État comme une structure au service des élites corrompue, comme une force de répression aussi. En conséquence, il a de plus en plus de difficultés à imposer des règles : dans de nombreux pays d’Europe, comme par exemple en Italie, en France ou en Pologne, et également aux États-Unis, des manifestations se sont produites contre les mesures gouvernementales de fermeture de commerces ou de confinement. Partout, en particulier parmi les jeunes, apparaissent des campagnes sur les médias sociaux pour s’opposer à ces règles, comme le hashtag « I don't want to play the game anymore » (je n’accepte plus de jouer le jeu) en Hollande.

L’incapacité des États à affronter la situation est à la fois symbolisée et affectée par l’impact du « vandalisme » populiste. La perturbation du jeu politique de la bourgeoisie dans les pays industrialisés se manifeste de manière saillante dès le début du 21e siècle avec des mouvements et partis populistes, souvent proches de l’extrême droite »2.

LES FAIBLESSES DE LA MASSE FAVORISENT LA DOMINATION ETATIQUE3

Ce groupe qui s'obstine à voir de la décomposition partout puisque son concept de décadence est devenu lieu commun et pas spécialement vecteur de révolution « prolétarienne », cherche un affaiblissement de la bourgeoise – ce qui est louable dans le messianisme « de classe » - là où il n'est pas. Il ne voit pas la nature hybride et passagère du populisme et imagine que les mouvements chaotiques des couches petites bourgeoises seraient un problème pour l'Etat et même le signe de sa perte de contrôle du jeu politique parce que les bureaucraties des partis sont moquées et ignorées lors de ces diverses jacqueries. Avec l'aide d'un philosophe iconoclaste,  hors du champ politique traditionnel et parfois assez proche des analyses des petits minorités maximalistes des années 20 et 30, nous montrerons que l'Etat reste encore très fort et intelligent. En tout cas bien que cette pagaille agitationnelle des couches petitement moyennes.

« La masse, en voulant agir par elle-même, se révolte donc contre son propre destin. Or, c'est ce qu'elle fait aujourd'hui ; je puis donc parler de révolte des masses (…) Quand la masse agit par elle-même, elle ne le fait que d'une seule manière – elle n'en connait point d'autre. Elle lynche. Ce n'est pas par un pur hasard que la loi de Lynch est américaine : l'Amérique est en quelque sorte le paradis des masses ».

« Aujourd'hui, l'Etat est devenu une machine formidable, qui fonctionne prodigieusement, avec une merveilleuse efficacité, par la quantité et la précision de ses moyens. Etablie au milieu de la société, il suffit de toucher un ressort pour que ses énormes leviers agissent et opèrent d'une façon foudroyante sur un tronçon quelconque du corps social. (…) Il est intéressant, il est révélateur de considérer l'attitude de l'homme-masse face à l'Etat. Il le voit, l'admire, sit qu'il est là, assurant sa vie mais qu'il n'a pas conscience que c'est une réalisation humaine, inventée par certains hommes et soutenue par certaines vertus, certains principes qui existèrent parmi les hommes et qui peuvent s'évaporer demain. D'autre part, l'homme-masse voit dans l'Etat un pouvoir anonyme, et comme il se sent lui-même anonyme, - vulgaire – il croit que l'Etat lui appartient. Imaginez que survienne dans la vie publique d'un pays quelque difficulté, conflit ou problème : l'homme-masse tendra à exiger que l'Etat l'assume immédiatement et se charge directement de le résoudre avec ses moyens gigantesques et invincibles ». « Voilà le plus grand danger qui menace aujourd'hui la civilisation : l'étatisation de la vie, l' »interventionnisme » de l'Etat, l'absorption de toute spontanéité sociale par l'Etat ; c'est à dire l'annulation de la spontanéité historique qui, en définitive, soutient, nourrit et entraîne les destins humains ».

Encore une fois, même si les antivax pourraient se revendiquer de cette analyse de Ortega Y Gasset, en croyant s'approprier le risque de « l'interventionnisme de l'Etat » comme mesure dictatoriale (un 1984 bis), ce n'est pas le propos de Ortega Y Gasset ; les antivax hétéroclite sont du même acabit que cet homme-masse anonyme qui veut que l'Etat « assume immédiatement la fin du confinement » sans plus assurer aucune protection de la population ! Les antivax croient qu'ils sont l'Etat. Ce qui est typique de la petite bourgeoisie comme ne le voient ni le CCI ni José Ortega Y Gasset. De plus, théoriser l'intronisation d'une société carcérale (pour le temps d'un sauvetage sanitaire) est se ficher du monde ; depuis belle lurette l'Etat, avec son système informatique, ses drônes, ses flics et ses syndicats, surveille autrement plus sérieusement toute la société, que par ce confinement temporaire et bordélique.

Dans des pages sublimes Ortega Y Gasset démontre comment l'Etat en est venu à exploiter le peuple et a recouru à l'immigration pour se renforcer (il y a eu bien plus de migrants italiens arrivistes que de militants en faveur de la lutte de classe). Puis il démontre comment le fascisme n'a fait que copier la démocratie bourgeoise :

« ...on éprouve un certain trouble en entandant Mussolini déclamer avec une suffisance sans égale comme une découverte prodigieuse faite aujourd'hui en Italie, cette formule : « Tout pour l'Etat, rien en dehors de l'Etat, rien contre l'Etat ». Cela seul suffirait à nous faire découvrir dans le fascisme un mouvement typique d'hommes-masse. Mussolini trouva tout fait un Etat admirablement construit – non par lui, mais précisément par les forces et les idées qu'il combat : par la démocratie libérale. Il se borne à en user sans mesure ».

« L'étatisme est la forme supérieure que prennent la violence et l'action directe constituée en normes. Derrière l'Etat, machine anonyme et par son entremise, ce sont les masses qui agissent par elles-mêmes (…) On trouve un des phénomènes les plus alarmants de ces trente dernières années (Ortega Y Gasset, écrit cela en 1930!) : l'énorme augmentation dans tous les pays des forces de la police ».

Ortega Y Gasset ne se relisait pas, parce que s'il souligne dans ce chapitre l'énorme augmentation des forces de la police bourgeoise (sic en particulier en Italie et en Allemagne, et pour cause...), ce qui signifie imposer l'ordre même par la terreur ; au chapitre suivant, à la question « qui commande dans le monde ? », il vouloir nous démontrer que c'est l'opinion, après nous avoir dit que c'était l'Etat, et en fin de compte en ne voyant comme perspective qu'un retour à la confiance en l'élite. Cependant son explication du « pouvoir de l'opinion » nous intéresse au plus haut point pour comprendre où est la force de l'Etat contemporain, et cesser de le voir « en perte de contrôle sur la société ». Il l'a déjà affirmé dans le chapitre antérieur, quitte à nous démoraliser : « Mais par la (sa) révolution, la bourgeoisie s'empara du pouvoir public et appliqua à l'Etat ses indéniables vertus. En un peu plus d'une génération, elle créa un Etat puissant qui en finit avec les révolutions. En effet, depuis 1848, c'est à dire dès que commence la seconde génération des gouvernements bourgeois, il n'y a pas en Europe de vraies révolutions. Non pas que les motifs aient manqué ; mais il n'y avait plus de moyens de les réaliser. Le pouvoir public se plaça au niveau du pouvoir social. Adieu pour toujours, Révolutions!En Europe, le contraire seul est maintenant possible : le coup d'Etat ».

En temps normal l'Etat ne commande pas par la force

« En vérité, on ne commande pas avec les janissaires4. Talleyrand le disait à Napoléon : « Avec les Baïonnettes, Sire, ont peut tout faire sauf s'asseoir dessus ». Or, commander, ce n'est pas faire le geste de s'emparer du pouvoir, c'est au contraire en pratiquer sereinement l'exercice. En un mot, commander c'est s'asseoir. Trône, chaise curule, banc ministériel, fauteuil présidentiel. A l'encontre de ce que suppose une optique naïve et feuilletonesque, le fait de commander n'est pas tant une question de poings... que de sièges. L'Etat est en somme, l'état de l'opinion : une situation d'équilibre, de statique.

Ce qui se produit, c'est que souvent l'opinion publique n'existe pas. Une société, divisée en groupes dissidents dont al force d'opinion s'annule réciproquement, ne permet pas qu'un commandement se constitue. En somme la nature a horreur du vide, ce vide que laisse la force absente de l'opinion publique se remplit avec la force brute. Cette dernière se présent donc, en fin de compte, comme une substitution de la première ».


Macron pourra remercier les antivax, ils lui auront permis de s'asseoir une seconde fois dans le fauteuil présidentiel.



NOTES

1Le NPA offre un résumé had hoc de la guimauve bourgeoise insipide qui nouq rappelle au mieux le programme commun de l'antique union de la gauche des Marchais et Mitterrand : « Macron a refusé toute politique sanitaire démocratique, pédagogique, transparente et égalitaire. Au contraire, il a opté pour une politique répressive, opaque, inconstante, brutale, culpabilisante et discriminante, au service de la production capitaliste. La population n’a jamais été bien soignée, vaccinée, épaulée, considérée et encore moins associée aux décisions et incluse dans leur mise en œuvre. Pour le pouvoir, les questions sanitaires ne méritent pas d’être traitées comme un objectif en soi, mais seulement comme un moyen pour maintenir l'usine France en marche. Et pour cela, il faut cogner. (…) C'est un projet de société. Mais cette lutte ne peut se mener au nom de l’individualisme ou de lectures confusionnistes, voire conspirationnistes. Elle doit se faire au nom de la défense des libertés publiques et au nom d'une politique sanitaire et sociale ambitieuse et égalitaire, pour une société démocratique ». Triste et minable à pleurer.

2Ils épinglent au passage leur ancienne fraction expulsée (blog Révolution ou guerre) encore plus simpliste: « Ces observations vont à l’encontre de la thèse que la bourgeoisie, à travers ces mesures, réalise une mobilisation et une soumission de la population en vue d’une marche vers une guerre généralisée.

3Et pas n'importe quelle masse, même si des prolétaires sont présents à titre libertaire individuel, ils ne sont pas des représentants de la principale classe exploitée mais des ouvriers... embourgeoisés, pour ne pas utiliser un mot plus cruel et grossier.

4Les janissaires sont les soldats d'élite de l'armée ottomane. Leur nom français est une déformation du turc Yeniçeri qui signifie « nouvelle milice ».